« Dany » et « Mosco », de la difficulté de motiver les électeurs
Le plateau était de qualité -Daniel Cohn-Bendit le vert, face à Pierre Moscovici le socialiste- et la salle de la Bellevilloise, jeudi soir à Paris, a dû refuser du monde. Et pourtant, ces deux (trop) bons connaisseurs des rouages de la construction européenne n’ont pas réussi à surmonter le handicap majeur du scrutin européen du 7 juin : rendre concrets et proches des enjeux par trop d’égards politiciens et/ou technocratiques.
Ce débat était pourtant organisé conjointement par Le Nouvel Observateur et par la Fondation Terra Nova, proche du PS, dont le président, Olivier Ferrand, vient de publier un essai intitulé « l’Europe contre l’Europe » (Terranova/Hachette), et dont le résumé de la thèse démarre par cette phrase :
« De quel mal est vraiment atteinte la construction européenne ? Maastricht, Amsterdam, Nice, Convention sur l’avenir de l’Europe, Lisbonne : en vingt ans, les négociations vont d’échec en échec. »
Plutôt qu’une vision européenne, des considérations tacticiennes,
A ce constat implacable, ni Cohn-Bendit tradionnellement excellent dans le rôle de l’idéaliste de service (il l’a été un bref instant en proposant une paix au Proche-Orient sponsorisée par l’Europe...), ni Moscovici l’Européen convaincu qui veut faire de l’idée européenne le socle de la refondation du PS, n’ont su redonner de l’âme à cet enjeu.
Et ils ont passé l’essentiel de leur tête en considérations tacticiennes sur les alliances à venir pour bloquer la candidature de Manuel Barroso à la tête de la Commission européenne. Important, certes, mais pas de quoi ramener les électeurs aux urnes dans deux semaines et demi.
Il aura fallu attendre les questions de la salle pour que surgissent les demandes des profanes : en gros à quoi sert le Parlement européen, qu’est-ce que ça change dans ma vie, qu’a fait le parlement sortant ? ...
Des questions de bon sens qui illustrent le déficit d’information du public, même celui qui est suffisamment motivé pour venir écouter deux hommes politiques débattre un soir d’Ascension !
L’abstention, une « folie démocratique »
Des questions, et des réponses, qui illustrent aussi le fait que même des hommes intelligents et conscients comme Cohn-Bendit -leader de la liste Europe-Ecologie- et Moscovici -qui n’est pas candidat aux Européennes-, peuvent se laisser entraîner dans des discours qui ne parlent qu’aux spécialistes, tant la complexité des institutions européennes passe encore au-dessus de la tête de la plupart des Français (pour ne parler que d’eux).
On retiendra malgré tout quelques points qui méritent un peu d’attention :
- Pierre Moscovici, répondant à une critique de Cohn-Bendit sur le fait que le PS ait d’abord axé sa campagne sur l’anti-sarkozysme alors que ce n’était pas l’objet, a souligné l’impact néfaste du président français sur l’Europe. Il l’a accusé d’avoir remis en selle l’« intergouvernementalisme », et d’avoir amorcé une « dé-intégration » de l’Europe politique.
- Daniel Cohn-Bendit et Pierre Moscovici sont d’accord pour critiquer la position de la France et de l’Allemagne, qui entendent bloquer l’adhésion éventuelle de la Turquie à l’UE, le socialiste qualifiant même l’attitude de Nicolas Sarkozy sur le sujet de « scandale d’Etat ».
- Moscovici reprend à son compte la formule « fédération d’Etats-Nations » employée par Jacques Delors, plutôt qu’un fédéralisme classique, trop compliqué à 27 ou à 35 comme il le prévoit. « On ne fera pas l’Europe contre les Etats. »
Aiguillonés par la salle, les deux orateurs ont retrouvé quelques accents tribuns en fin de débat, pour inciter les électeurs à aller aux urnes et à ne pas sous-estimer l’enjeu. L’abstention, une « folie démocratique » selon Moscovici.
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ABSTENTION MILITANTE LE 7 JUIN
Et qu’on ne nous chante pas la ritournelle du vote utile ! ( « S’abstenir, c’est voter Sarko » ? Une niaiserie à deux balles sans envergure).
Bien au contraire, ce prétendu « vote utile » pour des formations ou des listes de gauche sans relief ni projets sérieux, renforce durablement la position des voyous de la droite. Pourquoi ?
1/ Parce qu’elles n’ont évidemment aucune chance de l’emporter ;
2/ parce qu’en maintenant ces insignifiantes formations sous la perfusion de nos votes (au-dessus de 5%, elles crient victoire !), on recule d’autant la création d’une véritable force de renouvellement.
Le « vote utile », j’ai déjà donné ! Trente ans de vote socialiste pour me faire refourguer cette nullarde de Ségolène Royal et la trahison de Versailles sur le traité de Lisbonne ; un vote pour Chirac pour éviter Le Pen… et obtenir Sarkozy la fois suivante !
Les conneries, ça suffit comme ça ! Si ils (les gens de gauche) retrouvent un jour raison, je suis à disposition. Quand ils seront au fond du trou, peut-être consentiront-ils à ouvrir les yeux et à écouter un peu ce que disent les autres.
Quant à Cohn-Bendit et à ses hallucinations de solutions supra-nationales, permettez qu’on lui dise qu’il disjoncte complètement !




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