Sanofi Aventis : les rumeurs sur l'insuline « ne changent rien »
Sale temps pour Sanofi-Aventis, numéro quatre mondial du médicament. Après l’annonce jeudi du retrait progressif de son antidouleur Di-Antalvic, le laboratoire a vu son titre boursier dégringoler sur des rumeurs de cancer provoqué par son antidiabétique Lantus (ou insuline glargine) vendredi. Et a dû sortir l’artillerie lourde de la communication ce lundi pour rattraper le mauvais coup porté par l’article paru dans la revue diabetologia.
Opération réussie puisque le titre Sanofi-Aventis qui avait chuté de plus de 12% en fin de semaine à la bourse de Paris s’est refait à +1,46% ce lundi.
Pourtant, renseignement pris auprès d’un des plus grands diabétologues français, l’analyse signée de l’association européenne pour l’étude du diabète n’apporte rien et ne va pas lui faire changer ses prescriptions. Le professeur André Grimaldi, chef de service à l’hôpital de la Pitié-Salpétrière (Paris), resitue cette affaire dans son contexte :
« Ce qui est scandaleux, c’est qu’on apprend la publication de cette étude par les banques, puis par médias, pas par les agences ou les associations professionnelles. Ça me rappelle l’affaire de l’Avandia de GSK : en 2006, cet autre médicament pour le diabète, a été torpillé par un article l’accusant d’augmenter les risques d’infarctus. L’affaire vient de se conclure par un non-lieu pour le labo, mais les médias n’ont pas repris l’information et en attendant, le médicament a été mis au tapis au profit de ses concurrents. »
Un article du Monde a décrit la façon dont la nouvelle a fuité des concurrents de Sanofi en direction des analystes financiers, laissant penser à une tentative de déstabilisation.
Plus de risque seulement chez les obèses
Mais quand on regarde de près et l’étude et le médicament en question, on s’aperçoit qu’il n’y a pas grand chose de neuf.L’étude publiée par l’Association européenne d’études sur le diabète est un suivi rétrospectif de patients diabétiques en Allemagne (127 031 personnes), en Suède (114 841), en Ecosse (49 197) et au Royaume-Uni (10 067).
Ces registres croisent les survenues de cancer chez les patients diabétiques, sans que l’on ne sache rien sur eux, ni s’ils fument, ni leur poids, ni rien de précis permettant d’isoler le risque lié à la prise du Lantus. L’association elle-même conseille aux patients diabétiques de poursuivre leur traitement et plaide simplement en faveur d’un approfondissement des recherches.
Pour le professeur Grimaldi, les conclusions sont d’autant plus complexes à tirer que « tout ce qui entraine un excès d’insuline est un facteur ou un marqueur de cancer ».
Il est essentiel pour lui de distinguer le cas des diabétiques de type 1 (dits insulinodépendants, environ 150 000 personnes en France) et les diabétiques de type 2 (dit gras ou de la maturité) insulinotraités (250 000 personnes), ce que l’étude ne fait pas. Il précise que :
« pour les diabétiques de type 1, il n’y a pas de surrisque liée à l’insuline, mais pour les type 2, l’étude allemande montre que l’insuline glargine ou Lantus serait plus à risque mais on ne connait ni le poids ni la durée du diabète des patients. »
En conclusion, ce professionnel estime que ces articles soulèvent une hypothèse, à confirmer ou à infirmer, mais ne permettent pas tels quels de trancher : chez les diabétiques obèses le cancer pourrait être causé par bien d’autres facteurs. Tout ce qu’il conclut : « pas de panique, cela doit seulement permettre d’approfondir les recherches. »
Un rapport bénéfices/coût limité
Mais le Lantus, c’est une histoire de gros sous pour Sanofi-Aventis : c’est le médicament dont, selon Reuters,
« de nombreux analystes estiment qu’il pourrait représenter la deuxième plus forte vente de cette année, afin de compenser la perte de vitesse de ses autres médicaments phare, Plavix et Lovenox, concurrencés par les produits génériques. 2,84 milliards d’euros de chiffre d’affaire sont espérés en 2009 ».
Un médicament qui s’est imposé alors que son rapport bénéfices/coûts n’est pas des plus convaincants. Comme l’explique André Grimaldi :
« L’insuline glargine (Lantus) apporte un bénéfice certain aux diabétiques de type 1 mais chez les diabétiques de type 2 le bénéfice est beaucoup plus réduit et limité seulement à un peu moins d’hypoglycémie. Or il vaut 60% plus cher que ses prédécesseurs... Je ne le prescris donc que modérément aux diabétiques de type 2. »
Si pour lui il est « urgent d’attendre », pour Sanofi il est urgent de communiquer. Dans la conférence de presse de ce lundi soir, le labo s’est empressé de répondre à la « confusion et à l’anxiété des patients » en leur expliquant qu’il faut avoir « confiance dans Lantus considéré comme efficace et sûr » et que « le rapport coûts/risques reste inchangé ».
Du coté de l’AFSSA et de l’Agence européenne du médicament, on assure déjà qu’il ’n y a pas de danger, qu’il faut poursuivre son traitement, mais que de nouvelles investigations seront menées sur les liens éventuels entre cancer et traitement à l’insuline.
Photo : un diabétique s’injecte lui-même son insuline (Lucy Nicholson/Reuters).
- Sur Rue89La France se résout enfin à retirer le Di-Antalvic du marché
- Sur Rue89Chez Sanofi, on peut balancer son collègue en toute illégalité
- Sur diabetologia-journal.orgL'étude de la revue Diabetologia
- Sur dbee.comLe communiqué de Sanofi-Aventis
- Sur europa.euLe communiqué de l'agence européenne du médicament (en anglais)
- Sur 20minutes-blogs.frUn article sur le même sujet sur le blog Pharmacritique
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informaticien
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Vaut il mieux :
- mourir de la maladie ?
- ou mourir des effets secondaires du médicament qui nous soigne ?
En même temps, dans le cas du diabète de type I, la question ne se pose pas vraiment... Le diabète n’est pas une maladie, c’est un syndrome dû à l’arrêt total d’une fonction essentielle de l’organisme - et cet arrêt est d’origine auto-immune. Une fois le processus de défaillance du pancréas, la survie hors traitement de substitution est donc de l’ordre de quelques semaines.
C’est comme vouloir traiter une ablation totale des reins, d’un bras ou du coeur avec de l’homéopathie...
Côté effets secondaires, l’insuline est le traitement avec le moins d’effets secondaires, puisque ce n’est pas un traitement mais une simple substitution - les type II ont nettement plus de problèmes avec leurs médicaments de synthèse. Une insuline naturelle ne pose pas de problèmes, à part les aspects liés au dosage toujours délicat.
Sur cette insuline, il est plus que probable que l’hormone n’est pas en cause. Ce qui est vraissemblablement en cause :
- soit l’injection d’insuline sur des T2. Sachant que le gros problème des T2 n’est pas la défaillance du pancréas (c’est une conséquence indirecte), mais la résistance à l’insuline. Du coup, il faut injecter des doses massives d’insulines, et l’insuline à forte dose a toujours posé des problèmes (augmentation du risque cardiaque). De plus, les T2 ont un terrain cancérigène endogène (résistance à l’insuline > facteur d’inflamation > radicaux libres).
- il s’agit d’une insuline lente. C’est très utile pour remplacer la fonction basale du pancrés, mais le ralentissement du passage de l’insuline dans le sang passe par son mélange avec d’autres principes actifs. Ces principes actifs ont beaucoup plus de chances de produire des effets secondaires que l’hormone elle-même.
En plus, les alternatives non synthétiques pour l’insuline ne font pas spécialement plus envie...
D’origine humaine, cela pose un problème éthique et sanitaire : prélèvement sur des cadavres, risque de nouveau scandale type sang contaminé ou hormone de croissance...
D’origine animale, cela pose d’autres problèmes : insuline non-humaine, risque de zoopathie, cruauté envers les animaux...




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