Faux arrêts maladie : ce qui se cache derrière les chiffres
Polémique en vue : de nombreux salariés abuseraient de la Sécu. Selon des chiffres révélés par La Tribune et repris un peu partout, 13% des arrêts maladie de courte durée et 11% des arrêts de longue durée seraient injustifiés.
Le problème, c’est que ces statistiques ne disent pas vraiment ce qu’on veut leur faire dire. Et qu’elles cachent une réalité aggravée par la crise économique.
L’art d’interpréter les chiffres
La Tribune s’est procurée un bilan des opérations de la Cnam en 2008 (l’article n’est disponible qu’en accès payant), et résume à la une : « Plus de 10% des arrêts maladie sont abusifs. » Pas si vite.
Comme le précise d’ailleurs l’article, les chiffres ne portent que sur une partie des arrêts maladie : ceux qui ont été effectivement contrôlés par les médecins de la Sécu. Qui s’intéressent en priorité aux arrêts répétés ou longs, plus susceptibles de masquer des abus. Il faut en effet distinguer deux catégories, les arrêts inférieurs ou supérieurs à 45 jours :
- Arrêts courts : 285 000 contrôlés, 37 000 jugés injustifiés, soit 13%
- Arrêts longs : 1,2 million contrôlés, 130 000 injustifiés, soit 11%
Conséquences de ces contrôles : les salariés concernés ont vu leurs indemnités journalières suspendues, et ils ont été renvoyés au travail.
Pourquoi le mal de dos est très surveillé
Pourquoi la Cnam contrôle-t-elle certains arrêts maladie et pas d’autres ? Un porte-parole résume la stratégie :
« Les arrêts maladie sont systématiquement contrôlés lorsqu’ils dépassent 45 jours. Pour les autres, nous avons une politique de contrôle sur les arrêts répétés ou fréquents. »
La Cnam ne s’étend pas sur cette « politique de contrôle ». Selon La Tribune, l’assurance maladie s’intéresse aux salariés tombant souvent malades, « par exemple au moins trois arrêts de moins de 15 jours sur un an », mais aussi à certaines pathologies, comme les lombalgies.
Le mal de dos ? « On l’utilise de manière un peu hypocrite », explique Didier Ménard, généraliste dans la cité des Francs Moisins en Seine-Saint-Denis et vice-président du Syndicat de la médecine générale
:
« C’est une justification fréquente et pas trop vérifiable : à partir de 30 ans, une radio montrera forcément qu’il y a quelque chose qui ne va pas. On est parfois obligé de l’utiliser pour masquer d’autres pathologies moins acceptées par l’assurance maladie, comme les états dépressifs liés à la souffrance au travail. »
Les médecins se contrôlent
Le docteur Ménard explique que, comme ses confrères, il est « obligé de s’auto-contrôler » pour limiter la durée des arrêts :
« Avant de prescrire un arrêt, je dois réfléchir à l’argumentaire du courrier que je devrai envoyer à l’assurance maladie. Car, en face, la philosophie est de moins en moins médicale et de plus en plus assurantielle. Un jour, l’assurance maladie a décidé que c’était un poste qui coûtait cher et que, si ça coûtait cher, c’est qu’il y avait des abus. »
La souffrance au travail mal reconnue
Pour Didier Ménard, le débat n’est pas économique mais médical. « La question, c’est de savoir si l’arrêt maladie est une thérapeutique », résume-t-il. Il raconte :
« Hier soir, j’ai donné 15 jours à un patient très dépressif en lui disant : “Tu te fais plaisir.” D’accord, je vais augmenter le budget des indemnités journalières, mais j’évite une hospitalisation et des médicaments (...). Il y a de plus en plus d’arrêts liés à la souffrance au travail, à la crise, aux nouvelles règles de management. Est-ce qu’il faut mieux que j’endorme cette douleur avec des anxiolytiques et des antidépresseurs ? »
Les salariés hésitent à s’arrêter
Fin mai, un amendement de Frédéric Lefebvre
avait vite été enterré par le gouvernement : le député UMP voulait autoriser les salariés volontaires à travailler à domicile pendant leurs arrêts maladie ou leurs congés maternité.
La polémique avait occulté un autre problème : les salariés ne sont pas toujours prêts à s’arrêter. Même lorsque leur médecin le leur suggère, selon le docteur Ménard.
« Moi, j’ai plutôt des problèmes avec les gens qui refusent de s’arrêter. D’abord, parce qu’ils ne toucheront que la moitié de leur salaire. Et la deuxième raison, c’est la peur de perdre son emploi : celui qui s’arrête, c’est celui qui pénalise l’entreprise et il sera le premier sur la liste en cas de licenciements. L’arrêt maladie, ça devient un luxe. »
- 32961 visites
- 105 réactions























J’ai l’impression qu’on prend toujours cette méthode de prendre des cas particuliers pour en tirer des généralités.
Au moins comme ça on pourra dire que c’est de la faute de quelqu’un. On pourra se battre les uns contre les autres. On aura au moins la possibilité de montrer du doigt celui qui est en arrêt.
Ce matin, j’entendais à la radio ceux qui se plaignaient qu’il y avait trop d’arrêt maladie. En exemple une dame qui disait que sur 19 personnes employées elle traitait 5 à 10 arrêts par mois. Elle se plaignait que certain abusait. Pour ma part, ma première réaction a été de me dire qu’il devait être certainement très pénible de bosser dans un tel endroit pour que tout le monde s’arrête comme ça.
A partir du moment où les gens sont reconnus dans leur travail, il ne s’arrêtent pas sans raison.




Partager