Biodiversité : quel est le prix d'un hérisson ?

’Baby Hedgehog 2’ (C’est moi ! /Flickr).
Quel est le prix d’un hérisson ? Bien sûr, la question relève de la provocation mais l’enjeu est là la nature est-elle comme un supermarché où tout serait gratuit ou faut il lui donner une valeur ? Pour y réfléchir, je vous recommande chaudement la lecture du rapport remis ce mercredi à Jean-Louis Borloo, Nathalie Kosicusko-Morizet et Chantal Jouanno.
Les 300 pages de ce texte sur « l’approche économique de la biodiversité » représentent un virage intellectuel et culturel dans la représentation et la défense du vivant. La théorie économique actuelle ne se préoccupe en effet pas des ressources naturelles.
Conséquence : celles-ci sont gaspillées alors que nous savons aujourd’hui qu’elles sont limitées. Il devenait donc urgent d’évaluer le coût pour la biodiversité des choix qui sont opérés par l’Etat ou les entreprises. C’est la raison pour laquelle le Premier ministre a confié cette mission à Bernard Chevassus-au-Louis, dans le cadre du Centre d’analyse stratégique (CAS).
Entouré d’un groupe de travail, auquel participait France Nature Environnement, il a tenté de répondre à une question fondamentale : comment élaborer des valeurs de référence pour les services écologiques rendus par la biodiversité ?
Il y a urgence. Car, comme le note ce rapport :
« Les subventions pernicieuses qui portent atteinte à la biodiversité dans le monde, estimées à 200 milliards de dollars/an, seraient jusqu’à dix fois supérieures au montant consacré aux dépenses pour la protection de la nature. »
De même, le rapport indique que la perte des services écologiques induite par la dégradation de l’environnement pourrait représenter « jusqu’à 7% du PIB mondial en 2050, ou encore 13 938 millions d’euro par an ».
Relier la nature à l’économie mais pas forcément au marché
Au final, ce document souligne l’importance d’une approche à la fois économique, éthique, juridique et sociologique de la biodiversité, c’est-à-dire des espèces mais aussi des interactions entre elles.
Détail préalable : parler d’approche économique ne signifie pas donner un prix à la nature comme à un baril de lessive. Adopter une approche économique ne signifie pas tomber dans l’excès inverse : la compensation de la biodiversité doit rester exceptionnelle. Elle ne peut devenir un « droit à détruire ».
De même, la solution ne sera pas nécessairement, comme pour le carbone, de créer un marché de la biodiversité basé sur un système de quotas. Pour autant, dérèglement climatique et protection de la nature étant intimement liés, on ne peut lutter contre l’un en affaiblissant l’autre. Surtout à coup de fausses bonnes idées vertes comme les agro-carburants ou le stockage industriel de CO2.
Agir avant 2010
Il faut espérer que ce rapport ne finisse pas dans un tiroir. Il devra être suivi d’engagements concrets.
Des engagements de la part de l’Etat : inversion la charge de la preuve, intégration du coût pour la biodiversité dans les choix publics...
Des engagements de la part des entreprises, qui doivent intégrer dans leur comptabilité et leurs choix d’investissement le coût la biodiversité. Au niveau international, la lutte contre l’effondrement de la biodiversité est un objectif pour...... 2010 pour de nombreux Etats, à croire les déclarations internationales.
Photo : ’Baby Hedgehog 2’ (C’est moi ! /Flickr).
- Sur arnaudgossement.comLe blog d'Arnaud Gossement
- Sur gouv.frLe rapport "Approche économique de la biodiversité et des services liés aux écosystèmes".
- Sur rue89.comLes articles sur le Grenelle de l'environnement
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Auteur(e) de l'article Avocat et fondateur du réseau (...)
Avocat et fondateur du réseau (...)
Bonjour,
Merci à toutes et tous pour vos réactions et commentaires qui démontrent qu’un sujet a priori un peu théorique suscite des débats animés ! Je vous soumets ces remarques. Le titre tout d’abord : il fait référence au logo de FNE qui est justement un hérisson. Pour nous ce hérisson n’a bien entendu pas de prix et c’est pourquoi j’ai souhaité préciser que donner une valeur au vivant ne revient pas à lui donner un prix comme pour un « baril de lessive ». Autre chose : pour ma part, je ne pense pas qu’il soit utile ou possible de séparer la réflexion et l’action. Les deux vont de pair et l’action sans réflexion peut nous mener à des catastrophes. C’est la première fois dans l’histoire que des économistes du monde entier travaillent ensemble sur la question des ressources naturelles. Cette petite tribune n’a d’autre but que de parler de ces travaux de recherche très importants qui auront des conséquences concrètes. Ainsi, nous aurons peut être une évaluation plus juste de certains produits ou projets d’infrastructures comme des autoroutes. Nous aurons aussi une information plus claire sur le coût de l’inaction, comme cela a déjà été fait par M Stern pour le climat. Il est en effet toujours question du « coût de la protection de l’environnement » avec l’idée sous jacente qu’en temps de crise, c’est un luxe. Demain, grâce à des travaux comme ceux dirigés par M Chevassus-Au-Louis, nous parlerons peut être davantage du coût de l’absence de protection de l’environnement. Bien à vous et merci




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