15/03/2007 à 12h59

La cité interdite et le décolleté de Gong Li

Pierre Haski | Cofondateur Rue89


Gong Li à Hollywood en novembre 2006 (Fred Prouser/Reuters).

Difficile d’y é chapper dans les couloirs glauques du mé tro parisien : le dé colleté de l’actrice chinoise Gong Li fait son effet. Dans le film chinois La Cité Interdite, sorti mercredi sur les é crans franç ais, des milliers de figurantes suivent son exemple dans la mise en scè ne à grand spectacle du ré alisateur Zhang Yimou.
C’est, hé las, presque tout ce qu’il y a à dire sur ce film, tourné dans la mê me veine que les deux pré cé dents de Zhang Yimou, Hero et Le secret des poignards volants : une mé gaproduction aux effets spé ciaux gé ants, des milliers de figurants, des scè nes de combats spectaculaires, une esthé tique hyperlé ché e, et... un scé nario à mes yeux dé sastreux. C’est d’ailleurs ce que fait remarquer l’excellent blogueur Shanghaiist.com, qui souligne que le dé colleté de Gong Li est le seul é lé ment qui a fait dé bat en Chine, les puristes le trouvant peu conforme au style de l’é poque...
Il y aura assuré ment deux sortes de ré actions à ce film : d’un cô té ceux qui privilé gieront la forme et s’enthousiasmeront pour cette mise scè ne à la Cecil B. DeMille (en quantité , pas né cessairement en qualité ...) et pour l’image ; de l’autre ceux qui, comme moi, s’é nerveront d’un scé nario qui tient en un feuillet et dont on a tout compris au bout de dix minutes de film - l’Empereur fait face à un complot ourdi par sa femme et dont il finira par triompher. Et surtout d’une ré affirmation omnipré sente de la force absolue de l’ordre é tabli et de l’incapacité de le dé fier. L’empereur, et donc l’ordre é tabli, sont forcé ment les plus forts, CQFD.
On comprends mieux, en voyant ce film, la polé mique ré cente entre Jia Zhangke et le producteur de Zhang Yimou, qui a dé frayé la chronique pé kinoise. Le film Still Life du premier, ré compensé au dernier festival de Venise et qui sortira prochainement en France, est sorti en Chine le mê me jour que celui de Zhang Yimou, ce qui lui a valu une campagne de dé nigrement. Mais c’est surtout que les deux hommes incarnent deux voies radicalement diffé rentes pour le ciné ma chinois.
La dé rive de Zhang Yimou, l’un des pionniers du nouveau ciné ma chinois (Le Sorgho Rouge, Epouses et Concubines, Vivre, Qiu Jiu -avec une Gong Li magnifique...), n’est pas une dé couverte : je l’ai é crit dans Libé ration dè s Hero (nous avions titré en 2003 : le Hé ros trop mou de Zhang Yimou...).
Sa quê te de succè s et de reconnaissance (ré ussie, il faut bien l’admettre, Hero a fait 700000 entré es en France) a donné un tour diffé rent à sa carriè re ciné matographique, y compris d’en faire LE ciné aste offciel du ré gime. Comme le fait remarquer un commentateur amé ricain cité par le blog de Shanghai, la mise en scè ne de ce dernier film fait craindre le pire pour la soiré e inaugurale des JO de Pé kin, l’an prochain, dont Zhang Yimou a la responsabilité . Cô té animation de foules, ç a fait un peu Coré e du Nord revue et corrigé e par Hollywood, mais avec la mê me rigidité .

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  • Pierre Haski
    Pierre Haski
    Auteur(e) de l'article Cofondateur Rue89
    • Posté à 23h50 le 06/05/2007
      éditeur
    • Journaliste 9
      Cofondateur

    Bien vu ! En fait, comme indiqué dans une note publiée ce jour, ce blog est la suite de mon blog préédent, « cinqansenchine », hébergé par les éditions Les Arènes. Depuis mars, chaque nouveau post mis sur mon blog était placé en même temps sur le site en construction de Rue89, afin d’avoir des archives à présenter aux visiteurs du premier jour comme vous.
    Cordialement.
    Pierre Haski

  • cambronne
    cambronne
    Pressovore
    • Posté à 08h34 le 07/05/2007
    • Internaute 670
      Pressovore

    Ennuyeux...
    la cité interdite ou comment faire un film de « pif/paf.pouf.tchik/ah/ah/argh/tuquoquefili » (ou l’on sent que le créateur n’aurait bien mis que cela) en mettant un scénario en forme de cache sexe inefficace.
    Au bout d’une heure, je ne supportais plus les cheveux long des combattants atterrissant au ralenti sur les épaulettes d’armures, en forme de L’orealprécommuniste... alors qu’ils ne le valaient pas..
    Je me suis tellement tortillé sur mon siège que je n’ai même pas repéré le décolleté de gong li, ce qui me vexe un peu et augmente peut être mon aigreur sur ce film..
    Qu’on s’entende bien, je n’y allais pas pour comprendre les rouages aristocratique du fonctionnement de la cité interdite, ça j’en avais déjà fait mon deuil avant d’entrer, j’y allais pour de dzimm,tcick,woulouloup,whouah.aligato(quoi c’est japonais..) mais au moins en espérant, vu la durée du film un lien (un peu) captivant entre les scènes... Ayant raté le décolleté, ma seule satisfaction fut quelques décors colorés, le rythme des bruits de pas et de bottes régulés saccadé.. les stores qui se ferme et s’ouvrent en permannece pour séparer les pièces dans la cité, et l’espérance d’une belle bataille avec plein de figurants avant de lui trouver à la fin un gout d’eau de boudin..

  • jpaul
    • Posté à 15h35 le 07/05/2007
    • Internaute 641

    Apparemment vous vous êtes tous bien fait chier en regardant ce film. Bon d’accord. Mais pourquoi faut-il absolument trancher entre les 2 voies du cinéma chinois : une voie « bien » (ou Z. Yimou était) et une voie « pas bien » (ou Z. Yimou est ! ! ?). Laissons là ce débat. Qu’il y ait un cinéma « hollywoodien » en Chine, c’est plutôt bon signe, un vecteur de culture de masse qui s’oppose aux blockbuster américains. Prsentation positive des choses : au lieu de dire que ce cinéma est à la solde du régime, on peut remarquer que les chinois font leur propres productions, avec le système de financement qui leur est propre : le financement d’état. Il n’ya pas encore de « majors » en Chine, est-ce que nous devons nous demander en permanence si c’est « bien » ou « pas bien » ?
    Il est vrai que les lenteurs, l’esthétisme forcené et le CecilB2000isme est de nature à tourmenter l’occidental sur son fauteuil rouge. Moi je dis tant mieux pour la Chine : ils ont envie de se prouver qu’ils peuvent faire des gros films, et ils y arrivent plutôt pas mal (cf. Hero).
    D’accord avec vous sur la fascination du décoleté de Gong Li... Elle est victime sous nos yeux de sacandales à la Rita Hayworth dans Gilda et nous ferions la fine bouche. Toutes ces histoires ont un charme suranné qui me distrait beaucoup plus que le soi-disant sexe à pile d’ Angelina Jolie. brrk

    • Anonyme répond à jpaul

      merci jpaul ! justement j’en avais un peu assez de ne plus oser dire que j’avais aimé Hero (et oui, la honte !), et « me vanter » d’avoir vu Still Life à 11h du matin le premier jour parce que je suis vachement intello et cinéphile. Oui c’est du blockbuster chinois, ça se traîne, les effets sont super esthétiques gratuits et tout et tout, mais moi ça me fait du bien au mental parfois (et on n’est pas bêtas au point de marcher dans la combine China über alles). J’aime Godard et Louis de Funès (ça me fait rire !) ou Gladiator et Jim Jarmusch. C’est ça le cinéma… enfin je crois bien.
      bises à tous les cinéphiles