Google, coincé entre les lobbys de protection de l'enfance et Rue69
« Ce serait bien que vous ayez une conversation avec Nadine Morano ou avec la protection de l’enfance » m’explique-t-on à Google (ils avaient promis de me rappeler et ils l’ont fait).
A en croire le moteur de recherche, il n’y a que Rue69 pour trouver que le mode « safe search » de Google est contre-productif (bien que la plupart des acteurs de l’internet s’inquiètent aussi). D’ordinaire, quand on appelle Google, c’est au contraire pour « protéger les enfants des dangers de l’internet ».
Chez Google, on s’inquiète surtout des cadres législatifs visant à durcir les filtrages Internet, et on cherche à perfectionner les filtres, comme demandé par les associations. Dans un sourire audible, la responsable relation presse de Google me dit : « Vous savez, qu’il n’y a que vous pour trouver que l’on filtre trop, d’habitude les associations trouvent que l’on ne filtre pas assez ».
On se croirait revenu aux temps moyen-âgeux, version « Nom de la rose », où il était dangereux de laisser les gens lire (sait-on ce qu’ils pourraient faire de la connaissance) ?
Globalement, Google approuve les commentaires des riverains, en particulier sur les points suivants :
- Toujours laisser le choix : le mode « safe search » n’est pas activé par défaut (mais peut l’être) de sorte que les parents ont le choix de laisser ou non le mode de filtrage.
- Le risque, que les parents se reposent sur le filtre est réel et il s’agit d’une attitude inadaptée. A Google, on pense qu’un enfant de 10 ans ne doit pas avoir un accès libre et permanent dans sa chambre à internet, de la même façon qu’on ne laisse pas traverser seul la rue un enfant de 5 ans. Bref, qu’on apprend d’abord à quelqu’un à se servir d’un outil avant de le laisser l’utiliser.
- Le filtrage ne peut pas être parfait, ni sur un plan algorithmique (on trouvera toujours des mots clés qui génèrent des « accidents ») ni sur un plan culturel (un sein choque aux Etats-Unis et non en France). A priori, Google travaille à améliorer les algorithmes pour leur pertinence, mais la notion même de pertinence est dirigée par le cadre et les orientations législatives françaises.
« Il suffit qu’il y ait eu une mauvaise rencontre d’un enfant sur Internet pour que l’on veuille bloquer Internet » me confirme-t-on. Bref, pour la sexualité comme pour le reste, la tendance reste à légiférer sur un cas particulier et Google s’adapte aux pressions qu’il subit.
- C’est bien aux parents de surveiller les enfants et il faut éduquer les enfants à utiliser Internet. Là dessus Google est d’accord et participe à des missions éducatives avec les enfants, en partenariat avec l’Education nationale. Ils ont notamment une opération « Search net » pour apprendre à chercher sur Internet.
« Et chercher sur la sexualité ? », demandais-je. « Ce n’est pas d’actualité face à des enfants de 11 ans », m’explique-t-on, « mais si vous avez un sujet pertinent dont on peut parler en groupe entre 10 et 12 ans, pourquoi pas. »
Là, je dois admettre que j’ai séché. A 11 ans, je n’aurai pas eu envie de parler masturbation en classe... Des idées de sujets pour apprendre à nos têtes brunes, rousses ou blondes à chercher intelligemment des informations sur la sexualité ?
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étudiante
étudiante
Inadapté, pour des enfants de 11-12 ans ? Peut-être pas. Personnellement, j’ai commencé à tomber (et à m’intéresser) à la pornographie sur internet à 12 ans. Et je trouve un peu fort que les associations (bien pensantes à souhait) continuent de s’imaginer que l’enfance n’est que pure innocence : un enfant de 13 ans se fout bien de votre google safe search et trouvera toujours un moyen de voir des vidéos de sexe plus ou moins hard, ne serait-ce que parce que les copains en parlent.
Quoi qu’il en soit, je ne suis pas sûre qu’un enfant qui tombe sur de la pornographie involontairement soit une situation pire qu’un enfant qui reste dans l’ignorance, quand les parents prennent les dispositifs de sécurité comme un échappatoire à l’explication de la question fatidique.




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