26/09/2007 à 09h24

Chine : ils luttent contre la corruption au nom de Mao

Pierre Haski | Cofondateur Rue89


les paysans signent une pétition contre la corruption des chefs locaux

Paradoxe de l’histoire dans la Chine des 10% de croissance : Mao Zedong redevient le porte-drapeau des pauvres contre les corrompus. A Xintang, une commune rurale du district de Foshan, dans la province du Guangdong (Sud), les paysans ont fait le siège de leur administration locale pendant deux mois pour obtenir l’accès aux livres de comptes qu’ils soupçonnent d’être entâchés de malversations. Et ils l’ont fait en brandissant le portrait du Grand Timonier, d’ordinaire accroché au mur comme un portrait de famille.


Au nom de Mao...

Selon l’excellente vigie de la Chine, EastSouthWestNorth, qui traduit une information donnée par un site internet de Hongkong (le cheminement est sinueux mais c’est le prix de la circulation de l’information et des images en Chine), un millier de paysans de Xintang a pris d’assaut le siège du gouvernement local, la semaine dernière, en apprenant que les comptes allaient être déménagés. Ils ont pris le contrôle du bâtiment et mis la main sur les livres de compte (voir la photo ci-dessous, avec leur « trésor de guerre »).


Les livres de compte qui devaient être évacués

L’histoire de ce village est banale : dans le contexte de l’expansion économique fulgurante de la Chine, et du Guangdong en particulier (un tiers des exportations chinoises sont originaires de cette province), les paysans ont perdu leurs terres. Mais, comme souvent, les chefs locaux détournent une partie du produit de la vente des terres qui, rappelons-le, appartiennent à l’Etat. Les paysans n’ont donc droit qu’à des compensations, pas au produit de la vente. Mais à Xintang, en l’absence de toute transparence, les paysans se sont méfiés et ont exigé des comptes.

Petite information liée à cette histoire édifiante : le gouvernement a décidé de mieux protéger les citoyens qui dénoncent des délits, souvent liés à la corruption. Selon le bureau du Procureur, les « citoyens informateurs » sont à l’origine de 120000 affaires par an, soit 60% du total. Mais 1200 informateurs ont été tués ou sérieusement blessés en représailles l’an dernier, selon la presse chinoise. Une affaire a fait du bruit dans la presse : ne employée d’un bureau des impôts qui avait dénoncé des collègues corrompus s’est vue menacée, frappée puis détenue dans un camp de travail pendant une année. De quoi, assurément, se retourner vers les mânes de Mao Zedong...


Mao au pouvoir à Xintang !

  • 3296 visites
  • 9 réactions
Vous devez être connecté pour commenter : or inscrivez-vous
  • Anonyme

    contrefaçon et corruption sont les deux poumons de l’économie chinise, l ne faut pas se leurrer. Il y a encore du travail pour 15 ans avant d’assainir le pays

    • Jana
      Jana
      bretonne en Normandie
      • Posté à 11h18 le 26/09/2007
      • Internaute 13372
        bretonne en Normandie

      Seulement l’économie chinoise ?

  • Jana
    Jana
    bretonne en Normandie
    • Posté à 11h18 le 26/09/2007
    • Internaute 13372
      bretonne en Normandie

    @ Pierre

    Je tire mon chapeau à ces paysans de Xintang.

    Mais courent-ils des risques après la parution de leurs photos sur les journaux, compte tenu de certains « traitements » réservés aux « citoyens informateurs » ?

    Que devient une employée de bureau après un an dans un camp de travail ?

  • Anonyme

    La corruption c’est mieux en Chine qu’en France : là-bas, un seul parti à arroser.

  • Anonyme

    Il faudra sans doute arrêter de toujours redécouvrir la situation chinoise puiqu’elle constitue un scandale permanent .

    Depuis longtemps cette Chine n’a plus rien à voir avec le communisme !

    Elle fut stalinienne puis hyperbureaucratique corrompue.Il y eût Tien-an-men. Elle est maintenant la meilleure élève du capitalisme financier et mondialisé mais bien entendu toujours corrompue.

    Mais le peuple chinois souffre , sans doute davantage qu’ailleurs.

    On préfère en ce moment parler du peuple birman...qui souffre aussi ; il faudrait en parler à Kouchner.

    • Anonyme

      Je pense que les destins des peuples sont liés, étant donné que chaque dictature lie son destin à sa consoeur (sommet Chine-Afrique par exemple). Ainsi, les médias chinois ultra censurent la situation en Birmanie... une bonne idée de papier monsieur Haski non ?

  • Anonyme

    Je ne vois pas du tout le rapport entre Mao et l’anti-corruption... ce personnage aimait le luxe et semblait un plus chaud lapin que Bill Clinton et JF Kennedy réunis, et il a contribué, en fondant u systeme totalitaire, à planter la graine dont la corruption n’est qu’une feuille de l’arbre.

    • Pierre Haski
      Pierre Haski
      Auteur(e) de l'article Cofondateur Rue89
      • Posté à 15h28 le 26/09/2007
        éditeur
      • Journaliste 9
        Cofondateur

      C’est justement la raison pour laquelle j’ai écrit ce papier : ces paysans retournent à Mao comme à un temps idéalisé, égalitaire et plus juste. Et même si, effectivement, Mao a sa part de responsabilité dans la pourriture du système, il est épargné par une histoire et une mémoire défaillantes.

  • Anonyme

    Me voila dans une sweatshop a Sheklong dans le Guangdong en 1993, a l’epoque a 2 heures de train de Shenzhen, maintenant a a peine 30 minutes... (vive le progres)
    En 2 heures, on a le temps de bavarder avec le fils du patron, qui me raconte que sa soeur, charmante hongkongaise, va bientot se marier avec le fils du gouverneur de la region de Guangdong. Belle aubaine.
    Visite de l’usine de casquettes de Monsieur Chan pere. Qualite parfaite, forcement usine a capitaux Hongkongais.
    Nous voila partis dejeuner, dans le restaurant qui appartient a Mme Chan, la femme du patron.
    Et voila bientot quelques jeunes filles vulgaires a souhait qui me font de l’oeil. Le jeune Chan me dit « oh, elles travaillent en face, elles dejeunent et dinent ici souvent »... « c’est quoi en face ? »... ah tiens ! un bordel !
    et voila le jeune Chan de m’expliquer que les profits du restaurant suffisent a payer les 150 ouvriers (payes a l’epoque l’equivalent de 300 francs par mois)...
    ah bah, je comprends oui : le bordel en face finance l’usine de casquette de Monsieur Chan dont la fille sa marie avec le fils du gouverneur de la province.
    CQFD
    en continuant mes affaires au fil des annees avec ces cheres personnes, j’ai egalement appris que l’usine permettait un blanchiment d’argent investi dans l’immobilier de Hkg

    donc sachez que lorsque vous achetez des merdouilles « made in China », c’est toujours grace au dumping social d’une main d’oeuvre sous payee et corveable a merci et a l’exploitation d’un cheptel de lumpen putes du bordel d’a cote pour le plus grand profit d’un officiel du PCC qui a donne les autorisations necessaires a l’ouverture de ces jolis commerces.

    signe : Le Fou de Bassan