Droit de suite 19/05/2009 à 19h46

Relance de la filière bois : les impasses de Sarkozy


Ce mardi, dans une scierie industrielle alsacienne, Nicolas Sarkozy a fait son grand discours sur la filière bois. Mais à en croire les associations concernées, il est passé largement à coté des enjeux économiques et écologiques. Ces dernières attendent toujours une position officielle de la France sur le dossier européen du bois illégal.

D’abord le symbole : la scierie Siat-Braun, à Urmatt, pour annoncer un fonds d’investissement de 20 millions d’euros (100 millions à terme) destinés à restructurer la filière. Si le président cible juste en disant que la filière est atomisée, les montants débloqués sont mineurs au regard des emplois concernés (173 000 en direct, 450 000 en tout dans la filière) surtout comparé aux 7 milliards d’aide à l’automobile.

Les associations craignent que soit au final décidée une relance « pour les gros ». Grégoire Lejonc, chargé de mission forêts à Greenpeace France remarque que Nicolas Sarkozy n’a pas dit un mot sur le projet de règlement européen contre le bois illégal :

« Pourtant, si on importait moins de bois exotique, on éviterait l’actuel dumping social et environnemental, et on relancerait la filière française. »

Le responsable asssociatif aurait aussi aimé « que l’Etat montre l’exemple via ses achats publics » :

« Ce ne serait pas très compliqué d’acheter local ou certifiés, sachant qu’à l’heure actuelle 25% des bois tropicaux qui entrent en France sont destinés aux marchés publics. »

Où est passée la biodiversité ?

Surtout, la biodiversité est la grande oubliée de ce discours. Le bientôt ex-ministre de l’Agriculture Michel Barnier, en campagne pour les européennes, a invoqué « l’ardeur des pères fondateurs de la Communauté du charbon et de l’acier sur différentes politiques » et appelé de ses voeux à un « Stockholm de l’environnement », sur le modèle du Grenelle de l’environnement français.

Mais en proposant de « multiplier par dix l’utilisation de bois dans la construction », le Président met le pied dans l’inconnu et prend un risque pour la biodiversité. Sylvain Angerand, chargé de campagne Forêts pour les Amis de la Terre s’inquiète :

« Le Président va à coup sûr favoriser les grosses entreprises plus compétitives et abandonner les PME locales. On se retrouvera dans la situation absurde où il faudra transporter du bois depuis les grandes scieries plutôt que de soutenir l’emploi local. »

Pour l’association, il manque des garde-fous à ces déclarations. Si le président veut respecter la promesse issues du Grenelle, à savoir « récolter plus de bois tout en préservant mieux la biodiversité », les Amis de la Terre demandent deux mesures :

  • ne pas toucher à 10% des forêts , contre 1% seulement qui sont préservés actuellement,
  • inscrire dans la loi de laisser 25% de la production biologique sous forme de bois mort en forêt.

Sophie Verney-Caillat


► Article suivi : Commerce de bois illégal : l’hypocrisie française

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  • pablico
    pablico
    À la porte d'un sourd, 
un jour (...)
    • Posté à 21h18 le 19/05/2009
    • Internaute 14278
      À la porte d'un sourd, 
un jour (...)

    relance du bois, langue de bois, relance en bois, chèque en bois, gueule de bois..

    très riche comme filière le bois.. : -)

  • papy55
    papy55
    prof. en province
    • Posté à 21h34 le 19/05/2009
    • Internaute 24237
      prof. en province

    Il paraît même que Sarko s’est fait huer à Urmatt !
    Difficile de se déplacer pour lui maintenant, il faudra un terrain de plus en plus déblayé et quadrillé par des encartés UMP pour qu’il continue de croire en ses pouvoirs magiques !

  • A.V.
    • Posté à 23h53 le 19/05/2009
    • Internaute 24685

    Je connais un peu la filière, les essences françaises commerciales ou non, pour avoir négocié cette matière première avec les acteurs du secteur dans plusieurs régions (propriétaires, exploitants-négociants, coopératives, petites industries, ONF). D’abord, petites ou grandes exploitations, la biodiversité n’existe pas. Dans l’ordre, sapin, épicéa, hêtre, chêne, représentent 95% du marché. Essences à faible valeur ajoutée destinées principalement à la construction, elles rapporteraient effectivement des prunes aux propriétaires/exploitants sans dumping social. Quand on recherche les essences marginales commercialement (2% du marché, mais 99,XX % de la biodiversité), la majorité des professionnels vous regardent avec des yeux morts en vous disant « j’sais pas », parce qu’ils ne savent même pas à quoi ressemble un érable, un alisier ou un cormier. Pour qu’une essence soit rentable aujourd’hui, elle doit fournir l’industrie du meuble moyen/haut de gamme et provenir d’une région française proche d’un pôle d’exportation (et ouais, parce que la filière du meuble est morte en France et que le bois coûte trop cher à transporter via la route sur plus de 300 km). Donc, frontières belge (puis export maritime vers Etats-Unis et Chine), allemande et italienne. Dans ces zones-là, on peut effectivement valoriser les essences nobles comme l’érable et faire monter les prix à 200 euros/m3, voir 300, voir beaucoup plus pour le placage.
    Donc, le problème principal de la filière est lié à l’anéantissement de l’industrie des produits manufacturés traditionnels en France.
    Quant au vœu (pieux) des Amis de la Terre de voir 10% de la forêt inexploitée et 25% de la production biologique sous forme de bois mort ! ! ! ... Pour faire accepter ça aux acteurs de la filière (ceux cités plus haut + les communes), il faudrait envoyer l’armée patrouiller en forêt pendant 50 ans au moins. Parce que là, c’est toute une histoire culturelle, sociale et commerciale à dépasser.
    Dernier point : seules des petites structures pourraient exploiter de manière raisonnée les nombreuses essences formidables à fort potentiel commercial ET écologique. Pour l’instant, ce capital est simplement brûlé ou rasé au profit de quelques essences. Encore une fois, Sarkozy parle d’un dossier sous-documenté qu’il ne connaissait pas cinq minutes avant son discours. D’ailleurs, cinq minutes avant, il prenait sa douche...

  • General Subverciòn
    General Subverciòn
    viva Makhnovchtchina
    • Posté à 22h46 le 19/05/2009
    • Internaute 47117
      viva Makhnovchtchina

    c’est un peu comme le « Mangez des pommes » de Chirac...on oubliera...

  • désinscrit-
    • Posté à 00h41 le 20/05/2009
    • Internaute 736

    Le bientôt ex-ministre de l’Agriculture Michel Barnier, en campagne pour les européennes, ... et [a] appelé de ses voeux à un « Stockholm de l’environnement »

    Alors quand on a pas d’idée ou pas envie de se creuser, le mieux c’est de proposer un sommet inutile, ça mange pas de bois ! !

  • notule
    notule
    humanoïde
    • Posté à 00h56 le 20/05/2009
    • Internaute 72751
      humanoïde

    Y’a pas à dire, y’en a qui font vraiment scier avec leur langue de bois ! ! ! : D

  • Azza
    Azza
    Ingénieur en informatique (...)
    • Posté à 10h50 le 20/05/2009
    • Internaute 25467
      Ingénieur en informatique (...)

    Le probleme du bois illegal :

    essentiellement importe depuis les pays d’Afrique equatoriale, le commerce du bois illegal profite avant tout aux chouchous de Sarko : Bongo, et surtout Sassou N’Guesso et Biya.

    Les societes qui profitent de ce trafic : Rougier, Pinault, et, last but not least Bollore (l’homme du Yacht, proprietaire de Direct 8 et de plus en plus puissant dans les medias, et dont un des hommes de confiance, Michel Roussin, a longtemps joue un role important au sein de la Chiraquie).

    Vous ne voudriez tout de meme pas que Sarko leur fasse de la peine ?

    PS : A oui, a savoir egalement, la fortune de BHL provient du commerce du bois Africain.

  • Michel P.
    Michel P.
    Retraité
    • Posté à 14h47 le 20/05/2009
    • Internaute 75076
      Retraité

    Depuis le temps que SARKOZY nous fait des promesses sur tous les sujets, promesses qui ne font que rendre les « couillons » plus que joyeux, je dirais « hillares ». Ce type est le plus grand bonimenteur, l’illusionniste le plus fort et surtout le plus grand menteur qui a pu occuper l’Elysée. Du pouvoir d’achat à la croissance, de la baisse des impôts à celle des prélèvements obligatoires, des réformes (plus que ratées) à la relance du site de Gandranges. Bref, comment peut-on croire qu’il y existe encore des Gens pour croire aux promesses jusquà présent au niveau zéro de ce bateleur d’estrade qui jusqu’à présent a niqué (cette expression est de lui à Neuilly en 1983) tout le monde. ! ! ! Vraiment les Français sont des « VEAUX ».