Kawakami, maître du chindogu, l'art de l'invention presque inutile
Qui est Kawakami ? C’est l’inventeur du « chindogu », à prononcer « chinedogou ». En japonais, « chin » signifie « rare et étrange » et « dogu », « outil ». Kenji Kawakami invente effectivement des petits outils étranges. Mieux : il en fait un art.
L’homme fait des émules un peu partout autour de la planète : depuis quelques temps, les concours de Chindogu fleurissent. Aux Etats-Unis, des étudiants en architecture du prestigieux Massachusetts Institute of Technology à Boston ont fondé la MIT’s Unuseless Competition (« la compétition un-inutile du MIT ») en 2004. En France, Orange Innovation TV a lancé le 26 mars dernier un « concours des chindogus qui simplifient la vie numérique ».
Kenji Kawakami est bien l’inspirateur d’un mouvement mondial. Et continue de phosphorer, la preuve avec des lunettes équipées de petits ventilateurs pour ne pas pleurer quand on coupe les oignons. (Voir la vidéo)
Kenji Kawakami est japonais, il est ingénieur en aéronautique de formation, il a 63 ans et dit « détester le modèle japonais de production ». Pour exprimer son « sarcasme et sa désapprobation », il crée des objets « presque inutiles » : « presque » parce que les objets ont l’air utile, « inutiles » parce que les objets sont finalement inutilisables.

La barre pratique qui permet d’appuyer d’un seul geste sur les touches Ctrl-Alt-Suppr du clavier d’un PC (DR)
Kenji Kawakami a bien conscience de créer des choses finalement inutiles. Mais le Chindogu est une démarche qui se moque, justement, de l’utilité : à l’origine de tout chindogu, il y a le constat d’une petite difficulté quotidienne.
Ensuite, l’objet censé résoudre le problème démultiplie la complication et devient tout sauf... utile. Par exemple, la barre qui permet d’appuyer d’un seul geste sur les touches Ctrl-Alt-Suppr du clavier d’un PC, combinaison qui sert en cas de plantage de l’ordinateur.

Des sandales à balayette intégrées (DR)
C’est pourquoi l’un des dix principes fondateurs de l’art Chindogu précise qu’un chindogu ne peut être ni commercialisé ni breveté : s’il peut être utile.... alors ce n’est plus un chindogu !
En revanche, il doit « être réel » et ne doit pas rester à l’état d’idée. Les sandales avec pelle et balayette intégrées existent bel et bien -en tout cas, au moins un exemplaire. Même chose pour le passage piéton amovible.
Kenji Kawakami y tient : les chindogus ne sont pas là que pour faire rire. Un « esprit d’anarchie » doit également porter la création d’un chindogu : l’idée est de déconstruire la notion d’utilité. Et de montrer les limites du « tout utile ».
On ne peut que déconseiller aux jeunes parents d’investir dans la grenouillère qui met bébé à contribution pour ramasser la poussière : les services de protection de l’enfance risquent de ne pas apprécier.
Un Chindogu doit en outre être « innocent », « inoffensif » et dénué de « propagande ». Tout le monde doit pouvoir apprécier un chindogu. Huitième principe du chindogu : Kenji Kawakami refuse qu’ils s’attaquent à des tabous, qu’ils soient vulgaires, offensants ou indécents.
Le Géo Trouvetout nippon n’est pas un savant isolé dans sa folie douce. Il a sorti un premier livre en 1995 : « Les 101 inventions japonaises inutiles et farfelues », qui a été traduit dans plusieurs langues.
Devant le succès de l’ouvrage, il publie deux ans plus tard « 99 More Unuseless Japanese Inventions : The Art of Chindogu ». Il participe régulièrement à des émissions télévisées au Japon et sur la chaîne britannique BBC. (Voir la vidéo)

Kenji Kawakami a également fondé la International Chindogu Society, actuellement présidée par Dan Papia, un expert qui a fait connaître le mouvement hors du Japon.
D’ailleurs, si vous avez inventé un objet du goût de Kenji Kawakami, envoyez une photo à l’International Chindogu Society et ils vous diront si votre chindogu répond bien aux 10 principes du chindogu. N’hésitez pas, c’est inoffensif !
Si vous êtes en manque d’inspiration, voici une sélection de chindogus particulièrement réussis (Voir le diaporama)
► Rectifié le 7/7/09 à 15h09. Passage sur la traduction de « chin » et « dogu » du japonais au français.
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P**** ! Grace à cet article, je viens enfin de comprendre le sens des powerpoints sur les inventions inutiles japonaises, reçus par mail depuis des années ! A chaque fois, je me disais qu’ils sont cons ces inventeurs nippons. En fait, c’était moi le con...




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