Et si les particuliers finançaient les entreprises ?
Du 2 au 6 juin se tient la Semaine du microcrédit . Un événement qui se déroule sur fond de crise économique. Cette dernière a généré une hausse importante des demandes de microcrédits. L’Association pour le droit à l’initiative économique (Adie ) annonce, cette année encore, une croissance de 30% des dossiers déposés.
Logique, quand on sait que pour beaucoup de nouveaux chômeurs, la seule solution est la création d’entreprise. Or, les banques sont de plus en plus frileuses pour l’octroi de prêts : dans son rapport du 27 janvier 2009, l’Insee explique ainsi :
« Le contexte peu favorable de l’économie française en 2008, avec une demande faible et un durcissement des conditions de crédits, n’a sans doute pas incité à la création d’entreprises dans nombre de secteurs d’activité. »
Et ce n’est pas fini. Les encours de crédits aux entreprises ont encore chuté de 0,2% entre février et mars 2009, selon l’Observatoire du crédit.
L’idée
L’argent des particuliers apparaît comme une ressource potentiellement efficace pour doper le nombre de microcrédits nécessaires à la création d’entreprises. Que des personnes fortunées investissent au capital d’entreprises en création dont ils ont reconnu le potentiel, ce n’est pas nouveau : c’est ce que font, par exemple, les « business angels » .
Mais désormais, plus besoin d’être millionnaire pour investir. N’importe quel particulier, aussi peu fortuné soit-il, peut se transformer en banquier pour soutenir, avec d’autres, la création d’une entreprise.
Le dispositif séduit prêteurs et emprunteurs. Ces derniers sont certains de réunir un capital suffisant pour démarcher les banques ou même heureux de ne pas avoir à payer les taux d’intérêts parfois mirobolants qu’elles demandent. Crise oblige, de plus en plus d’épargnants ne veulent plus confier leur argent à une banque trop gourmande.
Un changement qui fait le succès des finances solidaires. Selon le dernier baromètre Finansol, qui vient de paraître, l’encours de l’épargne solidaire en 2008 était de 1,6 milliards d’euros. Visionnaires, certains acteurs du prêt « de particuliers à particuliers » sont déjà sur le créneau depuis longtemps. D’autres s’y mettent.
Comment la mettre en pratique
Différents modèles de prêts de ce type existent en France. Zoom sur deux d’entre eux : les comités locaux d’épargne pour les jeunes (Clej) offrent, depuis 2000, des prêts aux créateurs d’entreprise du Pays basque.
D’autres organismes vont plus loin en proposant à des particuliers de se regrouper pour prendre collectivement des parts au capital d’une entreprise en phase de création : c’est le cas des clubs d’investisseurs pour une gestion alternative et locale de l’épargne solidaire (Cigales ), lancés en 1983 pour soutenir la création d’activités solidaires en France (entreprise d’insertion, commerce équitable, énergies renouvelables, etc.).
Mise à part leurs vocations spécifiques, les deux dispositifs fonctionnent presque sur le même principe. Les montants investis ou prêtés restent faibles, équivalents à ceux pratiqués par les associations de microcrédit type Adie : 3 000 euros maximum.
Pour la sélection des projets, une grande importance est accordée à l’impact local du projet financé. C’est même l’enjeu principal des Clej, destinés à faciliter l’installation professionnelle des jeunes dans la région, afin qu’ils ne soient pas obligés à l’exode rural. Ce qui a fait le succès de l’initiative, c’est aussi l’absence de taux d’intérêt : c’est l’aspect solidaire de la démarche.
« Il est plus facile d’aller voir une banque » après un premier coup de pouce
Mais dans l’un ou l’autre cas, l’idée est en fait de créer un effet de levier : « Il est plus facile d’aller voir la banque après avoir eu le soutien du Clej », confirme Hervé Lanouguere, qui a obtenu deux crédits.
Les banques ne sont donc pas absentes du financement de la création, mais arrivent après le crédit des particuliers ; ils permettent au porteur de projet de présenter suffisamment de garanties.
En effet, quelle que soit l’entreprise créée, 3 000 euros ne suffiront jamais à couvrir tous ses frais. Et au-delà de l’apport financier, Cigales ou Clej demandent un investissement en temps important. Dans « Les Cigales : notre épargne, levier pour entreprendre autrement » (éd. Yves Michel), Pascale-Dominique Russo constate :
« Les actionnaires cigaliers aident les projets à se mettre en marche, suivent et conseillent, épluchent les comptes et signalent les erreurs. »
Ce qui requiert, de la part des prêteurs, des compétences qui relèvent généralement des banques : analyse du projet, orientation, conseils, etc. Des connaissances et des disponibilités que tout le monde n’a pas forcément. Faut-il pour autant baisser les bras ? Non, grâce au web.
Ce que je peux faire
Internet permet à n’importe qui de devenir un « prêteur solidaire », sans que cela soit trop chronophage. Pour l’aspect création d’entreprises, plusieurs sites permettent ainsi à l’internaute qui le souhaite de prêter de l’argent à des entrepreneurs du Sud en recherche de financements.
Parmi les plus connus, Kiva (basé à San Francisco), Myc4 (Danemark) et Babyloan (France). Le principe est toujours le même, avec quelques nuances.
Prenons l’exemple d’une commerçante qui veut ouvrir une boutique à Phnom-Penh, au Cambodge, elle a besoin de 150 dollars. Elle se connecte sur Babyloan pour faire connaître son projet.
Résidant à Toulouse, Martin découvre le profil de Joséphine et décide de lui prêter l’argent. Il fait un virement à Babyloan, qui transfère l’argent à une instution de micro-financement (IMF) de Phnom-Penh dont il est partenaire [par exemple, Chamroeun , dont on peut découvrir l’action sur Rue89, dans le blog Le printemps des bonzaïs, ndlr], qui, enfin, prête l’argent sonnant et trébuchant à Joséphine.
A elle de l’utiliser à bon escient, pour pouvoir s’acquitter de sa dette en temps voulu (les délais sont définis au moment du prêt) grâce aux revenus que sa boutique aura générés.
Les prêts Nord-Sud possibles légalement, pas les prêts Nord-Nord...
Pour le remboursement, c’est le chemin inverse : la créatrice rend l’argent à l’IMF, qui le transfère à Babyloan, qui, à son tour, fait un virement au prêteur. Des processus qui ont déjà permis à des milliers de créateurs d’entreprises du Sud de lancer leur activité.
Et même à certains internautes de gagner de l’argent, puisque Myc4, par exemple, propose au prêteur de toucher un taux d’intérêt. Aucune intervention de banque, si ce n’est comme intermédiaire : tout se fait de particulier à particulier.
Et pour les prêts Nord-Nord ? Interdits. En France en tous cas : la loi ne permet pas qu’une structure gagne de l’argent sur des transactions faites entre particuliers par son intermédiaire ou sur les taux d’intérêts de ces transactions.
Des sytèmes qui rappellent que l’argent est un moyen, pas une fin
Un tel dispositif pourrait pourtant permettre à l’Adie d’augmenter par exemple ses capacités de prêts en mettant en relation des prêteurs et des emprunteur. Il faudra se contenter du site Internet Adie Connect , lancé officiellement le 2 juin : des emprunteurs pourront y faire des demandes de microcrédit en ligne.
Et même pour les prêts Nord-Sud, comme ceux que réalise Babyloan par exemple, il est obligatoire d’être accrédité par l’Autorité des marchés financiers.
Un frein peut-être. Mais aussi une protection contre le surendettement : si de tels sites étaient autorisés, il y a fort à parier qu’ils attirerait des emprunteurs fichés à la banque de France. (Un thème débattu à la Maison des Métallos, à Paris) le 9 juin : « Microcrédit peer to peer : quelles opportunités, quels risques ? »)
Reste à voir si ces systèmes de prêts continueront à se développer. Aujourd’hui marginaux, ils représentent malgré tout une solution intéressante pour tous ceux qui souhaitent reconsidérer l’argent comme un moyen et non comme une fin. Pour qu’à nouveau, la finance soit au service de l’économie réelle.
Photo : un commerçant indonésien devant sa boutique dévastée par le tsunami de 2004. La banderole dit : « J’ai besoin d’argent pour mon commerce, merci d’avance aux ONG » (Beawiharta/Reuters)
- Sur asso.frLe site des Cigales
- Sur unblog.frLes Clej sur le site de l'Azia
- Sur myc4.comLe site de Myc4
- Sur babyloan.orgLe site de Babyloan
- Sur adieconnect.frLe site Adie Connect
- 11304 visites
- 44 réactions























rien n’avoir (quoi que ?) mais important
Alain BOCQUET, Député du Nord, déclare à la tribune de Lens (meeting du
Front de Gauche le 29 mai 2OO9) :
« S’abstenir c’est laisser sa voix et les mains libres à la droite et à tous
ceux qui ont voté le traité de Lisbonne.Or ce qui se prépare est très grave
pour les peuples européens et le peuple français.
On ne nous dit pas tout !
On vous cache, Sarkozy en tête, un document confidentiel du Conseil de
l’Union Européenne datant du 28 avril 2009 (document 8250/09-ECOFIN257) qui
intime à la France d’aller plus loin et plus vite dans “son programme
national de réformes, de renforcer la concurrence dans les secteurs de
l’énergie et du fret ferroviaire, ainsi que dans les professions
réglementées pour moderniser le marché du travail”
Quelques lignes plus loin, on notifie à la France de “poursuivre
l’amélioration du cadre général de la concurrence dans les secteurs des
services”. Autrement dit de privatiser plus vite !
“Ces problèmes doivent etre réglés ; poursuit le texte, tout en respectant
l’objectif d’encadrement des couts annoncés par le gouvernement, à savoir
une croissance zéro des dépenses publiques”
Ainsi, c’est très clair, le Conseil Européen réclame plus de conccurence,
d’attaques contre les secteurs et services publics et de nouvelles
diminutions des dépenses publiques et sociales, alors que l’argent coule à
flot, pour les banquiers et les multinationales sans aucune contre partie
pour l’emploi et les salaires.
Il faut réclamer la transparence en exigeant que ce document sorte de la
confidentialité et qu’un débat télévisé soit organisé en toute urgence




Partager