Les jeunes sont pauvres, mais la France aide… leurs parents
Bien que la plupart des 18-25 ans soient en situation précaire, les aides de l’Etat concernent leurs parents.

Nicolas Sarkozy en visite dans un centre d’apprentissage à Jouy-le-Moutier le 24 avril 2009 (Francois Mori/Reuters).
Après avoir accentué le volet judiciaire avec les cagoules et la loi sur les bandes, Nicolas Sarkozy sortait ce vendredi son train de mesures économiques pour la jeunesse. Il a choisi de les axer largement sur le chômage, avec pour principale disposition 1,3 milliard d’euros pour faciliter l’accès au marché du travail. (Voir la vidéo)
En revanche, pas de changement fondamental sur un autre terrain : la suppression de la demi-part fiscale concédée aux parents qui déclarent leurs enfants majeurs. Cette aide indirecte se prolonge jusqu’à 25 ans si l’enfant est étudiant, et jusqu’à 21 ans s’il est entré dans la vie active.
Des sociologues, des collectifs (comme Génération précaire) et des syndicats étudiants (par exemple l’Unef) militent pourtant pour un changement en la matière. Car cette logique d’assistanat, très française, concerne les parents et se substitue à des aides directes qui pourraient aller directement aux jeunes, sachant que 75% des pauvres au sens de l’Insee ont moins de 35 ans en France.
Souvent, les pouvoirs publics justifient ainsi un système qui conforte la prise en charge par les familles d’enfants qui ont dépassé la vingtaine d’années. Or, pour Génération précaire, cette idée bien ancrée de filet parental, encourage aussi le système de stages non rémunérés à rallonges, qui subsiste de facto seulement quand les parents peuvent suivre.
Pourquoi pas des aides directes ?
L’Etat sacrifie ainsi plusieurs milliards par an pour exonérer les foyers français à coup de demi-parts pour jeunes majeurs. Or, nombreux sont les pays qui préfèrent aider les jeunes eux-mêmes au moyen d’aides directes.
Cécile Van de Velde, qui travaille en sociologie comparée sur la question, rappelle que deux catégories se distinguent en Europe : ce qu’on appelle les cultures « familialistes », au Sud, et les autres, au Nord. La France appartient à la première, même si Espagne, Italie, Portugal et Grèce (des pays de culture catholique, donc) font encore moins, rappelle la chercheuse :
« Chez eux, il n’y a même pas d’aménagement fiscal, aucune intervention de l’Etat. Ça entretient le flou chez les jeunes entre l’Etat et la famille. D’ailleurs, lorsque l’Espagne a essayé d’importer une politique d’aide directe pour inciter les jeunes à prendre leur indépendance plus tôt pour accélérer la fécondité, ça a échoué car, culturellement, l’idée qu’on reste chez ses parents jusqu’à 27, 28 ans est ancrée.
En France, la différence, c’est qu’on a malgré tout une politique, même si elle confine à la dépendance. Or l’aspiration est clairement à l’indépendance et on veut persuader les gens que le meilleur filet de sécurité, c’est le foyer parental. »
L’autre pratique, bien installée dans le Nord, consiste à priver les familles des aides (exonération fiscale ou allocations familiales jusqu’à 20 ans) pour mieux suventionner les jeunes directement. Même le Royaume-Uni, en finançant les études avec un prêt garanti par l’Etat : 90% des étudiants britanniques y ont recours.
Générosité danoise
Dans ce registre, c’est le Danemark qui est le pays « le plus généreux », précise Cécile Van de Velde : à tous les étudiants, l’Etat verse 1000 euros par mois. Dont un tiers sous forme de prêt avec un taux garanti par l’Etat et deux tiers sous forme de bourse.
En Scandinavie, c’est l’inverse : deux tiers sous forme de prêt et un tiers de bourse. Précision : ces bourses sont versées sans condition de revenu parental puisque chacun est pris individuellement, en tant que jeune adulte, dès 18 ans, peu importe sa situation familiale.
C’est justement l’autre spécificité française. Les aides sociales ne sont pas conçues pour les citoyens majeurs dès 18 ans mais souvent à partir de 25 ans. C’est même le cas du RSA créé par Martin Hirsch en 2008. En clair : entre 18 et 25 ans, aucun dispositif pour les jeunes puisqu’ils sont soutenus par leurs parents... qui sont eux-mêmes aidés par l’Etat.
Photo : Nicolas Sarkozy en visite dans un centre d’apprentissage à Jouy-le-Moutier le 24 avril 2009 (Francois Mori/Reuters).
- Sur Rue89Stagiaires, fuyez le luxe, l'édition et la culture
- Sur Rue89Le président Sarkozy et le sacrifice de la jeunesse
- Sur nouvelobs.comLe bizutage social des jeunes adultes
- Sur generation-precaire.orgLe site de Génération précaire
- Sur www.rtl.frLe discours de Sarkozy décrypté par RTL
- Sur 83.145.66.219Les travaux de Cecile Van Velde sur la question
- Réaction aux mesures de Nicolas Sarkozy sur le chômage des jeunes
- Sur rue89.comLes galères des « intellos précaires », prolos du savoir
- Sur rue89.comTous les articles sur le RSA
- 30796 visites
- 127 réactions
















20








43
43
Les 1/2 parts sont très importantes pour les parents pauvres qui se voient dans l’obligation morale d’aider leurs enfants qui ne gagnent pas correctement leur vie.
Le problème est que cette aide est généralisée à tous les parents, y compris à ceux qui sont assujettis à l’ISF.
L’octroi de cette demie part devrait répondre à des conditions de ressources.
Les cotisations à la sécurité sociale sont plafonnées et profitent aux plus riches, pourquoi ne pas appliquer le même système à cette 1/2 part en en faisant profiter les plus démunis.
Tout ça en restant dans le système actuel mais ne vaudrait-il pas mieux en changer en secouant un peu plus fort le cocotier capitalisto-libéral ?




Partager