Il n'y a pas eu de « violences urbaines » à La Courneuve
Dans la nuit de samedi à dimanche, des policiers transfèrent des suspects gardés à vue pour un examen médical à l’hôpital Jean-Verdier de Bondy. L’un d’eux est connu des services de police pour être l’un des maillons d’un important trafic de drogues. Sur le chemin, deux voitures surgissent, bloquent le fourgon et tirent en rafale en direction des policiers à la kalachnikov. Pour le Parisen de lundi :
« C’est la première fois qu’une telle arme est utilisée dans le cadre de violences urbaines. »
Depuis, politiques et médias n’ont de cesse d’évoquer une « escalade » et un « cap franchi » en matière de violences urbaines. Contrairement à ce qui s’est par exemple passé la semaine dernière à Villiers-le-Bel, il n’y pas eu d’affrontements entre forces de l’ordre et jeunes.
Les policiers eux-mêmes mettent en garde contre ce rapprochement et soulignent que cette attaque s’apparente plus à du grand banditisme qu’à l’une de ces manifestations d’agressivité fréquentes en banlieue que l’on nomme « violences urbaines ».
Thierry Mazet, secrétaire national du syndicat Alliance, souligne que ce guet-apens est très certainement lié aux grands trafiquants de stupéfiants installés en Seine-Saint-Denis :
« Il y a environ 40 cités très touchées par le trafic de drogues dans le département. La Courneuve, notamment. Nous y allons de plus en plus souvent pour y mettre un terme. Donc eux souhaitent nous intimider avec ce type de traquenards. »
Pour Thierry Mazet, cette action spectaculaire ne rend pas compte des rapports entre habitants de banlieues et policiers :
« Il s’agit là de voyous. La grande différence entre hier et aujourd’hui, c’est qu’avant, ils avaient le doigt sur la détente et que maintenant ils appuient dessus. Les armes qui viennent des Balkans, il y en a toujours eu, tout le monde le sait mais là, ils s’en servent... »
Dans un excellent article, Mediapart reconstitue les faits et interroge :
« C’est le genre d’affaires qui peuvent passer en quelques heures du statut de faits divers à celui d’affaire policiaro-politique.
“Tous les ingrédients sont, en apparence, réunis : fusillade, police, drogue, guet-apens, La Courneuve, communiqué du ministère de l’intérieur et syndicats de police sur place.
‘En un mot, c’est le triptyque bandes, banlieue, banditisme, sujet à toutes les controverses, à toutes les polémiques, à toutes les récupérations.’
C’est bien parce que cette attaque a eu lieu en banlieue, dans la cité que Nicolas Sarkozy a promis de nettoyer au Kärcher, que ce fait divers donne lieu à un débat national et laisse croire que les petits délinquants des cités détiennent des kalachnikov.
Si l’on exclue les affaires de braquage (les armes lourdes y sont légion), ce n’est d’ailleurs pas la première fois qu’une attaque aussi dramatique touche des policiers.
En 2001, à Béziers, un jeune homme avait entraîné la police dans une folle course-poursuite. Après avoir tiré une roquette contre les forces de l’ordre et tué le chef de cabinet du maire avec une kalachnikov, le délinquant a été abattu par la police.
En 2002, Régis Ryckebusch, lieutenant de police a été tué dans le commissariat de Vannes par un forcené armé d’une kalachnikov.
- Sur mediapart.frLa Courneuve: questions après des tirs en rafale sur un fourgon de police
- Sur skyrock.comTentatives de définition de l'expression "violences urbaines"
- Sur francesoir.frLa police des polices saisie des violents affrontements à Villiers-le-Bel, sur Francesoir.fr
- Sur rue89.comVilliers : marre des médias, des flics et des voyous
- Sur rue89.comTous les articles sur les banlieues
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parti à la pêche
parti à la pêche
Le mot « violence » apparait en avalanche dans les journaux et les chroniques lorsqu’apparaissent des faits divers et des faits de délinquance tels que ceux évoqués toute ces dernières semaines.
Ex - « La Courneuve : Une escalade de la violence »
Ex - « Estrosi propose une unité de police en milieu scolaire, des policiers spécialement formés puissent intervenir dans les écoles en cas de violence, sur demande du chef d’établissement... »
Ex - « La presse se fait l’écho de l’augmentation des actes de violence de jeunes des quartiers populaires, notamment d’incidents graves .... »
Le mot « violence » est aussi récurrent dans les journaux et les chroniques en référence à la radicalité et aux risques de dérapage (réels ou hypothétiques, selon la perception de chacun) d’actions sociales ou d’actions de partis politiques, et notamment d’extrême gauche.
Ex 1 - PARIS, 25 avr 2009 (AFP) - Accusé par l’UMP d’attiser la violence, le NPA d’Olivier Besancenot, qui légitime les actions de salariés (.....)
Ex 2 - Lire l’analyse du traitement d’une interview d’Olivier Besancenot sur RTL
Lien
Ex 3 - Lire l’analyse du traitement des journaux télévisés face aux « violences » des salariés
Lien
Ex 4 - (Les Echos) Gaz-électricité : ces agents qui choisissent la radicalité
etc. etc.
Cette ambiance est de nature à faire office d’épouvantail vis-à-vis de l’électorat conservateur, traditionnellement porté à se mobiliser davantage face à l’existence d’un (réel ou hypothétique) « péril rouge », péril des hyènes des banlieues, péril des loups des bandes dans les écoles etc. Aucun élement ne permet évidemment de penser que c’est une affaire montée de toute pièce. Je pense simplement qu’il ne serait pas surprenant que cela puisse avoir des effets sur la participation (à droite) lors des prochaines élections.




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