Benoît XVI l'Africain et la sexualité néocoloniale
Ok, la capote n’est pas 100% efficace contre le sida. Mais quid du jus de citron à l’ail ? La technique permettant à un catholique nourri au biberon de Vatican II de défendre les dérives de Benoît XVI ressemble de plus en plus à celle d’un communiste justifiant l’irruption, dans la moiteur du Prague de l’été 68, d’une colonne de chars soviétiques. C’est qu’il en faut, de l’aptitude au sophisme, pour expliquer que la distribution de préservatifs en Afrique pourrait se révéler, au final, un remède pire que le mal...
D’accord, on sait maintenant que le pape n’a pas vraiment affirmé que l’usage de la capote aggravait le risque de diffusion du sida. Et l’on a tout à fait le droit de s’agacer des réactions convenues qui accompagnent chacune de ses interventions -interventions généralement déformées pour un impact médiatique maximal. Mais suggérer, en route pour le continent le plus affecté au monde par la maladie, que la distribution du seul moyen de freiner le fléau n’est pas une bonne chose est tout à fait irresponsable.
Lorsque Thabo Mbeki affirmait carrément que le VIH n’existait pas, il était légitime de lui tomber dessus sans trop se poser de questions. Les arguments de l’ancien président sud-africain, en parasitant un message sanitaire dirigé vers des populations particulièrement mal-informées des modes de transmission du sida, étaient pourtant très comparables à ceux qui conduisent Benoît XVI à s’en prendre à la capote.
Pour Mbeki, le sida était fondamentalement une affaire politique et post-coloniale, le discours prophylactique des scientifiques occidentaux étant dénoncé comme la conséquence d’une perception raciste d’Africains à la sexualité primitive et anarchique… Que de 10 à 15% de la population du pays soit séropositive n’allait pas, ainsi, empêcher Manto Tshabalala-Msimang, ministre de la Santé de Mbeki, de préconiser le remplacement des rétroviraux impérialistes par un cocktail de jus de citron, d’ail et d’huile d’olive…
Dans le cas du pape, le sida serait plutôt un phénomène essentiellement religieux, puisqu’il frappe surtout les mécréants qui oublient que chasteté et fidélité constituent la meilleure des bi-thérapies. Que les comportements sexuels des Africains soit le reflet de leur situation économique et sociale, plutôt que d’une absence de sens moral, ne semble donc pas déranger le directeur de conscience de plusieurs centaines de millions d’entre eux…
Pour autant, Thabo Mbeki n’était pas totalement à côté de la plaque lorsqu’il dénonçait le sous-texte raciste du discours occidental à l’égard des Africains touchés par le sida. On l’a peut-être oublié, mais la maladie a commencé par être présentée comme le « cancer des pédés » avant d’avoir droit à un sidaction consensuel sur les grandes chaînes de télé. De même, on aurait du mal à renvoyer Benoît XVI dans ses XXII mètres lorsqu’il assène que l’abstinence est un excellent moyen de ne pas se retrouver infecté par une maladie transmise sexuellement.
Mais dans le monde réel, le VIH se fiche bien de l’expérience coloniale lorsqu’il organise sa propagation -tout comme les gens qui s’envoient en l’air ont tendance à remettre à plus tard la question de leur salut éternel. Benoît XVI ferait bien de s’en souvenir s’il ne cherche pas la réduction massive de ses effectifs par la mort ou la désertion. Après tout, même Mbeki avait fini par se rendre à la raison- avec 365 000 cadavres de retard, malheureusement…
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Je conviens rarement avec vos analyses mais ce coup-ci, vous tapez en plein dans le mille. Quoique je trouve matière à objection ou à préciser dans la proposition « Que les comportements sexuels des Africains soient le reflet de leur situation économique et sociale… “… Vous auriez peut-être pu dire : ‘ Que les comportements sexuels des Africains soient le reflet de leur culture traditionnellement permissive en matière sexuelle pour les hommes… ; ce qui vous aurait attiré tout autant d’autres foudres ! Soit… Pour revenir aux déclarations du Pape Benoît XVI, je crois qu’au-delà de l’autisme de l’individu, il faudra élargir le débat et y inclure la sclérose d’une bureaucratie vaticane qui titube dans le monde contemporain à la manière du personnage Rip Van Winkle du récit de Washington Irving, après deux mille ans de sommeil comateux ! Il y a par exemple des fatwas prononcées par les tribunaux de l’Inquisition qui ont encore effet dans le Droit canonique — comme celle de la condamnation de Galilée. Sur le terrain, en Afrique, on traite ces déclarations impénétrables d’un Benoît XVI à leur juste valeur : des grognements d’un grand-père gâteux ! Et pour cause… Le curé de ma paroisse avait une femme et des enfants vivant près de chez nous dans la cité africaine, au vu et au su de toute la partie congolaise de la ville. A Kinshasa, à sa mort, le Cardinal Joseph Malula avait laissé une longue progéniture produite avec plus de trois femmes. Au Congo, lors des funérailles d’un mari, les veuves s’ébattent alentour en hurlant chacune : Le père de mes enfants est mort ! Mais au cours des funérailles du grand pasteur du peuple de Dieu de Kinshasa, pour contenir le scandale qui risquait d’éclater devant les étrangers, Mobutu avait ordonné aux services de sécurité d’interdire au gynécée éploré de s’écrier en lingala : Le père de mes enfants est mort ! On avait enjoint aux veuves du cardinal de s’écrier plutôt en ces termes : Notre père est mort ! … Comme quoi : le pape et ses fatwas sont surannés chez nous !




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