20/05/2007 à 12h24

Un document explosif sur la paysannerie chinoise

Pierre Haski | Cofondateur Rue89


Paysan de l’Anhui en 2004 (Pierre Haski/Rue89)


C’est un livre-document important sur la Chine qui sort enfin en français : « Les paysans chinois aujourd’hui » (Bourin éditeur), une enquête de deux journalistes et écrivains chinois, Chen Guidi et Wu Chuntao, qui a fait sensation à sa sortie en Chine, avant d’être interdite.

Lorsque le livre a été publié en Chine, en janvier 2004, il s’est très vite vendu à 200000 exemplaires, avant de subir le couperet de la censure. Cela n’a pas empêché ce document explosif de continuer à circuler sous le manteau, et on estime que jusqu’à huit millions d’exemplaires ont été diffusés à travers l’immensité chinoise, dans la plus grande illégalité. Le livre a également valu à ses auteurs d’être placés dans la liste des « héros de l’Asie “ par le magazine Time en 2005, de recevoir le prix Ulysse en Allemagne et d’être traduits en plusieurs langues.

Chen Guidi et sa femme Wu Chuntao ont sillonné pendant trois ans l’Anhui, la province natale de Chen, et ont recueilli des histoires de paysans. Ils ont découvert une misère choquante, mais surtout des injustices criantes, une corruption généralisée, l’arbitraire et le népotisme des cadres locaux du parti communiste. En un mot, des campagnes au bord de l’explosion.

Il faut croire que leur enquête n’était pas trop éloignée de la réalité puisque l’équipe au pouvoir -Hu Jintao et Wen Jiabao- a promis l’an dernier un new deal aux centaines de millions de paysans chinois, supprimant des taxes iniques à l’origine de nombreuses révoltes, et jurant de mieux les protéger contre les expropriations de terres décidées localement à des fins spéculatives, et qui ont affecté la vie de dizaines de millions de personnes. Un programme ambitieux qui n’est, pour l’instant, que partiellement mis en oeuvre.

Ce livre est un témoignage minutieux, trop sans doute pour un lecteur étranger, mais précieux pour comprendre l’histoire de la Chine au XX° siècle, et tenter de prévoir celle du XXI°. La révolution de Mao s’était faite au nom des paysans même si le grand historien et sinologue français Lucien Bianco reconnait lui-même dans la réédition de son grand classique ‘Les origines de la révolution chinoise (1915-1949)’, publiée récemment chez Gallimard, que le moteur de cette révolution fut ‘la grandeur de la nation et non le bien-être des masses’... Les paysans ont également été les premiers bénéficiaires de l’ouverture économique décidée par Deng Xiaoping à la mort de Mao en 1976.

Mais, très vite, les priorités se sont inversées et, dans les années 80, les villes et l’industrie ont fait l’objet de toutes les attentions, et la paysannerie est devenue la vache à lait du développement urbain de la Chine. L’enquête de Chen Guidi et Wu Chuntao montre comment, au quotidien, cette exploitation s’effectue et est vécue par les paysans eux-mêmes. Et on se dit qu’il a vraiment fallu des siècles de soumission et de résignation pour que ces paysans chinois ne se révoltent pas une nouvelle fois.

Mise à jour : vous pourrez lire une interview des deux auteurs à Radio Free Asia - en anglais.

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  • Anonyme

    les paysans sont des indésirables de la modernité....
    n’avons-nous pas remplacé 4000000 de « pèquenauds » par 500000 « agriculteurs pollueurs raisonnables » entre 1960 et 2007 en france ?

    éternelles victimes des féodaux dans la chine ancienne, remis en selle par le « grand timonier » mais à la sauce m’etouffe des communes populaires, et maintenant chair à canon de l’industrialisation triomphante, comme d’ailleurs aux beaux temps du camarade staline du pays des soviets.....
    les rustres n’ont qu’à bien se tenir ici ou là, autrefois ou demain... car il est plus facile à un riche d’entrer au paradis qu’à un rustre de passer par le trou d’une aiguille.....
    michel

    • Anonyme

      La situation est bien connue, de mainiere rumorale, depuis un bon moment. Un document specifique a ce sujet est vraiment bienvenu.

      Il serait aussi interessant d’aller voir la derniere Commune Populaire de Chine, dans la province de He Bei. Parait qu’il y en a une de rescapee et que ca fonctionne bien.

      un Franco-chinois

      • dvd_on_tour
        • Posté à 17h16 le 21/05/2007
        • Internaute 2933

        avez vous une idee ou se trouve cette Commune Populaire ?

        David

  • mic
    mic
    • Posté à 21h23 le 20/05/2007
    • Internaute 1152

    quand nos dirigeants finiront ils par comprendre que l’agriculture est la base de notre sociétés, qu’elle estla gardienne des traditions culinaires, folkloriques, d’habitat, ... ?

  • Anonyme

    Lorsque Deng Xiaoping reforma l’agriculture en 1976, la Chine est devenu exportatrice en l’espace d’un ans alors qu’apparavant sa production agricole etait deficitaire.

    Preuve de la faillite du Maoisme.

    Mais attention, si ce dernier avait fondé la revolte non pas sur le proletariat ouvrier (comme le preconisé Lenine) mais sur la paysanerie, l’histoire sait se montrer ironique. Les campagnes peuvent-elles faire tomber le regime de Pekin ?

    • Pierre Haski
      Pierre Haski
      Auteur(e) de l'article Cofondateur Rue89
      • Posté à 00h15 le 21/05/2007
        éditeur
      • Journaliste 9
        Cofondateur

      A mon avis non. Trop destructurées, trop fragmentées. C’est dans les villes que ça se passe désormais.

  • icare
    icare
    Peut ont faire confiance a un (...)
    • Posté à 04h01 le 21/05/2007
    • Journaliste 3039
      Peut ont faire confiance a un (...)

    Depuis que je me connecte a ce site je me pose une question.
    Quand Pierre Haski va t’il ecrire quelque chose de positif sur la chine ?
    Le devoir d’un journalsite n’est il pas d’etre impartial ? parler des choses qu’il juge mal mais aussi parler des choses qu’il juge bien ?

    • Pierre Haski
      Pierre Haski répond à icare
      Auteur(e) de l'article Cofondateur Rue89
      • Posté à 08h58 le 21/05/2007
        éditeur
      • Journaliste 9
        Cofondateur

      Reproche classique... Tout dépend de ce que vous appelez positif. Je n’ai pas le sentiment d’être négatif : j’attire l’attention sur ce qui me semble significatif ou intéressant. Je ne classe pas les choses en positif ou négatif. Voyez-vous, si vous lisez bien ce post, je rends hommage à Hu Jintao et Wen Jiabao pour avoir promis un new deal aux paysans. Si j’avais été malhonnête j’aurais juste parlé de ce livre, qui a eu un grand impact en Chine, et j’aurais occulté les évolution depuis. Où avez vous vu qu’un journaliste doit être « impartial » ? Vous en connaissez ? C’est quoi l’impartialité, c’est une minute pour le bourreau, une minute pour la victime et on ne prend pas partie ? Ce n’est pas ma conception du monde. En revanche, je n’occulterai jamais des faits même quand ils me dérangent. PH

      • Anonyme répond à Pierre Haski

        Sur le thème de l’objectivité, j’ai eu une discussion avec le journaliste franco-vietnamien Vo Trung Dung. Vous pouvez lire nos échanges ici : Lien

        Comme Icare, je trouve que Pierre Haski fait preuve parfois de parti pris. Je le mets sur le compte d’une méconnaissance des mentalités asiatiques. On peut parler des problèmes de la Chine, sans parti pris. C’est le cas par exemple Vo Trung Dung : Lien . Il est tellement facile et confortable de critiquer la Chine quand on est journaliste. Il faut savoir qu’en matière de décision publique, il n’y a pas d’un côté des bonnes décisions et de l’autres des mauvaises. Ce que je regrette, c’est que les journalistes ne poussent pas leur réflexion plus loin que ce stade.

        A propos des paysans chinois, voici ce que Vo Trung Dung écrit :

        « Tous les jours, des paysans se manifestent à travers la Chine. Quelques dizaines de personnes ou un millier. La répression policière à leur encontre est féroce. Les paysans n’hésitent plus à se défendre. Faux et bâtons à la main.

        Le gouvernement chinois s’en inquiète. Et si 600 millions de paysans se soulèvent en plein JO 2008 ? Au dernier congrès du Parlement du peuple au début de l’année, les députés ont questionné l’exécutif sur le sort des oubliés de la croissance, sur l’injustice que subit le petit peuple face aux fonctionnaires véreux.

        Le président chinois a promis une réforme des droits de propriété des terres non-urbaines. Justement en faveur des paysans concernés. Mais la loi arriverait-elle jusqu’aux provinces loin de Pékin ? La Loi actuelle protège d’ores et déjà (en théorie) des citoyens contre les abus de pouvoir. Elle est carrément ignorée à seulement 250 kilomètres de la capital.

        En attendant d’un avenir plus enviable, les lésés de la terre continuent à hanter les bureaux des plaintes de la Cour suprême de justice et la chambre des doléances du parlement. S’ils y arrivent à franchir la porte… »

        Toujours sur le thème de la campagne, mais cette fois-ci au Vietnam, Vo Trung Dung a eu un entretien avec le Général Vo Nguyên Giap, entretien très intéressant qui montre que les dirigeants communistes réfléchissent aux problèmes des paysans : Lien

    • jp
      jp répond à icare
      • Posté à 09h38 le 21/05/2007
      • Internaute 1439

      Voyez vous au lieu de regarder la star ac vous feriez mieux de regarder les chaines qui diffusent des docs entre autre sur la chine,l’inde et j’en passe.Mr Haski est sans doute plus impartial que vous et surtout plus independant si vous voyez ce que je veux dire.Merci RUE89 et continuez a nous informer et non a nous enfumer.

    • Anonyme répond à icare

      Faire ce commentaire, c’est ne rien connaître à la Chine, ou y être totalement indifférent : oui la Chine est un GRAND pays, mais si on l’aime il faut regarder les choses en face et ne pas avoir peur de dire les nombreuses choses qui vont mal. Le problème des campagnes en Chine est l’un des plus épineux et des plus révoltants, M. Haski a tout à fait raison de le faire savoir. Ceux qui ne peuvent supporter la vérité n’ont qu’à lire un autre article.

  • Anonyme

    lucien Bianco, grand sinologue, a quand même réussi à écrire dans je ne sais plus lequel de ses livres que les chinois étaient très machistes, car, il n’avait jamais vu de femmes chauffeurs de taxi !

  • Haina
    • Posté à 08h34 le 22/05/2007
    • Internaute 2388

    Des sinologues on en fait a toutes les sauces. Enfin, c’est surtout la sauce « Amoricaine » qu’on retrouve sur le Net !

    Je ne suis pas sur que les lecteurs auront ete sensibles aux « hommages » que Pierre fait aux dirigeants chinois. Enfin, faire la promotion de ce livre sorti en 2004 est une bonne chose, et le denigrement, qui accompagnera toujours les ecrits de cet exportateur de democratie francaise, n’a deja plus de gout.

    Une question a l’auteur : vous avez lu ce livre ?

    • Pierre Haski
      Pierre Haski répond à Haina
      Auteur(e) de l'article Cofondateur Rue89
      • Posté à 08h54 le 22/05/2007
        éditeur
      • Journaliste 9
        Cofondateur

      Comme précisé dès la première phrase, le livre est sorti la semaine dernière en édition française, et il est précisé dans l’article qu’il est sorti en 2004 en Chine. Oui, je l’ai lu. Exportateur de démocratie française ? C’est moi que vous décrivez ainsi ? ! En l’occurence, dire que les paysans sont les cocus de l’histoire politique du siècle écoulé en Chine n’a rien à voir avec ça, c’est un constat politique que font tant de Chinois un peu honnêtes, et placés à l’intérieur du système. Et le rcent tournant politique amorcé par Hu-Wen en est aussi le signe.

  • Haina
    • Posté à 09h52 le 22/05/2007
    • Internaute 2388

    « les paysans sont les cocus de l’histoire politique du siècle écoulé en Chine »...
    Je n’ai jamais tente de faire croire le contraire.

    L’histoire politique n’a pas de mari, que des amants et ce quel que soit le siecle.

    Les paysans du monde entier seraient d’ailleurs contents de voir supprimee la localisation « en Chine » de votre merveilleux resume.
    Vous excuserez peut-etre un jour le ’Exportateur de démocratie française ’ qui de facon tout a fait impolie renvoyait bel et bien a l’auteur de vos ecrits.

  • Anonyme

    Cette phrase m’a laissé un peu perplexe : « Et on se dit qu’il a vraiment fallu des siècles de soumission et de résignation pour que ces paysans chinois ne se révoltent pas une nouvelle fois. »
    Cela ne me semble pas tout à fait vrai. Aujourd’hui, j’ai lu un article dans le journal the International Herald Tribune qui parlait de la répression par le gouvernement de manifestations menées par des villageois. Je pense que quelque chose se met en marche et que les paysans et les pauvres en général vont se révolter contre cette Chine à deux vitesses.
    Cependant, je ne suis pas une spécialiste de la Chine et je n’y suis jamais allé. Mes impressions se basent sur les différents articles que j’ai pu lire et les conférences auxquelles j’ai pu assister.

    • Anonyme

      Et vous êtes bien servi. Heureusement la Chine n’est pas comme vous l’espérez. Que des spécialistes de Chine qui parlent. Le journaliste doit au moins mettre ses pieds en Chine pour savoir ce qu’il dit.

  • Haina
    • Posté à 14h16 le 22/05/2007
    • Internaute 2388

    Le probleme, en ne venant pas ici, c’est qu’on ne peut que se forger une image sans nuances. Le noir noircit contraste fortement avec le rare blanc qu’on ose vous offrir dans les articles et conferences occidentales qui pretendraient definir la Chine...

    Un simple exemple : PH a ecrit en parlant du « new deal » de Wen-Hu :

    « Un programme ambitieux qui n’est, pour l’instant, que partiellement mis en oeuvre ».

    On aurait pu ecrire :

    « Un programme ambitieux qui est, en partie, deja mis en oeuvre »

    Le sens reste equivalent, se defendra l’interesse. Mais un lecteur honnete reconnaitra que la lecture n’est plus la meme...

    • Anonyme répond à Haina

      S’il n’a pas écrit ainsi, il aura moins attiré l’attention, il a fait exatement ce que l’attente des certains qui veulent lire dès qui voient le mot « Chine ».
      Il faut savoir, malgré toutes vos attentions(bien ou pas bien), la Chine continue et continuera à évoluer.

  • Anonyme

    Bonsoir à tous
    En tout cas la présentation du livre par P. Haski m’a donné l’envie de le lire
    ciao

  • icare
    icare
    Peut ont faire confiance a un (...)
    • Posté à 00h09 le 23/05/2007
    • Journaliste 3039
      Peut ont faire confiance a un (...)

    J’ai un peu de mal a suivre l’histoire.....IL Y A COMBIEN DE LECTEUR QUI UTILISE LE NOM DE « COURAGEUX ANONYME » ? plus d’un je pense.........car je trouve qu’il y a pas mal de contradiction dans les propos....

  • ebolavir
    ebolavir
    Tianjin
    • Posté à 09h47 le 23/05/2007
    • Internaute 784
      Tianjin

    Le livre était sorti aux Etats-Unis fin 2005 « Will the Boat Sink the Water ? : The Life of China’s Peasants » isbn 1586484184 . Il est sorti en poche en avril 2007, signe qu’il s’est bien vendu. Je l’avais lu en anglais. J’espère que l’édition française a été adaptée et habillée d’explications. C’est immensément intéressant mais assommant à lire, trop de choses.
    Un personnage émouvant : une des victimes d’un abus, ayant réussi plus ou moins à le faire corriger, devient lui-même cadre rural, et commet les mêmes abus.

    Quelque chose que Pierre Hasky pourrait développer (il en parle, mais en passant), c’est cette étonnante anarchie du commerce chinois, qui fait que des livres interdits sont imprimés en masse et qu’on les trouve partout, dans la rue comme dans les librairies. Même chose pour les films en DVD. L’expression émouvante « dans la plus grande illégalité » devrait être réécrite « dans le mépris ou l’ignorance de la loi ».

    Je finis par croire que les autorités chinoises ne s’intéressent pas à grand-chose, sauf à punir toute organisation des gens. Pour le reste, ce sont les petites puissances locales qui font ce qu’elles veulent ; les industriels produisent hors la loi (y compris les livres) et les hommes d’affaires règlent leus comptes hors la loi (le promoteur qui vient de se faire attribuer un terrain par la municipalité fait mettre en prison un expulsé pour qu’il n’aille pas porter une pétition au chef-lieu).

  • icare
    icare
    Peut ont faire confiance a un (...)
    • Posté à 14h35 le 23/05/2007
    • Journaliste 3039
      Peut ont faire confiance a un (...)

    Parlant de censure, j’ai ecrias a plusieurs reprise a RUE89 pour PROPOSER un sujet, et je n’ai jamais recus de reponse...........

  • rigas
    rigas
    sociologue
    • Posté à 19h57 le 10/06/2007
    • Internaute 1087
      sociologue

    Merci à Pierre Haski de signaler la traduction en français de ce livre qui a fait vraiment sensation au moment de sa publication en Chine. Il se vendait à tous les coins de rues à Canton. Les petits vendeurs à la sauvette des mingongs (ouvriers migrants souvent illégaux) qui vendaient cela parmi d’autres petits objets. Pourtant, il est certain que ce livre a suscité plus que des disucssions endiablés : il a été à l’origine, je pense, d’une réflexion au niveau politique sur le rôle de la paysannerie en Chine. Quant à la question plus lancinante du pouvoir des petits chefs locaux que révèle ce document, il faut signaler que ce livre ne fait que confirmer ce que tout le monde sait et dit en Chine : le gouvernement central est incapable de contrôler les petits chefs de province.