TRIBUNE 17/09/2007 à 18h43

« The Roi Lion » ou la règle de l'alternance en franglais


« Le musical de Broadway live au théâtre Mogador. » Voilà ce que les Parisiens peuvent lire depuis quelques temps déjà sur des affiches annonçant la venue à Paris le mois prochain de ce spectacle, ce « musical »... Nul besoin d’être linguiste pour constater ici, comme dans une multitude d’autres occasions, le mélange de français et d’anglais.

Mais êtes-vous déjà allés au-delà de ce simple constat ? Vous êtes-vous déjà demandé pourquoi les utilisateurs de franglais (ici des publicitaires) avaient recours à cette langue hybride ? Pourquoi « Le musical de Broadway live au théâtre Mogador » et non pas « The Broadway musical live at the Mogador theatre », « The Broadway musical live at le Théâtre Mogador », « La comédie musicale de Broadway au théâtre Mogador » ou encore « The musical de Broadway live au théâtre Mogador » ? La version 100% français n’a justement plus rien de très américain, plus rien de très « Broadway », plus rien qui fasse rêver en somme… Elle manque de paillettes. Une comédie musicale, ce n’est pas un musical… Le passage du français à l’anglais est plus qu’une traduction : on ne parle tout simplement plus du même spectacle.

Les versions 100% anglais (à New York, on lit : « The Lion King, the Broadway musical ») n’ont, elles non plus, pas été retenues par les publicitaires. Ces derniers ont-ils eu peur que leur message ne soit pas lu, voire ne soit pas compris et ne touche finalement qu’une minorité de la population : les anglophones et les anglophiles ? Il est vrai que les Français en général ne sont pas des flèches en anglais mais quand même…

Et pourquoi pas « The musical de Broadway live au théâtre Mogador » ? Si, avec les deux propositions précédentes, il peut y avoir un barrage à la compréhension, ici no problem, l’article anglais « the » est très souvent employé en français pour dire « le seul et l’unique, l’incontournable »… C’est the spectacle de l’année…

Plus expressif diront certains que « c’est le spectacle de l’année » que, d’ailleurs, nous prononcerions avec un sacré accent sur « le » pour bien insister… Plus expressif, donc totalement compréhensible par un public de francophones.

Ici cependant, on démarre avec deux mots en anglais. Or, nous savons que le début des slogans est très important ; c’est ce qui constitue l’accroche. La règle, lorsqu’il s’agit de franglais, semble être celle de l’alternance. Je m’explique : un mot anglais, un mot français, un mot anglais… Ainsi entendons-nous : « J’ai un meeting avec mon boss », mais pas « J’ai un meeting avec my boss ». Un peu d’anglais, ok, mais à petite dose quand même…

« The musical de Broadway… » commence par deux mots anglais et dissuaderait fort probablement les gens de continuer la lecture de la phrase. Le slogan retenu, lui, respecte bien cette règle implicite mais qui semble tout de même bien réelle.

« Le musical de Broadway live au théâtre Mogador » : Français/ anglais/ français/ anglais/ anglais/ français/ français/ français.

Vous pensez certainement que les publicitaires ne se disent pas tout cela, mais réfléchissez aux différentes exigences auxquelles ils sont confrontés : ils doivent proposer « plus » et, dans ce cas bien précis, non seulement vendre un spectacle mais, ce faisant, transporter le futur spectateur à New York, le faire rêver avant même le lever du rideau.

Pour cela, ils peuvent saupoudrer la phrase en français de quelques mots anglais. Mais ce saupoudrage doit être habile car trop de mots anglais dissuaderaient bien vite Français et Françaises… La compréhension, voilà bien entendu une autre exigence. Et de taille. La difficulté pour eux est de trouver un juste milieu. Voilà qui explique peut-être l’existence de ce drôle de sandwich, le « jambon & cheese » proposé par les restaurants McDonald’s…

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  • Anonyme

    J’habite en Angleterre et travaille comme traductrice. Un constat est que l’adoption de mots anglais est le côté immergé de l’iceberg. Car cela permet de changer la structure d’une phrase d’une tournure bien française en une sentence calquée sur la syntaxe anglaise. Nous y perdons la liberté et l’imagination de marier des mots pour reproduire, traduire en un mot, un esprit, ou une idée en une phrase dont la signification dérive de la juxtaposition des mots plutôt que d’un seul mot qui veut tout dire. Par exemple, que penser de la stratégisation quand ce qui veut être exprimé est l’élaboration d’une stratégie. Les exemples sont multiples et celui-ci n’est pas le meilleur. Je déplore cet état de fait mais y est recours lorsque je choisis la facilité. Pour en revenir à l’exemple donné dans l’article, quelle en aurait été la traduction bien française ? Au lieu d’interdire le recours aux mots étrangers, il serait d’abord nécessaire de comprendre que ce recours transforme notre langue et l’appauvrit. Cette compréhension est son seul salut et dépasse le débat de la protection linguistique. C’est une façon de penser (descartienne ?)qui est en jeu.

    • PétaouSchnok
      • Posté à 15h47 le 19/09/2007
      • Internaute 11586

      « ...mais y AI recours... »

      Nafink personal luv ;)

  • Anonyme

    Je voulais dire cartésienne. Désolée

  • Anonyme

    Ce qui personnellement m’énerve, c’est lorsque ce recours à l’anglais entraîne des fautes de français que personne ne remarque. Exemple : récemment, nous avons eu droit à un admirable navet titré « les Quatre fantastiques et le surfer d’argent ». Surfer, et non pas surfeur, ce qui est d’autant plus grave qu’en français, surfer est devenu un verbe. Plutôt que d’y aller franchement et titrer sur le Silver Surfer, on glisse subrepticement un anglicisme que personne, pas même un critique de cinéma d’un journal parisien que je connais, n’a semblé remarquer. Résultat : je m’énerve tout seul dans le métro quand je vois l’affiche et passe pour un jeune con (pourtant bilingue).

  • Thorgal46
    Thorgal46
    Informaticien dans le Lot
    • Posté à 11h44 le 18/09/2007
    • Internaute 4302
      Informaticien dans le Lot

    Alors moi, y a un truc qui m’échauffe la sensibilité francophone :
    à la fin de très nombreuses pubs télé, la derniére image mentionne le nom de la marque vantée et ajoute un slogan, une petie formule TOUT en anglais ! ! du genre « Think different », « Connecting people »...et autres conneries dans le genre !
    J’exagère un peu mais je sens mon identité française bafouée et colonisée par ces excès d’anglais totalement injustifiés.
    Suis je le seul ?

  • Anonyme

    Le mélange donne un truc completement ridicule. Soit c’est en anglais soit en français. Mais là je trouve leur slogan bizarre « de Broadway live au théatre » le mot live placé comme ça comme par hasard pour faire anglais ça me perturbe (tout comme « musical » parce que musical en français a un sens.)
    Après on s’insurge que les enfants font des fautes partout, mais entre le franglais et les texto on ne s’en sortira pas !

    • Anonyme

      Il ne faut pas oublier en effet que « musical » est aussi un mot français... en quoi dire « un musical » serait-il choquant ou incorrect ? Ce peut être juste une contraction de « spectacle de théâtre musical »... (comme on dit une « auto » au lieu d’une « voiture automobile »).
      Sinon autant être choqué parce que le mot « Lion » est aussi de l’anglais et traduire aussi « Broadway » par « Grand’rue ».
      Dans la proposition « Le musical de Broadway live au théâtre Mogador », je ne lis qu’un seul mot anglais traduisible : « live ».

  • Richard D Andernos
    • Posté à 19h02 le 20/09/2007
    • Internaute 8502

    Julie, jm bien votre articl ! je sui publicitair et jen remé1 couch,facon sms ! (lol)ca coute cher lortograf sur 1sms, ca bouf dé ligne et+ta 2lign +tu pé ! ! et si ce ke jécris tu le met en verlan... ! et si ce verlan tu le tradui en america-french ou l’invers, ca pourait etre ? : « King Noil a Dorgamo ! avec ma parol ! el theatr ricain eud broadway ! zi va ! c ouf ! ! » ps : je rembourse le théatre s’il n’y a pas tout le neuf-trois !

    • Anonyme répond à Richard D Andernos

      Après tout, c’est vrai, pourquoi pas non plus :
      « le muzikal 2 brodwé laiv o téatr mogador » ? !

  • Anonyme

    Le problème n’est pas de savoir si on parle français, anglais, ou chinois. Le problème est de savoir ce que signifie les mots dans notre inconscient. Une « comédie musicale », c’est un concert de rock donné au Palais des Congrès. Un « opéra bouffe », c’est une oeuvre d’Offenbach... etc... Dans le cas du Roi Lion, il fallait bien trouver un mot et le mieux dans ce cas là c’est de prendre le mot « original ».
    Une langue n’est vivante que si elle sert, que si elle signifie quelque chose... Et rien n’est pire pour elle que de la figer, cela devient du latin. Une langue morte, inadaptée à notre monde, ne pouvant parler ni de locomotive, ni d’ordinateur, ni de CO2...