A la une 19/04/2009 à 23h00

Comptes non validés : ce que dit l'affaire Tiscali

Augustin Scalbert | Journaliste Rue89

Ernst & Young a refusé de valider les comptes du groupe. Signe d’une plus grande rigueur chez les grands de l’audit ?


Le siège du cabinet d’audit Ernst & Young à New York (Rail Life/Flickr)

Une telle décision est rarissime : jeudi, le cabinet d’audit Ernst & Young a annoncé qu’il ne validerait pas les comptes 2008 de l’opérateur de télécoms Tiscali. Derrière cette annonce peu commune, mais pas si surprenante puisque le groupe italien est dans un état déplorable, se profilent des aspects de la crise financière peu explorés jusqu’ici.

Ernst & Young (EY), l’un des « Big four “ -les quatre grands cabinets d’audit comptable et financier qui dominent le marché mondial-, a justifié sa décision par les ‘importantes incertitudes’ pesant sur les comptes de l’opérateur, dont la dette financière dépasse les 600 millions d’euros, et les pertes 2008 les 240 millions. Ces incertitudes ‘ne permettent pas d’aboutir à des conclusions sur les perspectives de continuité de l’activité’ de l’entreprise, selon le commissaire aux comptes.

Après Enron, l’époque ne serait plus au maquillage des comptes

En clair, Tiscali (ex-propriétaire en France de Liberty Surf) pourrait très bien être acculé à la faillite, après l’échec de négociations de rachat par BSkyB. A la bourse de Milan, le titre a immédiatement chuté. Ernst & Young ne commente pas ce dossier tandis que Tiscali conteste les conclusions de son commissaire aux comptes.

Faillite et cabinet d’audit : l’association de ces termes nous ramène au début de la décennie, et plus précisément au scandale Enron, qui avait causé la perte du plus grand cabinet d’audit de la planète, Arthur Andersen.

En 2002, une enquête des autorités boursières américaines avait révélé qu’Arthur Andersen avait sciemment validé les comptes frauduleux d’Enron. Le cabinet, l’un des ‘Big five’ de l’époque, a ensuite été démantelé au profit de ses concurrents, principalement Deloitte et Ernst & Young, mais aussi KPMG et PriceWaterhouseCoopers. Ceux qui constituent aujourd’hui les ‘Big four’, autrement appelés les ‘Fat four’ (‘les quatre gros’).

L’affaire Tiscali montre de manière éclatante que l’époque ne serait plus au ‘maquillage’ des comptes, comme cela était le cas aux Etats-Unis avec Enron, mais aussi l’opérateur Worldcom, entre autres. La loi Sarbanes-Oxley, votée aux Etats-Unis après ces scandales, et ses équivalents ailleurs dans le monde ont rendu plus difficile ce genre de fraude.

Tandis que dans l’affaire Enron, le maquillage des comptes validé par le cabinet d’audit avait retardé la faillite, pour Tiscali, à l’inverse, leur ‘démaquillage’ par Ernst & Young pourrait l’accélérer.

D’autres annonces de ce type avant fin 2009 ?

Les auditeurs et l’entreprise auditée travaillent jusqu’au dernier moment pour tomber d’accord sur les comptes avant de les publier. Ça n’a pas été possible cette fois. Une impossibilité qui fait toute la rareté de cette décision, explique l’expert-comptable Jean-Louis Mullenbach, président de l’Observatoire de la qualité comptable et dirigeant d’un cabinet d’envergure nationale. (Ecouter le son)

Audio file

interview jean-louis mullenbach1

L’annonce fracassante d’EY s’inscrit évidemment dans le contexte actuel de crise financière, et notamment de crise du crédit. Peut-on craindre d’autres refus de valider des groupes côtés de la part de cabinets d’audit ?

Pour Jean-Louis Mullenbach, ‘si des mesures suffisantes n’étaient pas prises par les entreprises, on pourrait voir sur les comptes 2009 ce phénomène de risque sur la continuité de l’entreprise’ pour les groupes les plus endettés. Mais ‘en pratique’, il ne pense pas que ce sera le cas. (Ecouter le son)

Audio file

interview jean-louis mullenbach2

L’autre effet de la décision d’Ernst & Young est de remettre en lumière le poids sur la finance mondiale des décisions des grands cabinets d’audit, un secteur presque aussi concentré que celui des agences de notation financière.

Le siège du cabinet d’audit Ernst & Young à New York (Rail Life/Flickr)

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  • Numerosix
    Numerosix
    Prisonnier dans le village (...)
    • Posté à 00h05 le 20/04/2009
    • Internaute 14499
      Prisonnier dans le village (...)

    Ils vont bien faire quelques exemples retentissants pour se racheter une conduite et recommencer à plumer les pigeons . Je crois qu’on peut leurs faire confiance, pour ça ...

    • Utilisateur désinscrit à sa demande 2
      • Posté à 06h10 le 20/04/2009
      • Internaute 71957
        nc

      Exactement. On serait plus impressionnés s’ils s’en prenaient à une société puissante et prospère, plutôt qu’à un canard boiteux comme Tiscali, qui ne génère que peu d’honoraires. Un coup de pub à peu de frais.

  • padiran
    padiran
    Chroniqueur Grolandais
    • Posté à 00h11 le 20/04/2009
    • Internaute 5159
      Chroniqueur Grolandais

    Le discrédit des agences de notations à l’echelle mondiale est tel que Ernst & Young en est arrivé à ne plus donner sa caution.
    A force de notations AA sur des entreprises pour lesquelles il y avaient de fortes présomptions de gains « bidons », les « 4 gros » de sont durablement mis les pieds dans le tapis.
    Le G20 a chloroformé le petit actionnaire avec ses listes ’noires » et « grises » de paradis fiscaux qui se sont révélés n’être que des leurres pour gogos.
    Il aurait surement été souhaitable de nettoyer les écuries d’Augias des agences de notations qui se sont révélées n’êtres que des agences de complaisance pour les sociètés auditées.
    Célèbre mélange des genres Arthur Andersen « comptable » et « auditeu“r des mêmes entreprises était déja à l’origine du scandale Enron.
    De ‘big five’ , ils sont passés ‘big four’ et quand l’agence ‘big one’ ne sera que le survivant de la bataille titanesque des agences de notation, les actionnaires pourront ‘dormir tranquille’, entre xanax et héxomyl de la notation AAA

    • Numerosix
      Numerosix répond à padiran
      Prisonnier dans le village (...)
      • Posté à 00h29 le 20/04/2009
      • Internaute 14499
        Prisonnier dans le village (...)

      Déjà , ils devraient arrêter de noter les entreprises comme les andouillettes AAAAA , pour commencer ...

      Dans la vraie vie , en général on ne fait plus confiance à ceux qui nous arnaqués et mis profond , mais dans l’ultra libéralisme, ça gêne pas, visiblement ..

    • vinz13
      vinz13 répond à padiran
      moine thélonieux
      • Posté à 11h56 le 20/04/2009
      • Internaute 37135
        moine thélonieux

      au fait c’est lexomil

      • padiran
        padiran répond à vinz13
        Chroniqueur Grolandais
        • Posté à 12h54 le 20/04/2009
        • Internaute 5159
          Chroniqueur Grolandais

        Merci pour cette précision. Pour ma punition je vais relire le Vidal à l’envers

    • nono73
      nono73 répond à padiran
      directeur financier
      • Posté à 21h44 le 21/04/2009
      • Internaute 77368
        directeur financier

      Vous confonderz agence de notation financière et cabinet d’audit.
      Ca n’est pas la meme chose. Un cabinet d’audit ne donne pas de note à une société. Il est missioné par ses actionnaires pour valider les comptes de la société et s’assurer qu’ils représentent bien à un instant donné une image fidèle de la société.
      Ernst & Young comme les autres big four est un cabinet d’audit.

  • franc parleur
    franc parleur
    anarchieevangelique.wordpress. (...)
    • Posté à 01h12 le 20/04/2009
    • Internaute 75335
      anarchieevangelique.wordpress. (...)

    L’affaire Tiscali montre de manière éclatante que l’époque n’est plus au « maquillage » des comptes, qu’il n’est plus possible de maqulller, mais au maquillage désespéré de la réalité toute entière, qui se dérobe plus vite que prévue sous nos avidités.

    • Azrael
      Azrael répond à franc parleur
      • Posté à 11h30 le 20/04/2009
      • Internaute 2074

      Parole de poète :

      - De quoi souffres tu ?
      - De l’irréel intact dans le réel dévasté

      (René Char)

  • Phil2922
    Phil2922
    Retraite invalidité
    • Posté à 08h30 le 20/04/2009
    • Internaute 36639
      Retraite invalidité

    Régine : « Pourvu que je puisse toujours me maquiller... »

    Lien

    • mjoueur
      mjoueur répond à Phil2922
      Consultant
      • Posté à 09h17 le 20/04/2009
      • Internaute 77077
        Consultant

      Ah la la ! la simplification et la désinformation....
      Petit rappel : Arthur Andersen n’a JAMAIS été condamné pour avoir trafiqué les comptes d’Enron. La condamnation était soit disant d’avoir fait obstruction à la justice.(tous les documents soit disants « détruits » ayant été présenté à l’audience !). Cette condamnation a depuis été annulée par la Cour supreme des USA pour proces à charge par la juge de Houston (à priori controlé par Bush et son équipe qui avait besoin d’un bouc émissaire pour détourner l’attention des médias de la relation financiere tres proche entre W Bush et la patron d’Enron).

      Petite methaphore : Pour éviter des cambriolages, vous allez mettre en place des procédures, contraintes, alarmes, blindages, triple points etc... Tout expert vous dira qu’il n’y a aucune sécurité inviolable : Vos protections ne font qu’éviter les petits voleurs et retarder les grands voleurs.
      Les commissaires aux Comptes correspondent aux systèmes de protection mais face à des redoutables escrocs qui cachent leurs magouilles, il est illusoire d’espérer que 100% des controles permettent de détecter toutes les fraudes..(Dans le cas d’Enron, c’était meme pas une fraude puisque la loi Americaine autorisait de ne pas « comptabiliser » les filiales off shore.)

      Ca vous viendrait à l’idée de juger responsable de votre cambriolage les moyens de protections donc vos serrures, clefs et alarmes ?
      On peut toujours regretter après de ne pas avoir mis de système infaillible mais pour cela, il faudrait que le risque 0 soit possible...

  • vinz13
    vinz13
    moine thélonieux
    • Posté à 09h02 le 20/04/2009
    • Internaute 37135
      moine thélonieux

    C’est quoi la différence en A, AA et AAA ? la longueur de l’orgasme de l’actionnaire ? ils simulaient alors ?

  • Michel P.
    Michel P.
    Retraité
    • Posté à 10h52 le 20/04/2009
    • Internaute 75076
      Retraité

    Les Agences de notation ont pratiqué une véritable « escroquerie » morale d’abord et financère en suite. La plus belle révélation de cette notation était celle de AIG et des conséquences internationales qui en ont résulté.La réaction de Ernst & Young est des plus normales.

    • Humain
      Humain répond à Michel P.
      • Posté à 11h14 le 20/04/2009
      • Internaute 21387

      Vous dites que agences les ont pratiqué une véritable « escroquerie » morale d’abord et financère en suite....

      Escroquerie oui... mais je ne vois pas où est l’escroquerie morale ? ? Il n’y a pas de morale.

  • AlexG2008
    AlexG2008
    temporaire
    • Posté à 11h52 le 20/04/2009
    • Internaute 62913
      temporaire

    Parole, parole, parole... Dalida nous avait pourtant bien prévenus :)

  • marie 75
    • Posté à 12h37 le 20/04/2009
    • Internaute 3563

    Quand les traders tirent profit de l’assurance-chômage
    Elizabeth Pineau

    PARIS (Reuters) - Partir à l’étranger faire fortune et rentrer en France quand le ciel s’assombrit pour bénéficier de sa protection sociale : une formule choisie par nombre d’expatriés de retour au bercail en ces temps de crise.

    Cette situation est dénoncée par des chefs d’entreprise et certains élus, à qui le gouvernement n’a pas encore répondu.

    Dans le système actuel, il suffit à un expatrié de retour en France de présenter un contrat de travail d’une durée comprise entre un et 28 jours pour bénéficier de l’assurance-chômage au taux maximum, car basée sur son ancien salaire.

    S’il travaille plus d’un mois, c’est son nouveau salaire qui est pris en compte pour le calcul de l’indemnité.

    Nombre de traders de retour de places financières dévastées par la crise comme Londres ou Genève se sont engouffrés dans ce système.

    « Le but du jeu pour les traders ayant travaillé à Londres est de s’inscrire dans une boîte d’intérim ou dans une boîte comme Mc Do en France », a expliqué à Reuters un analyste financier bien au fait de la pratique, courante selon lui.

    Et de rappeler qu’« une seule journée de travail suffit pour avoir une feuille de paye et pour être reclassé comme personne ayant été licenciée ».

    « Tout le monde a parlé de cette pratique ici », a confirmé à Reuters le salarié d’une banque française à Londres. Suite...

    • Numerosix
      Numerosix répond à marie 75
      Prisonnier dans le village (...)
      • Posté à 15h17 le 20/04/2009
      • Internaute 14499
        Prisonnier dans le village (...)

      ’parait que c’est pas vrai , cette histoire ,aux derniéres informations .Une enquète de Marianne, il me semble . .

      ( Je l’espere en tous cas .Parce que personnellement je trouve normal qu’on verse des indemnités à tous ceux qui ont travaillé , sauf à ces connards )

      • Adéménagé le 3 janvier 2011
        • Posté à 15h34 le 20/04/2009
        • Internaute 29846
          menuisier

        J’avais lu cette info aussi...
        Un peu sceptique comme toi, mais il est fort possible que des accords aient été signés pour que les expatriés à l’intérieur de l’espace européen soient indemnisés dans leur pays d’origine.

        Et vu que cette sorte de parasites sociaux ne recule devant rien pour prendre le pognon où qu’il soit, je ne serai pas autrement étonné que cela soit vrai.

  • ecor1
    ecor1
    sur le fil
    • Posté à 14h22 le 20/04/2009
    • Internaute 25388
      sur le fil

    Haaaaa, je suis impressionné, comme ils sont rigoureux, intransigeant et honnete....Il y a moins d’un an les comptes auraient été validés sans aucun problèmes, mais maintenant ils se la joue bons élèves ces faux culs. En fait ils se rachètent une conduite, après avoir été un des principaux instigateurs de cette déroute financière, les sociétés d’audits se la joue vertueuse...

  • bloqué le 24.09.09
    • Posté à 21h02 le 20/04/2009
    • Internaute 25106

    Il faut préciser que c’est la société auditée qui paie le Cabinet d’Audit pour être auditée.

    D’où la rareté des refus de signer l’audit . Souvent les cabinets d’audit s’en tiraient en mettant des notes en bas de page concerant les éléments problématiques, peu lisibles, dans les annexes des comptes.