enquete 10/06/2009 à 19h11

Paris Métropole devra contenter droite/gauche, Paris/banlieue

Dominique Albertini | Journaliste


Le périphérique parisien près de la porte de Vanves, avant que cette portion ne soit couverte (Gilles François/Flickr)

Clichy-sous-Bois a accueilli ce mercredi la première réunion de travail de Paris Métropole marquant le lancement de cette institution d’un nouveau genre. Elle doit réunir sur une base égalitaire les différentes collectivités locales d’Île-de-France. Premier défi : dépasser les clivages politiques et territoriaux qui traversent la région.

Le nom ne dit pour l’instant par grand-chose au public, quand on ne le confond pas avec le Grand Paris porté par Nicolas Sarkozy. Il cache une structure d’un nouveau genre qui entend renouveler les relations entre Paris et ses banlieues.

Mais ses membres devront manoeuvrer serré pour surmonter les oppositions
droite/gauche d’une part, grande/petite couronne de l’autre, qui pourraient respectivement limiter ses ambitions et semer le trouble parmi certains élus.

Issu d’un processus lancé par Bertrand Delanoë dés sa première élection à la mairie de Paris, en 2001, Paris Métropole est un syndicat mixte d’études : en clair, une structure institutionnalisée où les différentes collectivités locales de la région pourront se rencontrer, débattre et proposer autour d’études sur l’aménagement du territoire francilien.

Elle n’a pas encore de pouvoir décisionnel pour l’instant, même si selon certains, « le syndicat qui monte, qui monte », pourrait aspirer à terme à un renforcement de ses compétences.

« Pas une machine de guerre contre Nicolas Sarkozy »

Prenant le relais de la Conférence métropolitaine -la première version du lieu de dialogue souhaité par le maire de la capitale- Paris Métropole entend donc, selon les mots de Pierre Mansat, adjoint à Bertrand Delanoë en charge du dossier, « rompre avec un système politique morcelé, où les logiques institutionnelles l’emportent sur les logiques collectives ».

Problème : pour l’instant, les collectivités locales UMP boudent la nouvelle institution. Porté par Bertrand Delanoë, Paris Métropole a en effet pu apparaître comme une initiative « de gauche », destinée à contrer les projets de Nicolas Sarkozy pour la région capitale. Résultat, la droite est actuellement sous-représentée au sein de Paris Métropole, avec 10 collectivités seulement sur un total de 93 adhérents.

Parmi les absents, le département des Hauts-de-Seine : le riche 92 redoute qu’à terme, arrive sur la table la question d’une meilleure répartition des richesses entre les collectivités franciliennes.

Ce clivage droite/gauche, les acteurs du projet se sont employés à le dépasser, mettant l’accent sur le caractère technique, et non politique, de Paris Métropole.

« Des élus, aussi bien de gauche que de droite, ont tout fait pour que Paris Métropole ne soit pas vu comme une machine de guerre contre Nicolas Sarkozy », affirme ainsi un responsable du syndicat d’études. Dans ce contexte, « la candidature de Delanoë à la présidence du PS en a mécontenté quelques uns ».

« Sans la droite, Paris Métropole est un projet mort-né »

Un accord interne prévoit d’ailleurs que la présidence du syndicat revienne à un maire non-candidat aux régionales de 2010, afin d’éviter que l’institution ne soit instrumentalisée dans la campagne à venir. Le poste a échu aujourd’hui au maire PS de Cachan Jean-Yves le Bouillonec. « Nous garantissons le pluralisme, il n’y aura pas de domination d’un bloc politique sur un autre », assure Pierre Mansat.

La stratégie semble payer : en présentant lors de son discours du 29 avril sur le Grand Paris, le syndicat d’études comme la future « agora du Grand Paris » Nicolas Sarkozy semble par ailleurs avoir donné le feu vert aux élus UMP pour rejoindre la nouvelle institution.

Ce devrait être chose faite d’ici l’automne prochain pour le gros d’entre eux, au prix néanmoins de quelques concessions sur les statuts de Paris Métropole : il s’agirait notamment, selon Pierre Mansat, de permettre aux adhérents de se retirer librement du syndicat.

Mais, selon une autre source proche des élus, les exigences de la droite seraient bien plus élevées :

« Les collectivités UMP veulent l’assurance que Paris Métropole ne sera pas plus qu’un syndicat d’études. Dans le même esprit, elle cherche également à limiter son budget. Mansat leur donne toutes les garanties possibles parce qu’il sait que, sans elles, le projet Paris Métropole serait mort-né. »

La grande couronne craint d’être laisée à l’écart

Deuxième écueil à eviter : les réticence des élus de la grande couronne face à un projet dont ils craignent qu’il mette en avant le coeur métropolitain de la région Ile-de-France, au détriment des marges. Crainte partagée par le président PS de la région, Jean-Paul Huchon, qui fut un temps très réservé, avant d’adhérer au projet en décembre 2008.

C’est que le syndicat d’études prévoit un nombre maximum de 174 adhérents dans un périmètre géographique correspondant grosso modo a celui la grande agglomération parisienne. Le territoire francilien craint d’être laissé à l’écart de ce nouvel élan.

Pierre Mansat reconnaît que des inquiétudes existent à cet égard, mais se veut rassurant : « Aucun périmètre n’a de pertinence absolue. Paris Métropole a vocation a être à géométrie variable, à s’adapter en fonction des sujets », déclare Pierre Mansat. « Il est vrai qu’il peut y avoir une certaine méfiance, mais la grande couronne sera très présente au sein de Paris Métropole ». Il le faudra, pour qu’un clivage ne chasse pas l’autre.

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  • kawouede
    • Posté à 20h18 le 10/06/2009
    • Internaute 27995

    Il existe une autre vision : celle de l’écologie politique alliée aux sociaux-démocrates de la région Lien

    (le doc à télécharger : Lien )

    • Dominique Albertini
      Dominique Albertini répond à kawouede
      Auteur(e) de l'article Journaliste
      • Posté à 00h17 le 11/06/2009
      • Journaliste 71825
        Journaliste

      Faut-il vraiment opposer le SDRIF (un plan d’aménagement du territoire francilien porté par le conseil régional) et Paris Métropole, instance de délibération ? les deux projets ne s’excluent pas mutuellement. Si controverse il y a autour du SDRIF, elle oppose davantage la région à l’Etat, qui juge trop modestes ses objectifs de croissance économique et a donc jusqu’à présent bloqué la validation du SDRIF par le Conseil d’Etat.

  • kawouede
    • Posté à 20h03 le 10/06/2009
    • Internaute 27995

    Avec la victoire des écologistes, et vu qu’ils ont été un peu tenus à l’écart du projet de Delanoë-Mansat, on peut attendre un changement de cap... peut-être vers une meilleure prise en compte du SDRIF, le schéma directeur élaboré par la majorité plurielle Verts-PS à la région Ile de France (qui embête un peu le maire de Paris) ?

    • FabiendeMénilmontant
      FabiendeMénilmontant répond à kawouede
      journaleux - blogueur
      • Posté à 20h30 le 10/06/2009
      • Internaute 14145
        journaleux - blogueur

      Je ne comprends pas ce qui te permet de dire que « les écologistes » ont été « un peu tenus » à l’écart…
      Oublies-tu que Pierre Mansat est un élu du 20e, tout comme Denis Baupin, Fabienne Giboudeaux, et quelques autres ?
      Certes, Pierre est adjoint au maire du 20e depuis 1995, contrairement à Fabienne, qui l’a été en 2001, jusqu’au décès de Riou. Mais les communistes et les Verts, depuis 2001 (arrivée de Delanoë et mise en place officielle du projet « Paris métropole ouverte », son nom d’origine) étaient à peu près à parité. Je n’ai pas vu d’arbitrage dans un sens ou dans l’autre sous la mandature 2001-2008.

  • plone
    plone
    journaliste
    • Posté à 10h18 le 11/06/2009
    • Journaliste 57635
      journaliste

    Précision : si les collectivités UMP sont encore minoritaires dans Paris Métropole, c’est que les cadres de la droite francilienne (particulièrement Roger Karoutchi, président de groupe à la Région) ont demandé des modifications de statut, notamment sur les conditions de sortie du syndicat. Le 92 adhérera bien à Paris Métropole, puisque ces modif’ ont été actées jeudi, lors de la première réunion dont vous parlez dans votre papier. Il est caricatural de dire que le 92 rechigne à y aller uniquement par peur de devoir payer pour l’est francilien.

    Enfin, les certains qui qualifient Paris Métropole de « syndicat qui monte, qui monte », sont un seul certain : L’Express.fr

    Lien

    Matthieu Deprieck

    • Dominique Albertini
      Dominique Albertini répond à plone
      Auteur(e) de l'article Journaliste
      • Posté à 10h26 le 11/06/2009
      • Journaliste 71825
        Journaliste

      Relisez, à propos de l’adhésion des collectivités de droite : « Ce devrait être chose faite d’ici l’automne prochain pour le gros d’entre eux, au prix néanmoins de quelques concessions sur les statuts de Paris Métropole : il s’agirait notamment, selon Pierre Mansat, de permettre aux adhérents de se retirer librement du syndicat ».

      J’intègre la référence à l’Express.fr.

      • plone
        plone répond à Dominique Albertini
        journaliste
        • Posté à 11h38 le 11/06/2009
        • Journaliste 57635
          journaliste

        Merci pour le lien. C’est sympa. J’avais zappé le passage sur la clause de sortie, mais je tenais bien à préciser, également, que les Hauts-de-Seine devraient s’engager rapidement dans Paris Métropole, dixit François Kosciusko-Morizet, maire de Sèvres.

        « A partir du moment où avec Patrick Dededjian nous avons négocié et obtenu ce que nous souhaitions pour avoir des statuts plus équilibrés qui assurent bien la représentation des diverses tendances politiques, je ne vois aucune raison pour laquelle nous n’adhérerions pas en tant que conseil général ».