Comptes non validés : ce que dit l'affaire Tiscali
Ernst & Young a refusé de valider les comptes du groupe. Signe d’une plus grande rigueur chez les grands de l’audit ?
Une telle décision est rarissime : jeudi, le cabinet d’audit Ernst & Young a annoncé qu’il ne validerait pas les comptes 2008 de l’opérateur de télécoms Tiscali. Derrière cette annonce peu commune, mais pas si surprenante puisque le groupe italien est dans un état déplorable, se profilent des aspects de la crise financière peu explorés jusqu’ici.
Ernst & Young (EY), l’un des « Big four “ -les quatre grands cabinets d’audit comptable et financier qui dominent le marché mondial-, a justifié sa décision par les ‘importantes incertitudes’ pesant sur les comptes de l’opérateur, dont la dette financière dépasse les 600 millions d’euros, et les pertes 2008 les 240 millions. Ces incertitudes ‘ne permettent pas d’aboutir à des conclusions sur les perspectives de continuité de l’activité’ de l’entreprise, selon le commissaire aux comptes.
Après Enron, l’époque ne serait plus au maquillage des comptes
En clair, Tiscali (ex-propriétaire en France de Liberty Surf) pourrait très bien être acculé à la faillite, après l’échec de négociations de rachat par BSkyB. A la bourse de Milan, le titre a immédiatement chuté. Ernst & Young ne commente pas ce dossier tandis que Tiscali conteste les conclusions de son commissaire aux comptes.
Faillite et cabinet d’audit : l’association de ces termes nous ramène au début de la décennie, et plus précisément au scandale Enron, qui avait causé la perte du plus grand cabinet d’audit de la planète, Arthur Andersen.
En 2002, une enquête des autorités boursières américaines avait révélé qu’Arthur Andersen avait sciemment validé les comptes frauduleux d’Enron. Le cabinet, l’un des ‘Big five’ de l’époque, a ensuite été démantelé au profit de ses concurrents, principalement Deloitte et Ernst & Young, mais aussi KPMG et PriceWaterhouseCoopers. Ceux qui constituent aujourd’hui les ‘Big four’, autrement appelés les ‘Fat four’ (‘les quatre gros’).
L’affaire Tiscali montre de manière éclatante que l’époque ne serait plus au ‘maquillage’ des comptes, comme cela était le cas aux Etats-Unis avec Enron, mais aussi l’opérateur Worldcom, entre autres. La loi Sarbanes-Oxley, votée aux Etats-Unis après ces scandales, et ses équivalents ailleurs dans le monde ont rendu plus difficile ce genre de fraude.
Tandis que dans l’affaire Enron, le maquillage des comptes validé par le cabinet d’audit avait retardé la faillite, pour Tiscali, à l’inverse, leur ‘démaquillage’ par Ernst & Young pourrait l’accélérer.
D’autres annonces de ce type avant fin 2009 ?
Les auditeurs et l’entreprise auditée travaillent jusqu’au dernier moment pour tomber d’accord sur les comptes avant de les publier. Ça n’a pas été possible cette fois. Une impossibilité qui fait toute la rareté de cette décision, explique l’expert-comptable Jean-Louis Mullenbach, président de l’Observatoire de la qualité comptable et dirigeant d’un cabinet d’envergure nationale. (Ecouter le son)
L’annonce fracassante d’EY s’inscrit évidemment dans le contexte actuel de crise financière, et notamment de crise du crédit. Peut-on craindre d’autres refus de valider des groupes côtés de la part de cabinets d’audit ?
Pour Jean-Louis Mullenbach, ‘si des mesures suffisantes n’étaient pas prises par les entreprises, on pourrait voir sur les comptes 2009 ce phénomène de risque sur la continuité de l’entreprise’ pour les groupes les plus endettés. Mais ‘en pratique’, il ne pense pas que ce sera le cas. (Ecouter le son)
L’autre effet de la décision d’Ernst & Young est de remettre en lumière le poids sur la finance mondiale des décisions des grands cabinets d’audit, un secteur presque aussi concentré que celui des agences de notation financière.
Le siège du cabinet d’audit Ernst & Young à New York (Rail Life/Flickr)
- Sur lesechos.frTiscali : les auditeurs ne valident pas les comptes 2008, sur LesEchos.fr
- Sur wikipedia.orgL'article de Wikipedia sur les Big Four
- Sur rue89.comTous les articles sur la crise financière
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Chroniqueur Grolandais
Chroniqueur Grolandais
Le discrédit des agences de notations à l’echelle mondiale est tel que Ernst & Young en est arrivé à ne plus donner sa caution.
A force de notations AA sur des entreprises pour lesquelles il y avaient de fortes présomptions de gains « bidons », les « 4 gros » de sont durablement mis les pieds dans le tapis.
Le G20 a chloroformé le petit actionnaire avec ses listes ’noires » et « grises » de paradis fiscaux qui se sont révélés n’être que des leurres pour gogos.
Il aurait surement été souhaitable de nettoyer les écuries d’Augias des agences de notations qui se sont révélées n’êtres que des agences de complaisance pour les sociètés auditées.
Célèbre mélange des genres Arthur Andersen « comptable » et « auditeu“r des mêmes entreprises était déja à l’origine du scandale Enron.
De ‘big five’ , ils sont passés ‘big four’ et quand l’agence ‘big one’ ne sera que le survivant de la bataille titanesque des agences de notation, les actionnaires pourront ‘dormir tranquille’, entre xanax et héxomyl de la notation AAA




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