Louise Arbour : la CPI légitime contre le président du Soudan
Louis Arbour, qui fut Procureur du tribunal pénal international de La Haye, prend la défense de la décision controversée de la Cour pénale internationale de lancer un mandat d’arrêt contre le président soudanais Omar el-Bachir, une première pour la justice internationale. La juriste canadienne est interrogée par le Festival international des films sur les droits de l’homme (FIFDH) de Genève. (Voir la vidéo)
Louise Arbour, qui fait partie du jury du FIFDH, dont Rue89 est partenaire, considère cette décision comme une grande « avancée très importante » pour la justice internationale et la CPI en particulier :
« Soyons bien clairs, ce n’est pas l’inculpation qui met en péril les populations civiles au Soudan. c’est plutôt la réaction à cette inculpation qui est tout à fait dans les règles, la réaction du gouvernement soudanais, et possiblement la réaction qu’aura la communauté internationale. »
C’est peu dire que le mandat d’arrêt lancé le 4 mars par le juge Luis Moreno Ocampo, qui conduit la Cour pénale internationale (CPI), le chef de l’Etat soudanais, accusé de crimes de guerre et crimes contre l’humanité, continue de faire des vagues. Le président soudanais s’est rendu dimanche au Darfour, la province au coeur du conflit, avec
une attitude de défi vis-à-vis de la communauté internationale, menaçant d’expulser plus de diplomates et d’ONG qui s’opposeraient à « la loi soudanaise ».
Plusieurs ONG internationales ont été expulsées du Darfour, dont Médecins sans frontières qui a condamné cette décision et souligné :
« l’ordre d’expulser MSF du Darfour aura des conséquences sans précédent pour les populations de la région. La majorité d’entre elles reste dépendante de l’aide humanitaire internationale. L’arrêt soudain de nos programmes médicaux, y compris des projets chirurgicaux, nutritionnels et de soins de santé primaire dans une grande partie du territoire du Darfour aura un effet immédiat et dévastateur sur les populations. MSF est consternée par cet ordre qui rend la population du Darfour otage d’agendas politique et judiciaire ».
Plusieurs pays ont pour leur part condamné la décision de la CPI, à commencer par la Chine, qui a des intérêts pétroliers au Soudan, et certains pays africains.
Les options du président el-Béchir
Que va faire le président soudanais ? Pour nos partenaires de l’Observateur Paalga, au Burkina Faso, cette crise risque de pousser à s’accrocher encore plus au pouvoir cet homme « trapu au regard terrible et au sourire carnassier et dont les proches redoutent les colères, homériques », comme le décrit Zowenmanogo Dieudonné Zoungrana, qui poursuit son analyse :
« Primo, c’est l’occasion rêvée pour l’intéressé de rester scotché au pouvoir, car au moins il bénéficie de l’immunité que lui confère la fonction, et, quoi qu’on dise, ce n’est pas aisé pour une justice, fût-elle internationale, d’aller empoigner un chef d’Etat chez lui. Seul désagrément : la limitation de ses déplacements, car ce mandat est en même temps assorti d’un “Travel ban” (interdiction de voyager) sous peine de se faire arrêter lors d’une sortie dans un aéroport européen ou pendant un séjour pour un check up.
Secondo, les ONG, dont une dizaine a déjà été sommée de quitter le pays, vont en pâtir, car ces représentants de la société civile, accusés à tort ou à raison d’être souvent des officines de la subversion et de l’espionnage, constituent, à n’en pas douter, des contre-pouvoirs, à tout le moins des empêcheurs de massacrer. Le départ d’une organisation comme Médecins sans frontières (MSF), qui fait partie des expulsés, va affecter des milliers de personnes dans un Darfour qui compte déjà 300 000 victimes selon certaines sources et 2,5 millions de déplacés.
Tertio, la répression contre les pauvres Darfouris va s’accentuer et ce sera un massacre à huis clos, car aucun œil extérieur n’est présent, et seule va prévaloir la loi des Djawdjawids, ces cavaliers arabes de l’apocalypse pour les Noirs de la région. Bref, ce mandat contre El Béchir repose le choix cornélien qu’il faut faire entre la justice et la paix. »
On ne peut mieux résumer les contradictions, les forces et les faiblesses de cette crise, une première dont le développement pèsera lourd dans l’avenir de la justice internationale.
- Sur Rue89Au ban des Nations, Omar el-Béchir parade au Darfour
- Sur Rue89Louise Arbour jette l'éponge du Conseil des droits de l'homme
- Sur icc-cpi.intLe site de la Cour pénale internationale
- Sur afrik.com« Le conflit du Darfour n’est pas racial », par Marc Lavergne, spécialiste du Soudan. Sur Afrik.com
- Sur fifdh.orgLe site du FIFDH
- Sur rue89.comTous les articles de Rue89 sur le Darfour
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On peut s’interroger sur la pertinence de ce mandat d’arrêt ! Non pas sur le fond (je suppose que la CPI a des éléments probants) mais sur la situation, mettre en cause un président en exercice en sachant qu’on a assez peu de chance de le capturer et qu’il a encore les moyens de martyriser les populations ! !
Certains crime pourraient peut être rester impunis (ou leur jugement repoussé) si ça en évite d’autres.




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