21/05/2007 à 14h00

Barmak Akram : « En Afghanistan, l'art, c'est ce qui reste »

Augustin Scalbert | Journaliste Rue89

(De nos archives)

A l’occasion de la sortie cette semaine de son film « L’Enfant de Kaboul », Rue89 tire de ses archives un entretien avec le réalisateur, plasticien et musicien afghan Barmak Akram, rencontré il y a deux ans.

« L’Enfant de Kaboul » est l’histoire d’un chauffeur de taxi fort étonné de trouver un bébé abandonné par sa mère sur la banquette arrière. Pendant 36 heures, on suit ce carrefour entre les destins de l’homme et du bébé.

Le film, qui a notamment bénéficié de la collaboration du scénariste Jean-Claude Carrière et du musicien -M-, est l’occasion de découvrir la ville, où vivraient quelque 50 000 enfants abandonnés (Voir la bande-annonce).

La façade est banale, un peu grise, semblable à celles des autres maisons de la rue. Nous sommes dans une banlieue coquette des bords de Marne. Un détail frappe : ce mot, « Happy », sur un panneau au-dessus du garage. Ici vivent et travaillent plusieurs artistes.

Celui qui ouvre la porte, en chemise orange et sarouel, est afghan. Né en 1966, Barmak Akram vit en France depuis 1981. Un quart de siècle et trois diplômes plus tard -Femis, Beaux-Arts et Arts-Déco-, le réfugié politique adolescent est devenu un artiste multi-supports.

Il compose et écrit des chansons, pour lui, pour Susheela Raman ou pour M (« La rose pourpre du coeur », parmi d’autres). Il réalise des films, dont certains ont été projetés au Centre Pompidou, au moment de l’expo « Dada », pour laquelle il écrivait :

« J’ai enfin trouvé mon pseudonyme/Mon nom d’artiste anonyme/Alors que je m’appelle Barmak Akram/Pour être discret, sans changer d’âme/Je m’appelle Duchamp B. »

Un jeu de mot en forme de double hommage à l’artiste dadaïste et à Douchanbé (Tadjikistan) une des capitales de la route de la soie. L’itinéraire mythique passe aussi par Kaboul, la ville où il est né et où il retourne le plus souvent possible (Voir la vidéo).

Pour Barmak Akram, sa situation géographique a fait de la capitale afghane un carrefour, où les arts se rencontraient et se mêlaient. Et des décennies de division et de destruction n’effaceront pas cette mémoire. Malgré l’iconoclasme, malgré l’anéantissement des bouddhas de Bâmiyân, l’art restera le liant, le ciment grâce auquel le peuple afghan se réunira.

En attendant, Barmak le touche-à-tout a un nouveau dada. Un concept et un mot inventés par lui : le « phytomorphisme ». Son idée, c’est de déceler des correspondances entre l’humain et le végétal. Une évidence qui l’a frappé un soir, en forêt : un visage l’observait, se dessinant dans des feuilles de lierre.

Ses montages engendrent ainsi une sorte de renversement de l’iconoclasme, puisqu’il détruit des images pour araser leur sens et leur donner le sien. Des monts de Vénus, des gorges arrachés de magazines pornos deviennent des vallons, des feuilles ou des abricots.

Vidéo : Raphaël Duroy (Rue89)

► Tiré de nos archives le 02/05/2009 à l’occasion de la sortie du film.

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  • Chandrakhala
    • Posté à 19h55 le 21/05/2007
    • Internaute 577

    Votre article me parait très intéressant, mais qu’en est-il des artistes restés en Afghanistan ? Bramak Akram fait de l’art le ciment d’une future union afghane, mais sur place, quelle est la place des artistes ? Quel est leur statut ? A-t-il des contacts avec ses compatriotes de Kaboul et d’ailleurs ?
    Dans un pays brimé si longtemps par l’extrémisme des Talibans, pas encore pacifié et toujours occupé par des armées étrangères, l’art peut-il renaître aussi facilement ?

  • patrick du 14-
    patrick du 14-
    de plus en plus naze
    • Posté à 21h09 le 02/05/2009
    • Internaute 40667
      de plus en plus naze