Ysfael, éleveur de champions sur World of Warcraft
Ils sont aujourd’hui plus de 11 millions à faire déambuler un avatar virtuel dans les royaumes fantastiques de World of Warcraft. Et certains en ont fait un business : les « power levelers », qui boostent, moyennant finances, les capacités d’un personnage. L’un d’eux a accepté de témoigner.
Les personnages de « WoW » franchissent en effet des niveaux au fur et à mesure des tâches accomplies dans le jeu. Certains joueurs veulent exploiter à fond le potentiel de leur personnage sans enchaîner les nuits blanches.
De nombreux sites Internet offrent de confier son personnage à un tiers. Ce peut être un « bot », un programme qui prend le personnage en main, ou un humain. Entre 80% et 85% des « power
levelers » seraient basés en Chine, selon l’étude de l’université de Manchester -le gouvernement chinois s’en inquiète.
« Je jouais treize ou quatorze heures par jour »
Ysfael (c’est son pseudo), lui, est français. Il a 17 ans et a codirigé WoW Angels, une « team » de « power levelers ».
« A un moment, j’en ai eu assez de jouer, j’ai voulu faire monter mon personnage sans trop d’efforts. Je me suis alors adressé à un “power leveler”. Au bout de quelque temps, nous sommes devenus associés, et avons créé un site et un forum pour présenter nos tarifs et recueillir les demandes. »
Rapidement, une équipe se met en place :
« On a recruté une quinzaine de personnes pour bosser avec nous, principalement des étudiants. Pour nous rejoindre, il suffisait de demander. La seule condition, que nous mettions un point d’honneur à vérifier chez les candidats, c’était de vraiment aimer jouer à WoW.
De toute façon, c’est indispensable pour ce boulot : certaines commandes pouvaient prendre jusqu’à deux semaines ! Personnellement, je pouvais passer treize ou quatorze heures par jour sur WoW. Il m’arrivait de me lever vers midi et de travailler jusqu’à 6 heures du matin. »
Pour attirer le client, certains « power levelers » se postent près de lieux virtuels stratégiques dans le jeu. Ils n’hésitent pas à aborder les autres personnages pour leur proposer leurs services.
Une méthode qu’Ysfael assure s’être toujours refusé à utiliser, pour ne pas « pourrir le jeu des autres ». Le bouche à oreille suffisait pour acheminer la demande jusqu’à son équipe, assure-t-il.
« L’équipe a gagné plus de 10 000 euros »
Pendant les deux mois et demi où Ysfael a fait partie de l’équipe, WoW Angels a traité les commandes d’une cinquantaine de clients, pratiquement tous français. Des passionnés prêts à débourser entre 10 euros, pour faire passer leur personnage au niveau 20, et plus de 200 euros, pour un « pack » comprenant la création d’un personnage et son élévation au niveau 80.
« Nous recevions les virements via le site de paiement en ligne Paypal. Au total, l’équipe a gagné plus de 10 000 euros.
Les bénéfices se répartissaient de la manière suivante :
- pour leurs trois premières commandes, les “power levelers” touchaient 60% du prix, 30% allaient à l’entretien du site, et mon associé et moi touchions
chacun 5%.- pour les commandes suivantes, c’était 80% pour les “power levelers”, 10% pour le site, et toujours 5% pour les deux gérants.
Mon gain personnel s’est monté à 3 000 euros environ. Une somme que j’ai presque intégralement réinvestie dans l’entretien de notre site. »
Contacté, un autre membre de l’équipe, qui n’y sera resté lui que deux semaines, assure avoir gagné environ 300 euros sur cette durée.
La contre-attaque de l’éditeur, Blizzard
Sont-ils nombreux en France à s’être lancé sur ce marché ? Une rapide recherche sur Internet permet de trouver d’autres équipes françaises, certaines proposant des services plus élaborés pour des sommes pouvant monter jusqu’à 400 euros. Mais pour Ysfael, la concurrence venait d’ailleurs :
« Il n’y a pas beaucoup de “power levelers” français. On se fait écraser
par les “teams” étrangères, surtout les chinoises, dont les prix sont
très bas : les mecs bossent comme des fous pour pas grand-chose.“fael
L’éditeur du jeu, Blizzard Entertainement, n’a pas répondu à nos questions. Le réglement interne de World of Warcraft proscrit ‘tout délivrement de service à l’intérieur du jeu en échange d’un paiement en dehors du jeu, par exemple le power leveling’. Selon une enquête du New York Times réalisée en 2007, Blizzard s’efforce d’identifier et de fermer les comptes associés aux ‘power levelers’.
Les joueurs recourant à leurs services risquent une fermeture temporaire de leur compte, et se répandent en témoignages désabusés sur les forums. L’un d’entre eux, philosophe, conclut :
‘Bon ben je vais en profiter pour sortir prendre l’air.’
Illustration : un personnage de World of Warcraft (Chanchan222/Flickr).
- Sur 01men.comComment World of Warcraft rend accro
- Sur numerama.comLa Chine met fin au "gold farming" dans les jeux vidéo
- Sur nytimes.comUne enquête du New York Times sur les "fermiers d'or" chinois (en anglais)
- Sur manchester.ac.ukL'étude de l'université de Manchester sur le "gold farming" et les "power levelers" (en anglais)
- Sur rue89.comJeux vidéo en ligne : faire payer moins cher mais plus souvent
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Exilé
Exilé
Le type est malin sans aucun doute, félicitations.
Pour ce qui est de WoW, je pense qu’une bonne partie de l’opinion ignore que ce jeu, dans son principe même (et non parce que c’est un jeu vidéo) est en train de progressivement faire disparaître une bonne frange des 15-25 ans de la surface de la société. Cela pour plusieurs raisons, et je tire ces conclusions de mon expérience et de celle de mes amis :
- WoW n’est pas un jeu social comme beaucoup de jeu multijoueurs se pratiquant dans les salles de jeu en réseau. On joue beaucoup individuellement, pour améliorer son personnage, le jeu « collectif » en guildes ne se joue que plus tard.
-Pour beaucoup de gens ayant fréquenté les salles de jeu avant l’arrivée de WoW, ce dernier a « tué » le LAN (Local Area Network, le jeu multijoueur en salles). Les ordinateurs sont monopolisés par des types dégueus qui ne se sont pas lavés depuis 24h, et passant leur temps sur leur écran sans intéragir avec leurs voisins, tout en criant un éventuel (et ridicule) « ah merde *tel monstre* ». Le jeu multijoueur est avant tout convivial.
-Nombreux sont les personens en échec scolaire (ou cas sociaux) à force de jouer des dizaines d’heures d’affilée (souvent durant la nuit) pour atteindre des objectifs un peu futiles (il faut jouer énormément pour devenir bon dans WoW). Ce sont des gens intelligents (WoW reste un jeu complexe) qui sont en train d’être anéantis, et je comprends la réaction du gouvernement chinois. Un ami à moi a échoué deux fois sa première année d’université parce qu’il ne savait partager son temps entre cet hobby et le boulot, la vraie vie (IRL), la famille, les amis, les sorties. Bref ca ne répond plus à son portable, ca dort la journée et ca ne fait que de la merde. Je ne généralise pas mais les cas comme ca sont nombreux.
-WoW est en train de détruire l’industrie du jeu PC en monopolisant l’attention de bons nombre de joueurs qui s’intéresseraient autrement à des jeux de qualité.




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