Une langue s'éteint tous les quinze jours
L’absence de reconnaissance officielle fragilise une grande partie des 6 000 à 7 000 langages parlés sur la planète.
Plus d’une langue sur deux aura disparu sur terre d’ici la fin du siècle. D’après un article publié par le National Geographic dans son numéro d’octobre, un idiome s’éteint même tous les quinze jours.
Les linguistes estiment qu’il se parle aujourd’hui entre six et sept mille langues à l’échelle du globe. Dans certaines régions, comme l’Europe, l’hécatombe a déjà eu lieu. Mais ailleurs, la disparition s’accélère. Le National Geographic liste les cinq régions les plus concernées : la Sibérie orientale, le nord de l’Australie, l’Amérique centrale, l’Oklahoma et la côte Pacifique des Etats-Unis.
Les spécialistes ont cependant parfois de bonnes surprises : en Australie, une langue, l’amurdag, était réputée disparue. Mais on a finalement retrouvé un homme, un seul, qui la parlait encore. Il ne l’avait pas pratiquée depuis des décennies quand les chercheurs l’ont découvert.
Près de 150 langues parlées aux Etats-Unis
La linguiste Colette Grinevald est responsable du projet « Langues en danger » à l’université Lyon II. Spécialiste du continent américain, elle a listé « un millier de langues en Amérique, du Nord au Sud, et 150 aux Etats-Unis », dont une part croissante est en voie d’extinction. Elle estime même que 90% des parlers locaux auront disparu d’ici la fin du XXIe siècle.
Près de 113 langues andines et amazoniennes reculent devant l’espagnol et le portugais, souligne aussi le National Geographic. Pour l’essentiel, il s’agit de langues indiennes qui ont perdu presque tous leurs locuteurs. Colette Grinevald fait l’inventaire :
« En Amérique du Sud, on compte des dizaines de familles de langues différentes dans un espace de 100 kilomètres carrés. Cela représente un tout petit nombre de personnes, souvent pas plus de cinq par langue, mais un patrimoine unique. »
L’américaniste rappelle que les langues indiennes sont plus complexes, se ressemblent peu et, contrairement aux nombreuses langues africaines, n’appartiennent pas toutes à la même branche. Colette Grinevald parle de « décimation » à grande vitesse :
Or la disparition d’une langue indienne signifie souvent « qu’une langue locale a cédé le terrain devant une langue coloniale », soulignent les linguistes, à l’heure où 80% de la planète ne communiquent plus, au quotidien, que dans 83 langues, selon le National Geographic.
Pas de reconnaissance officielle, pas de transmission
Le phénomène pose des questions d’ordre politique : si elle est reconnue comme telle, une langue aura plus de chances d’être préservée. En Californie, aucun des idiomes en voie de disparition ne sont enseignés à l’école, et la transmission, dans un contexte marqué par le chômage et la pauvreté, marque le pas, précise Colette Grinevald :
« Dans ces régions, ce sont des gens déjà marginalisés qui la parlent, et des enjeux politiques ou idéologiques empêchent leur reconnaissance. »
Encore faut-il s’accorder sur ce qui définit une langue. Ce qui n’est pas toujours évident, comme l’explique Colette Grinevald :
Devant ce constat alarmiste, le travail de terrain des linguistes a-t-il vocation à empêcher l’hémorragie ? Pas forcément selon Colette Grinevald, pour qui « il s’agit moins de faire renaître une langue moribonde là où des gens n’ont pas besoin de la parler que d’empêcher de faire dire par d’autres que des êtres humains sont des sauvages » :
Si la disparition des langues d’origine est déjà très actée en Europe, la tendance semble avoir franchi un sas supplémentaire en cette rentrée : pays multilingue s’il en est, la Suisse vient d’adopter l’anglais comme langue d’enseignement dans plusieurs de ses filières universitaires.
Illustration : Le Notre Père en araméen.
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Quel sujet passionnant, qui amène bien des interrogations, et des conjectures. Que deviendrait le monde si tous ses habitants parlaient la même langue ? Pourrait-on espérer que les humains, se comprenant mieux entre eux, s’entendraient mieux, et, par exemple, se feraient moins la guerre ? Certes pas, l’histoire le montre, qui a toujours vu, et voit des guerres, y compris entre « colocuteurs ».
A l’inverse, et si l’on se place sous l’angle de la préservation du patrimoine vivant, combien de nouvelles langues apparaissent, pour chaque langue qui disparaît ? Il serait intéressant de faire un inventaire des nouvelles langues apparues ces dernières décennies, qui forment à peine des siècles. Les créoles des diverses îles, qui se basent sur l’anglais, le hollandais ou le français, et leurs multiples variantes, ou les diverses évolutions de la Darija en Afrique du nord, pour ne rester que dans un cadre restrictif des anciennes (ou actuelles) colonies. Au Maroc par exemple, la Darija, arabe dialectal marocain, est la vraie langue universelle, qui se base sur l’arabe, le français et l’espagnol, mais compte elle-même de multiples variantes suivant les régions, notamment sous l’influence du berbère.




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