Tapie réunit Kouchner, Sarkozy et Hortefeux
Nicolas Sarkozy a-t-il appuyé Bernard Tapie pour qu’il obtienne 390 millions d’euros de dédommagement dans l’affaire du Crédit Lyonnais ? Le Président n’a jamais ménagé ses efforts pour le soutenir, démontrent Denis Demonpion et Laurent Léger dans leur livre « Tapie-Sarkozy, les clefs d’un scandale » qui détaille les liens entre les deux hommes depuis leur mise en contact lors d’un dîner en 1983 chez Jacques Séguéla (encore ! ).
’Tapie-Sarkozy : les clefs du scandale’, de Denis Demonpion et Laurent Léger. Le livre fait aussi le portrait d’un Bernard Tapie roulant d’abord à droite, à ses débuts en politique, cherchant à approcher Giscard, frayant avec Alain Madelin, Gérard Longuet et Philippe Vasseur avant de se trouver une étiquette à gauche. On y apprend encore qu’en 1997, alors que le chef d’entreprise était en prison, il touchait 12 000 dollars par mois d’une société de bâtiment new yorkaise liée au clan Gambino. 
Dans cet extrait, en pleine campagne présidentielle, Bernard Tapie organise un petit-déjeuner entre Bernard Kouchner et Nicolas Sarkozy.
Officiellement, il n’est toujours pas question d’un arbitrage pour « sauver » le soldat Tapie. Ce dernier appelle cependant à voter pour le candidat de l’UMP. « Les deux hommes s’apprécient et ont des contacts réguliers », a expliqué un jour à un journaliste de France Inter l’entourage de Sarkozy.
Ils se sont ainsi vus à plusieurs reprises avant le premier tour.
Bernard Tapie a même monté un petit déjeuner chez Sarkozy, ministre de l’Intérieur, fin mars 2007, dans la salle à manger du ministère. Il est venu avec Bernard Kouchner, membre de l’équipe de Ségolène Royal mais déjà cible privilégiée de la politique d’ouverture de celui qui sait qu’il sera élu président.
Tapie joue les intermédiaires tant il rêve de se rendre indispensable au futur chef de l’État. Il réussit donc le coup de maître de réunir autour de la table son ami le « french doctor », Nicolas Sarkozy, Brice Hortefeux et l’indispensable Claude Guéant.
Lors de ce discret entretien s’est joué le ralliement de Kouchner à Sarkozy et sa future nomination comme ministre des Affaires étrangères de son premier gouvernement.
Un peu mon meilleur ami
« Bernard Tapie avait en effet souhaité une rencontre entre Nicolas Sarkozy et Bernard Kouchner. Je vous rappelle que le ministre de l’Intérieur de l’époque suscitait déjà beaucoup d’intérêt... Mais j’ajouterai aussi que Nicolas Sarkozy connaissait déjà Bernard Kouchner », se souvient Claude Guéant.
Au lendemain du premier tour de scrutin de l’élection présidentielle, Tapie est hilare. « C’est un peu mon meilleur ami », dit-il à propos du candidat UMP arrivé en tête.
Auprès de ceux qu’il a au téléphone, il exulte, donnant le sentiment que, pour lui, ses affaires iront mieux grâce à Nicolas Sarkozy.
Le cours de la justice, lui, n’est toujours pas interrompu. La Cour de cassation a renvoyé l’affaire devant la cour d’appel de Paris –mais composée d’autres magistrats que ceux qui avaient examiné le dossier la première fois– pour
y être rejugée. Dans les deux camps, les avocats fourbissent leurs armes avant l’audience.
► Tapie-Sarkozy, les clefs d’un scandale de Denis Demonpion et Laurent Léger - éd. Pygmalion - 304p. - 20€.
Photo : Bernard Tapie, Bernard Kouchner, Nicolas Sarkozy (Reuters).
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Je ne sais pas si Sarkozy a aidé Tapie ou non, et je m’en moque. Ce que je vois dans l’affaire du Lyonnais (et vous devriez voir la même chose si vous avez suivi d’assez près cette affaire), c’est une banque d’affaires qui s’est montrée particulièrement indélicate et a cherché à se faire de l’argent sur le dos de Tapie.
Qu’on aime ou pas Tapie, les faits sont là, et ils semblent assez clairs. Bien sûr, je n’ai pas travaillé sur le dossier et n’ai donc pas toutes les infos. Mais je dois avouer que, pour qui connaît un peu le milieu des banques d’affaires et des grosses opérations d’acquisitions, cette extraordinaire « culbute » réussie par la filiale du Lyonnais sur la cession d’Adidas ressemble à un incroyable miracle (Benoît XVI, lorsqu’il aura fini de dire des conneries, pourra peut-être s’y intéresser...).
Le processus régulièrement décrit dans les journaux par lequel le Lyonnais a opéré semble si éloigné des pratiques habituelles (et légales !) de ce milieu que pour moi le doute n’est pas permis. Au risque de choquer, je dirais même que la seule chose qui m’a étonnée dans cette affaire, c’est la somme accordée à Bernard Tapie. Si l’on avait du compenser intégralement sa perte de profit sur la vente d’Adidas, il aurait du toucher beaucoup plus.
Evidemment Bernard Tapie n’est pas un ange, et je reconnais que le fait qu’il se voit accorder plusieurs centaines de millions d’euros peut choquer certaines personnes. Mais en réalité, ce qui devrait choquer, c’est la façon dont le Lyonnais a été géré sur cette période, alors même qu’il s’agissait d’une banque publique ! Les méthodes du Lyonnais sont des méthodes de voyous dans cette affaire (comme dans d’autres) et il est justement sanctionné aujourd’hui. Pour Tapie, c’est le jackpot, mais rappelons-nous que sans le Lyonnais, son jackpot sur Adidas aurait été bien plus important !




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