Du bon usage de Twitter dans le nouvel écosystème de l'information
Comment les médias, et d’autres, peuvent-ils et doivent-ils ajouter de la valeur au nouvel écosystème de l’information qui est utilisé dans la couverture de l’Iran ?
Ou tournez la question autrement : le New York Times continue d’expliquer à quel point il est onéreux d’avoir un bureau à Bagdad et dans quel pétrin il serait sans ce bureau.
Mais à Téhéran, aucun média n’a de bureau (et pour ceux qui en ont, il a été rendu inutilisable par un décret gouvernemental). Ainsi, nous n’avons pas d’autre choix que de remplacer ce bureau par des gens, par des témoins autorisés à partager ce qu’ils voient.
Twitter et Facebook passés au tamis
Le New York Times, le Guardian et Andrew Sullivan, pour en nommer trois, font un travail impressionnant avec leurs blogs en direct, passant au tamis Twitter, Facebook, YouTube et des blogs, essayant d’ajouter autant de contextualisation et de mises en garde qu’ils le peuvent.
Le « live blogging » est l’équivalent pour l’écrit de la télé en direct, c’est le moyen de couvrir un événement tel que celui-là : un « journalisme de processus » plutôt qu’un « journalisme de produit ». Mais dans cette couverture des gens par les gens, nous nous heurtons à un sévère problème de filtrage, pour utiliser le terme de Clay Shirky.
Regardez les centaines de tweets qui émergent à chaque minute et l’abus du mot « confirmé », qui est sans signification si vous ne savez pas qui confirme. Il n’y a aucun moyen de dire qui est qui, qui est là, qui dit la vérité, qui ne la dit pas.
Les médias doivent constituer leurs réseaux de témoins
Notez ce mot : qui. La plus grande valeur qu’un média peut apporter à ce nouvel écosystème de l’information est d’identifier, d’organiser, de passer en revue et de former les gens. Idéalement, cela doit se faire avant que l’événement éclate.
Mais cela peut se produire à l’extérieur du pays, comme j’ai vu CNN le faire un matin, en parlant avec un étudiant de l’université de Columbia originaire d’Iran, qui savait ce qui était réel et qui était là grâce à son réseau de proches et d’amis.
Bien sûr, même si vous connaissez les gens que vous écoutez, il est impossible de savoir si tout ce qu’ils disent est vrai, à moins de pouvoir le vérifier par soi-même. Mais c’est bien le problème : vous ne pouvez pas le vérifier. Donc, vous avez besoin d’une longueur d’avance.
Plus le réseau de gens qu’un média peut assembler est important, plus il sera efficace lorsqu’un événement surviendra, mieux il pourra filtrer les informations qui arriveront, qu’elles proviennent de gens à l’intérieur ce réseau ou de gens dans un réseau plus large que les premiers connaissent.
Plus il y a de gens dans le réseau, plus vous pouvez aller près de l’événement, plus vous pouvez demander de l’aide.
Global Voices est un exemple de ce type d’infrastructure : quelqu’un qui connaît quelqu’un qui connaît quelqu’un, chacun étant capable de juger ce que le prochain dans la chaîne est en train de dire.
Un journaliste doit aussi dire ce qu’il ne sait pas
J’ai aussi souvent expliqué que, pour les journalistes, dire ce que vous ne savez pas devient aussi important que de dire ce que vous savez. C’est d’autant plus décisif que les fausses informations et les rumeurs peuvent se répandre à la vitesse de l’information en ligne.
Donc, j’imagine un média qui créerait une sorte d’anti-wiki, un Snopes dynamique et participatif : une liste de ce que nous ne savons pas, pour que nous puissions repérer ce qui n’est pas confirmé et pour que ces éléments puissent l’être, pour que les journalistes puissent ajouter du journalisme.
Sur Twitter, à présent, par exemple, je vois beaucoup de choses sur des gens qui sont accompagnés dans des ambassades plutôt que des hôpitaux.
Il est possible pour des journalistes d’appeler leurs sources diplomatiques et d’avoir au moins la confirmation de cela. Nous avons besoin de structure autour de ce processus.
Voyez aussi cet autre post au sujet de YouTube qui détient une information unique sur la provenance de ses vidéos. YouTube ne devrait révéler aucune information permettant d’identifier ces sources. Mais les médias devraient être capables de contacter YouTube pour l’aider à les passer au crible et savoir au moins lesquelles proviennent d’Iran.
Les médias pourraient aussi équiper leurs réseaux de témoins. Alive in Baghdad a distribué des caméras. Aujourd’hui, cela peut être fait à des coûts nettement inférieurs, pensez aux caméras Flip [des micro-caméras de la taille d’un téléphone portable, ndt]. Bild en Allemagne a vendu 21 000 de ce type d’appareils en cinq semaines. Michael Rosenblum envisage de distribuer 100 Flip à Gaza.
Comment, autrement, les médias pourraient-ils et devraient-ils ajouter de la valeur et de la structure à ce nouveau monde de l’information désorganisé et vivant ?
- Sur Rue89Twitter, l'Iran et les limites de la révolution en direct
- Sur Rue89Journalistes, qu'ajoutez-vous comme valeur à l'information ?
- Sur buzzmachine.comLe post original, sur Buzzmachine, le blog de Jeff Jarvis
- Sur slate.comDoubting Twitter, sur Slate.com (en anglais)
- Sur liberation.frIran, la révolution Twitter?
- Sur rue89.comNotre blog "Presse sans Presses"
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Littéral
Littéral
Malaise dans l’information.
La crise est culturelle qui dure depuis longtemps.
Depuis les années 60.
L’enseignement de la culture générale est en pleine faillite.
Nous sommes soumis à une telle somme d’informations qui circule si rapidement d’un bout à l’autre de la planète que nous nous trouvons dans la situation de ne rien comprendre à ce qu’on nous dit, à ce qu’on nous montre, aux gestes qu’on nous envoient qui nous paraissent obscurs.
Malgré les tentatives des conservateurs, sinon de couper les flux d’information, au moins de les censurer sévèrement, il est maintenant impossible d’empêcher ce déversement continuel de messages, de partout.
Même les dictatures féroces ne peuvent en venir à bout. Il faut s’y faire.
Il n’y a pas d’autre voie que de devenir plus intelligents que nous le sommes.
Il n’y a pas d’autre moyen que de renforcer l’éducation afin que nous puissions analyser avec rigueur et hiérarchiser les informations que nous recevons. Nous devons mettre au moins les méthodes efficaces pour assumer ces flux.
Évidemment, les universités et les grandes écoles produisent des experts de plus en plus spécialisés. Mais il faut aussi des généralistes, ô combien !
L’intelligence de l’information est devenu une nécessité vitale. Les analystes sont peu nombreux.
Il nous faut encore plus de libertés pour créer, pour exercer notre curiosité critique, pour savoir plus, pour penser mieux, le monde tel qu’il nous apparait maintenant depuis les individus eux-mêmes.
L’Autre nous parle depuis là où il vit.
Un journaliste qui n’a pas lu 3000 livres à 30 ans est un jean-foutre.




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