ENTRETIEN 13/03/2009 à 18h32

Bertrand Burgalat : pourquoi je soutiens la loi Hadopi

François Krug | Journaliste Rue89

La loi Hadopi est-elle simplement un cadeau fait aux majors du disque ? Bertrand Burgalat, musicien, producteur et patron du petit label Tricatel, explique à Eco89 pourquoi il est, lui aussi, favorable au texte. Tout en défendant un meilleur accès à la musique sur le Web, il dénonce la « logique de gloutonnerie » des pirates.


Bertrand Burgalat (Audrey Cerdan/Rue89)

Les députés se sont pour l’instant contentés de défricher le projet de loi. Ils en ont débattu mercredi et jeudi, et n’en reprendront l’examen que le 31 mars. Le temps de se pencher sur des textes jugés plus urgents par le gouvernement, mais aussi d’affûter leurs arguments.

Les deux jours de débats ont déjà permis à Christine Albanel et à la majorité de rejeter la principale proposition du PS : la « contribution créative », plus connue jusqu’ici sous le nom de « licence globale ». Le principe ? Plutôt que de réprimer le piratage, libéraliser l’échange des chansons ou des films sur le Web en échange d’un forfait payé par les internautes.

Les majors n’en veulent pas. Burgalat non plus, même si son public compte sans doute plus de pirates que de fans de la Star Ac. Il a enregistré trois albums sous son nom, et a travaillé avec Valérie Lemercier, Michel Houellebecq, A.S. Dragon, Robert Wyatt ou, dans un autre registre, Christophe Willem ou Alizée.

« Les gens en marge seront laminés »

Il dirige aussi un label à l’équilibre financier précaire, Tricatel. Et tout en soutenant la loi Hadopi, il ne tient pas à être confondu avec Pascal Nègre, le patron d’Universal : « Moins il y a de majors, mieux je me porte. »

Selon lui, la répartition des sommes récoltées avec cette licence globale serait défavorable aux « gens en marge », qui seront « complètement laminés ». (Ecouter le son)

« Une loi faite pour ne pas être appliquée »

Le volet répressif de la loi Hadopi n’inquiète pas Burgalat :

« C’est une loi qui est faite pour ne pas être appliquée de manière effective, une façon de marquer le coup. On n’est pas dans un clivage droite-gauche. Ce n’est pas une histoire de gros ou de petits. »

Pour Burgalat, les majors ne sont pas pour autant innocentes : « C’est une industrie qui faisait n’importe quoi, qui sortait des disques horribles à coup de marketing. » Mais selon lui, le piratage a d’abord nui aux genres les moins populaires. Et il aurait favorisé l’essor d’artistes plus consensuels. (Ecouter le son)

« Une pyramide de profits complètement inversée »

Pour le patron de Tricatel, le piratage n’explique pas à lui seul la crise de l’industrie musicale :

« En musique, plus on essaie d’être sincère dans sa musique, plus on de mal à en vivre. Et ce problème-là existait avant Internet. »

Dénonçant « le duopole Fnac-Virgin », il veut d’ailleurs « aller au bout de la logique du numérique, en établissant un lien direct avec les acheteurs, sans interférence du marketing ».

Tricatel a d’ailleurs tenté l’expérience il y a deux ans. Devant les faibles ventes de son fonds de catalogue (les disques les moins récents), le label a décidé de les retirer des magasins pour les vendre uniquement sur Internet. Expérience concluante, selon Burgalat : « En un mois, on a vendu plus de disques qu’en deux ans. »

Décomposant le prix d’un disque entre le label, le distributeur et les magasins, Burgalat dénonce « une pyramide de profits complètement inversée par rapport au risque qui est pris ». (Ecouter le son)

« Une logique de gloutonnerie »

Et si le piratage reposait avant tout sur « une dévalorisation » de la musique ? Burgalat veut distinguer « les amoureux de la musique » et « les consommateurs de musique ». Ceux-ci obéiraient à « une logique de gloutonnerie, qui a été façonnée par les grosses boîtes comme Universal ». (Ecouter le son)

Sur son iPod, Burgalat n’aurait « que » 4 000 morceaux. Mais il avoue utiliser parfois, lui aussi, des réseaux peer-to-peer comme Limewire. Paradoxal ? Il y cherche des disques jamais réédités ou des compilations de soul assemblées par des labels peu scrupuleux : « On sait très bien qu’ils ne reversent pas les droits aux musiciens, qui étaient déjà rarement payés à l’époque. »

Amusant : ces arguments sont justement avancés par beaucoup d’opposants à la loi Hadopi. Mais ils font peut-être aussi la différence entre les « amoureux de la musique » et les « gloutons ».

Photo : Bertrand Burgalat (Audrey Cerdan/Rue89)

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  • LienRag
    • Posté à 12h49 le 16/03/2009
    • Internaute 34767

    A propos de la gloutonnerie, il n’a pas forcément tort...
    Mais personnellement j’ai découvert que je suis beaucoup plus réceptif à des musiques que je ne connais pas lorsque je ne sais pas à quoi m’attendre... Donc le mode aléatoire qui va avec une bibliothèque monstrueuse établie sur le conseil de mélomanes divers m’a permis de découvrir et d’apprécier des artistes que je n’aurais jamais écouté autrement.

  • shillom
    • Posté à 13h59 le 16/03/2009
    • Internaute 22134

    Je ne vais pas répéter mes arguments sur le sujet, Radiohead, étude canadienne, tout ça, mais compléter avec une liste de quelques artistes anti-hadopi, car plus de 140 artistes anglais se mobilisent et lancent la Lien

    « It’s not a crime to download » (Billy Bragg).

    Ali Howard
    Darius Keeler
    John Rosko
    Maria Q
    Bailey Tzuke
    Billy Bragg
    Boilerhouse Boys
    Brett Leboff
    Bryan Ferry
    Chrissie Hynde
    Craig David
    David Gilmour
    Dobs Vye
    Flamboyant Bella
    Gang of Four
    Howard Jones
    Hue and Cry
    Iron Maiden
    James Escritt
    Jazzie B
    Joe Sumner
    Joel Stone
    Jools Holland
    Judie Tzuke
    Kaiser Chiefs
    Kate Nash
    Katja Kassel
    Klaxons
    Lekkido
    Male Male Female
    Mike Edwards
    Mike Rosenburg
    Natasha Marsh
    Nel Kabas
    Nick Beggs
    Nick Heywood
    Nick Thorp
    Nicola Carew
    Paul Oakenfold
    Paul Day
    Peter Hammill
    Radiohead
    Ray Jawksue
    Remi Nicole
    Richard Ashcroft
    Robbie Williams
    Ryan Simpson
    Samuel Dixon
    Sia Furler
    Soul II Soul
    Stephen Duffy
    Sybil
    The Cribs
    The Futureheads
    The Hedrons
    The Verve
    Thomas Tantrum
    Travis
    Wet Wet Wet
    White Lies
    Yvonne Tipping
    and many others....

    Vous aurez noté qu’il n’y a pas que des inconnus ;)

  • shillom
    • Posté à 14h15 le 16/03/2009
    • Internaute 22134

    Les DRM permettent aujourd’hui d’autres solutions que celle décidée par le gouvernement.
    Pourquoi ne pas autoriser un téléchargement unique d’un album pour un identifiant donné, quand on sait que les DRM permettent de bloquer l’utilisation du fichier en fonction de maints paramètres.
    - Durée d’utilisation
    - Transfert du fichier à autrui
    - Supports autorisés
    - ...

    Tout est géré ou peut l’être, ils auraient le pouvoir de laminer l’argument de l’écoute indispensable avant l’achat en métant en place un tel dispositif, mais préfèrent s’appuyer sur une loi innique. Mal conseillés ? Mal orientés ?

    Cette loi n’est que la résurgence d’un autre temps, où la surveillance n’était pas sur internet, mais dans les rues. Les matins deviennent bien bruns...

  • b4nafter
    b4nafter
    ingénieur
    • Posté à 15h55 le 16/03/2009
    • Internaute 54777
      ingénieur

    Les pro-Hadopi et les anti-hadopi semblent être le bon et le mauvais chasseur, ce qui nous ramène à la conclusion que le système comme il est à l’heure actuelle est totalement sclérosé et mérite d’être totalement revu. Je n’ai pas l’impression que la loi qui va sortir change le système actuel.
    Sinon qui se fait de l’argent en nous disant qu’en s’abonnant chez eux, on aura un débit de fou, avec un upload et un download illimité ? Et tout ça avec une merveilleuse entente sur les prix (quelqu’un propose-t-il une offre différente de €29,90). J’ai l’impression que la license globale, on la paie déjà un peu non ?

  • Totsaki
    • Posté à 17h58 le 16/03/2009
    • Internaute 7203

    J’imagine un nouveau concept de disquaire ou une place serait réservée à quelques ordis directement connectés à une immense base de données en Peer to Peer.

    « - Bonjour Mr le disquaire, y’a du neuf dans la vague néo-PoP allemande ? »

    « - Un petit moment jeune homme, allez vous installer au PC 8, mettez les écouteurs, on va faire une petite recherche ensemble, je vais vous aider à cibler vos choix.
    Prenez le temps d’écouter quelques morceaux et si ça vous plait je vous les mail pour 5 euros les 30...ou si un groupe/album vous tente vraiment, je vous commande le CD/Vinyl ».

    Inimaginable ?

  • lalejand
    lalejand
    Freelance multimédia à San (...)
    • Posté à 03h02 le 17/03/2009
    • Internaute 2858
      Freelance multimédia à San (...)

    Juste un truc qui me passait par la tête à propos de l’idée de Philippe Aigrain de mutualiser le financement de la création grâce à une redevance annuelle sur les plates-formes d’échange entre internautes : Lien

    Un forfait bon marché qui donnerait le droit de télécharger sans limite pourrait avoir en effet beaucoup de succès que le P2P gratuit parce que :

    1 - ces plateformes, étant « officielles » offriraient un catalogue beaucoup plus important (aujourd’hui, je trouve rarement ce que je cherche sur amule)

    2 - l’argent qui proviendrait de ces « plateformes » irait directement aux artistes, sans intermédiaires. Et dans un tel contexte, je suis certain que les internautes rechigneraient beaucoup moins voire pas du tout à payer si ça permet aux artistes qu’ils aiment de vivre.

    Évidement tout dépend du prix. Mais essayons de faire un petit calcul. Je n’ai pas le temps de chercher en profondeur mais j’ai trouvé rapidos :
    606 millions ¹ de chiffre d’affaire pour la musique (ventes en ligne et cd cumulées)
    12% ² du prix de vente d’un album dans le meilleur des cas qui revient à l’artiste
    32 millions ³ d’internautes en France
    Donc si on prend ça comme base ça nous fait : 606*0,12/32=2€ par an a payer par internaute. Ça va je pense que c’est supportable.

    ¹ : Lien
    ² : Lien
    ³ : Lien

  • nicominche
    nicominche
    technicien
    • Posté à 17h34 le 17/03/2009
    • Internaute 73214
      technicien

    Moi je veux bien, le piratage ok !
    mais entre nous quand vous voyez ou entendez des navets à longueur
    de journée et d’année,je n’ai pas l’envie ni le porte monnaie,pour dépenser 9 euros pour un film et 15 ou 20 pour un cd.
    Désolé d’abord l’indispensable
    Manger et vivre.

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