Derrière le scrutin, une révolution politique en Israël ?
Le parti centriste Kadima, mais surtout le Parti travailliste, n’ont pas réussi à convaincre les électeurs lors d’une campagne axée sur la sécurité. La percée du bloc de droite (conservateurs, nationalistes, religieux) induit un modus vivendi politique nouveau pour l’Etat hébreu.
La sécurité a été au cœur de la campagne et s’est traduite mécaniquement dans les urnes par la résurgence de la droite. C’est pourtant bien un gouvernement de coalition de Kadima (centre) et du Parti travailliste qui a attaqué le Hezbollah en 2006 et le Hamas en 2009. Pourquoi donc la droite aurait été plus à même de mener ces guerres ? Ehud Barak, figure du parti travailliste et ministre de la Défense, n’a-t-il pas un bagage militaire comparable à celui de Benjamin Netanyahou, leader du Likud (droite) ? L’hypothèse de l’incompétence sécuritaire de la gauche est mise à mal.
Il en est de même pour une autre hypothèse, celle du changement sécuritaire régional. Hamas, Hezbollah et Iran sont désignés comme les principales menaces envers Israël. Mais il n’est pas certain que les menaces d’hier –attaques militaires conventionnelles multipartites, activités terroristes de l’OLP (Organisation de libération de la Palestine) ou du FPLP (Front populaire de libération de la Palestine), menaces chimiques, bactériologiques et atomiques irakiennes, intifadas- aient été moindres que celles auxquelles est confronté aujourd’hui l’Etat hébreu.
S’il ne s’agit donc ni de l’aboulie du centre et de la gauche en terrain sécuritaire, ni d’une croissance des risques géostratégiques régionaux, quelle est la source du changement politique que traduit le scrutin ?
Un changement de projet
Il s’agit en fait d’une révolution de projet. Le projet sioniste originel de Ben Gourion, socialiste, populaire et progressiste, est en passe de disparaître au profit d’un nouveau paradigme politique, sécuritaire, selon un triple argumentaire.
Le premier argument est identitaire, avec le succès de l’idée assimilationniste des Israéliens arabes du parti d’extrême droite Yisrael Beitenou. Les différentes vagues d’immigration dressent un tableau riche mais complexe, que la droite propose d’unir dans l’idée nationale, afin d’assurer la sérénité à l’intérieur du pays.
Le second argument est historiographique. Le Golan, la « Judée et Samarie » (Cisjordanie, selon l’appellation des colons), ainsi que Jérusalem est, sont des terres juives considérées comme légitimes puisqu’elles ont été conquises contre la coalition arabe en 1967. Il est donc justifié selon ce raisonnement d’y étendre et de sécuriser les colonies, leurs infrastructures et voies de communication, ainsi que d’ériger une barrière de sécurité.
Le troisième argument est théologico-téléologique : « Dieu » a offert la « Terre promise » au « peuple élu », ce dernier doit donc détenir cette terre pour réaliser les desseins divins.
De l’Etat des juifs à l’Etat juif
En un mot, par dynamique sécuritaire, l’« Etat des juifs » (der Judenstaat) de Theodore Herzl est en passe de devenir « l’Etat juif ».
Certes, depuis sa création en 1948, l’Etat hébreu a toujours acté dans le sens de la sécurité. Les conflits récurrents l’opposant à ses voisins arabes ont souvent aboutis au renforcement sécuritaire d’Israël, tout autant qu’une identité collective se faisait politique, que s’écrivait l’historiographie officielle et que se dessinait la légitimation mystique des faits séculiers. Un processus national, somme toute.
Mais nous assistons aujourd’hui à une inversion stricte du paradigme politique ontologique à l’existence de l’Etat hébreu : pour que le fait politique national des Juifs existe, il a fallu impérativement engendrer la sécurité du Foyer, puis de l’Etat. Ces élections consacrent précisément l’inverse : c’est désormais la sécurité qui engendre la politique israélienne.
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Baroudeur
Baroudeur
« En un mot, par dynamique sécuritaire, l’“Etat des juifs” (der Judenstaat) de Theodore Herzl est en passe de devenir “l’Etat juif”. »
Ces deux visions politiques sont malheureusement chacune une impasse catastrophique. Au cas où l’auteur ne l’aurait pas remarqué, Israël se définit comme Etat juif depuis belle lurette, c’est pas nouveau.
1. Israël = l’Etat des Juifs. Ces schéma donne raison aux antisémites de tout poil. Si Israël est l’« Etat des Juifs », alors un Juif français n’est plus vraiment français, c’est un étranger potentiel. Son vrai pays, selon cette équation, est Israël. C’est une régression énorme ! Cela donne raison aux antisémites qui disent que tel Juif français n’est pas un vrai Français.
2. Israël = Etat juif. Si c’est dans le sens religieux (judaïsme), c’est déplorable. Si c’est dans le sens ethnique (judéité, sens de peuple), c’est la guerre éternelle assurée. Tous les Etats ethniques conduisent à des conflits, et ces cycles de conflits ne s’arrêtent pas tant qu’ils restent des Etats ethniques. Il suffit de voir récemment en Europe la Serbie. Dès lors qu’un Etat se définit comme Etat ethnique, il exclut une partie de sa population, et crée forcément des inégalités de droits. C’est tout le dilemme d’Israël : il veut s’intégrer dans une région arabe, mais pour Israël l’Arabe est **intrinsèquement** un ennemi, sa présence est **intrinsèquement** un danger. Comment peut-on espérer la paix dans ses conditions ?




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