Sur le terrain 30/03/2009 à 13h50

Un million de « Slumdogs » bientôt expulsés de Dharavi

L'Interview.fr"
Louis Villers | Reporter / LINTERVIEW.fr

A Bombay, le bidonville où Danny Boyle a tourné son film doit être rasé et reconstruit. Un projet qui ne réjouit pas ses habitants.


Dans le bidonville de Dharavi, à Bombay (Louis Villers).

Avant de rentrer, Selwyn pousse légèrement le rideau de sa « maison » et y glisse un œil. Il ne veut pas que je voie sa femme en train de dormir. Toute la famille -cinq enfants et deux parents- dort dans cette pièce, de neuf mètres carrés, à même le sol. Angel, six mois, est suspendue au toit par un drap. Il y a une télé, un ventilateur, des ustensiles de cuisine.

Dehors, les égouts passent au pied de la porte, emplissant la pièce d’une odeur lourde et nauséabonde. On ne voit pas la lumière du jour, tant la façade voisine jonchée de linges séchant est proche. Il fait chaud, il n’y a pas d’eau, ils sont entassés, les télévisions marchent en continu. Bienvenue à Dharavi, le « plus grand bidonville d’Asie », au cœur de Bombay.

Sur son lieu de travail, quelques minutes plus tard, Selwyn et ses collègues rejoignent leur machine à coudre. Il y en a une dizaine dans ce petit local sombre, et même en ce mois de janvier, il fait bien trente degrés à l’intérieur. Ils travaillent douze heures par jour, n’ont pas le droit à un seul retard, à un seul jour de repos et gagnent à peine quarante euros par mois. Mais ils ne se plaignent pas, ils savent qu’ils ont de la chance d’avoir cet emploi. Les sacs de cuir qu’ils fabriquent seront vendus, à quelques centaines de mètres du local, à M. Kale, propriétaire d’une petite boutique de cuir qui se chargera de les exporter.


Dans le bidonville de Dharavi, à Bombay (Louis Villers).

Le fils de Selwyn parcourt les rues toute la journée, véritables montagnes de déchets, pour ramasser tous types de morceaux de fer : clous, copeaux, débris. Il les revendra quelques roupies à un ferrailleur. Sa mère, elle, s’est installée une petite nappe à même le sol, non loin de la gare de Mahim, sur laquelle elle vend des fruits. Tous rêvent d’échappées, ils y seront forcés.

L’opportunité du millénaire

« L’opportunité du millénaire ». Dans tous les grands journaux, des publicités la vantaient. Le gouvernement a décidé de vendre Dharavi, terrain de 215 hectares occupé par un million de personnes, à cinq promoteurs étrangers chargés de reconstruire entièrement la zone : nouveaux immeubles, écoles, hôpitaux, égouts, assainissement des eaux...

Dans moins de sept ans, Selwyn et toute sa famille se verront offrir un appartement de 25 mètres carrés, avec électricité et eau courante. Ils ne vivront plus au milieu des mouches, des rats et des scorpions. L’opportunité du millénaire. Promesse d’un avenir meilleur. Et pourtant, rares sont les habitants de Dharavi à souhaiter ce plan.


Dans le bidonville de Dharavi, à Bombay (Louis Villers).

Le gouvernement s’est pourtant engagé à reloger tous les habitants. Les 57 000 familles, soit 300 000 personnes. « 300 000 ? Mais nous, nous sommes un million ! », s’exclame Ganesh, propriétaire engagé d’une mercerie. Selon la National Slum Dwellers Federation (NSDF), le bidonville de Dharavi compte entre 600 000 et un million d’habitants. Connaître leur nombre exact est impossible quand l’on sait que des centaines de personnes débarquent à Dharavi chaque jour.

Pour compliquer la tâche, pour chaque programme de relogement, cinq ou six personnes différentes deviennent étrangement propriétaires d’un taudis, en espérant récupérer un nouvel appartement. Les autorités sont donc, à juste titre, très vigilantes. Factures d’électricité, cartes de rationnement, amendes, accords communautaires et recensements deviennent donc de fragiles preuves de propriété. Dans tous les cas, aucune personne arrivée après 1995 ne pourra être reconnue « habitante de Dharavi », une injustice contre laquelle se battent activement les associations.

Une économie menacée

En réalisant ce plan, c’est toute l’économie du bidonville qui sera anéantie. Selon la Société de promotion des enquêtes territoriales (SPARC), Dharavi génère un chiffre d’affaires annuel de plus 340 millions d’euros. Les gens vivent sur leur lieu de travail, la famille de Selwyn en est un bon exemple.



Dans le bidonville de Dharavi, à Bombay (Louis Villers).

Dharavi n’est pas une « cité dortoir », mais une véritable usine. Même si les conditions de travail sont très difficiles, même s’il n’y a aucune protection des salariés, tout le monde trouve un emploi, trouve de quoi survivre avec n’importe quel type de travail. Alors que se passera-t-il si le gouvernement offre à chacun un petit appartement ?

Toutes les petites usines seront rasées et le propriétaire d’un local de 80m², employant parfois jusqu’à quinze personnes, se retrouvera avec un petit appartement de 25 m². Il n’aura plus qu’à acheter les 59 mètres carrés au prix du marché -option à oublier dans une ville qui compte le cinquième quartier d’affaires le plus cher au monde. Ruiné, il devra quitter Dharavi, laissant derrière lui quinze employés au chômage.

Même si Mukesh Mehta, l’architecte responsable du projet de développement de Dharavi, assure que des « opportunités d’espaces industriels » seront offertes, les propriétaires restent sceptiques. Aucun habitant des bidonvilles ne saurait vivre au septième étage d’un immeuble. Ils sont en permanence dans la rue, au pied de leur porte, à faire mille et un petits boulots qui leur apportent l’assiette de riz du soir. Aucun d’entre eux ne restera à Dharavi.

Une habile manière de faire fuir les habitants

Finalement, Dharavi deviendra un quartier résidentiel pour les classes moyennes. Ce projet de redéveloppement n’est qu’une habile manière de faire fuir tous les habitants.

Depuis 1936, sept plans de réhabilitation ont déjà été menés à Dharavi, et à chaque fois, les habitants du « slum » ont revendu leurs appartements et ont recréé un bidonville. La plupart de ces appartements sont laissés vacants aujourd’hui. Dans ce quartier si autonome, entièrement contrôlé par la mafia, ce plan est un échec assuré.


Dans le bidonville de Dharavi, à Bombay (Louis Villers).

De nombreuses questions restent floues. A qui reviendront les titres de propriétés ? A chaque habitant ? Impossible, tant la mafia est implantée. A la mafia ? Evidemment, non. Comment faire pour que les habitants ne revendent pas leurs appartements ? Comment préparer l’exode massif qui se profile ? Le déplacement de milliers de personnes dans un autre endroit de Bombay pose, lui aussi, de nombreux problèmes : rejoindront-ils les bordures de voies ferrées, zone extrêmement dangereuse ? Auront-ils accès à l’éducation, à la santé ? Les moyens de transports seront-ils adaptés ?

L’oscar à Hollywood ne retiendra pas les bulldozers

Quatre Golden Globes, oscar du meilleur film parmi huit récompenses, « Slumdog Millionnaire » sort Dharavi de l’ombre. Accoudé à la table d’un café chic de Bombay, Irrfan Khan, l’un des acteurs majeur du film, me fixe en soupirant.

Il ne pense pas que le film puisse changer le cours des événements. Il a visité ces ruelles, décors d’enfance de Latika et Jamal. Il ne sait pas si, dans trois ou quatre ans, elles ne seront plus que des images d’archives. Il a goûté à cette joie qui vous prend au tripes quand vous parcourez ces rues, quand vous rencontrez ces habitants qui ont une envie extraordinaire d’avancer malgré leur dénuement.

Face aux puissances financières, les habitants de Dhavari n’ont aucune chance. Mais ils ont, ce qui, toujours, les sauvera : la joie, la débrouillardise et la volonté.


Dans le bidonville de Dharavi, à Bombay (Louis Villers).

Photos : dans le bidonville de Dharavi, à Bombay (Louis Villers).

Publié initialement sur
L'Interview.fr
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  • TARPON
    • Posté à 14h06 le 30/03/2009
    • Internaute 27263

    j’espere qu’ils vont preserver la cabane à « merde » .

    • padiran
      padiran répond à TARPON
      Chroniqueur Grolandais
      • Posté à 14h13 le 30/03/2009
      • Internaute 5159
        Chroniqueur Grolandais

      Poète, voir ma réponse ci dessous

  • padiran
    padiran
    Chroniqueur Grolandais
    • Posté à 14h12 le 30/03/2009
    • Internaute 5159
      Chroniqueur Grolandais

    Vers les docks où le poids et l’ennui
    Me courbent le dos
    Ils arrivent le ventre alourdi
    De fruits les bateaux

    Ils viennent du bout du monde
    Apportant avec eux
    Des idées vagabondes
    Aux reflets de ciels bleus
    De mirages

    Traînant un parfum poivré
    De pays inconnus
    Et d’éternels étés
    Où l’on vit presque nus
    Sur les plages

    Moi qui n’ai connu toute ma vie
    Que le ciel du nord
    J’aimerais débarbouiller ce gris
    En virant de bord

    Emmenez-moi au bout de la terre
    Emmenez-moi au pays des merveilles
    Il me semble que la misère
    Serait moins pénible au soleil

    Charles Aznavour

    • solstice
      solstice répond à padiran
      pigiste
      • Posté à 19h08 le 30/03/2009
      • Internaute 38451
        pigiste

      C’est beau mais je ne suis pas sûre de vouloir cette « misère au soleil »... Sujet très compliqué que l’on ne peut traiter en chanson mais, comme elle est très belle, c’est un plaisir tout de même...

      • padiran
        padiran répond à solstice
        Chroniqueur Grolandais
        • Posté à 22h31 le 30/03/2009
        • Internaute 5159
          Chroniqueur Grolandais

        Solstice, ce n’est qu’une réponse à un Tarpon « poète » à ses heures et qui ne comprend que la misère des autres.

  • Cédric Kalonji
    Cédric Kalonji
    Journaliste
    • Posté à 14h15 le 30/03/2009
    • Journaliste 59532
      Journaliste

    Couteau à double tranchant, ce qu’on appelle « le développement » fait toujours son lot de victimes. Dans un monde capitaliste, où c’est au plus fort de gagner, il y a toujours ceux qui doivent perdre. La destruction de ce quartier, présenté comme une mesure salutaire cache les bénéfices de ceux qui seront les propriétaires des appartements que n’occuperont pas les actuels habitants.

    Les loyers seront progressivement élevés à Dharavi, le coût de la vie aussi, ce qui poussera les plus pauvres à vendre et à aller se fabriquer un autre bidonville ailleurs.

    Cette situation est loin d’être propre à l’inde. La différence avec d’autres quartiers, dans d’autres villes du monde où des mesures similaires sont appliquées c’est que la publicité n’est pas la même.

    Kongolais
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    • Tita
      Tita répond à Cédric Kalonji
      oiseau
      • Posté à 14h26 le 30/03/2009
      • Internaute 7659
        oiseau

      J’allais rédiger un commentaire sensiblement identique au vôtre. Le vôtre me dispense donc de l’écrire J’ajouterais juste qu’il faut se demander si ce n’est pas voulu.

      Les politiques ne sont pas plus bêtes que nous. Ces analyses-là, ils doivent bien les connaître.
      Assistons-nous alors à un médiatique « on rénove, on lutte contre la misère et les manquements sanitaires » qui cacherait mal un voulu « faisons partir ce million de pauvres pour y loger 300 000 personnes de classes-moyennes. C’est plus rentable » ?

      • solstice
        solstice répond à Tita
        pigiste
        • Posté à 19h11 le 30/03/2009
        • Internaute 38451
          pigiste

        C’est vrai que c’est compliqué mais faut-il ne rien faire ?

        Comment reloger décemment une population qui vit et travaille sur place ? Bien sûr que repousser toujours plus loin de la ville ces bidonvilles n’est pas une solution. On voudrait voir se réaliser le rêve du Corbusier : un village vertical et pas une cité dortoir. Utopiste ?

         
        • Tita
          Tita répond à solstice
          oiseau
          • Posté à 01h21 le 31/03/2009
          • Internaute 7659
            oiseau

          Ne rien faire serait criminel

          Mais doit-on applaudir nécessairement tout ceux qui font quelque chose de bien ou de n’importe quoi ? En d’autres mots, parce qu’ils font quelque chose sont-ils de fait de bons samaritains ?

          La question se pose quand un projet aussi gigantesque (qui a sans doute fait l’objet d’une étude de projet) néglige entre 50 et 70% de la population concernée et le fait que leur présence (survie) est liée à une activité économique et industrielle sur place...

          • solstice
            solstice répond à Tita
            pigiste
            • Posté à 11h33 le 31/03/2009
            • Internaute 38451
              pigiste

            c’est sûr... La quadrature du cercle donc.

            • Tita
              Tita répond à solstice
              oiseau
              • Posté à 14h00 le 31/03/2009
              • Internaute 7659
                oiseau

              Oui, on ne connait pas la réponse. On ne peut donc pas « juger » ces politiques, soit en les traitant de bons samaritains, soit en les traitant de ploutocrates. Ce serait du délit d’intention. Mais cela ne nous empêche pas d’être vigilant et de pointer du doigt ce qui nous semble problématique.

        3 autres commentaires
  • General Subverciòn
    General Subverciòn
    viva Makhnovchtchina
    • Posté à 14h23 le 30/03/2009
    • Internaute 47117
      viva Makhnovchtchina

    L’Inde aurait une formidable occasion de permettre à un milion de personnes de ne pas sombrer au-delà de l’épouvantable mais ce n’est pas rentable pour les futurs promoteurs qui vont bénéficier de leur absence...ça profite toujours aux mêmes ! ! !

  • dulconte
    dulconte
    Mordu par un fachogarou
    • Posté à 14h45 le 30/03/2009
    • Internaute 250
      Mordu par un fachogarou

    Pour ceux que ce sujet intéressent je conseille vivement ce blog :

    Lien

  • Iv
    Iv
    Roboticien utopiste
    • Posté à 14h57 le 30/03/2009
    • Internaute 39192
      Roboticien utopiste

    Allez, je rédige un commentaire à contre-courant...

    Raser les bidonvilles, pour y faire des HLM, c’est une bonne chose, quand c’est fait en prenant en considération les humains qui y vivent. C’est améliorer la qualité de vie. Normal qu’il y ait de la méfiance, puisqu’il y a des agents cupides impliqués dans cette manoeuvre (les promoteurs). La protestation cependant doit s’exercer comme une vigilance à l’égard de ces promoteurs et des mesures gouvernementales, mais pas en essayant de « sauvegarder » la zone dans l’état d’insalubrité qu’elle a actuellement.

    Ca me fait penser à ces touristes, lors d’un voyage en Asie, s’extasiant devant le caractère typique des bicoques locales, parlant du « mode de vie traditionnel » du coin, en ne se demandant même pas si les locaux n’aimeraient pas eux aussi avoir l’eau courante, l’électricité, et un endroit pour se baigner qui ne soit pas infesté de sangsues...

    Souvenez vous que lorsqu’un bidonville prend feu, on a vite des dizaines voire des centaines de morts. La pauvreté, ça tue. Alors oui, ça va être galère le temps de la construction (le bidonville déménagera surement un peu plus loin dans la banlieue) mais au final, si le gouvernement est sérieux dans sa volonté de casser le cercle vicieux de ces zones, il y construira des logements sociaux pour accueillir dans les meilleures conditions les pauvres et les travailleurs précaires, qui, dans un pays comme l’Inde, forment la base du développement économique. Les « élites » ne l’oublient pas.

    • battuta
      battuta répond à Iv
      adorateur de la lune
      • Posté à 15h31 le 30/03/2009
      • Internaute 56909
        adorateur de la lune

      la banlieue d’une ville de 20 millions d’habitants ça commence où ? la banlieue de Mumbai est elle même un haut lieu de la spéculation foncière... et puis mettre les habitants de dahravi dans le bidonville de jogeshwari (dans la « banlieue » nord ») c’est un peu le moyen de provoquer une émeute... quand au comportement des élites indiennes, je crains qu’il ne soit plus fantasmé que réel ..... en Inde, 50 millions de déplacés en 50 ans.... combien de relocalisés ?

    • dodu
      dodu répond à Iv
      Slow burn
      • Posté à 17h17 le 30/03/2009
      • Internaute 67365
        Slow burn

      « si le gouvernement est sérieux dans sa volonté de casser le cercle vicieux de ces zones, il y construira des logements sociaux “
      Tout est dans le si .

  • patrick du 14-
    patrick du 14-
    de plus en plus naze
    • Posté à 15h05 le 30/03/2009
    • Internaute 40667
      de plus en plus naze

    mais bon ils pourront acheter la nano de misieur tata pour leurs déplacements

    • solstice
      solstice répond à patrick du 14-
      pigiste
      • Posté à 19h14 le 30/03/2009
      • Internaute 38451
        pigiste

      Le voilà, le vrai problème, que connaissent TOUTES les grandes villes : plus on étend le centre (logements chics et bureaux), plus on crée de ces migrations quotidiennes qui étouffent la population.

      Reviens M. Le Corbusier ! Ton heure est peut-être enfin venue !

      • Utilisateur désinscrit à sa demande
        • Posté à 23h03 le 30/03/2009
        • Internaute 70482
          nc

        Note bien que je n’ai rien contre Le Corbusier, c’est même tout le contraire... mais je dois avouer comme les Indiens qui y vivent, que Chandigarh¹ n’est pas la cité idéale...

        Ses habitant l’adorent ou la détestent : les immeubles sont vraiment conçus pour y faire vivre des gens confortablement et c’est là son point fort.

        Par contre, les distances impressionnantes à parcourir pour se rendre d’un point à un autre sont tout bonnement insupportables... et puis il n’y a pas de centre-ville à proprement parler, ce qui est très déconcertant pour les Indiens, qui y sont très attachés comme nous en Europe.

        Mais ce n’est pas une critique ; cette ville unique au monde est l’œuvre d’un seul homme : un géant.

        Elle est aussi marquée par son époque – les années 50 – et son matériau-roi : le béton.

        C’est une époque où l’Inde était dirigée par un visionnaire : le pandit Nehru ; ce n’est pas le cas actuellement : l’Inde n’a plus la moindre grandeur d’âme qui fut sa caractéristique pendant toutes les longues années de lutte pour son indépendance, et jusque dans les années 70.

        L’Inde est devenue, comme la plupart des autres pays, un repère de rapaces avides et de politiciens cupides. C’est pourquoi les malheureux habitants de Dharavi seront certes relogés, mais verront l’âme de leur vieux slum s’évanouir au profit des galeries marchandes et d’une classe moyenne sans cœur et sans culture.

        Eux, ils seront relégués au loin, dans de tristes HLM.

        Mais il n’y a pas qu’à Bombay que c’est arrivé : tout le grand Est parisien a été littéralement rasé et ses habitants dispersés dans les grandes banlieues, entre les années 70 et 90, quand Chirac régnait en maître absolu sur Paris.

        J’en parle dans mon dernier billet, sur mon blog :

        Lien

        À ma connaissance, une seule ville avait pris grand soin de reloger les habitants de son vieux centre historique très dégradé dans leurs propres logement réhabilités et sans majoration de loyer, au tournant des années 80 : Bologne, en Italie. Une mairie rouge.

        [1] Lien

    • sinago31
      sinago31 répond à patrick du 14-
      retraité
      • Posté à 23h40 le 01/04/2009
      • Internaute 33375
        retraité

      Ne rien faire est sans doute la pire des chose selon ’Personne’
      Voila de quoi clore une amorce de débat.
      La véritable bonne attitude serait d’abord de commencer par créer des sources de revenus, des emplois par exemple à ces gens là, les reloger ensuite, et enfin faire du neuf sans avoir spolié quiconque.

  • liberationdelevangilepopulaire
    liberationdelevangilepopulaire
    sans mandat du ciel ni de (...)
    • Posté à 15h01 le 30/03/2009
    • Internaute 71809
      sans mandat du ciel ni de (...)

    Comment se fait-il que les habitants ne décident pas en premier et de façon déterminante l’aménagement ou la réhabilitation de ce lieu qui est malgré tout LEUR vie ?
    De sorte que c’est une spoliation de plus.
    Lien

    • battuta
      battuta répond à liberationdelevangilepopulaire
      adorateur de la lune
      • Posté à 15h33 le 30/03/2009
      • Internaute 56909
        adorateur de la lune

      vous connaissez un pays où les habitants décident de ce que doit être leur quartier ? ? ? ... même ici, on parle de consultation, on ne laisse pas les habitants choisir... de plus, bon nombre n’auront pas leur mot à dire car ils n’ont pas de titre de propriétés et ne sont que locataires... les loyers y étant de toute façon exorbitants (si si), les autorités du greater mumbai vont limiter les plans de réimplantation et de réhabilitation aux maximum pour ne payer qu’un minimum de dédommagements... le shiv sena (nationalistes maharati) n’avait pas réussi à vider darahvi de ses populations (essentiellement musulmanes) par la force, la loie vient aider aujourd’hui les autorités du greater mumbai... tout ne sera pas vider car Darahvi est un haut lieu du buisness à Mumbai.... le temps que le plan se mette en place de l’eau coulera sous les ponts... et puis, avec ses 300 slums et ses milliers de chawls, mumbai reste quand même un paradis de la spéculation...

  • personne
    • Posté à 15h31 le 30/03/2009
    • Internaute 21725

    Aujourd’hui qui regrette la disparition des bidonvilles autour de Paris ? Qui se souvient même ou a appris qu’ils ont existé après-guerre ? Il faudra des bras pour construire, pour entretenir, etc.
    Ne rien faire est sans doute la pire des choses.

    • SuperAlAmAs-
      SuperAlAmAs- répond à personne
      Don Quichotte
      • Posté à 17h17 le 30/03/2009
      • Internaute 65608
        Don Quichotte

      Rapport ?
      C’est pas pour leur construire à eux de belles maisons...
      Bidonvilles remplacés par ghetto... Le fond ne change tjrs pas...

      • Iv
        Iv répond à SuperAlAmAs-
        Roboticien utopiste
        • Posté à 11h56 le 31/03/2009
        • Internaute 39192
          Roboticien utopiste

        L’eau courante et les normes incendies sont loin d’être des détails. Est ce que le fond n’a pas un peu changé quand on a rajouté dix ans d’espérance de vie ?

         
        • SuperAlAmAs-
          SuperAlAmAs- répond à Iv
          Don Quichotte
          • Posté à 00h57 le 04/04/2009
          • Internaute 65608
            Don Quichotte

          mdr, les miettes quoi ? ô généreux humain que vous êtes, tant de compassion dans un seul homme : c’est christique !

        1 autres commentaires
    • Zu
      Zu répond à personne
      http://www.jcarretero.eu
      • Posté à 17h26 le 30/03/2009
      • Internaute 23430
        http://www.jcarretero.eu

      Il me semble que c’est un mauvais argument, issu de la rhetorique neo-liberale, et donc entre autres Sarkozyste, qui consiste a justifier des choses au nom du combat contre l’immobilisme. Je suis assez decu qu’il apparaisse en premier commentaire selectionne.

      La question n’est peut-etre pas de faire n’importe quoi pour eviter de ne rien faire. On pourrait aussi reflechir a faire des choses intelligentes, et respectueuses de l’etre humain et de son environnement.

      Il y en a un peu marre, je ne parle pas pour vous en particulier, de ce discours ambiant qui nous dit « c’est ca ou rien ». Disours tenu par ces memes qui pretendent aller a l’encontre de la pensee unique. Le « c’est ca ou rien » de ces dernieres annees nous a quand meme amenes dans la saumatre situation qu’on connait aujourd’hui.

      Il serait peut-etre temps de prendre conscience que le regne de la sainte trinite capital-travail-marchandisation n’est peut etre pas une fatalite et qu’il y a eventuellement d’autres solutions a inventer pour remettre l’homme, et surtout le citoyen, au centre de l’organisation de la societe...

      Je vous invite a aller voir ce film, qui montre d’autres exemples d’appropriations par le systeme capitaliste et ses afficionados, et qui fait aussi froid dans le dos :

      Lien

      Il est temps de se responsabiliser...

      PS : Desole pour les accents, mon clavier ne me les propose pas...

      • Iv
        Iv répond à Zu
        Roboticien utopiste
        • Posté à 12h04 le 31/03/2009
        • Internaute 39192
          Roboticien utopiste

        Si là où vivaient un million dans un bidonville on crée 200 000 logements sociaux, on a réduit le bidonville de 200 000. Ca me parait valable, ça me parait « social » (j’aime pas trop ce mot) respectueux de l’être humain et de son environnement.
        Et si on utilise pour ça quelques promoteurs qui vont s’enrichir dans la manoeuvre, soit ! Qu’on les surveille.

        Le neo-liberalisme, c’est de dire que lorsqu’on gagne de l’argent, on oeuvre forcément pour le bien de l’humanité. Je partage l’avis de Rocard qui considérait cette idéologie criminelle et extrêmement néfaste. Cependant, dire qu’il y a un marché rentable à améliorer les conditions de vie de son prochain, ce n’est pas du neo-liberalisme, c’est quelque chose de tout à fait différent, presque son contraire. C’est ce que Mohammed Yunus prêche depuis des années et pour lequel il a eu le Nobel de la paix.

         
        • Zu
          Zu répond à Iv
          http://www.jcarretero.eu
          • Posté à 17h48 le 31/03/2009
          • Internaute 23430
            http://www.jcarretero.eu

          J’employais plutot le terme neo-liberal pour definir le discours que nous donne le gouvernement depuis des annees, tentant de nous faire croire que les solutions qu’il propose sont les seules envisageables et que les eventuels opposants sont des immobilistes conservateurs qui ne veulent pas d’evolution, niant ainsi toute solution alternative.

          D’autre part, comme c’est souligne dans l’article, il me semble que le but inavoue du projet est plutot de remplacer les populations pauvres de ces bidon-villes par des classes moyennes, categorie de population en pleine expansion en Inde. La question se pose alors de savoir ou vont aller ces populations pauvres et si deplacer le probleme est bien une solution.

          Enfin, il me semble que la « rentabilite » d’un reel projet d’amelioration des conditions de vie de cette categorie de gens ne peut pas vraiment se mesurer en valeur monetaire. Si rentabilite economique il doit y avoir, j’ai bien l’impression qu’elle ne peut se realiser que sur le tres long-terme. A mon sens, la vraie rentabilite d’une telle operation se mesure sur un plan politique, au sens litteral du terme : au niveau des libertes, de la conscience politique des individus par une meilleur education, de la mise en avant des cultures locales, de la meilleure cohabitation des habitants d’une meme ville, voire d’un meme pays ou encore d’une meme planete. La logique est la meme partout.

        1 autres commentaires
    • tor92
      tor92 répond à personne
      Libéral
      • Posté à 18h38 le 30/03/2009
      • Internaute 53348
        Libéral

      On a fait disparaitre les bidonvilles et heureusement !

      Sauf que on a construit de jolies tour qui ont été négligées par leur habitant qui les retransformèrent en ce qu’il y avait avant mais plus élevé, des bidons-Tours !
      C’est normal ce sont des « biens publiques » et Dieu sait que en France le collectivisme est tellement à la pointe que là ou il y en a n’est que misère et désolation (CF les velibs’) !

  • SuperAlAmAs-
    SuperAlAmAs-
    Don Quichotte
    • Posté à 16h12 le 30/03/2009
    • Internaute 65608
      Don Quichotte

    Si c’est pas du « fait exprès »... Les deux mondes se parlent, c’est un language, on y apprend quoi : qu’ils méprisent touts nos efforts et nos espoirs...
    Voilà ce que cela veut dire...

  • Zu
    Zu
    http://www.jcarretero.eu
    • Posté à 16h51 le 30/03/2009
    • Internaute 23430
      http://www.jcarretero.eu
  • Chicoballa
    • Posté à 17h18 le 30/03/2009
    • Internaute 65206

    T’as beau vivre dans le caca,ne rien demander à personne,
    te tuer au travail pour 50 E. par mois en fabricant des sacs
    pour l’occident parasite,si tu te trouves sur la route du fric t’es
    foutu.Il ont fait leur beurre en filmant ta misère et en y ajoutant
    l’humour.Ça passait encore.Maintenant ce qui les intéresse
    c’est le sol sur lequel tu vis.

    • battuta
      battuta répond à Chicoballa
      adorateur de la lune
      • Posté à 17h34 le 30/03/2009
      • Internaute 56909
        adorateur de la lune

      dharavi compte des millionnaires, une vraie bourgeoisie urbaine... ce n’est pas un ghetto... le biz’ n’est pas un truc de miséreux.... quand à slumdog, c’est un excellent film, un beau clin d’oeui sur ces endroits où des gens vivent et n’attendent pas la pitié des occidentaux... de plus c’est une fiction, pas la vraie vie.. . (pour info, marlon brando n’était pas un parrain de la mafia)

      • Chicoballa
        Chicoballa répond à battuta
        • Posté à 17h50 le 30/03/2009
        • Internaute 65206

        Il n’attendent pas la pitié des occidentaux,mais il n’ont
        pas besoin non plus de leur exploitation.

         
        • battuta
          battuta répond à Chicoballa
          adorateur de la lune
          • Posté à 17h55 le 30/03/2009
          • Internaute 56909
            adorateur de la lune

          mais de quelle exploitation tu parles dans le cas précis de dahravi ? ... je ne pense pas que ces logements seront accesibles aux occidentaux... ça risque d’être des résidences « pure veg » réservés aux hautes classes sociales... ensuite je ne vois pas quelles productions indiennes, issues des bidonvilles , sont vendues en occident... les sacs en plastique pour les bobo, je pense que cela représente moins de 0,00000000001 % des échanges commerciaux de l’inde... les slums sont plutot des lieux d’investissements communautaires ou à la limite d’investissements natioanux indiens... darahvi n’est pas gurgaon....

          autant s’indigner pour de bonnes raisons :)

          • Chicoballa
            Chicoballa répond à battuta
            • Posté à 21h29 le 30/03/2009
            • Internaute 65206

            La misère dans les favelas ou bidonvilles du tiers monde
            ou des « pays émergents“est directement liée à la
            domination économique des pays occidentaux.Déstructuration
            des sociétés traditionnelles ,émigration des campagnes vers
            les villes autour desquelles se forment et se développent les
            bidonvilles.Domination dans les campagnes de multinationales
            type Monsanto,réserve de main d’œuvre docile et bon marché
            ect..ect.....
            Il n’y a pas que la pollution qui est planétaire,l’exploitation est
            planétaire,ses conséquences sont planétaires.A mon sens,la
            plus grande exploitation ce n’est plus celle du patron sur l’ouvrier,
            mais celle des pays riches sur les pays pauvres.Nous sommes
            directement responsables de l’existence des bidonvilles.Nous
            sommes responsables de ne rien faire parce que nous avons
            les moyens de faire beaucoup de choses.

        2 autres commentaires
  • Bombay Magic
    Bombay Magic
    (in situ)
    • Posté à 17h59 le 30/03/2009
    • Internaute 74047
      (in situ)

    J’habite à Bombay depuis 4 ans et ça fait 4 ans qu’on parle de cette histoire. Le problème n’est pas simple, loin de là. Ceci étant, j’ai eu l’occasion de visiter un bidonville redéveloppé (enfin, une poche de bidonville, il y avait 800 personnes !) pas loin de la prison d’Arthur Rd (là où est emprisonné actuellement le seul terroriste survivant des attaques du 28-28 novembre). En termes de condition de vie, il n’y a pas photo. C’est bien mieux ! Appartement pièce unique mais avec un toilette et une salle de douche. Vous imaginez la différence quand avant 800 personnes se partageaient 2 toilettes dégoutants. Celà change la vie des femmes : elles ont plus d’intimité, plus de sécurité. Elles n’ont pas à s’exposer pour aller au toilette (ou à se retenir de boire à risquer la désydratation pour aller au toilette le moins possible), elles ont des apparts qui ferment bien. On dit qu’à Daravi, comme dans beaucoup de bidonvilles d’ailleurs, les problèmes de viol sont légion. Alors c’est sur, des promoteurs souvent véreux se servent au passage, il y a des magouilles, et le problème des ateliers est crucial : mais pour autant, peut on ne pas redévelopper les bidonvilles ? Bombay manque fort cruellement de logement social, et au passage, la classe moyenne, cruellement de logements abordables !
    Lien

    • patrick du 14-
      patrick du 14- répond à Bombay Magic
      de plus en plus naze
      • Posté à 18h57 le 30/03/2009
      • Internaute 40667
        de plus en plus naze

      c’est à quoi je pensais les chiotttttes et une salle d’eau même avec un seau et une boite de conserve

  • Brédala
    Brédala
    NB : dernières lignes dans " (...)
    • Posté à 18h23 le 30/03/2009
    • Internaute 63792
      NB : dernières lignes dans " (...)

    « Sur son lieu de travail, quelques minutes plus tard, Selwyn et ses collègues rejoignent leur machine à coudre. Il y en a une dizaine dans ce petit local sombre, et même en ce mois de janvier, il fait bien trente degrés à l’intérieur. Ils travaillent douze heures par jour, n’ont pas le droit à un seul retard, à un seul jour de repos et gagnent à peine quarante euros par mois. Mais ils ne se plaignent pas, ils savent qu’ils ont de la chance d’avoir cet emploi. »

    Un vrai paradis pour libéral et autres capitalos de tous poils...

    « Face aux puissances financières, les habitants de Dhavari n’ont aucune chance. Mais ils ont, ce qui, toujours, les sauvera : la joie, la débrouillardise et la volonté. »

    Je ne suis pas pour le faste et l’extravagant, mais même le contentement se doit d’avoir des limites.

    Pas de manifs prévues à Bombay ?

  • alberte
    alberte
    Sage-femme retraitée
    • Posté à 20h19 le 30/03/2009
    • Internaute 60250
      Sage-femme retraitée

    Ce denuement , cette misère laissent pantois. Nous qui sommes gavés, malgrè les difficulktés actuelles, nous devrions envier leur joie de vire, leur convivialité, alors que nouis ne pensons q’ à râler

    • Utilisateur désinscrit à sa demande
      • Posté à 23h09 le 30/03/2009
      • Internaute 70482
        nc

      Ça, c’est le raisonnement d’un parent qui dit à son mioche de finir son assiette parce que les pauvres petits Somaliens n’ont rien à manger, eux.

      Il est de notre devoir de râler : nous sommes dans un pays qui s’est bâti sur le sang des révolutions.

      D’autre part, les Indiens râlent aussi, faut pas croire : y a des tas de grèves et de manifs, des syndicats et je ne sais pas combien de partis politiques : c’est une démocratie.

      Mais, comme chez nous, les plus faibles ne râlent pas. Tu as déjà vu des manifs de RMIstes avec plus de quelques centaines de pelés ?

      • Brédala
        Brédala répond à Utilisateur désinscrit à sa demande
        NB : dernières lignes dans " (...)
        • Posté à 09h10 le 31/03/2009
        • Internaute 63792
          NB : dernières lignes dans " (...)

        « Tu as déjà vu des manifs de RMIstes avec plus de quelques centaines de pelés ? »

        Non...

  • Autist Reading -
    Autist Reading -
    In enculo cum vibro
    • Posté à 21h53 le 30/03/2009
    • Internaute 73535
      In enculo cum vibro

    En France, il n’y pas de bidonville parce que dès qu’un clodo se fait une cabanne, les flics la lui détruise.

    L’inde se civilise.

  • odalage
    • Posté à 09h48 le 31/03/2009
    • Internaute 6425

    Un aspect non négligeable de la question : les habitants de Dharavi votent.

  • mr_megot
    • Posté à 11h15 le 31/03/2009
    • Internaute 53015
      .

    « Face aux puissances financières, les habitants de Dhavari n’ont aucune chance. Mais ils ont, ce qui, toujours, les sauvera : la joie, la débrouillardise et la volonté. »

    Dommage de conclure un article raisonnablement intéressant et documenté sur une remarque aussi naive et stupide !
    C’est un dommage collatéral de la facon dont est présentée l’Inde dans Slumdog millionaire : les indiens crèvent de faim et vivent dans les miasmes, mais ne vous inquiétez pas, ils sont joyeux et débrouillards !

    • Numerosix
      Numerosix répond à mr_megot
      Prisonnier dans le village (...)
      • Posté à 11h45 le 31/03/2009
      • Internaute 14499
        Prisonnier dans le village (...)

      Une putain de bonne remarque ..Je plussoie

  • nismail
    nismail
    journaliste
    • Posté à 14h49 le 31/03/2009
    • Journaliste 74688
      journaliste

    Félicitation à Louis Viller pour ce reportage. Très peu de français connaissent cette face cachée de Bombay, la ville des Raj Kapoor et Lata Mangashkar (acteur et chanteuse du cinéma Indien). Voilà un journalisme qui mérite le soutien de rue89, et longue vie au net-magazine Linterview