Généreux et ouvert, Emmaüs ? Des compagnons se rebiffent
L’association Emmaus entame avec son salon à la Porte de Versailles, ce week-end, à Paris, sa soixantième année d’existence. Mais alors qu’on commémore l’ouverture de la première communauté par l’abbé Pierre sur les bords de Marne et l’hiver 54, des polémiques affeurent, notamment sur le Net. Par exemple au sujet du statut des compagnons dans les 115 communautés.
Ces derniers ne sont pas considérés comme salariés et même pas elligibles au Revenu de solidarité active (RSA) si cher à Martin Hirsch, pourtant ancien président d’Emmaüs France. C’est ce que dénonçait fin mai dans un e-mail à Rue89 un dénommé « Georges », qui écrit sous pseudo et fut sept ans compagnon d’Emmaüs.
Après un premier tour de la question sur le Net, Georges, notre riverain, se révèle être aussi remonté que prolixe sur la Toile, où il dénonce inlassablement ce qu’il décrit comme un dumping sur les droits sociaux et le droit du travail.
Peu d’infos précises en revanche, mais beaucoup de confusion sur cette question du statut et trois principales polémiques. Eléments de réponse.
Pourquoi les compagnons n’ont-ils pas de contrat de travail ?
C’est vrai : même s’ils travaillent pour et au sein de leur communauté, en particulier à l’enlèvement des meubles chez les particuliers encombrés, les compagnons ne sont pas payés. Ils touchent au mieux ce qu’on appelle toujours « un pécule » dans la maison. Lequel peut varier d’une communauté à l’autre, mais dépasse rarement quarante euros.
Illégal ? C’est ce que dénoncent certains (ex-)compagnons, comme Dominic Dickson. Durant deux mois, ce dernier fut compagnon à Saint-Agnant en Charente, jusqu’en janvier. En mars, il racontait dans Sud-Ouest qu’il avait décidé d’aller en justice pour faire valoir ses droits. Des droits de salariés, aux yeux de ce paysagiste qui réclame un contrat de travail.
Chez Emmaüs France, on se retranche derrière une vieille jurisprudence toujours d’actualité. Il s’agit d’un arrêt de la chambre sociale de la Cour de cassation qui remonte au 9 mai 2001. Cet arrêt dit « Miralles-Baron » consacre l’absence de « lien de subordination », nécessaire à l’établissement d’un contrat de travail.
Pourtant, les compagnons sont de plus en plus nombreux à revendiquer mieux. Christophe Deltombe, président d’Emmaüs France, a répondu sur ce point à Rue89 :
« Les compagnons sont accueillis, pas embauchés. Pour garantir cet accueil inconditionnel et respecter notre refus des subventions, nous nous bornons à faire vivre les communautés du travail de récupération. S’ils étaient salariés, il faudrait faire entrer la notion de rendement.
Mais ils ont tout de même des droits : ils sont logés, nourris, ont ce pécule et l’accès à des équipements culturels ou des ordinateurs pour avoir un minimum de développement hors vie professionnelle. Ils ont aussi accès à la sécu et à des cotisations retraite. »
Pourquoi pas de RSA ?
C’est sur ce point que « Georges » altertait Rue89 en mai, soulignant que l’Assemblée nationale avait applaudi, debout, l’inscription dans la loi d’un statut des communautés d’hébergement à visée solidaire, à l’occasion du vote de la loi RSA, en septembre 2008. En vain, selon lui.
En réalité, les deux enjeux sont distincts même si le statut des communautés a été acté au passage du RSA. Emmaüs réclamait la chose depuis longtemps. Mais pas pour que les compagnons aient d’office accès au RMI (puis maintenant au RSA).
Le président d’Emmaüs France se défend d’avoir interdit aux compagnons le rouage du Revenu de solidarité active :
« Il y a eu une consultation dans les communautés en mars, et ce sont eux qui ont décidé à 90% de refuser le RSA, par peur d’entrer dans l’assistanat. »
Plutôt pour « préserver notre fonctionnement à part, loin de la logique d’assistanat », dit Christophe Deltombe qui argue que la durée moyenne de séjour s’élève à dix-huit mois, pour un nombre très minime de compagnons à vie.
Les résultats de cette consultation, « Georges » les dénonçait, justement, lorsqu’il écornait par e-mail « le refus manifesté par certains “ mandarins ” d’Emmaüs, qui ont pris la mauvaise habitude de se placer au-dessus des lois de la République dans leurs fiefs communautaires, considérés par eux comme des espaces extra-territoriaux, comme un lieu protégé par une espèce d“immunité humanitaire.”
Pourquoi si peu de femmes ?
Du temps de l’abbé Pierre, toutes les communautés étaient exclusivement masculines. Depuis peu, Emmaüs France commence à s’ouvrir aux femmes... mais modérément. On ne compte ainsi pas plus d’une quinzaine de communautés mixtes, aujourd’hui, contre cent communautés masculines.
Pourquoi cette portion congrue ? Il y a bien des difficultés liées aux locaux, mais c’est surtout culturel, reconnait le patron d’Emmaüs France qui jure qu’il aimerait faire davantage dans ce dossier :
“On rentre tout doucement dans la mixité mais il faut bien dire qu’il y a une certaine frilosité des compagnons eux-mêmes à voir arriver des femmes. Il faut les convaincre en leur montrant que, quand ça existe, ça marche.”
Attention toutefois : sur le terrain, des femmes se plaignent encore régulièrement d’une grande fermeture de la part de la hiérarchie d’Emmaüs.
- Sur gouv.frLa loi sur le RSA modifiant le statut des communautés Emmaüs
- Sur emmaus-france.orgLe site d'Emmaüs France
- Sur rue89.comTous les articles sur Emmaüs
- Sur rue89.comTous les articles sur le revenu de solidarité active (RSA)
- Sur rue89.comModernisation du contrat de travail : un accord en trompe-l'oeil
- 36974 visites
- 142 réactions
















20







Bras gauche de la Vénus de (...)
Bras gauche de la Vénus de (...)
Les Restos du coeur et Emmaüs , ont, malheureusement ,leur utilité et leur fonction sociale.
Sans eux , la situation serait pire que ce qu’elle n’est, et tu as raison de le souligner.( pas de traiter de connard la personne qui témoigne !)
Il n’empêche que l’on peut légitimement s’interroger sur leur fonctionnement, ou sur la nécessité de préserver des organismes qui sous couvert de solidarité se base essentiellement sur la notion de charité.
Pour en revenir au système Emmaüs, comment veux tu qu’une personne touchant 40 euros par mois puisse s’émanciper et sortir de la précarité ?
Il devient de fait , entièrement dépendant de la communauté, et seuls ces besoins primaires ( toit, nourriture) peuvent être satisfaits.
J’ai du respect, quoi qu’il en soit envers la plupart des personnes qui y bossent et aident les sdf .
Cela ne m’empêche pas d’être critique envers le système qui se nourrit de lui même.
Lire ou relire Declerck.




Partager