Vos réactions 22/02/2009 à 00h03

La nouvelle organisation du travail, source de souffrance

Brigitte Font Le Bret et Marin Ledun | Psychiatre et chercheur en sciences sociales

Pour répondre au reportage Du harcèlement moral stratégique pour virer facile, publié dans Rue89 le 12 février dernier, il nous semble fondamental de revenir au texte princeps de Philippe Davezies « Les Impasses du harcèlement moral au travail ».

Si la parution du livre de Marie-France Hirigoyen a eu le mérite de permettre à des milliers de salariés de parler de leur souffrance au travail, cette approche du travail fait l’économie de ce qui nous paraît être pourtant l’essentiel : les nouvelles formes d’organisation du travail. Celles-ci génèrent des décompensations psychiques graves sur le lieu du travail.

Les modalités d’entretien d’évaluation individuel (alors que par définition le travail ne peut être que le fruit d’un collectif de travail !), le management par le stress, la fixation d’objectifs irréalisables, les injonctions paradoxales, les atteintes à l’éthique et aux règles de métier sont à analyser dans une lecture clinique de l’activité de travail et en aucun cas par l’étude des rapports psychologiques entre salariés.

C’est la pression des objectifs et des résultats qui remplace au moins en partie les temps imposés par la hiérarchie. Si elle est loin d’avoir disparu, la contrainte hiérarchique sur le travail d’exécution n’est plus le ressort principal de la productivité et de la docilité des individus.

L’orientation client a engendré des dispositifs de contrôle du travail qui ont succédé au commandement taylorien. La structuration en réseaux, la gestion par projets, la flexibilité, le flux tendu et les systèmes d’information ont restructuré l’organisation des entreprises.

Un contrôle par l’autocontrôle

A l’opposé de l’obéissance contrainte de « l’organisation scientifique » et bureaucratique du travail, c’est l’appel à l’autonomie et à la responsabilité qui sollicite un grand nombre de salariés. Le modèle disciplinaire avait entraîné à la fois des résistances individuelles fortes, une solidarité clandestine des exécutants et des organisations de lutte qui constituaient des contre-pouvoirs.

Mais la force des collectifs qui leur permettaient de se mobiliser s’est effondrée (syndicats, comités d’entreprise, partis ouvriers). Le pouvoir dans les organisations mobilise désormais des individus isolés et des collectifs de travail mouvants. L’individualisation de la gestion salariale est une pièce maîtresse des dispositifs de management.

Les appels à l’autonomie, l’encadrement d’animation, les entretiens annuels d’évaluation, l’individualisation des primes et l’intéressement sont les procédures matérielles et symboliques d’un contrôle par l’autocontrôle.

La compétence individuelle a remplacé la qualification impersonnelle. Les critères arbitraires du « savoir-être » et de « l’employabilité » sont évalués en plus du savoir acquis et du savoir-faire issu de l’expérience. Un double autocontrôle s’instaure : celui de chaque individu sur ses performances, et celui des équipes de travail sur chaque membre.

Le modèle de l’autocontrôle (et la peur de perdre l’emploi) gagne sur deux tableaux : il court-circuite les tendances à former des contre-pouvoirs collectifs par l’individualisation des salariés mis en concurrence, et il déplace la responsabilité des dirigeants vers la pression incontestable de la « demande » et de la concurrence.

Estime de soi, massages et tickets psy

Les conséquences psychiques et sociales sont malheureusement dramatiques. Pensons qu’en France près de 400 suicides sont directement imputables à une souffrance au travail, soit la même proportion que les décès dus à des accidents du travail sur la même période.

Le travail est bien le fruit de rapports sociaux du travail, n’oublions jamais cette donnée car sinon on risque de tomber dans les pièges largement lucratifs de cabinets de conseils peu scrupuleux abordant ces questions sur un mode individuel, questionnaire douteux à l’appui allant chercher non pas les failles dans l’organisation du travail mais dans celle de la vulnérabilité inhérente à l’humain !

Avec cette grille de lecture, c’est encore et encore l’individu qui trinque : il ne sait pas s’adapter, il a besoin de retrouver l’estime de soi et des massages bien sûr sur le lieu du travail le tout assaisonné de tickets psy. Les employeurs s’en sortent donc à bon compte : les parapluies, que disons-nous, les parasols sont ouverts ! Et si l’on parlait plutôt de leur obligation de résultats en matière de protection de la santé physique et psychique de leurs salariés ?

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  • 56 réactions
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  • Numerosix
    Numerosix
    Prisonnier dans le village (...)
    • Posté à 00h31 le 22/02/2009
    • Internaute 14499
      Prisonnier dans le village (...)

    Rassurez vous , on ne va pas tous se suicider : un peu d’ humour , d’ ironie , de distanciation et ces sinistres clowns du management ne nous font plus vraiment peur . on les méprise encore plus qu’ on ne les craint .
    Et je crois qu’eux même commencent à s’en apercevoir et à douter.
    Évidemment , des bêtes blessées peuvent être encore très dangereuses , mais on finira bien par les abattre .....

    • Shevek
      Shevek répond à Numerosix
      petit jedi bondissant
      • Posté à 10h47 le 22/02/2009
      • Internaute 54224
        petit jedi bondissant

      On ne peut pas appréhender la question du boulot que sur le ton de l’humour (bd, bouquins satiriques ou témoignages fendards faisant l’éloge du glandeur...). Non il ne faut surtout pas se rassurer... car si l’organisation du travail, en devenant une machine à broyer psychiquement et physiquement les personnes, ne demande (comme le dit très bien l’article) qu’à individualiser les causes de souffrances, elle ne demande aussi qu’à individualiser les modes de solutions (vous en proposez une : l’ironie et l’humour, la distanciation, démarche d’abord personnelle qui, si on vous comprend bien produit du mépris, ce qui ne me rassure décidément pas du tout...). Par ailleurs, dire que les concepteurs du management par l’isolement sont des bêtes blessées,au prix qu’ils facturent à la journée, j’en doute...
      Il faut visibiliser largement les logiques de violence au travail et ne pas les tourner trop en dérision, elles font trop de mal et détruisent lentement notre société par la fatigue, l’usure liée au stress accumulé, la maladie, la dépression, le suicide, les divorces, l’alcoolisme professionnel, l’irritabilité, le repli sur soi, le mépris de l’autre, le silence mâchoires serrées, l’agression physique ou le meurtre... c’est vrai ce n’est pas réjouissant mais le seul moyen de sortir de ces maux très « individualisés » justement, c’est de donner une dimension collective, élargie et surtout détaillées des mécanismes qui produisent ces souffrances.

      Je ne veux pas pour autant évacuer les questions simples de domination et de rapport de force qu’il faut intégrer et ne jamais oublier, mais aujourd’hui, les rapports de force sont larvés (comme l’explique l’auteure), souterrains, complexes et il faut donc à la fois bien les comprendre, et bien les mettre en lumière.

      Je vois qu’un riverain trouve l’article jargonneux et très spécialisé (c’est un peu vrai mais elle parle en professionnelle avec son vocabulaire) :

      lecture clinique de l’activité au travail, approche scientifique expérimentale c’est à dire rationnelle, objective, mais sur le terrain (par exemple observation dans une atelier assorti d’entretiens sur plusieurs mois ou années, avec analyse selon critères scientifiques académiques reconnus)

      commandement Taylorien : le principe de l’ordre bureaucratique produisant une obéissance immédiate : « fais ci, fais çà ».
      Aujourd’hui on ne nous dit plus fais ci ou çà, mais on nous demande d’intérioriser des objectifs annuels ou hebdomadaires, et d’y répondre mais s’ils son vagues flous, inaccessibles.

      temps imposés par la hiérarchie : avant ton chef te disais « t’as deux jours pour pour faire çà » ou alors « je veux tant de pièces d’ici la fin de la semaine » ; c’est encore le cas mais de plus en plus on a plutôt justement un objectif qui nous demande de « gérer“nous même notre temps de travail pour obtenir un résultat pas toujours évident à évaluer de façon quantitative, ce qui met une pression incomparable avec ‘tu as une semaine pour me rendre ce rapport de six feuillets recto-verso’.
      Tout cela sous prétexte ‘d’autonomiser’ les salariés qui en sont en réalité plus dépendants car ils culpabilisent plus qu’autre chose...

      J’ai essayé de répondre avec mes mots j’espère que je me suis pas planté.

      Vive la joie et merci la vie !

      • Numerosix
        Numerosix répond à Shevek
        Prisonnier dans le village (...)
        • Posté à 12h18 le 22/02/2009
        • Internaute 14499
          Prisonnier dans le village (...)

        Bien sur que ce n’est pas suffisant et qu’il y a beaucoup de souffrances et que vos remarques sont justes, mais la plupart des psys ou sociologues ont tendance à croire que le « peuple des pauvres gens » est composé uniquement de victimes manipulées qui prennent tout au premier degré de la servitude volontaire ( ce que disent leurs supérieurs et ce que communiquent les puissants) alors que c’est faux .
        J’ ai lu quelque part ( Libé , je crois) il y a quelques temps qu’ il en existe un , de sociologue français actuel , qui justement integre cette réalité cachée ( les gens ne sont pas dupes) dans ses analyses . Ce qui m’ennuie , c’est que j’ ai oublié son nom et que je voudrais bien le lire . Si quelqu’un peut m’ aider ici..

         
        • jexiste
          jexiste répond à Numerosix
          si, si
          • Posté à 13h10 le 22/02/2009
          • Internaute 53099
            si, si

          Nous sommes d’accord.

          Je ne supporte pas moi non plus ces « professionnels » qui prennent salariés et victimes pour des imbéciles et ne me semblent travailler qu’à évacuer leurs propres responsabilités et culpabilités. Pour le plus grand profit de qui ? Toujours les mêmes...

        • Emma T.
          Emma T. répond à Numerosix
          Camille est sur SeXpress
          • Posté à 15h35 le 22/02/2009
          • Internaute 40366
            Camille est sur SeXpress

          @Numerosix :

          Sur les stratégies de résistance, ça peut être par exemple :

          La lutte continue ? Les conflits du travail dans la France contemporaine
          Auteurs : Sophie Béraud, Jean-Michel Denis, Guillaume Desage, Baptiste Giraud, Jérôme Pélisse
          Sorti en octobre aux Editions du Croquant / Coll Savoir agir

          ...« Elle montre également comment s’articulent ces conflits collectifs et les formes individuelles de conflictualité, qu’elles prennent la forme de l’absentéisme ou du recours aux prud’hommes, ou soient attestées par les sanctions prises à l’encontre des salariés par leurs directions. L’augmentation importante des établissements concernés par des refus d’heures supplémentaires - qu’il n’est pas anodin de remarquer dans une période de remise en cause continue et répétée des 35 heures - montre d’ailleurs aussi comment ces registres individuels et collectifs se brouillent. »

          A suivre demain N6 : -))

          • Numerosix
            Numerosix répond à Emma T.
            Prisonnier dans le village (...)
            • Posté à 17h19 le 22/02/2009
            • Internaute 14499
              Prisonnier dans le village (...)

            Non ,c’est pas ça , c’était pas spécialement sur le travail , c’était sur le grand tout de tout .
            Merci ma T .

        3 autres commentaires
      • jexiste
        jexiste répond à Shevek
        si, si
        • Posté à 23h24 le 22/02/2009
        • Internaute 53099
          si, si

        Un tel déploiement de jargon professionnel et de langage académique, encore renforcé par les méthodes de travail que vous prêtez à ceux qui en usent ou en abusent, n’est-il pas destiné à masquer ou compenser la faiblesse de leur argumentation et son assise ?

        Se trouvent juxtaposées dans ce texte plusieurs observations de faits qui, pour être réels, n’ont pas forcément de rapport les uns avec les autres.

        On en retient globalement une critique de l’évolution de l’organisation du travail vers davantage d’autonomie du salarié, jugée délétère, avec regret du commandement taylorien.

        Mais de quel travail parle-t-on ? de quels métiers ?

        Certainement pas, me semble-t-il, de tous ceux qui se sont toujours caractérisés par l’autonomie du salarié dans son travail.

        Se trouvent ainsi exclus du champ de cette analyse, et il serait bon de le souligner, bien des environnements professionnels où la souffrance au travail, lorsqu’elle existe, ne procède en rien de cette autonomie qui ne siérait pas à tous, mais est induite par de véritables stratégies et opérations de harcèlement qui demeurent le fait d’individus.

         
        • Shevek
          Shevek répond à jexiste
          petit jedi bondissant
          • Posté à 09h53 le 23/02/2009
          • Internaute 54224
            petit jedi bondissant

          Si vous me dites qu’il s’agit de stratégies rh (harcèlement organisé de personnes « rebelles » en grande distriution par exemple) je suis d’accord pour l’intégrer dans une analyse générale et être résolu à les combattre, mais si vous souhaitez simplement mettre en lumière des comportements de « sadiques pervers », d’une part ça n’est pas d’aujourd’hui, d’autre part la solution consiste à simplement criminaliser ces comportements (ce qui pose la question des moyens donnés à l’application de sanction légitimes). Mais en « individualisant », en personnalisant ces comportements (qui augmentent c’est vrai), vous entrez dans le jeu du bouc émissaire, du petit chef, du kapo, évacuant ainsi la question de ce qui permet à ce chef de sévir : sa hiérarchie qui s’en fout et/ou que ça arrange, et surtout encore une fois l’isolement de la personne ; ici justement vous la transformez en victime invisible. Accessoirement les boucs émissaires produisent de la haine de l’autre et nous empêchent de voir le reste...

          • jexiste
            jexiste répond à Shevek
            si, si
            • Posté à 11h09 le 23/02/2009
            • Internaute 53099
              si, si

            « d’une part ça n’est pas d’aujourd’hui »

            Si, le phénomène reste d’actualité.

            « vous entrez dans le jeu du bouc émissaire, du petit chef, du kapo, évacuant ainsi la question de ce qui permet à ce chef de sévir : sa hiérarchie qui s’en fout et/ou que ça arrange, et surtout encore une fois l’isolement de la personne ; ici justement vous la transformez en victime invisible. »

            Absolument pas. Cette personne est responsable et coupable, sa hiérarchie aussi quand elle laisse faire ou ordonne. Rien ni personne ne permet ni n’autorise des faits délictueux ou criminels.

            Pourquoi niez-vous le harcèlement ?

            Que faites-vous des victimes, les vraies ? Internement en psychiatrie quand elles sont assez fortes pour résister ?

        2 autres commentaires
    • Un compte supprime
      • Posté à 07h03 le 24/02/2009
      • Internaute 21837
        nc

      Et personne ne parle de ces tortionnaires aux ordres du manageuriat qui pris de remords finissent aussi par se suicider lorsqu’ils realisent que l’Amour manque a leur vie, et que personne ne les aime, qu’ils sont seuls pour regarder les crimes et les peches que leur lachete et leur obeissance leur a fait commettre...snifff.

      • jexiste
        jexiste répond à Un compte supprime
        si, si
        • Posté à 10h51 le 24/02/2009
        • Internaute 53099
          si, si

        Qu’avez-vous choisi, Homère ?

        La corde ? La roulette russe ? Les médocs ?

         
        • Un compte supprime
          Un compte supprime répond à jexiste
          nc
          • Posté à 15h44 le 24/02/2009
          • Internaute 21837
            nc

          NE ME PARLE PLUS J’EXISTE ! ! ! Plus jamais ! tu m’entends ! tu veux me pousser au suicide c’est ca, hein ? Laisse-moi mourrir en paix, mes amis du LCR seront dans le cortege !

          • jexiste
            jexiste répond à Un compte supprime
            si, si
            • Posté à 15h54 le 24/02/2009
            • Internaute 53099
              si, si

            Voici le titre d’un très joli message que m’a adressé un de tes amis de la LCR le 20 octobre 2006 :

            ––- Original Message ––-
            From :
            To :
            Sent : Friday, October 20, 2006 1 : 40 PM
            Subject : suicide mode d’emploi.

            Alléchant, n’est-ce pas ?

            Ne souhaitant pas tomber sous le coup de la loi, je ne t’en donne pas le corps.

          • multicompte e
            • Posté à 21h58 le 24/02/2009
            • Internaute 65247
              eee

            Quel « drôle », cet Homère ! ! !

            Nous, nous aimerions bien que tu nous laisses parler de ce sujet sérieux, car des victimes souffrent, et comme les psychiatres le disent si bien : c’est ICI et MAINTENANT, qu’il faut agir...

            Donc, les plaisantins de ton genre ****@^^^^$$$$, la porte est grande ouverte !

            • Un compte supprime
              • Posté à 01h00 le 25/02/2009
              • Internaute 21837
                nc

              Mais je vous en prie parlez-en... Si vous arrivez a pourrir le fil aussi bien que vous l’avez fait la fois derniere, c’est votre probleme. Et Soy y Estoy qui lance un appel a Bonnard pour reprendre une discussion apres avoir noye son message sous son flot de post inutiles : je reve. Effectivement le gars avait des choses tres interressantes a dire, contrairement a d’autres. Inutile de repondre, je vous laisse tailler la bavette tranquille desormais.

              • jexiste
                jexiste répond à Un compte supprime
                si, si
                • Posté à 10h22 le 25/02/2009
                • Internaute 53099
                  si, si

                Mais il n’y a que vous et vos amis que nous voyons pourrir ces fils, Homère.

                Qu’avez-vous apporté sur le sujet ? Rien, strictement rien.

                Ah si, vous êtes venus nous faire une petite démonstration fort intéressante...

                Merci, Homère et semblables, grâce à vous, certaines de mes dénonciations ont désormais plus de poids.

        5 autres commentaires
      • multicompte e
        • Posté à 19h20 le 24/02/2009
        • Internaute 65247
          eee

        Homère, votre humour sur de tels sujets est pathétique !

        Il se trouve que celle dont la mission avait été de me faire plier, au risque de me casser, de me pulvériser, a voulu elle-aussi peu après intenter à ses jours : elle a voulu se jeter par la fenêtre (en prenant soin que ses collègues étaient là)... et comme la dame est assez « gironde » et qu’elle a choisi une fenêtre un peu petite pour elle... Elle a raté son « coup »... En revanche pour elle, l’entreprise a appelé les pompiers : comme cela, ils ont une trace dans leur dossier !

        SNIFFF ! Homère, double SNIFF !

      • Un vieux
        Un vieux répond à Un compte supprime
        retraité
        • Posté à 12h32 le 25/02/2009
        • Internaute 38946
          retraité

        Vous ne croyez pas si bien dire... Si les lecteurs et auditeurs s’occupent de harcèlement au présent, peu de gens s’intéressent à ce que deviennent les harceleurs dans le temps... Il est vrai que, seule, la situation aux USA, offre d’une part, le recul, et d’autre part une technique plus violente (bullying) qui s’en prend rarement aux personnes, mais surtout à leurs biens (pneus crevés, tentatives d’incendie, etc...)...

        La difficulté se trouve dans l’étendue du territoire Américain où, dans chaque état, il est édité chaque jour des gazettes locales... Un chien écrasé dans le Nebraska ne passera sûrement pas à la une du Herald tribune... Il s’agissait donc de compiler toute la presse des USA, et de la détailler par sujet, ce que font quelques Universités pour leurs analyses...

        Ici, des groupes de travail ont cherché à examiner les faits sur le sujet : aujourd’hui harceleur, et après ? ...

        On en arrive à l’étude sur le devenir des psychopathes, ayant la spécialité de harceleurs... Une majorité de cas montre un retournement contre la hiérarchie qui les ont protégés, depuis un harcèlement simple, jusqu’à des actions plus radicales suivant le degré de criminalité où ils ont été menés... Les agents doubles sont souvent de simples agents psychopathes, amenés par ordre à agir contre leur entourage, ou contre d’autres individus qui leur deviennent familiers, qui se « vengent » en retournant leur veste...

        Mais c’est surtout dans l’égo que se trouve le véritable retournement des harceleurs, ceux-ci ne supportant plus l’idée que c’est « grâce à » leur hiérarchie qu’ils sont impunis, et attaquent ladite hiérarchie pour « prouver » qu’ils peuvent agir seuls... Une forme de « suicide » non contrôlable, mais pouvant aller jusqu’àux massacres dont nous avons parfois l’écho, les armes étant très accessibles au USA...

        Vous voyez que vous n’êtes pas si loin de la réalité, hormis que le harceleur ne pense pas, il réagit à des pulsions...

         
        • multicompte e
          multicompte e répond à Un vieux
          eee
          • Posté à 00h22 le 26/02/2009
          • Internaute 65247
            eee

          Un Vieux, attention, vous allez effrayer Homère... qui est comme la justice aveugle !

          Homerus caecum fuisse (Homère était aveugle !).

          Maintenant, il va nous en faire une jaunisse : un peu de citron, Homère, cela soigne bien des maux !

        1 autres commentaires
  • dy
    dy
    • Posté à 01h36 le 22/02/2009
    • Internaute 47181

    Qu’est-ce-qu’une lecture clinique de l’activité de travail ?

    Qu’est-ce-qu’un temps imposé par la hiérarchie ?

    Qu’est-ce qu’un commandement Taylorien ?

    Qu’est-ce que c’est que cet article ?

    • Jonas2
      Jonas2 répond à dy
      Les mouches ne me trouveront (...)
      • Posté à 08h08 le 22/02/2009
      • Internaute 19359
        Les mouches ne me trouveront (...)

      Il s’agit effectivement d’une stratégie délibérée où l’individu se retrouve seul face à un système et en compétition avec ses compagnons de mal vivre.
      La méthode consiste à mélanger, subtilement ou non, contraintes et pseudo avantages en saupoudrant le tout d’injonctions paradoxales.

      Management par la peur, le stress et l’isolement.

      Avec la rareté des emplois et à la précarité le CDI devient un don impliquant une reconnaissance éternelle. La menace de licenciement rend également très raisonnable. Salaires et primes au mérite individuel fournissent un masque presque présentable à la compétition qui devient une « saine émulation ». Open space et autres TIC rendent contrôles et autocontrôle permanents. L’instauration des horaires individualisés réduit les marges de partage aux seuls rares moments de la machine à café. Et le fin du fin consiste à rendre le salarié complice en l’impliquant dans la définition des objectifs qu’il aura à atteindre.

      Management par l’externalisation de la contrainte.

      L’antienne du client roi justifie tous les abus de pouvoir qu’aucune hiérarchie n’aurait osé imaginer. La compétitivité à l’international impose des contraintes insoutenables de flexibilité et de reculs sociaux. Et pour couronner le tout, bailleurs et banquiers attendent les fins de mois en trépignant. Ah ! qui nous dira jamais les vertus du crédit pour assagir les masses.

      Le salarié ne sait plus à qui s’en prendre : son cadre ? pas responsable ; les collègues ? pris dans la même galère ; le client ? ben ! ses attentes sont légitimes ; les créanciers ? ben ! ce qui est dû est dû. Jusqu’au jour où il découvre qu’il ne peut s’en prendre qu’à lui-même qu’il est un peu un « collabo » du système . Ce jour là, soit il entre en résistance sous une forme ou une autre, soit il tire sa révérence.
      Quant aux psy, ils me font penser à ces curés accompagnant les derniers pas du condamné à mort. Comme disait mon grand-père, c’est comme de mener la jument au cheval, si ça lui fait pas de bien ça lui fera pas de mal.

      • jexiste
        jexiste répond à Jonas2
        si, si
        • Posté à 14h15 le 22/02/2009
        • Internaute 53099
          si, si

        Pour autant, les analyses de Marie-France Hirigoyen ne sont toujours pas dépassées. Le harceleur pervers et sadique existe bel et bien, qu’il agisse pour son propre compte ou celui de l’employeur.

        Psychiatres et sociologues du même type l’ont toujours blanchi au détriment de ses victimes. C’est encore ce qu’ils font en ne décrivant qu’un système impersonnel qui aurait écrasé ces dernières, dans lequel elles se seraient noyées toutes seules, alors qu’aucune organisation du travail n’a jamais eu pour but de tuer ses chevilles ouvrières.

    • Falbalala
      Falbalala répond à dy
      nAAAnacoluthe
      • Posté à 10h42 le 22/02/2009
      • Internaute 67633
        nAAAnacoluthe

      c’est la description du monde du travail dans une grande entreprise, tout simplement !

      • jexiste
        jexiste répond à Falbalala
        si, si
        • Posté à 13h00 le 23/02/2009
        • Internaute 53099
          si, si

        Oui, et cette description est faite par des fonctionnaires qui peuvent craindre d’y être bientôt soumis, et donc, tout à la fois, de devenir responsables de leurs actes et perdre de leur pouvoir.

        Ils ne veulent pas être contrôlés, évalués, obligés de rendre des comptes...

        Pensez donc, on pourrait même leur demander d’être compétents.... Là , ils disent stop, trop c’est trop...

        Rappelons quand même :

        1. Que les internements abusifs sont en France excessivement nombreux (selon certains spécialistes, environ un internement sur deux est abusif), que tout le personnel hospitalier, psychiatres en tête, nie tous ces abus et/ou se défausse de toute responsabilité sur les donneurs d’ordre que sont les demandeurs de ces internements.

        2. Que les psychiatres hospitaliers ont traité contre leur gré dans leurs services des quantités impressionnantes de victimes de harcèlement moral, et qu’ils continuent à le faire.

        Après plusieurs années d’observation (et traitement !) de ces victimes, les moins malhonnêtes d’entre eux ont fini par reconnaître leur incapacité à identifier chez elles une quelconque maladie mentale.

        Quelques uns, comme l’auteur de cet article, se sont même mis à les écouter dans le cadre de consultations spécialisées... et ont fini par se rendre compte que l’organisation du travail, les mentalités, les impératifs ne sont pas les mêmes dans le privé et dans le public...

        Il leur reste encore un peu de chemin à parcourir pour reconnaître :

        - que le harcèlement moral existe aussi dans les administrations et services publics ;

        - que le commandement taylorien n’en a jamais préservé personne ;

        - que quelle que soit l’organisation au sein de laquelle ils opèrent, les harceleurs et autres délinquants ou criminels sont partout une plaie dont il conviendrait de se débarrasser.

  • Servais-Jean
    • Posté à 02h34 le 22/02/2009
    • Internaute 4591
      43

    Ben oui, avant les salariés pouvaient se reposer sur leurs syndicats ou sur le comité d’entreprise mais les salariés s’en sont détournés et maintenant ils se retrouvent tout seuls pour faire face à la pression qui leur est mise par leur hiérarchie.
    Cette hiérarchie a dû s’adjoindre l’aide de psychologues et même de psychiatres pour savoir comment manipuler leurs employés.
    On peut soulever le problème déontologique que pose l’intervention de ces psy qui ont été formés pour soigner et non pour conseiller les managers dans leur quête d’une plus grande efficacité.
    Faudra-t-il former aussi les employés pour qu’ils sachent résister à la pression qui leur est mise ?
    C’est la seule parade qu’il soit possible de présenter.
    Je vous souhaite un avenir radieux, le mien étant derrière moi.

    • Alain Pacifique
      Alain Pacifique répond à Servais-Jean
      enfin!! ça marche !
      • Posté à 05h46 le 22/02/2009
      • Internaute 24637
        enfin!! ça marche !

      est ce que ce sont les salariés qui , d’eux même se sont détournés des syndicats et CE, ou ne seraient ce pas les patrons ( marchands) qui auraient poussé à un individualisme forcené ? non seulement pour la consomation , mais aussi pour diviser pour mieux régner ?

      • jexiste
        jexiste répond à Alain Pacifique
        si, si
        • Posté à 14h35 le 22/02/2009
        • Internaute 53099
          si, si

        Bonjour,

        Nos échanges des 12 et 13 février sur le harcèlement « stratégique » ont disparu. L’aviez-vous remarqué ? Trop chauds pour résister à la censure...

      • Servais-Jean
        • Posté à 17h57 le 22/02/2009
        • Internaute 4591
          43

        Ce sujet a été traité mille fois, on ne va tout de même pas ressasser toujours les mêmes histoires.

         
        • multicompte e
          multicompte e répond à Servais-Jean
          eee
          • Posté à 19h23 le 24/02/2009
          • Internaute 65247
            eee

          Oui, et tant pis pour ceux qui tomberont dans la marmite du harcèlement, hier, c’était moi, aujourd’hui c’est quelqu’un d’autre, et demain, ce sera votre voisine de pallier !

        1 autres commentaires
  • supprimé à la demande du riverain 27.02.09
    • Posté à 08h39 le 22/02/2009
    • Internaute 69200

    Sociologues et psychiatres sont les sophistes des temps modernes, sophistes que Socrate a inlassablement stigmatisés. Capables de tout démontrer, même l’indémontrable, experts en mystifications de toutes sortes, habiles à inventer des problèmes qui n’existent pas, de maquiller la fainéantise par exemple en exploitation ultra-libérale, ils viennent pérorer sur les plateaux de TV, forts de leur baratin de bonimenteur de foire. Mais on a bien vu, à l’occasion de nombreuses affaires judiciaires combien leurs expertises étaient bidons et mensongères. Que se lève un nouveau Socrate pour arracher les masques de tous ces imposteurs !

  • skalpa
    skalpa
    actif et militant ?
    • Posté à 09h45 le 22/02/2009
    • Internaute 7181
      actif et militant ?

    Rêvons à d’autres organisations...

    Lien

  • falstaff
    falstaff
    Petit joueur de ukulélé.
    • Posté à 10h14 le 22/02/2009
    • Internaute 58081
      Petit joueur de ukulélé.

    L’organisation du travail telle que je l’ai vécue lors de ma dernière année d’activité :
    -création d’équipes et mise en concurrence.
    -évaluation des équipes et attribution de primes.
    - les éléments perturbateurs ou potentiellement perturbateurs sont isolés dans des tâches sans intérêt.
    Il est aisé de voir les dérives pour les ouvriers, les avantages pour les employeurs :
    -au sein d’un groupe les moins performants sont soumis à la pression de leurs collègues, quelquefois dénoncés.
    -un salaire bas compensé par les primes, les équipes acceptent des conditions de travail qui peuvent mettre en cause leur santé (TMS)
    -la mise en concurrence freine, quelquefois empêche, tout regroupement et toute action revendicatifs.
    Tirez-en les conclusions que vous voudrez, mais c’est ce que j’ai vu sur mon lieu de travail.

    • newuser
      newuser répond à falstaff
      • Posté à 11h18 le 22/02/2009
      • Internaute 25621

      Tout pareil.
      Et j’ai toujours trouvé ça hyper-productif.... à l’envers.

      Le but du jeu est de garder les projets faciles à monter et de balancer le reste aux autres équipes lors de réunion mémorables qui ressemblent à des comptoirs d’épiciers fourbes.
      Aucune communication entre les équipes. Pire tout le monde est « corporate » et donne aime tous les gens de sa boite, mais en off tout le monde se recroqueville sur sa petite équipe et ne peut supporter les autres.

      Et pour faire semblant tous les 1 ou 2 ans on fait une grosse fête en séminaire pour montrer que tout le monde tire dans le même sens.

      En fait on pourrait dire que le PS est beaucoup plus moderne que l’UMP parce que sa structure et son fonctionnement se rapprochent étrangement d’une grosse boite actuelle.

      • ninas
        ninas répond à newuser
        retraitée
        • Posté à 11h56 le 22/02/2009
        • Internaute 65791
          retraitée

        ce qui serait top c’est qu’au lieu de vous diviser vous vous concertiez et donniez vos opignions et ne pas faire le jeu de l’encadrement qui lui reçoit ses ordres des patrons il est grand temps d’au lieu de vous diviser soyez uni et vous verrez que contre vous tous le patronnat ne pourra plus rien et vous irez plus sûr de vous car comme un seul homme autrement c’est suspicion et jalousie c’est comme ça qu’ils vous tiennent les uns les autres ça suffit vous êtes tous des pions éjectables à tous moments alors luttez ensemble vous verrez, vous verrez la vie en rose on vit trop peu pour se laisser marcher sur les pieds ! ! !

         
        • falstaff
          falstaff répond à ninas
          Petit joueur de ukulélé.
          • Posté à 15h37 le 22/02/2009
          • Internaute 58081
            Petit joueur de ukulélé.

          Les temps ont changé, les cadres et les patrons sont eux aussi soumis à cette exigence de productivité. Cela ne veut pas dire qu’il faut laisser faire, on peut et on doit agir au sein des entreprises, mais cela veut dire qu’il faut mener une réflexion plus vaste sur la société qu’on laissera à nos enfants.

        • Gouthe dô
          Gouthe dô répond à ninas
          para legal Défense
          • Posté à 08h57 le 23/02/2009
          • Internaute 36189
            para legal Défense

          je suis d’accord avec vous, il faut se rassembler pour lutter, mais le souci si je prends mon exemple, j’avais réussi à rassembler mes collégues et nous faisons front face à la direction et le dossiers de harcélement enterrés depuis des années étaient prêts à péter ! ! oh danger, la direction m’a chyangé de service, isloement et pas de travail pendant 8 mois, on fait quoi ? ? ? ? mes collégues sont restés dans leur coin car plus de locomotive... et découragés... la direction a gagné, pour me protégée j’ai fait appel aux syndicats, je suis en sursis...donc pas toujours facile de srester rassemblés dans une société où l’individualisme et l’absence de solidarité prédominent

        2 autres commentaires
  • Un vieux
    Un vieux
    retraité
    • Posté à 11h50 le 22/02/2009
    • Internaute 38946
      retraité

    Cet article, comme tout papier sur ce sujet, essaie de condenser des connaissances exprimées en plusieurs volumes, de plus actualisées au fur et à mesure des expériences vécues...

    C’est un travail ardu, et, il faut le dire, assez réussi, quoique il y manque quelques variables... mais une page n’est pas extensible...

    Il faut signaler qu’un certain stress « positif » est nécessaire à l’accomplissement d’une tâche... S’il n’est pas appliqué par la maîtrise, le salarié se l’imposera lui-même, de par le principe de Peter... Toutefois, la « dose » de stress est différente selon l’individu, et si l’encadrement ne sait pas gérer ce « dosage », trop de stress amènera à une forme de harcèlement...

    Mais si l’encadrement sait comment le faire, et surdose ce stress intentionellement, le harcèlement existera réellement, et pourra être qualifié « d’institutionnel » ou de « stratégique »...

    Ce sera le cas dans les évaluations individuelles, les objectifs, etc... Toute contrainte ou contrôle peuvent être situés dans les limites de la compétence, donc concerner une zone ou le salarié pourra trouver une gratification dans l’exécution des consignes... Par contre, un entretien peut être trop « musclé », un objectif irréalisable, un contrôle injuste, etc...

    Ce n’est qu’une infime partie des variables possibles, un certain nombre d’autres pouvent être retrouvées dans l’ouvrage de Henri Laborit : « la nouvelle grille », écrit en... 1974...

    • multicompte e
      multicompte e répond à Un vieux
      eee
      • Posté à 19h22 le 24/02/2009
      • Internaute 65247
        eee

      Pour ma part, pas convaincu du tout !

      Tout reste à faire !

  • bilqis
    bilqis
    expat
    • Posté à 12h39 le 22/02/2009
    • Internaute 16265
      expat

    Petit témoignage de harcèlement, hélas très classique, qui illustre bien cet article.
    Première femme à accéder à un poste jusque là réservé aux hommes dans mon ancienne entreprise, je suis assez rapidement objet de harcèlement de la part d’un des associés.
    Il cherche à tout prix à me saquer alors que les fameux entretiens d’évaluation me donnent la note maxi et que mon supérieur direct est très content de mon travail.J’en appelle à la DRH et à mon supérieur qui constatent et confirment le harcèlement.
    Je menace de démissionner, on tente de m’en dissuader.
    Comme l’associé « harceleur » est indélogeable on essaie de me « consoler » avec une psy qui vient dans l’entreprise me faire des petites séances.
    Au bout de deux mois de séances hebdo, on se réunit, la psy, la DRH, mon supérieur et moi.
    Le résultat... que me conseille t’on ? devinez :
    « Madame, il faut accepter la situation ».
    Merci la psy, dommage pour l’entreprise qui a dépensé des sous pour la même psy.
    Ai quitté cette boîte il y a deux ans.
    Depuis, on a viré, ou sont en cours de licenciement, toutes les femmes cadres.
    A propos, cette boîte se targue de faire de l’économie solidaire et équitable....

  • yenaassez
    yenaassez
    responsable association
    • Posté à 12h55 le 22/02/2009
    • Internaute 70992
      responsable association

    Le monde associatif dans le champs du social est donc lui aussi devenu un secteur où les salariés expriment leur souffrance au travail et dénoncent l’arrivée des méthodes du secteur privé dans le management. Entretien individuel, évaluation, objectifs/résultats... un ensemble de pratiques qu’ils vivent comme autant de moyens pour les contrôler. L’autorité n’était pas adaptée à ces salariés, l’objectif et le résultat n’étaient pas adaptés partant du principe que le travail avec l’humain ne peut se mesurer. L’action quotidienne prime sur l’évaluation de ce qu’elle entraine. Mais aussi un ensemble de règles qui pourraient permettre aux « usagers » une meilleure prise en compte non seulement de leurs besoins mais aussi de leurs revendications à eux. Les salariés souffrent de trop de pressions, de salaires trop bas, ils refusent les injonctions de l’Etat mais ils exécutent les ordres les plus contradictoires. Ils se vivent à la fois comme des militants mais aussi et de plus en plus comme des techniciens de l’accompagnement social, c’est à dire comme les maitres d’oeuvre de politiques qui leur échappent, pour lesquelles ils ne sont pas consultés parce que non organisés collectivement. Peu de syndiqués, peu de contre propositions, quasiment jamais de grève revendicative. Ils disent non avec la tête mais sont les petits soldats des exigences gouvernementales. Conduisent-ils des mouvements unitaires avec les usagers pour refuser telle ou telle mesure ? Se mobilisent-ils quand la police met en garde à vue un responsable associatif pour avoir hébérgé un sans papier ? Oui, sans doute souffrent-ils de la dichotomie entre ce qu’ils pensent et ce qu’ils font, entre ce qu’ils font dans leur coin et ce qu’on leur demande de mettre en lumière. Ils ont peur, ils craignent, ils ont le sentiment que... Ils en arrivent au point de reprocher aux délégués du personnel de ne pas envoyer les comptes rendus à chacun parce qu’ils ont peur d’être surpris en train de lire le cahier à leur disposition. Est-il donc bien raisonnable dans ce secteur peu touché par le chômage d’absorber l’inquiétude générale, de considérer l’employeur c’est à dire des militants associatifs bénévoles comme s’ils étaient des actionnaires préoccupés par la rentabilité optimale de leur investissment ? Si’ils n’y prêtent garde dans ce positionnement ouvrier/patron, ils verront l’avénement de patrons d’association qui prendront définitivement le pouvoir sans leur en laisser une seule miette et comme tous patrons leur demanderont d’être productifs et rentables. Si ils ne se battent pas pour entrer dans les conseils d’administration, si ils continuent de ne pas associer les usagers à leurs revendications, si, in fine, ils ne s’organisent pas plus massivement pour rendre lisibles leurs exigences, s’ils continuent de mal identifier leur « ennemi » en concentrant leur énergie sur leur employeur, ils se préparent à une souffrance au travail exponentielle. Ils pensent en personnes souffrantes, en personnes victimes et bien evidemment il faut entendre cette souffrance exprimée mais il faut aussi leur rappeler l’adage de Paulo Freire « pédagogie des opprimés », « personne ne libère autrui, personne ne se libère seul : les Hommes se libèrent ensemble ». Les 600.000 travailleurs employés dans le secteur social ont les moyens de mettre un grand coup de pied dans cette souffrance au travail et peut-être même devenir les moteurs d’un mouvement plus général s’ils reviennent aux fondamentaux de leur choix professionnel : changer la société et provoquer du progrès social. Si ils s’installent dans un discours victimaire et ne s’organisent pas leur avenir n’en sera que plus stressant.

  • jexiste
    jexiste
    si, si
    • Posté à 15h26 le 22/02/2009
    • Internaute 53099
      si, si

    APPEL A BEONARD

    Béonard est l’auteur d’un commentaire très intéressant sur cet article :

    Lien

    Il me fait savoir qu’il répondrait bien à ma question. Cependant, les commentaires sur ce sujet sont aujourd’hui fermés.

    Je l’invite à venir poursuivre la discussion ici.

    Sachant que des exactions semblables à celles relevées à Metz en 1990 sont commises dans à peu près tous les services de distribution du courrier, j’aurais souhaité avoir son témoignage de professionnel expérimenté à ce sujet.

    Je précise qu’il m’intéresse d’autant plus que je sais par expérience, d’une part, que des salariés victimes de harcèlement peuvent être victimes de telles pratiques sur ordre de leurs patrons, les facteurs étant alors, le plus souvent, soudoyés par ces derniers, et d’autre part, que des postiers témoins de ces exactions peuvent eux-mêmes devenir victimes de harcèlement moral de la part des auteurs de ces faits cherchant à les faire taire.

  • Utilisateur désinscrit à sa demande
    • Posté à 21h35 le 22/02/2009
    • Internaute 70482
      nc

    Autocontrôle, autocontrôle...

    Cela fait des gens parfaitement dénués de libre-arbitre, ces chimères humaines psychiquement modifiées agissant comme des automates, hantant les camps de concentration nazis.

    Je vous vois venir : je pousse méchamment le bouchon.

    En fait non : c’est exactement la même idéologie qui prêche l’autocontrôle dans le monde du travail actuel, avec le même souci d’économie de personnel et d’efficacité dans la servilité.

    Il y a, là aussi, des kapos sadiques qui se réjouissent de la souffrance, et des hauts dignitaires aussi voraces de chair humaine qu’un Hitler, qui n’a fait après tout que pousser lui aussi très méchamment le bouchon de la logique industrielle dans sa grande entreprise de mort.

    Mais bon, la comparaison s’arrête là ; on vit nettement mieux dans les HLM de nos jours et le libéralisme triomphant nous autorise à choisir notre pierre tombale, et même notre urne funéraire.

    ***

    À 51 ans, je n’ai jamais plié devant un patron de merde ; par contre y en a plus d’un qui s’est pris son bureau à travers la gueule : -)

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