tribune 20/06/2009 à 19h00

Université : le gouvernement n'a pas reculé d'un décret

Denis Guedj | Universitaire et écrivain

Historique ! Un mouvement débuté juste après le Jour de l’An, qui se poursuit jusqu’aux vacances d’hiver, persévère jusqu’à Pâques, traverse avec légèreté trois « ponts » successifs, Ascension, 8 Mai, Pentecôte. Qui le mènent, toujours aussi obstiné, jusqu’à l’orée de l’été.

Une demi-année ! Qui l’aurait imaginé ? Alors qu’en 1968 le mouvement n’avait duré que cinq semaines)est en soi une victoire, cette durée inédite donne la mesure de notre engagement et de notre persévérance. Les pressions, les chantages, la désinformation, les articles assassins, sans compter les gesticulations des bouffonnes associations de parents d’étudiants (sic), n’y ont rien fait. Nous n’avons pas cédé, ils ne nous ont pas réduits.

Mais ils n’ont pas reculé d’un décret. C’est cela qu’il nous faut gérer. La plus grande richesse d’un mouvement réside dans les individus qui le composent. Nous ne disposons ni d’argent, ni d’armes, ni des lieux de pouvoir, ni des lieux d’information, nous sommes notre seule force.

Nous avons pour nous notre intelligence, notre créativité, notre imagination, notre obstination, notre refus intransigeant de nous soumettre à des coups de force contre la pensée. Cette richesse, il nous faut la protéger en veillant à ce que les combats que nous menons ne nous affaiblissent pas, mais au contraire nous renforcenthumainement, philosophiquement et politiquement.

Hormis les « revendications » (préférons le terme « exigences »), qui s’adressent à l’adversaire, une lutte a principalement pour objet de nous donner toutes les raisons de poursuivre le combat entamé et de ne pas laisser se rompre les solidarités et les amitiés tissées pendant et par le conflit.

Décider nous-mêmes de l’issue du conflit

Voilà pourquoi il est décisif que nous décidions nous-mêmes ce qui est pour nous victoire ou défaite. C’est-à-dire que nous décidions de « ce qui compte » POUR NOUS. Ce que je dis n’est en rien un renfermement sur nous, mais une affirmation que nous sommes la source des luttes que nous menons. Le maintien des décrets ne signe en rien une défaite du mouvement, ceux qui espéraient que la reprise des cours et des examens mettrait fin aux mouvements, n’ont vraiment rien compris.

Grève, blocage, examens, rétention des notes, refus de participations aux jurys étaient des figures circonstanciées de notre lutte. Nous ne sommes pas fétichistes. Dès janvier, nous savions que le gouvernement ne reviendrait pas sur ses décrets et que ce qu’il désirait avant tout était de nous infliger une défaite radicale pour mater enfin ce monde universitaire et de la recherche non pas rebelle, oh non ! mais rétif. .

Il s’agissait d’un règlement de comptes avec un milieu social porteur de valeurs qui le dépassent. En agissant avec une telle haine, il perdait toute légitimité. Ce gouvernement n’est plus pour nous un interlocuteur valable. Ainsi, libérés d’avoir à attendre et à analyser ces gesticulations, nous avons pu mener nos luttes avec nos propres logiques, sereins, inventifs, finalement apaisés.

La force de ce mouvement :

  • Le nombre et la diversité des acteurs. Pour la première fois et de façon durable, toutes les composantes de l’université, et des labos, enseignants chercheurs, administratifs, étudiants, se sont unis et ont mené ensemble une lutte non corporatiste. Et, remarquable, la présence importante de retraités, qui, grâce à « l’ouverture » du mouvement, ont pu se l’approprier et trouver leur présence légitime dans ces combats. Ils étaient là, non par solidarité, mais en acteurs.
  • La dimension géographique. Le mouvement a innervé le territoire entier. Pas une ville qui ne soit « touchée ». Pas un établissement universitaire, pas un labo qui ne se soit investi dans la lutte. Que d’enseignants, de chercheurs, d’étudiants, d’administratifs qui ont vécu là pour la première fois l’expérience grisante du combat
    social.
  • L’auto organisation du mouvement. À aucun moment, nous nous sommes laissés déposséder de l’initiative et des décisions à prendre. AG fréquentes, comité de grève, comité de mobilisation, élection des délégués aux différentes coordinations. Aucun regroupement n’a chapeauté le mouvement, aucun syndicat n’a voulu ou pu négocier sans nous et contre nous. Qui peut citer le nom d’un seul leader ? Les médias n’ont pas réussi à « isoler » l’un d’entre nous, pour en faire un leader qui leur aurait permis de placer le Un à la place du Nous.
    Est-ce une partie de l’explication de la pérennité, de l’obstination, de l’inventivité dont le mouvement a fait montre. Porte-parole qui ne monopolise pas la parole, la Coordination Nationale des Universités renouvelée tous les quinze jours, réunie dans une ville différente qui assure son accueil, a pleinement joué son rôle.
  • L’incroyable inventivité des formes de lutte et de résistances Cours hors les murs, ligne de métro transformée en Amphi, la ligne 14 ! Les « Procès » de ministres. La Marche de Tous les Savoirs. La Nuit des Universités à Paris 8, l e vendredi 12 juin. Lancée par l’université de Pau, l’opération Escargot Electronique, partie à l’assaut des boîtes de courriers électroniques officielles, les ensevelit peu à peu sous un raz-de-marée de courriels de protestations. Les innombrables actes de désobéissance, de refus, 3000 instituteurs et directeurs d’écoles entrés en dissidence, les refus administratifs répétés.

Comme elle se l’était promise, la Ronde Infinis des Obstinés a repris ici ou là, intempestive. Sa mobilité focale a fait place à une mobilité géographique. Nous avons gagné une dimension. Nous tournons sur nous-même et dans la ville. Sur le parvis du Panthéon, à la BNF (Bibliothèque nationale de France), aux côtés des bibliothécaires en grève, à Beaubourg pour accueillir les marcheurs obstinés partis de Chartres quatre jours plutôt.

« Darcos, on te voit »

Nous girons rue de Grenelle, où gît le Ministère. « Darcos, on te voit ! » Et dès mardi, durant cinq jours, du 2 au 6 juin, de 12h à minuit devant le Panthéon, pour une ronde « européenne » . Sans oublier la métaronde, la Ronde des Rondes, où par-delà la distance, dans une dizaine de villes, les Rondes ont tourné ensemble.

Que ces rondes ne cachent pas la forêt des actions multiples, singulières qui fleurissent aujourd’hui dans des facs où les cours ont repris et où les examens ont lieu. Qui imagine que l’été nous consumera et que nous ne rependrons pas nos activités pour leur offrir une belle rentrée !

Le gouvernement a quelques soucis à se faire. Nous l’avertissons que cette lutte a produit des dizaines de milliers d’individus durablement engagés dans la résistance, qui ont plus encore qu’avant un compte à
régler avec lui et avec la société qu’il veut nous imposer.

Serons-nous capables de poursuivre et d’amplifier notre lutte, de résister à leurs attaques, de ne pas nous défaire ? Seront-nous capables de résister aux sollicitations insidieuses et pleines de bon sens des « réformistes » toujours si réalistes, si pragmatiques, si ouverts, si modernes et qui toujours ont fini par nous faire un enfant dans le dos ?

À travers cette lutte collective, nous avons éprouvé ce que la lutte a de formateur, de mise en pratique de l’amitié entre égaux. Et de plaisirs.

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  • a déménagé le 4 février 2011
    • Posté à 20h10 le 20/06/2009
    • Internaute 51971

    « Nous avons pour nous notre intelligence », de cela aucun doute, parole de « perroquet » (allusion à votre lumineux ouvrage).
    Girez, girez et soyez entendu !

  • Tinhinane
    Tinhinane
    Médiatrice scientifique
    • Posté à 21h41 le 20/06/2009
    • Internaute 4901
      Médiatrice scientifique

    Ce que vous dites et « vrai », vous connaissez le sens de ce terme dans toutes ses acceptions, dans divers circonstances, vous connaissez sa force, sa puissance, sa vulnérabilité également. Pour le président de la République et son gouvernement il y a une réalité tangible, les résultats des élections européennes et la fragmentation du mouvement social, leur permet de continuer leur chemin selon leur propre logique et avec leurs méthodes. Ils imposent leur volonté et continue leur route vers leurs objectifs.

    Pour l’instant on en est là, je ne sais pas de quoi sera fait demain quand le désespérance et la colère supplanteront peut-être le courage et l’optimisme de peu de personnes, le fatalisme et le découragement du plus grand nombre et les fanfaronnades des triomphalistes d’aujourd’hui...

    Pour l’instant, je me dis qu’en ses jours sombres, la flamme du soldat inconnu ne suffit pas pour éclairer la ville et les foyers...

  • plus tard
    • Posté à 22h40 le 20/06/2009
    • Internaute 26762

    Encore une prière pour que l’on sympathise avec la lutte des chercheurs... quels chercheurs ? Ceux qui passent leurs journées à donner au monde un sens sur lequel le pouvoir puisse avoir prise ? à braquer férocement la lumière sur des gens qui ont un besoin vital du secret ? -ah oui, j’oubliais, c’est pour faire de la « science ». Les sociologues qui se croient « de gauche » alors qu’ils sont en pratique des annexes des médias et de la police à peine « rétifs », comme dit Guedj ?
    En tirant un peu fort sur sa laisse avec la « réforme », le gouvernement va leur enlever leur fausse conscience de corporation qui préfère ne pas trop se poser la question de sa place dans la société.
    Je ne vais pas me bouger pour eux.

    • a déménagé le 4 février 2011
      • Posté à 22h56 le 20/06/2009
      • Internaute 51971

      « Ceux qui passent leurs journées à donner au monde un sens sur lequel le pouvoir puisse avoir prise ? » Vision inepte et erronée.

      « Je ne vais pas me bouger pour eux. » On en reparlera, en toute objectivité, lorsque vous aurez des enfants à l’université.

    • marie 75
      marie 75 répond à plus tard
      • Posté à 10h20 le 21/06/2009
      • Internaute 3563

      trop tard ! ! !
      Ce serait mieux !

  • Columbine
    Columbine
    Voyageuse
    • Posté à 23h55 le 20/06/2009
    • Internaute 78955
      Voyageuse

    Faites vachement gaffe à la stratégie et révisez bien l’histoire
    de l’Angleterre et des mouvements de contestation sous Tatcher...

    Bonne lutte et de tout corps et coeur avec vous

  • KIKI21000
    KIKI21000
    retraité
    • Posté à 05h02 le 21/06/2009
    • Internaute 53190
      retraité

    Quand je pense que le gouvernement fustige les étudiants qui ont bloqués les universités, que des étudiants veulent à tout prix passer leurs examens, que la crise massacre de plus en plus d’emplois, de postes.

    Les étudiants ayant réussi leurs examens, iront, pour beaucoup voir Paul, oui pôle emploi pour trouver un travail. Les statistiques vont exploser, alors qu’une année de plus, d’après les milieux bien renseignés, et la crise sera passée.

    Est-ce que l’on demande à un chômeur de chômer les jours chômés fériés ? Non
    Alors pourquoi doit-on demander un à un chercheur de trouver immédiatement.
    Ah, le sacro-saint argent, nerf d’une société mercantile.

    • marie 75
      marie 75 répond à KIKI21000
      • Posté à 09h40 le 21/06/2009
      • Internaute 3563

      La ronde ?
      Elle a tourné hier, pl. stalingrad, pour le printemps des Libertés.

      La ronde ?
      Une nouvelle forme de manif !
      A 6, nous formons une manif !
      Une manif sans chef ....
      Qui dirige ?
      Des égaux qui se tiennnent par la main.

      Cette lutte a produit des milliers d’individus engagés dans la résistance et la solidarité.
      1000 heures - jour et nuit - place de l’hôtel de ville :
      1000 heures de colportage d’infos, hors media officiels
      1000 heures d’amitié.
      1000 heures d’échanges des connaissances.
      1000 heures de solidarité.
      1000 heures de gaieté.
      1000 heures de démocratie.
      Et la ronde n’était qu’un des multiples dazibaos de ce mouvement.

      Quand les intellos lancent des rondes....
      Elles font beaucoup de bulles et ce ... jusque devant la mairie de Neuilly !
      « Nous ne sommes pas à terre, c’est d’la faute à Voltaire
      Ni dans le caniveau, demandez à Rousseau ! “

      L’UMP veut démolir l’Ecole, l’Université, la Recherche, l’Hôpital, les Services Publics...
      Le pouvoir passe des textes , en force !
      Les godillots votent à tout va, au forceps !
      MAIS ...
      les acquis du Conseil Natioanl de la Résistance, cet inconscient collectif français, sont toujours là pour nous rappeler à nos devoirs de cioyens.
      La République n’est pas à vendre et la liberté toujours couleur d’homme.

      La culture ? Ca se partage.
      La Princesse de Clèves, humiliée par SarkoL’UMP, a fait une passe à la Princesse de Grève.
      Voilà ce que ce mouvement a su dire, répéter, faire entendre....

      Ce mouvement ?
      Un haut parleur !
      Qu’on se le dise !
      La ronde était paroles.... et le vent de la démocratie les a emportées.
      On n’arrête pas un refrain....

      Bonjour et amitiés, Denis !
      A.

      .

  • vero87
    • Posté à 12h30 le 21/06/2009
    • Internaute 40938

    Je pense que tant que les contestations prendront des vacances et des rendez-vous pour plus tard ,peu de décrets seront remis en cause et bien d’autres encore pourront voir le jour........ et certainement quand on sera sur la plage d’ailleurs ................. !
    J’ai vraiment des doutes sur les contestations à calendrier.... et les gens au pouvoir ont bien compris !

    • Veum
      Veum répond à vero87
      doctorant
      • Posté à 12h42 le 21/06/2009
      • Internaute 23064
        doctorant

      6 mois de manifs hebdomadaires, de happenings contestataires, de réflexions et de doutes, c’est épuisant. Surtout quand le résultat en termes de reculs gouvernementaux est faible. Et puis nous avons tous pris énormément de retard dans nos recherches. Alors laissez nous deux mois d’été pour nous remettre à jour au boulot et recharger nos batteries !

  • A déménagé le 27-01-2012
    • Posté à 14h22 le 21/06/2009
    • Internaute 19993
      nc

    C’est qui le « nous » utilisé dans l’article ? tous les enseignants-chercheurs ? tous les étudiants ? seulement les grévistes ?

    Tout au long de l’article vous insistez sur la force de votre mouvement… mais si le gouvernement n’a pas reculé « d’un décret » force est de constater que ça n’est pas efficace !

    Votre discours révolutionnaire me gêne un peu : vous insister sur la force de votre mouvement, sur l’effet de masse, sur la lutte, le combat… sans préciser les buts de votre lutte, sans analyser pourquoi en 6 mois de lutte le gouvernement n’a pas fléchi d’un pouce !

    N’étant pas en France, je n’ai suivi que de très loin les grèves à l’université, je ne connais donc très mal le contexte. À la lecture de votre article je n’ai malheureusement vu qu’un article de propagande, sans comprendre les tenants et les aboutissants de votre lutte. C’est dommage.

  • Utilisateur désinscrit à sa demande 2
    • Posté à 15h03 le 21/06/2009
    • Internaute 71957
      nc

    On atteint vraiment le fond... S’il en était encore besoin, ce texte d’auto-congratulation et de diabolisation de l’adversaire digne d’un collégien potache et verbeux montre bien l’indigence intellectuelle et la bêtise qui président à ce mouvement. C’est pathétique...

    Je plains les étudiants qui doivent subir des enseignants de ce niveau pendant leur cursus ; pas étonnant que leurs diplômes ne vaillent rien... A tout prendre, qu’ils soient en grève est probablement plutôt une chance pour leurs étudiants...

    Sur le fond, le gouvernement a gagné la partie. Pour les étudiants, c’est un désastre ; quand ils arriveront sur le marché du travail avec leurs licences ou leurs masters millésimés 2009, leurs diplômes « paquet bonux » ne vaudront rien, et les employeurs attendront le millésime 2010 pour recruter.
    Pour les EC grévistes, pas de conséquences réelles. Ils ont perdu la partie, mais comme le montre cet article, ils se sont bien amusés, et ils voudraient bien continuer un peu, c’est tellement plus marrant de faire le pitre que de travailler, surtout quand on est payé pareil dans les deux cas...

  • leo s
    leo s
    (...)
    • Posté à 19h36 le 21/06/2009
    • Internaute 73621
      (...)

    Du processus de Bologne à la LRU

    une vidéo incontournable

    Lien

  • Gastéronix
    Gastéronix
    escargot électronique
    • Posté à 21h41 le 21/06/2009
    • Internaute 83380
      escargot électronique

    Les préoccupations deviennent plus générales : on en est à trembler à l’idée de perdre notre service public d’éducation ! La vision purement comptable du gouvernement contribue à l’assécher et écoeurer les professionnels et les parents d’élèves. Tout est fait pour que l’arrivée des écoles privées dans quelques années soient vécue comme un soulagement : oui, mais les frais d’inscriptions variables ne permettront pas la même éducation à tout le monde !

    Avant d’en arriver (bientôt) là, manifestez votre désapprobation en vous inscrivant à l’Opération Escargot Électronique : Lien

    • Columbine
      Columbine répond à Gastéronix
      Voyageuse
      • Posté à 00h01 le 22/06/2009
      • Internaute 78955
        Voyageuse

      L’arrivée de la privatisation ce n’est pas dans quelques années !

      dès septembre prochain la toujours charmante Morano s’attellera à la fois au démentèlement de l’école maternelle et à l’affaiblissement des crèches publiques en mettant en place des « jardins d’éveil », structures privées payantes en lieu et place de la première année d’école.

      Urgence et nécessité donc de soutenir et continuer les résistances.

  • affreuxjojo
    • Posté à 00h14 le 22/06/2009
    • Internaute 29421

    Je me pose des questions sur cet article. Il y a une contradiction énorme entre la description du mouvement étudiant, puissant, inventant de nouvelles formes de luttes etc etc...et le résultat. Pourquoi cette auto-satisfaction ?
    Ce qu’il faut reconnaitre c’est que le gouvernement n’a reculé sur rien, que les grèves n’ont rien donné, que le pouvoir sort vainqueur de cette confrontation.
    Dans l’Angleterre de Tatcher il y a eu également des mouvements sociaux, puissants, durables et la défaite à la fin. C’est assez désespérant OK mais c’est ainsi.
    Je n’ai pas de conseil a donner à l’auteur de l’article sur ce qu’il convient de faire dans son combat. Mais un peu de réalisme ne saurait nuire.

  • zeitoun de la baronnie dit picholine
    • Posté à 00h37 le 22/06/2009
    • Internaute 64564
      animé sans dessein

    c’est un combat...& tout ce qui s’en suit.........éspère, luette ! : –)

  • marie 75
    • Posté à 13h50 le 22/06/2009
    • Internaute 3563

    Lettre ouverte de 130 Enseignants-chercheurs de l’Université Paris-Ouest Nanterre, à Valérie Pécresse et à Xavier Darcos.

    Nanterre, le 12 juin 2009

    Madame la Ministre, Monsieur le Ministre,

    Parce que nous sommes des chercheurs et des professeurs responsables, des humanistes, des parents et des citoyens, nous refusons de faire payer à nos étudiants le prix de votre incompétence et de votre despotisme. Nous ferons donc en sorte que, malgré des mois de grèves douloureuses et de perturbations multiples, nos étudiants aient un diplôme de qualité cette année, comme chaque année. Nous avons pris cette décision la mort dans l’âme, sachant que vos médias s’empresseront d’en déduire que nous reculons devant vos menaces insultantes et que « tout rentre dans l’ordre ». Mais nous restons solidaires de nos collègues qui, en divers points du territoire et dans des conditions particulières, ont pu prendre des décisions plus radicales, plus difficiles à tenir, sans doute, mais peut-être plus courageuses que la nôtre, pour vous résister avec plus de fracas. Nous le montrerons en continuant à manifester avec nos étudiants, et en résistant avec force à vos basses manœuvres politiques.

    La crise des universités ne fait peut-être que commencer, car votre attitude actuelle qui consiste à imposer des décrets scélérats rejetés par tous, à la veille des vacances, ne fait que renforcer notre défiance à l’égard de votre administration.

    Après 8 mois de motions unanimes, de tribunes publiques et de pétitions qui ne nous valurent pas même l’honneur d’une réponse ; après 4 mois de protestation vigoureuse ponctués de grèves diverses, d’actions symboliques et de manifestations rassemblant chaque semaine des dizaines de milliers de personnes dans le respect de l’ordre républicain, nous devons constater que vous avez, en apparence, gagné la bataille sur la question des examens si facile à mettre en musique médiatique. Vous avez eu raison de parier sur notre bonne nature : nous ne sacrifierons pas sur l’autel de vos vanités, l’avenir de nos étudiants.

    Vous avez l’impression d’avoir gagné, pour quelques semaines, face au monde du savoir, face à l’innovation, face au dynamisme, face aux plus grands noms des sciences et des sciences humaines françaises qui, chaque jour, portent par leur travail, malgré vous, notre pays au rang des premières puissances culturelles et intellectuelles de la planète — face à tous ceux, prix Nobel compris, dont vous n’avez pas su entendre les appels raisonnables et argumentés. En vous appuyant sur des médias aux ordres, sur des mensonges éhontés, des chiffres ouvertement truqués, des intimidations policières et des lieux communs populistes, vous pouvez donner l’impression d’avoir gagné, pour un temps, mais pour un temps seulement, contre l’Université de la République.

    Nous dénonçons la violence de votre gouvernance, qui préfère nous mettre en concurrence pour gérer une pénurie de moyens volontairement entretenue, au lieu de nous aider à unir nos forces dans une dynamique de réformes stimulantes et partagées. Nous dénonçons la violence et la cynique duplicité de vos discours, qui parlent d’ « autonomie » pour décrire la vente à la découpe des universités, de « milliards mis sur la table » pour mieux dissimuler des suppressions de postes, d’ « effort sans précédent » pour masquer le désengagement de l’Etat, la hausse des frais universitaires et l’endettement des étudiants. Nous dénonçons votre plan de destruction massive de l’école publique, laïque et ouverte à tous, que vous attaquez en portant gravement atteinte à la formation des maîtres, et en détruisant des postes indispensables — pour les pourvoir, dans le meilleur des cas, par des vacataires sans formation, voire pour les remplacer par des portiques de sécurité, encore moins coûteux. Dans le même temps, vous confiez des missions de service public à des universités catholiques privées, soumises à l’autorité du Vatican, avec l’espoir qu’elles drainent vers elles, moyennant des droits d’inscription considérables, des étudiants en butte aux pénuries orchestrées de l’universitépublique.

    Alors oui, peut-être plions-nous aujourd’hui, Madame la ministre, Monsieur leministre, devant tant de mépris pour l’avenir de nos étudiants, devant tant de sourde incompétence.

    Mais nous ne rompons pas. Nous refusons plus que jamais vos « preuves d’amour » qui ne sont que des mots pour couvrir d’un voile blanc le viol en réunion de la Princesse de Clèves et de l’Ecole de la République. Et nous restons debout, aux côtés de nos étudiants, pour continuer à leur donner le meilleur de nous-mêmes dans les conditions de misère que vous promettez aux universités sous couvert d’illusoires libéralités. Nous restons debout, aux côtés de nos collègues du secondaire et du primaire qui, comme nous, continuent à donner le meilleur d’eux-mêmes à tous les enfants de ce pays, malgré le harcèlement moral qu’ils subissent depuis des années. Nous restons debout, aux côtés de tous les défenseurs des services publics en voie de marchandisation et d’appauvrissement, et aux côtés de tous les citoyens porteurs des valeurs républicaines de solidarité, d’ouverture aux autres, de laïcité, de progrès partagé et d’esprit critique. Nous restons debout dans la rue, dans les tribunes des journaux, et partout où cela sera nécessaire, pour appeler les Français à prendre conscience du désastre qui se joue aujourd’hui, sous leurs yeux, sans qu’ils n’en sachent rien.

    En brisant un à un les liens qui unissent entre eux les Français ; en rompant une à une les amarres de notre histoire et de notre identité ; en privant tant de citoyens du droit à être entendus et du droit à penser différemment les relations humaines, vous n’avez, semble-t-il, qu’une ambition : faire de la rentabilité immédiate et de la concurrence sauvage les seules références morales dignes de respect dans notre société. Cette servilité, ce cynisme et cette étroitesse d’esprit, auront un prix, que vous paierez un jour.

    Vous aspirez maintenant, paraît-il, à d’autres fonctions, trouvant dans la fuite vers d’autres ambitions politiciennes et carriéristes, le moyen, croyez-vous, desortir la tête haute du gâchis monstre dont vous portez l’écrasante responsabilité. Votre bilan est pathétique.

    Vous pouvez partir. Nous, nous restons. Vous avez détruit, nous reconstruirons.

    Veuillez croire, Madame la Ministre, Monsieur le Ministre, à notre profond respect pour les fonctions que vous exercez.

    Verena Aebischer, MCF, psychologie ; Gianni Albergoni, MCF, Sociologie ; Anne-ClaudeAmbroise-Rendu, MCF, Histoire contemporaine ; Estelle Amy de la Bretèque, ATER,Ethnomusicologie ; Patricia Attigui, Professeur des Universités, Psychologie ; Sylvie Bauer, MCF, Anglais ; Annette Becker, Professeur des Universités, Histoire contemporaine ; Anna Bellavitis, MCF, Histoire moderne ; Cécile Birks, MCF, Anglais ; Hélène Blais, MCF, Histoire contemporaine ; Michel Blanc, MCF, Sociologie ; Chrystèle Blondeau, MCF, Histoire de l’art médiéval ; Barbara Bonnefoy, MCF,Psychologie ; François Bost, MCF, Géographie ; Myriam Boucharenc, Professeur desUniversités, Lettres ; Véronique Boucherat, MCF, Histoire de l’art médiéval ; MichelBoutillier, Professeur des Universités, Economie bancaire et financière ; CyrilleBouvet, MCF, Psychologie ; Jean-Albert Bron, PRAG, Arts du spectacle ; Jean-PierreBruckert, MCF, Psychologie ; Sylvaine Camelin, MCF, Ethnologie ; Jean-Marc Chamot,MCF, Civilisation américaine ; Jean-Luc Chassel, MCF, Histoire du droit ; SergeChauvin, MCF, Etudes anglo-américaines ; Nathalie Cheze, MCF, Mathématiques ; MiguelChueca, MCF, Langue et civilisation espagnoles ; Céline Clavel, Post-doctorantechargée de cours, Psychologie ; Céline Clément, MCF, Sociologie ; MichèleCohen-Halimi, MCF, Philosophie ; Franck Collard, Professeur des Universités,Histoire médiévale ; Sylvaine Conord, MCF, Sociologie ; Marcel Cori, Professeur desUniversités, Sciences du langage ; Flore Coulouma, MCF, Anglais ; Laurence Croq,MCF, Histoire moderne ; Bernard Cros, MCF, Civilisation britannique ; Vincent Cuche,ATER, Histoire ancienne ; Frédérique Cuisinier, MCF, Psychologie ; ElizabethDeniaux, Professeur des Universités, Histoire ancienne ; Henri Desbois, MCF,Géographie ; Marianne Desmets, MCF, Sciences du langage ; Sylvia Dobyinsky, MCF,Mathématiques-Informatique ; Claude Dorey, MCF anglais ; Yvette Dorey, MCF,Psychopathologie ; Aude-Marie Doucet, ATER, Histoire médiévale ; Frédéric Dufaux,MCF, Géographie ; Stéphane Dufoix, MCF, Sociologie ; Jean Duma, Professeur desUniversités, Histoire moderne ; Annie Duprat, Professeur des Universités, IUFMVersailles, Responsable agrégation interne d’Histoire et de Géographie àl’Université Paris Ouest Nanterre, Histoire moderne ; Brigitte Dussart, MCF,Sociologie ; Nicole Edelman, MCF, Histoire contemporaine ; Anne Fabre, PRAG,Economie-Gestion ; Alexandra Filhon, MCF, Sociologie ; Fabrice Flahutez, MCF,Histoire de l’art contemporain ; Arnaud Fossier, AMN, Histoire médiévale ; BernardFriot, Professeur des Universités, Sociologie ; Danièle Frison, Professeur émérite,Anglais ; Marie-Pierre Gervais, Professeur des Universités, Informatique ; ElisabethGontier, ATER, Psychopathologie ; Justine Gourbière, Monitrice, Histoire de l’artmédiéval ; Maya Gratier, MCF, Psychologie ; Claude Grimal, Professeur desUniversités, Littérature américaine ; Jean-Marie Guillaume, I.E.R., Philosophie ; Matthieu Hély, MCF, Sociologie ; Olivier Hochedez, Moniteur, Sociologie ; NicolasJonas, ATER, Sociologie ; Sylvain Kahane, Professeur des Universités, Sciences dulangage ; Karine Kray-Baschung, MCF, Sciences du langage ; Emilie Kurdziel, AMN,Histoire médiévale ; Evelyne Labbé, Professeur des Universités, Littératureaméricaine ; Thierry Labica, MCF, Anglais ; Anne Lacheret, Professeur desUniversités, Linguistique ; Frédéric Landy, Professeur des Universités, Géographie ; Frédérique Leblanc, MCF, Sociologie ; Marie Leca-Tsiomis, Professeur desUniversités, Littérature française ; Samuel Lepastier, Professeur associé àl’Université Paris Ouest, Psychopathologie ; Claude Leroy, Professeur émérite,Littérature française ; Despina Liolios, MCF, Ethnologie ; Hubert Lisandre, MCF,Psychopathologie ; Julien Magnier, Doctorant, chargé de cours en psychologie ; Aliocha Maldavsky, MCF, Histoire moderne ; Luca Marsi, MCF, Italien ; ChristopheMartin, Professeur des Universités, Littérature française du XVIIIe siècle ; JacquesMartineau, MCF, Littérature française ; Corinne Mazé, MCF, Sciences psychologiques ; Caroline Mellet, MCF, Sciences du langage ; Béatrice Ménard, MCF, Littérature latino-américaine ; Vincent Meyzie, MCF, Histoire moderne ; Christophe Mileschi,Professeur des Université, Etudes italiennes ; Virginie Milliot, MCF, Ethnologie ; Laure Moguerou, MCF, Sciences de l’éducation ; Annie Mollié, MCF, Mathématiques etStatistiques ; Jean-Pierre Morelou, MCF, Droit public ; Isabelle Moret-Lespinet,MCF, Histoire contemporaine ; Emmanuelle Mortgat-Longuet, MCF, Littérature françaisedu XVIIe siècle ; Colette Noyau, Professeur des Universités, Sciences du langage ; Christine Ollivier, MCF, Psychologie ; Florence Paravy, MCF, Lettres modernes ; Nicolas Patin, AMN, Histoire contemporaine ; Christine Pauleau, MCF, Sciences dulangage ; Richard Pedot, Professeur des Universités, Littérature anglaise ; SylviePédron Colombani, MCF, Sociologie ; Marie Personnaz, MCF, Psychologie sociale ; Liliane Picciola, Professeur, Littérature française ; Patrick Pion, MCF, Archéologiepré et protohistorique ; Nicolas Prévôt, MCF, Ethnomusicologie ; Pierre Ragon,Professeur des Universités, Histoire moderne ; Véronique Rauline, MCF, Anglais ; Hélène Raymond, Professeur des Universités, Science économique ; François Regourd,MCF, Histoire moderne ; Rosine Réveillé, MCF, Statistiques ; Simone Rinzler, MCF,Anglais ; Nicolas Sallée, Moniteur, Sociologie ; Danielle Schütz, PRAG, Lettresmodernes ; Pascal Sebille, MCF, Sociologie ; Gabriel Segré, MCF, Sociologie ; Christine Sellin-Catta, Assistante en Histoire contemporaine ; Alexis Sierra, MCF,Géographie ; Frédérique Sitri, MCF, Sciences du langage ; Amandine Spire, Monitrice,Géographie ; Jean-Fabien Steck, MCF, Géographie ; Anne Steiner, MCF, Sociologie ; Emmanuelle Tixier, MCF, Histoire médiévale ; Anne Trévise, Professeur desUniversités, Anglais ; Delphine Tribout, ATER, Sciences du langage ; LaurenceVanoflen, MCF, Littérature du XVIIIe siècle ; Olivier Vecho, MCF, Psychologie ; Sarah de Vogué, MCF, Sciences du langage ; Christophe Voilliot, MCF, Sciences politiques ; Panayota Volti, MCF, Histoire de l’art médiéval ; Claudine Wolikow,MCF, Histoire moderne.