document 05/09/2007 à 06h41

La lettre de Christine Albanel à Henri Taquet


« Monsieur le Directeur,

Je découvre la plaquette que vous avez diffusée, présentant le programme de la scène nationale de Belfort pour la saison à venir, et prends connaissance du texte présenté en guise d’éditorial.

Ce texte me paraît particulièrement déplacé. Une plaquette officielle n’est pas un “blog” personnel, le rôle de son éditorial est d’expliquer des choix artistiques, et un théâtre investi d’une mission de service public et financé par 1’Etat et les autres collectivités doit à son public le respect des choix et des opinions démocratiquement exprimés.

Vous foulez au pied cette exigence, en attaquant, avec un sectarisme qui est Ia négation même de son action et de son style, un Président de la République élu au terme d’une campagne exemplaire. Cela me choque profondément. Je tenais à vous le dire.

Je vous prie d’agréer, Monsieur le Directeur, l’expression de ma considération distinguée. »

Christine Albanel,
ministre de la Culture

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  • Anonyme

    Apres les magistrats...

    • Anonyme

      Cela va facher certains mais, quand des collégiens protestent et vont à des AG, quand des sncfistes bloquent tout en solidarité avec les sardines du Québec et quand des fonctionnaires font de la politique en « travaillant » eh bien, depuis peu, cela ne passe plus !
      On se croirait presque dans le privé...dans le public ! C’est bien pour l’égalité !

  • Anonyme

    à quand nos blogs commentés, revus et corrigés par un ministre, un secrétaire d’état, pour la seule raison que cela déplait à notre « souverain ».....
    1789, 1848 : cela vous fait penser à ? ? ? ? ? ?

  • gibolin
    gibolin
    Châlons-en-Champagne
    • Posté à 15h00 le 05/09/2007
    • Internaute 2117
      Châlons-en-Champagne

    « Vous foulez au pied cette exigence, en attaquant, avec un sectarisme qui est la négation même de son action et de son style, un Président de la République élu au terme d’une campagne exemplaire. »
    Admirable, cette admiration admirablement admirative que manifeste l’attachée culturelle (et pourquoi pas cultuelle ?), avec un petit cadenas au poignet un tantinet symbolique, au phare présidentiel de la pensée ultime.
    Vous verrez, dans quelque temps, on en viendra à penser du bien de Ceaucescu...

  • Anonyme

    c o n n a s s e

  • Anonyme

    Si vous voulez prendre connaissance du texte incriminé, l’édito en question est disponible sur le site du théâtre le Granit à Belfort Lien la réaction de son directeur est disponible parmi les dépêches « culture “ de l’AFP.

    • Amandine
      Amandine
      graphiste maquettiste freelance
      • Posté à 12h07 le 06/09/2007
      • Internaute 1609
        graphiste maquettiste freelance

      Je suis bien curieuse de lire cet édito ! Mais ni avec le lien proposé par courageux anonyme de mercredi 17h06, ni en cherchant sur le net, je n’arrive à mettre la main dessus. Quelqu’un sait-il ou je pourrai le trouver ?

  • Valdo Lydeker
    Valdo Lydeker
    journaliste, auteur
    • Posté à 13h31 le 06/09/2007
    • Journaliste 7922
      journaliste, auteur

    Vous pouvez aussi trouver l’édito (commenté) à cette adresse :

    Lien

    • Amandine
      Amandine répond à Valdo Lydeker
      graphiste maquettiste freelance
      • Posté à 16h13 le 06/09/2007
      • Internaute 1609
        graphiste maquettiste freelance

      > Valdo
      Merci pour le lien.

      j’avais fini par trouver l’édito sur le « libé-blog » d’Ariane Mnouchkine, avec son petit commentaire personnel :
      Lien

  • Anonyme

    Je ne suis certes pas sur une plaquette officielle ni porteur d’une fonction ou d’un mandat, mais je ne vois pas pourquoi on devrait se gener pour dire ce que l’on pense du mystificateur que nous avons élu. Et des cretin(e)s de son entourage, qui sont à Sarkozy ce que sont les morues à la brandade.

    Vivement la débrandade !

  • Anonyme

    En réponse au valet du roi, voici mon avis :
    - Ce directeur de théatre a fait un choix, il a des opinions. Il les a diffusés et ont été exprimés d’une façon démocratique qui me convient tout à fait.
    - Vous n’avez rien a exiger de quelqu’un qui exprime une opinion. Démocratie, ça vous dit quelque chose.
    - Vous êtes choqué car une personne ne partage pas vos idées sur Sarko. Hé ben oui, il faudra vous y faire.
    - Action : quelle action ? A part la parlotte et le gigottage, il n’y a rien de fait pour le bien commun.
    - Le style : Strasky&Hutch avec les bourrelets en plus.
    - Une campagne exemplaire. Ne vous moquez pas du monde, nous ne sommes pas dupes.

    Si cela vous choque, votre place est dans un couvent car vous en verrez bien d’autres.

    LA FRANCE ETAIT UNE DEMOCRATIE JUSQU’AU MOIS DE JUIN. CETTE LETTRE DEMONTRE BIEN QU’ELLE L’EST DE MOINS EN MOINS.

    • Anonyme

      Pauvre France, j’étais persuadé que le roi et sa cour s’étaient éteints il y a bien longtemps.......A quand la reprise de la bastille ?

  • Anonyme

    En réponse au valet du roi, voici mon avis :
    - Ce directeur de théatre a fait un choix, il a des opinions. Il les a diffusés et ont été exprimés d’une façon démocratique qui me convient tout à fait.
    - Vous n’avez rien a exiger de quelqu’un qui exprime une opinion. Démocratie, ça vous dit quelque chose.
    - Vous êtes choqué car une personne ne partage pas vos idées sur Sarko. Hé ben oui, il faudra vous y faire.
    - Action : quelle action ? A part la parlotte et le gigottage, il n’y a rien de fait pour le bien commun.
    - Le style : Strasky&Hutch avec les bourrelets en plus.
    - Une campagne exemplaire. Ne vous moquez pas du monde, nous ne sommes pas dupes.

    Si cela vous choque, votre place est dans un couvent car vous en verrez bien d’autres.

    LA FRANCE ETAIT UNE DEMOCRATIE JUSQU’AU MOIS DE JUIN. CETTE LETTRE DEMONTRE BIEN QU’ELLE L’EST DE MOINS EN MOINS.

    • Anonyme

      Pauvre ALBANEL elle est choquée la marquise, le manant de Belfort a osé...Bouh ! « Qu’on l’enferme et qu’on le pende. » Faisons chevalier des arts et des lettres,heu...allez : Pouf, ce-sera-toi-que-je-nom-me-rai Che-va-lier-des-Arts-et-des-lettres : Aujourd’hui c’est.....Georges Clouney.......
      Pauvre France, Pauvre culture.

  • Anonyme

    L’ÉDITO

    Cher Henri*,
    Je t’écris un peu en catastrophe, mais je ne m’en sors pas avec l’éditorial pour la plaquette du Granit. Nous sommes le 31 mai, Élise* m’a demandé le texte pour le 5 juin, et je suis totalement bloqué. J’ai essayé plein de trucs, y’a rien qui va. Le problème, évidemment, c’est l’élection de Sarkozy. Je t’avais dit que je voulais attendre le résultat, parce qu’il influerait certainement sur ce que j’aurais à dire. Et aujourd’hui encore, ça me semble totalement impossible de ne pas en parler, ou de parler d’autre chose, ou de faire comme s’il ne s’était rien passé. Mais en même temps, je dois me rendre à l’évidence : cet événement, pour l’instant, je n’ai rien à en dire. Alors on peut penser : c’est le choc, la détresse, l’émotion blabla. Mais ce n’est même pas ça. C’est juste que c’est trop tôt pour avoir quelque chose à dire. Et donc, assumer une tribune publique, aussi confidentielle soit-elle (on ne va pas se raconter d’histoires), dans ce moment précis, c’est impossible pour moi. Tu te souviens du texte de Deleuze dans Ça ira quand même : « La bêtise n’est jamais muette, ni aveugle. Si bien que le problème n’est plus de faire que les gens s’expriment, mais de leur ménager des vacuoles de solitude et de silence à partir desquelles ils auraient enfin quelque chose à dire. Les forces de répression n’empêchent pas les gens de s’exprimer, elles les forcent au contraire à s’exprimer. Douceur de n’avoir rien à dire, droit de n’avoir rien à dire, puisque c’est la condition pour que se forme quelque chose de rare ou de raréfié qui mériterait un peu d’être dit. »
    Tu penseras peut-être que je me cache derrière Deleuze pour me défiler. Évidemment, je sais que cet événement – l’élection de Sarkozy – peut avoir des conséquences profondes, et probablement désastreuses, sur le cours de nos existences. Nous devrons sans doute modifier nos pratiques, nos manières de faire du théâtre, non pas pour « résister » (tu sais ce que je pense de l’emploi très abusif de ce mot), simplement pour répondre. Mais en même temps, là, tout de suite, je n’ai pas très envie de donner mon petit avis personnel sur l’accession au pouvoir d’un président démocratiquement élu moins d’un mois après l’événement. Un moment, j’ai pensé écrire un texte un peu déconnant, comme celui pour la présentation de We are la France. Mais c’est pour le spectacle, c’est très différent. Là, pour l’édito, j’ai pas très envie de déconner. Alors, bon, essayer de parler d’autre chose ? Je t’ai dit, j’ai essayé, je n’y arrive pas. J’espère que ma lettre ne t’alarmera pas sur mon état. Rassure-toi, je vais bien, et même, depuis le 6 mai, je vais mieux. Pendant presque cinq ans, j’ai vécu (comme beaucoup de gens) avec l’angoisse de voir Nicolas Sarkozy devenir président de la République. Depuis le 6 mai, cette crainte s’est envolée : Nicolas Sarkozy est devenu président de la République. Il n’y a plus lieu de redouter l’événement dès lors qu’il a eu lieu. La seule question, comme toujours, c’est : comment faire avec ? C’est une question joyeuse, au fond, très roborative en tout cas. Mais je vais mieux aussi parce que depuis le 6 mai, des choses très concrètes se sont améliorées dans ma vie. J’ai par exemple découvert que mon voisin, avec lequel j’entretenais des rapports tout juste polis, n’a pas voté pour Nicolas Sarkozy. Du coup, non seulement ça simplifie les questions de clôture et de mitoyenneté, mais en plus, s’il a besoin, je suis prêt à lui garder son chien. Je sais que je te préviens bien tard, et qu’il te sera difficile de te retourner pour l’édito. Je me suis dit, en catastrophe, qu’on pouvait peut-être mettre un poème d’Aragon. Ou un texte de Massera. Ou un mot bien senti d’un père fondateur sur la liberté irréductible du théâtre (genre  : « le théâtre c’est bien », signé Jean Vilar). Ou du Bourdieu. Ou du Foucault (ou un autre soixante-huitard bien suspect, hahaha). Ou une photo de Lénine. Ou alors, en hommage à Alstom, les paroles de Joe Dassin : « Ça va pas changer le monde ».
    Ça va pas changer le monde ? Nous verrons bien. Restons groupés, comme dit Xavier*.

    Amitiés, Benoît*

    *Henri : H. Taquet, directeur ~ Elise : E. Ruysschaert, secrétaire générale ~ Xavier : X. Croci, directeur du Forum culturel de Blanc-Mesnil ~ Benoît : B. Lambert, metteur en scène associé