A la Une 18/05/2007 à 08h25

Guerre de l'ombre dans le cyberespace

Régis Audemard | Journaliste

Pour contrer Al-Qaeda ou la Chine, les forces armées américaines renforcent leurs capacités d’attaque dans la guerre des réseaux. « Les terroristes utilisent le cyberspace pour faire exploser leurs bombes à distance, utilisent le GPS et les communications satellites, font leurs transactions financières sur Internet, brouillent les radars et les instruments de navigation, utilisent les blogs, les forums et espaces de discussion à des fins de commandement et de contrôle et pour des attaques ouvertes ou clandestines sur nos serveurs », affirmait le général Ronald Keys, chef du Air Combat Command, le 8 février 2007, devant le symposium sur la guerre aérienne de l’Air Force Association (AFA) à Orlando.

Pour les autorités militaires américaines, la nouvelle menace peut venir d’Etats nations comme la Chine ou la Russie, d’acteurs non étatiques comme Al-Qaeda ou des entreprises criminelles transnationales ou de simples individus très doués pour la piraterie informatique.

Dans un livre blanc sur la politique de défense publié en 2006 qui a beaucoup marqué les esprits à Washington, le gouvernement chinois affirme sa volonté « d’atteindre l’objectif stratégique de construire des forces armées “informationisées” et d’être capable de gagner des guerres “informationisées” d’ici la moitié du 21ème siècle ». La menace chinoise n’est pas virtuelle. Entre 2003 et 2005, « Titan Rain “, un groupe de hackers chinois originaire de la province de Guangdong, a réussi à pénétrer le système informatique du gouvernement américain, y compris des ordinateurs du Pentagone. En novembre 2006, des hackers chinois à la recherche d’information sur le développement de ‘war games’, ont fait intrusion dans le réseau informatique du Naval War College basé à Norfolk en Virginie, obligeant les responsables à fermer leur système pendant plusieurs semaines.

Pour monter en puissance dans le cyberespace, le Pentagone entend développer ses propres moyens, notamment à travers un commandement central spécialisé au sein de la NSA (National Security Agency) où le général John Davis supervise tout ce qui concerne la ‘guerre des réseaux’. En décembre 2005, le cyberespace devenait le troisième théâtre d’opérations de l’armée de l’air américaine, au même titre que l’air et l’espace. Moins d’un an plus tard, en novembre 2006, les chefs de l’armée de l’air américaine annonçaient la création d’un ‘cyber command’ sur la base aérienne de Barksdale en Louisiane, responsable de la lutte dans ce domaine et capable de fonctionner comme la composante d’une force intégrée ar-espace-cyberespace. Sa mission : organiser, entraîner et équiper des forces pour la guerre dans le cyberespace. Le nouveau commandement doit entrer en service au mois de mai pour être totalement opérationnel d’ici octobre 2009.

La stratégie adoptée en 2006 par l’armée de l’air américaine définit le cyberespace comme ‘un domaine caractérisé par l’utilisation de l’électronique et du champ électromagnétique pour stocker, modifier ou échanger des données au moyen de systèmes en réseau et d’infrastructures physiques associées’. Autrement dit, le cyberespace ne concerne pas seulement les réseaux informatiques mais tout système ayant recours à l’énergie électromagnétique : ondes infrarouge, ondes radio, micro ondes, rayons gamma.

Les opérations de guerre dans le cyberespace vont de la destruction d’un site ennemi au brouillage des communications de téléphone portable en passant par l’utilisation d’un satellite pour la collecte d’images infrarouge.

La marine et l’armée de terre pourraient rapidement suivre l’exemple. Netwarcom, le commandement naval pour la guerre des réseaux basé à Norfolk, doit passer de la simple activité de surveillance du cyberespace à l’acquisition de capacités de commandement et de contrôle.

De son côté, l’US Army a regroupé à Fort Belvoir en Virginie une partie de son commandement opérations d’information, ses équipes informatiques de réponse d’urgence et son commandement de technologie de réseau. Par ailleurs, le Département de la Défense sous-traite à des sociétés privées un programme de 40 millions de dollars sur quatre ans, géré par le laboratoire de recherche de l’armée de l’air, destiné à développer ‘une gamme complète de techniques d’attaques de réseaux informatiques’. Le développement de ces capacités offensives traduit une évolution dans la stratégie militaire américaine, jusque là plutôt axée sur la lutte défensive, une activité de veille et de surveillance.

Selon John Arquilla, professeur au collège naval de Monterey, cette approche offensive équivaut à une ‘politique de terre brûlée virtuelle’. ‘A la différence des domaines de l’air, de la terre et de la mer, nous n’avons pas la suprématie dans le cyberespace et nous pourrions devenir très vulnérable si nous ne changeons pas fondamentalement notre manière de voir l’espace de bataille’, soulignait, en mars 2007, le général James Cartwright, chef du commandement stratégique (STRATCOM), dans un témoignage écrit adressé à la commission des forces armées de la Chambre des Représentants.

‘Au lieu de se focaliser exclusivement sur la défense des réseaux, -pare-feux, protection anti-virus, test de vulnérabilité-, nous devons pénétrer les écrans de protection internationaux, légaux et techniques’ de l’adversaire.

Au sein de l’administration américaine, certains estiment que le développement de ces capacités d‘attaque et leur utilisation à des fins de destruction comporte un risque majeur pour les professionnels du renseignement : la perte de sources d’information importantes et difficilement remplaçables. Selon eux, il y aurait plus à gagner à infiltrer ces réseaux qu’à les détruire.

D’autres invoquent un argument technique pour mettre en doute l’intérêt de mettre sur pied au sein des forces armées américaines cette capacité intégrée d’attaque, de surveillance et de défense des réseaux, sachant qu’un site ou un forum peut réapparaître sur le web aussi vite qu’il a été détruit.

En revanche, chacun s’accorde sur un double constat : le cyberespace devient un terrain d’action privilégié pour tous les méchants’ de la planète et les adversaires de l’Amérique ; les forces armées américaines, de plus en plus dépendantes de systèmes d’information automatisés, se sentent vulnérables. Et personne n’en doute, c’est une guerre du troisième type qui a déjà commencé.

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  • Anonyme

    ils ont des téléphones comme beaucoup de gens donc utilisent les « communications satellites ». Ils utilisent le GPS, bah moi j’ai un copain qu’il le fait aussi.
    faut arrêter de délirer sur tout ces termes technologiques dans le but de faire peur. On se croirait dans un mauvais film américain.

    • Anonyme

      Bonjour,

      Vous êtes rès naif.
      Cette « guerre » existe depuis très longtemps, j’ai commencé dans les réseaux en 88 et cela existait déjà sur les réseaux X25 à l’époque. Aujourd’hui elle prend plus d’ampleur à cause de la montée en puissance des systèmes, le monde IP créée des ouvertures plus importantes par sa popularité et sa conception. Les chevaux de troie sont chez vous
      ou à votre porte, il suffit de gratter pour les
      voir.

      Nous n’avons pas voulu ou su nous impliquer à
      certains moments comportement tout à fait Francais
      et maintenant nous subirons.

      Philippe~~

      • Anonyme

        En 1988 AL Quaïda cherchait déjà à infiltrer les réseaux X25 ?
        Il est tout à fait probable, et même probablement certain, que des individus (sponsorisés par des états ou d’autres sources), et pourquoi pas dans le tas des qui travaillent gratuitement pour un certain idéal islamique, soient à la recherche de sites critiques à investir ou paralyser. Mais de là à leur mettre à tous l’étiquette « Al-Quaïda » il y a un pas que ce genre de « news » nous invite un peu trop facilement à franchir à mon goût (à paranoïaque, paranoïaque et demi !)
        Pour ce qui est de s’impliquer, là ou ailleurs, en retard ou en avance, je ne suis pas non plus convaincu que ceux qui ont en charge ces domaines soient tous des imbéciles non plus que nos ingénieurs. Mais, bon, à voir qui les nomme (nommait ?) il est vrai qu’on peut se poser la question de savoir si les bons sont en place ...

         
        • Anonyme

          Le chiffrage sur les réseaux X25 n’était pas à la
          mode mais des personnes mal intentionnées volaient des secrets militaires par le biais de ce réseau.
          Je ne fais pas de lien avec un groupe terroriste
          particulier.

          Certains de nos dirigeants ont compris la nécessité
          d’avoir un « calcul » fort en France, les autres n’
          ont pas suivi car ils n’ont pas compris les enjeux
          de cette technologie. Donc nous avons fait l’
          autruche sur certains domaines à cause de la
          médiocrité de certains « mulot-mulet » entre autre.

          Philippe

  • Anonyme

    Une nouvelle guerre mondiale commence, celle de l’informatique !

  • Anonyme

    Bonjour,

    Cette « guerre » existe depuis très longtemps, j’ai commencé dans les réseaux en 88 et cela existait déjà sur les réseaux X25 à l’époque. Aujourd’hui elle prend plus d’ampleur à cause de la montée en puissance des systèmes, le monde IP créée des ouvertures plus importantes par sa popularité et sa conception. Les chevaux de troie sont chez vous
    ou à votre porte, il suffit de gratter pour les
    voir.

    Nous n’avons pas voulu ou su nous impliquer à
    certains moments comportement tout à fait Francais
    et maintenant nous subirons.

    Philippe~~

  • Anonyme

    Bonjour,

    Cette « guerre » existe depuis très longtemps, j’ai commencé dans les réseaux en 88 et cela existait déjà sur les réseaux X25 à l’époque. Aujourd’hui elle prend plus d’ampleur à cause de la montée en puissance des systèmes, le monde IP créée des ouvertures plus importantes par sa popularité et sa conception. Les chevaux de troie sont chez vous
    ou à votre porte, il suffit de gratter pour les
    voir.

    Nous n’avons pas voulu ou su nous impliquer à
    certains moments comportement tout à fait Francais
    et maintenant nous subirons.

    Philippe~~

  • Anonyme

    Services de renseignements et autres tentatives d’épluchages du net : pas compliqué : en premier, retrouver les liens entre Microsoft et le pentagone (ou une de ses filiales)...ainsi que google...ces 2 entreprises toute puissantes par leur monopole, sont des clés incroyables de révélation de nos intentions... Bien sûr, nous savons que des outils se développent pour se « protéger », mais ce n’est rien pour nous simples utilisateurs... vu la démultiplication de puissance des ordi de demain...clés et codes cassés...liens IP de plus en plus fichés et fixes ! (voir adsl dégroupé total !)...reste encore à la coopération des gouvernements, pour eux-mêmes et cette aide internationale si mal surveillée envers les USA... ah oui echellon ? ce mot est bien reçu... mais d’autres aussi...cartographies quasi automatiques des usages des personnes... marketing ou censure ?

  • Valentin
    • Posté à 19h18 le 18/05/2007
    • Internaute 1292

    Jettez un coup d’oeil sur les livres de Ben Peri à ce sujet.

  • Jean-Jacques Louis
    • Posté à 23h01 le 18/05/2007
    • Internaute 2277

    Il y a une vingtaine d’années, un livre a été publié sur le sujet : SoftWar. (Sans E.)

  • Anonyme

    Etrange les commentaires de l’armée US sur les attentats téléguidés à distance grâce au net quand on nous inonde avec des attentats suicides à longueur de JT... Pareil a t’on jamais entendu parler d’une attaque virtuelle sur ces radars et instruments de navigation qui feraient s’écraser des avions !
    Y a de quoi faire pour des générations d’auteurs de SF là !

    Alors qui intoxique qui ?
    Une chose est sure, l’armée elle à tout intérêt à être capable de neutraliser un réseau à distance pour désorganiser un adversaire, ça a toujours été un nerf de la guerre.

  • Anonyme

    Oui, c’est bien de propagande et d’intoxication qu’il s’agit ; d’abord destinée aux américains eux-mêmes. Toutes les agences américaines, et les universités, sont en concurrence pour décrocher des budgets auprès du gouvernement ou du Pentagone.

    La paranoïa aux Etats-Unis est un moteur pour le PNB, comme la guerre ou la lutte contre le terrorisme. Et comme les moyens financiers sont, presque, sans limites ; ils peuvent se monter le bourrichon et se lancer dans les programmes les plus fous sans sourciller.

    La citation d’Arquilla (qui n’en est pas à son coup d’essai ici) est particulièrement éclairante : il suffit d’affirmer qu’il existerait une faille dans l’armure de la forteresse America pour justifier de bâtir de nouvelles enceintes, de nouveaux fortins... numériques cette fois.

    Ce que nous promet l’armée de l’air, ce n’est qu’une mise à jour des très nombreux projets mis en chantier depuis 1944, époque où la théorie du triangle d’acier a été mise en place : gouvernement, université et industrie liés dans un effort commun pour assurer la suprématie technologique américaine sur le reste du monde. La théorie, malheureusement, a été mise en pratique depuis, sans faiblir.

    Pour une illustration de ce qu’elle produit, il suffit de consulter n’importe quel média à n’importe moment de la journée : l’info qui prime est, presque toujours, liée à un conflit armé où les américains sont impliqués.

    Pour une approche plus fouillée, et donc plus flippante, lire ou relire le rapport de Duncan Campbell au conseil de l’Europe devenu un fort recommandable petit volume publié chez Allia : surveillance électronique planétaire. Après sa lecture, dormez tranquille !

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