Bonnes feuilles 12/04/2009 à 19h04

Jordan Belfort, de Wall Street au prochain film de Scorsese

Guillemette Faure | Journaliste


« Le Loup de Wall Street », de David Belfort (DR)

C’est en prison, où il purgeait une peine de 22 mois pour fraude et blanchiment d’argent, que Jordan Belfort a commencé à écrire « Le loup de Wall Street », un livre dont Martin Scorsese a acheté les droits pour en faire un film interprété par Leonardo di Caprio et scénarisé par Terence Winter, des Sopranos.

Belfort, qui a eu le même avocat que Robert Madoff, y fait le récit d’une vie caricaturale -coke, yacht, hélicos et prostituées- depuis l’époque où, à 25 ans, il monte sa banque d’affaires jusqu’à ses manips à Wall Street pour réussir à vendre des actions surévaluées (ses brokers n’ont pas le droit de raccrocher le téléphone tant que le client est encore vivant), garder ses activités confidentielles et faire passer l’argent en Suisse.

Fan du « Bûcher des vanités » de Tom Wolfe, Belfort a intérêt à ce que sa carrière d’auteur réussisse : il lui reste 110 millions de dollars à rembourser à ses investisseurs. Morceaux choisis du « Loup de Wall Street ».


Devant la Bourse de Wall Street, à New York, le 2 mars (Shannon Stapleton/Reuters)

Les choses avaient dérapé au point que de jeunes strattoniens (du nom de son entreprise de courtage Stratton) s’envoyaient en l’air sous les bureaux, dans les toilettes, les penderies, le parking souterrain et, bien sûr, dans l’ascenseur de verre.

Finalement, afin de maintenir un semblant d’ordre, nous avions fait circuler un mémorandum décrétant qu’il était interdit de forniquer dans le bâtiment entre 8 heures et 19 heures. En tête du mémo figurait en gros caractères : « Espace non-baiseur » ; en dessous, un petit pictogramme, représentant un homme et une femme en train de s’envoyer en l’air en levrette, le tout entouré d’un large cercle rouge barré, à la Ghostbusters – sans doute une première à Wall Street. Hélas ! personne ne prenait ça au sérieux.

Rien de surprenant, après tout. Tous étaient jeunes, beaux et saisissaient l’instant présent. Saisir l’instant présent – c’était exactement le mot d’ordre qui animait Stratton Oakmont et faisait vibrer le centre des plaisirs déjà hyperactif de ces jeunes gens à peine sortis de l’adolescence.

Que voulez-vous dire devant un tel succès ? La masse d’argent récolteée était hallucinante. On attendait d’un novice qu’il gagne 250 000 dollars la première année ; une somme moindre le rendait suspect. La seconde année, il fallait gagner 550 000dollars si on ne voulait pas être considéré comme un minable. La troisième année, mieux valait faire son million, sans quoi on était la risée de tout Stratton. C’était un minimum ; les bons vendeurs gagnaient le triple. (...)

Les choses étaient devenues tellement démentes que des gosses qui avaient encore des boutons d’acné et venaient à peine de découvrir ce qu’était un rasoir se retrouvaient propriétaires de maisons immenses. Certains étaient si jeunes qu’ils n’y emménageaient même pas, préférant encore dormir à la maison, chez papa-maman. L’été, ils louaient des villas somptueuses dans les Hamptons, avec piscine chauffée et vue imprenable sur l’Atlantique, et le week-end, ils organisaient des soirées de folie, si décadentes qu’elles se terminaient invariablement par l’intervention de la police. (...)

Quelle formule secrète avait découverte Stratton, qui permettait à ces courtiers d’une jeunesse obscène de gagner des sommes d’argent aussi indécentes ? Tout se basait principalement sur deux vérités simples : primo, 1% des gens les plus riches des États-Unis étaient, pour la plupart, des joueurs invétérés qui ne pouvaient résister à la tentation, même s’ils savaient que les dés étaient pipés. Secondo, contrairement à ce que l’on croyait, il était possible de transformer ces jeunes gens possédant l’élégance sociale d’un troupeau de buffles en rut et le quotient intellectuel d’un Forrest Gump sous acide, en magiciens de Wall Street.

Il suffisait de leur écrire jusqu’au dernier mot leur discours et de leur répéter encore et encore pour qu’ils se le rentrent dans le crâne, tous les jours, deux fois par jour, pendant une année entière.

Des rumeurs s’étaient rapidement répandues dans tout Long Island sur cette société délirante de Lake Success où il suffisait de se présenter, de suivre les instructions à la lettre et de jurer fidélité au patron pour que celui-ci fasse de vous un homme riche. Du coup, des gosses avaient commencé à se pointer à la salle des marchés, un ou deux pour commencer, avant d’affluer en masse. Des gosses des banlieues du Queens et de Long Island, d’abord, puis des cinq comtés de New York ; bientôt, ils débarquaient des quatre coins des États-Unis, me suppliant de leur donner du travail.

Le loup de Wall Street de Jordan Belfort (éd. Max Milo - 602p. - 24,90€)

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  • Pictulo
    • Posté à 19h48 le 12/04/2009
    • Internaute 23785

    Espérons que De Caprio saura donner au personnage un peu d’épaisseur dans l’adaptation de Scorsese. Car au vu des extraits du bouquin, on est entre Voici et The Sun, c’est-à-dire pas très haut. Le pognon, les putes, les villas au bord de la mer et les limousines, c’est plus trop tendance. Même Gad Elmaleh a fait un four sur ce sujet, c’est vous dire.
    Par ailleurs, la photo du livre m’interroge : sur la jacquette promotionnelle, on peut lire « Le prochain film de Scorsese ». Et je me demande si ce n’est pas la première fois qu’une adaptation à l’écran vient en aide à la promotion d’un livre. Bizarre.

    • moh56
      moh56 répond à Pictulo
      • Posté à 23h57 le 12/04/2009
      • Internaute 31702

      je pense qu’on pourrait faire confiance a Scorsese.. il a du métier.
      Dicaprio est aussi bon.. il sera capable je pense de donner de la matière au personnage.

      • Les Grands Champs
        Les Grands Champs répond à moh56
        Retraité, le doigt là où ça (...)
        • Posté à 14h01 le 13/04/2009
        • Internaute 61722
          Retraité, le doigt là où ça (...)

        Mouai... donner de la matière à un personnage qui manque d’épaisseur, cela ne va pas être facile même pour un bon acteur.
        Car ce genre de sujet à tellement été utilisé...

    • FabiendeMénilmontant
      FabiendeMénilmontant répond à Pictulo
      journaleux - blogueur
      • Posté à 00h10 le 13/04/2009
      • Internaute 14145
        journaleux - blogueur

      Guillemette ne donne pas de date prévisionnelle de sortie, ni de titre prévisionnel. Ce n’est qu’un coup de promo, qu’on ne trouve pas partout sur les sites de vente de livres où on peut déjà le préacheter (il ne sort que jeudi prochain).

      Il serait assez maladroit de conserver le titre du livre, car il y avait eu un horrible navet :
      Lien
      maintes fois diffusé sur le câble et le satellite (jamais sorti en France, sorti aux USA en 2002, en DVD en France en 2004).

    • clark kent
      clark kent répond à Pictulo
      • Posté à 11h57 le 13/04/2009
      • Internaute 16327

      moi j’ai confiance car :

      1- martin scorsese n’est pas gad elmaleh.

      2- ce ne sera pas un film comique mais un biopic

      3- leo di caprio est un excellent acteur

      4- NYC n’a jamais été mieux filmé que par martin

  • richy
    • Posté à 21h00 le 12/04/2009
    • Internaute 38388

    aprés casino,Scorsese qui sait ce qu’il fait devrais y arriver sans problémes !

  • nemo3637
    nemo3637
    Déchoukeur
    • Posté à 21h03 le 12/04/2009
    • Internaute 44521
      Déchoukeur

    « Jordan Belfort, de Wall Street au prochain film de Scorsese »

    J’ai entendu dire qu’un pirate somalien, en train de terminer son bouquin, pourrait jouer le second rôle.

  • FabiendeMénilmontant
    FabiendeMénilmontant
    journaleux - blogueur
    • Posté à 23h58 le 12/04/2009
    • Internaute 14145
      journaleux - blogueur

    en France, c’est moins compliqué de passer de la finance au ciné.

    on se fait accuser d’avoir volé des sous à la Générale, on passe un peu de temps à l’ombre sans que rien ne soit prouvé, sauf que tout le monde sait que, au cas où on aurait volé, on ne peut pas l’avoir fait seul, puis un rigolo plein de talent qui a fait ses classes dans une chaîne cryptée vient vous chercher pour vous proposer d’interpréter votre propre rôle !

    après, j’entends parler de « American dream »… pourquoi pas de « rêve français » ?

  • Phil2922
    Phil2922
    Retraite invalidité
    • Posté à 08h25 le 13/04/2009
    • Internaute 36639
      Retraite invalidité

    Jean Tibéri aurait déclaré être d’accord pour faire quelques mois en prison (en quartier VIP, bien sûr...) pour avoir le temps de faire écrire à Xavière quelques anecdotes croustillantes de l’époque où il était maire de Paris.
    La correction serait confiée à Bernard Pivot et Tibéri serait d’accord pour un film à condition que son propre rôle soit joué par Christian Clavier... !

    Lien

  • Numerosix
    Numerosix
    Prisonnier dans le village (...)
    • Posté à 10h37 le 13/04/2009
    • Internaute 14499
      Prisonnier dans le village (...)

    Et à la dernière image du film, y aura ecrit « The end » ou « Game over » ?

  • Superminou
    Superminou
    Ami des animaux
    • Posté à 13h12 le 13/04/2009
    • Internaute 76188
      Ami des animaux

    Ce pays d’escrocs...

    L’incompétence de Washington perdure, cette incompétence qui a provoqué la crise économique actuelle, qui détruit le dollar comme monnaie de réserve, alors la superpuissance deviendra un pays du tiers monde, incapable de payer pour ses importations ou de maintenir son niveau de vie...

    Réjouissons nous de la faillite de ce pays de voleurs, de menteurs , de profiteurs ....

    car cela est juste et bon...

    • Les Grands Champs
      Les Grands Champs répond à Superminou
      Retraité, le doigt là où ça (...)
      • Posté à 14h04 le 13/04/2009
      • Internaute 61722
        Retraité, le doigt là où ça (...)

      Et les habitants ?
      En quoi sont-ils responsable ?
      Car c’est eux qui vont payer les pots cassés ! ! Ceux d’en bas, pas les friqués !