140 morts après l'explosion de colère ouïgour en Chine

déploiement policier à Urumqi (DR)
(Mis à jour) Les graves émeutes qui ont éclaté dimanche à Urumqi, la capitale de la région autonome des Ouïgours, dans l’ouest de la Chine, ont fait officiellement 140 morts et plus de 800 blessés, les incidents les plus violents dans le pays depuis deux décennies. Des centaines de personnes ont été arrêtées, et le couvre feu a été imposé dans la soirée. Les incidents sont reliés à la mort de plusieurs ouvriers Ouïgours dans une usine de la province côtière du Guangdong.
C’est un nouveau craquement dans la façade de l’harmonie entre les Hans, largement majoritaires, et les différents peuples qui composent la République populaire de Chine.
Selon un témoignage qui nous a été transmis par un Riverain de Rue89, les manifestants ouïgours ont défilé dimanche après midi, drapeau chinois en tête pour bien montrer qu’ils n’étaient pas des « séparatistes », et réclamaient « Justice pour le Guangdong », c’est-à-dire pour des migrants ouïgours victimes de violences de la part de travailleurs Han dans la province du Guangdong à la suite de fausses accusations de viol.
Lorsque la police armée du peuple est intervenue, elle a d’abord utilisé des matraques électriques, puis a ouvert le feu. 17 personnes auraient également été écrasées par les véhicules de police. Certaines sources ouïgour estiment que le bilan pourraît même être supérieur aux 140 morts annoncés.
Les informations ont circulé très vite sur Internet, dimanche et via Twitter, des photos ont commencé à sortir de Chine, montrant l’important déploiement policier dans la capitale du Xinjiang (ci-contre), et les premières arrestations (ci-dessous). Mais dimanche soir, le bilan connu était de trois morts, c’est-à-dire très loin des 140 morts finalement annoncés lundi matin.
Des vidéos ont été déposées sur les plateformes chinoises mais ont été très vite « harmonisées », c’est-à-dire censurées par la cyberpolice selon le jargon des internautes chinois. Certaines refaisaient surface ailleurs, ou encore sur YouTube (voir la vidéo)... Les téléphones portables et le réseau internet ont été coupés dimanche en fin de journée, et Twitter.com a été bloqué dans toute la Chine lundi. Finalement, lundi, c’est la télévision officielle qui a diffusé les images les plus impressionnantes de ces violences, mais en montrant surtout des victimes Han.
Des représailles contre les Hans après un pogrom anti-ouïgour
Selon l’agence officielle Xinhua, des groupes de « personnes » [des Ouïgours selon toutes les informations officieuses] s’en sont pris à des passants et aux voitures dans les rues du centre. Des témoins ont affirmé que les émeutiers étaient armés de couteaux.
Des internautes ont rapporté des incidents qui se sont vite répandus dans la ville, impliquant plusieurs milliers de personnes.
Mais il s’agissait bien, selon le témoignage transmis par le Riverain de Rue89, de représailles après un pogrom anti-ouïgour qui s’est déroulé le mois dernier près de Canton, après des rumeurs sans fondements de viols de filles han commis par des travailleurs ouïgours d’une usine de jouets voisine.
C’est donc une simple rumeur malveillante à un bout de la Chine qui a conduit à un véritable massacre à des milliers de kilomètres de là.
La violence de ces événements a profondément choqué les Ouïgours. Des vidéos visibles sur le web ont été tournées par téléphone portable et montrent ces véritables batailles rangées entre ouvriers hans et ouïgours dans le quartier des travailleurs migrants de Canton, faisant plusieurs morts. Censurées elles ont ressurgi sur YouTube, et ont pu être vues par de nombreux Ouïgours, rendus furieux par cette violence ethnique dirigées contre les leurs. (Voir les vidéos)
Les autorités, pour leur part, ont mis en cause une opposante ouïgour expulsée il y a quelques années aux Etats-Unis après un long séjour en prison, Rebiya Kadeer, dirigeante du Congrès mondial des Ouïgours. Cette organisation a démenti avoir joué un rôle dans l’explosion de violence d’Urumqi.
Les relations entre les Ouïgours, turcophones et musulmans, et les Hans sont tendues depuis des années. Au Xinjiang, le Far West de la Chine, l’afflux d’immigrants hans venus des autres régions de Chine est en train de modifier profondément l’équilibre démographique de cette région qui, lorsqu’elle a été annexée par le pouvoir communiste de Mao Zedong en 1949, était exclusivement peuplé de Ouïgours et de quelques autres minorités musulmanes.
Le séparatisme, hantise du pouvoir central à Pékin
Aujourd’hui, près de la moitié des 20 millions d’habitants du Xinjiang sont Han, bien souvent des paysans pauvres venus de l’Est et du Centre de la Chine
Les migrants ouïgours dans le reste de la Chine sont également la cible de discriminations : à Pékin, on dit volontiers « un Ouïgour » quand on veut parler d’un voleur...
Au Xinjiang, comme au Tibet dont le sort est très proche, le pouvoir central maintient une autonomie de façade mais contrôle directement les populations locales de peur de poussées « séparatistes », doublées au Xinjiang, région située au coeur de l’Asie centrale, de la grande peur de l’islamisme et d’Al Qaeda.
Récemment, la Chine a protesté après la libération par les Etats-Unis, d’un groupe de Ouïgours chinois qui étaient détenus depuis plusieurs années à Guantanamo. La Chine réclamait qu’ils leur soient livrés, mais l’administration Obama a préféré les libérer à Palaos, un archipel du Pacifique.
Ces violences d’Urumqi rappellent les violences qui se sont produites à Lhassa, la capitale du Tibet, en mars 2008, lorsque des milliers de Tibétains s’en sont pris à tout ce qui rappelait la présence han dans leur province, lynchant des passants et détruisan des boutiques et des agences bancaires. Urumqi présente de ce point de vue une caractéristique : ville moderne, elle est à majorité Han, et les décalages de niveau de vie y sont très nets entre les fonctionnaires et hommes d’affaires Han, et les commerçants, employés ou vendeurs dans la rue ouïgours.
Dernière photo : Urumqi en 2005, avec le quartier Ouïgour au premier plan, et la ville Han au fond (P. Haski/Rue89)
►Mise à jour le 07/07/2009 à 13h30 avec le témoignage d’un Riverain sur le déroulement des incidents.
- Sur Rue89Pékin réclame les Ouïgours de Guatanamo libérés à Palaos
- Sur Rue89Qui sont ces « terroristes » qui menacent les JO de Pékin ?
- Sur wikipedia.orgLa fiche du Xinjiang sur Wikipédia
- Sur reuters.comRiot strikes China's Xinjiang region capital
- Sur lemonde.frChine : Graves émeutes à Urumqi. Des milliers de manifestants ouïgours (Turkestan - Xinjiang), sur le blog de Sylvie Lasserre
- Sur farwestchina.comXinjiang Crippled by Urumqi Riots; Curfew Set , sur FarWestChina.com
- Sur sina.com.cnLes images de la télévision chinoise
- Sur rue89.comTous les articles sur les Ouïgours
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Vôtre article comporte un certain nombre d’erreurs factuelles.
Par exemple, vous affirmez que le Xinjiang fût annexé à la Chine en 1949 : il n’en est rien, car le Xinjiang (connu alors sous le nom de territoires de « Xiyu », cad « contrées occidentales » fût rattaché à l’empire sous la dynastie mandchoue des Qing (1644-1911) ( cf Lien )
Je rajoute que cette partie de l’Asie centrale (autrefois appelé le Turkestan oriental ou chinois par les historiens occidentaux) fût un protectorat chinois dès le règne de l’empereur Han Wudi (156 av. J.-C. - 87 av. J.-C.), grâce aux missions de reconnaissance de l’Asie centrale menées en son nom par Zhang Qian de -139 à -126. Donc parler des Chinois, comme d’un « corps étranger » dans la région témoigne d’une réelle méconnaissance de l’histoire de la région !
Il ne faut pas non plus simplifier à l’excès le peuplement de la région en présentant le Xinjiang comme une région exclusivement ouïghoure : les brassages et les mouvements de population ont été tels depuis 2000 ans que les Ouïgours (45 %) cohabitent depuis des siècles avec les Hui (Han musulmans) et les Han (les 2 ethnies représentent 41 % de la pop. totale du Xinjiang au dernier recensement), les Kazakh (7 %), les Kirghiz (0,9 %), les Mongols (0,8 %), les Dongxiang (0,3 %), les Tadjiks (0,2 %), les Xibé (0,2 %), les Russes, les Tatars, les Ouzbek, les Daur, les Miao, les Tibétains, les Tujia, etc. (cf Lien)
Je trouve enfin que l’utilisation d’un terme fort comme celui de « pogroms » est tout à fait injustifié ; vous voulez certainement faire un parallèle odieux entre la situation des Juifs d’Europe orientale au XIXè s. et les Ouighours en Chine aujourd’hui ; où avez-vous vu que le gouvernement chinois organise le massacre de Ouighours comme ce fût le cas lors des pogroms de juifs pilotés et justifiés par le gouvernement tsaristes !
A vous lire, il me semble que vous plaquez la théorie du « clash of civilizations » de Samuel Huntington à la Chine, théorie qui place l’élément religieux comme principal facteur d’explication des conflits et dont on voit les limites à l’heure actuelle ...




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