10/02/2009 à 19h44

Une seule salle pour toute la Palestine : « Le conflit a tué le cinéma »

Mael Inizan | Silicon Maniacs


Le cinéma Al-Kasaba (Aude Raux et Cédric Faimali/Collectif Argos)

La réalisatrice palestinienne Enas Muthaffar vit et travaille à Jérusalem. Dans ses films, elle aborde les difficultés et le quotidien des Palestiniens. Invitée dans des festivals à travers l’Europe et au Canada, elle reste cependant méconnue en Palestine. Dans des territoires où les cinémas ont presque tous disparu, la réalisatrice travaille à la sauvegarde de la mémoire collective palestinienne.

Jusqu’en 1987, avant le déclenchement de la première Intifada, les territoires palestiniens comptaient quelques 21 cinémas. En une vingtaine d’années, ils ont fermé les uns après les autres et sont laissés à l’abandon ou sont transformés en parking, en salles de mariage ou encore en entrepôts. Aujourd’hui, il n’en reste plus qu’un : le Al-Kasaba, à Ramallah :

« Le conflit a tué le cinéma. Certains ont été fermés directement par les Israéliens comme à Jérusalem et à Ramallah, d’autres par des Palestiniens qui considéraient qu’il fallait consacrer le temps libre à la résistance.

Les derniers ont fait faillite. Il faut de l’argent pour tenir une salle de cinémas. Les gens n’y vont plus. Ils sont pris dans les difficultés de leur quotidien, dans ce climat de tension et préfèrent rester chez eux regarder des DVD.

Derrière le conflit en lui-même, c’est une guerre culturelle qui se joue. On ne peut pas avoir un pays sans cinémas. Quand on présente des films, on amène du débat, des discussions. Ce ne sont pas des choses qui peuvent régler directement le conflit, mais elles sont importantes. Le cinéma sensibilise les gens. »

Le cinéma palestinien reste souvent méconnu dans les territoires occupés

Le cinéma palestinien n’a que peu d’échos dans les territoires occupés. Les quelques films distribués par de grosses majors, comme « Paradise Now », sont largement diffusés par la copie et la vente à la sauvette, mais la plupart des films palestiniens rencontrent des problèmes de diffusion.


Ancien cinéma devenu parking (Aude Raux et Cédric Faimali/Collectif Argos)

Le cinéma n’a donc pas de lieu d’expression. Des séances ponctuelles sont organisées dans des théâtres, des centres culturels, des universités ou des salles de projection improvisées :

« C’est difficile pour les gens de s’y rendre. Il faut parfois pouvoir passer des checkpoints ou sinon avoir suffisamment d’argent pour se payer des tickets. »

Et le cinéma palestinien reste souvent méconnu dans les territoires occupés :

« En Palestine, le cinéma est vu comme un divertissement. Les comédies égyptiennes par exemple ont beaucoup de succès. Les histoires sont simples : un héros, une histoire d’amour et de l’action. Les Palestiniens vont au cinéma pour oublier leurs problèmes quotidiens.

Une partie d’entre eux ne veulent pas voir sur l’écran ce qu’ils doivent affronter tous les jours. De plus certains ne savent même pas que le cinéma palestinien existe. »


Le cinéma Al-Hamra, à l’abandon (Aude Raux et Cédric Faimali/Collectif Argos)

A Jérusalem Est, derrière une palissade, le cinéma Al-Hamra est laissé à l’abandon depuis 1975. Le sol poussiéreux est jonché de bobines rouillées.

« Pour moi, cette photo symbolise la Palestine, abandonnée à l’oubli dans la poussière. Les informations montrent des faits : les traités, les bombardements, les cessez-le-feu, mais elles ne montrent pas la vie quotidienne des Palestiniens. On énumère le nombre de morts mais personne ne dit si ils avaient une femme, des enfants ou comment ils vivaient.

C’est notre travail de cinéaste et de documentariste. Tout est documenté depuis les trente dernières années. Nos films parlent de notre quotidien, de la vie des Palestiniens. Un jour peut-être, la nouvelle génération pourra se pencher sur son passé. Ces films seront leur mémoire collective. »

Photos tirées du reportage « Que reste-t-il du cinéma en Palestine », réalisé par Aude Raux et Cédric Faimali du collectif Argos

  • 4641 visites
  • 13 réactions
Vous devez être connecté pour commenter : or inscrivez-vous
  • PIT LE CHIEN
    PIT LE CHIEN
    Wouaooouh!
    • Posté à 21h04 le 10/02/2009
    • Internaute 25924
      Wouaooouh!

    Palestine, vous avez tellement d’artistes, d’intellectuels, écrivains, poètes, scénaristes, réalisateurs, actrices, acteurs, musiciens, groupes de hip hop... votre cinéma est vivant, il vivra !
    En France aussi, « le cinéma de quartier » est mort sous le joug des multiplex...
    La vie est une lutte. La culture est un droit. Le divertissement un besoin.

    « INTERVENTION DIVINE »... Elia Suleiman, refais-nous des films !

  • unagi-
    unagi-
    卑語
    • Posté à 21h12 le 10/02/2009
    • Internaute 24252
      卑語

    CONFLUENCES 190 bd de charonne - 75020 Paris (M° Alexandre Dumas) - Tél : 01.40.24.16.34 - Réserv
    ation : 01.40.24.16.46 ou resa@confluences.net

    Pour la 3e édition de son festival de films documentaires , Confluences soutient les cinéastes palestiniens et israéliens qui s’engagent contre cette violence insupportable.

    Pour l’ouverture du festival Confluences propose la projection en avant première de Z 32, le nouveau film d’AVI MOGRABI (cliquez ici pour plus d’informations)

    La programmation du festival s’articulera autour de quatre thèmes :

    Gaza, un ghetto en terre sainte

    Les mémoires bafouées

    L’occupation encore et toujours

    Les origines du cinéma israélien contre l’occupation

    Confluences renouvele son partenariat avec l’école de cinéma Sapir à Sderot et propose de découvrir plusieurs films de ses élèves.

    Aprés chaque projection, Confluence propose un débat avec un réalisateur, un historien, un journaliste...

    BEYOND BORDERS
    SOME ARABS AND SOME JEWS

    Photographies de Hally Pancer
    Travail collectif de jeunes palestiniens et israéliens

    DU 12 FEVRIER AU 7 MARS

    Vernissage Jeudi 12 février à partir de 19h00

    en présence de Hally Pancer

    Lien

  • dulconte
    dulconte
    Mordu par un fachogarou
    • Posté à 21h19 le 10/02/2009
    • Internaute 250
      Mordu par un fachogarou

    Pensez vous continuez ce blog au delà du festival ?

    Cet article semble ouvrir vers d’autre horizons, cela semble prometteur et intéressant.

  • jean breton
    • Posté à 21h55 le 10/02/2009
    • Internaute 51943

    Merci mael, je vais aller à l’expo.

  • bloqué le 24.09.09
    • Posté à 23h20 le 10/02/2009
    • Internaute 25106

    Toute cette ignominie dont un bon nombre de français se sont rendus complices, ne serait-ce qu’en maintenant les liens avec Israël.

    Merci madame de ce texte qui doit nous faire honte, si nous sommes encore capables d’avoir honte.

  • chlefien
    chlefien
    NO ONE IS INNOCENT
    • Posté à 00h44 le 11/02/2009
    • Internaute 64325
      NO ONE IS INNOCENT

    Le conflit a presque tué tout les figurants !
    alors faire du cinéma avec qui ? et ouvrir des salles pour qui ?

    Les Producteurs (sionistes) préfèrent investirent dans le cinéma de guerre ! Et ils invitent même les habitants VIP à assister au tournage du massacre des figurants en direct sur la colline d’Ebron
    (Vu à la télé)

    Moi personnellement je voudrais bien filmer le procès de ces criminels à la Haye et inviter les GAZAOUI à l’ONU L pour la projection

  • Anita1945
    Anita1945
    retraitée
    • Posté à 03h42 le 11/02/2009
    • Internaute 62171
      retraitée

    10 février 2009 - « La guerre n’est pas finie » !
    publié le jeudi 29 janvier 2009.

    Entretien avec Gadi Algazi.
    Gadi Algazi, militant pacifiste Israélien souligne que la persistance du blocus maintient une situation d’agression.

    Professeur d’histoire médiévale à l’Université de Tel-Aviv, Gadi Algazi a été en 1967 le premier refuznik [1].
    Il milite pour la paix au sein de Tayyoush et a participé à la fondation de Tarabout [2].
    Il répond à nos questions sur l’état actuel de l’opinion publique et la mobilisation des pacifistes en Israël.

    Est-ce que l’opinion publique israélienne, après l’avoir massivement soutenue, commence à réaliser la catastrophe qu’a été la guerre contre Gaza ?

    Gadi Algazi : Non, pas encore.
    Les gens continuent à croire ce que leur raconte le Gouvernement sur la grande victoire remportée contre le Hamas.
    C’est ce qu’affirment les médias à longueur de journée et même les sionistes de gauche du Meretz ont adopté cette ligne. Quelqu’un comme David Grossman, lui-même, n’a commencé à dire la Vérité sur ce qui s’est passé, qu’il y a quatre jours.

    Comment expliquer ce phénomène ?
    Est-ce le manque d’information dû à la censure ?

    Gadi Algazi : Le manque d’information n’explique pas tout.
    Je crois qu’il y a surtout l’incapacité des gens à comprendre que la guerre ne peut pas apporter la sécurité, même de manière temporaire.

    Mais les résultats, le carnage, les destructions, le fait que le Hamas est toujours là ne rendent-ils pas évident que l’opération
    « plomb durci » est un échec ?

    Gadi Algazi : Ce n’est pas aussi simple.
    Les gens ne perçoivent pas les choses ainsi.
    D’abord, les buts de guerre étaient vagues.
    Pour le moment, le sentiment général est qu’on a gagné.
    Les roquettes ne tombent plus sur Sdérot et on ne leur dit pas que le Hamas reste avec son potentiel de violence.

    Y a-t-il des organisations qui demandent des comptes au Gouvernement sur les crimes de Guerre ?
    Gadi Algazi : Bien sûr.
    Mais celles qui demandent une enquête sont les mêmes [3] qui avaient organisé la protestation pendant la Guerre.
    Je rappelle qu’il y a eu jusqu’à 15 000 personnes dans les manifs à Tel-Aviv - en majorité des juifs -
    et jusqu’à 30 000 à Sahnin - surtout des Palestiniens d’Israël qui répondaient à l’appel du Conseil supérieur de la population Arabe d’Israël.
    C’est important, mais cela reste minoritaire dans la Société Israélienne.

    Le fait que des accusations très graves sont portées contre l’armée Israélienne, y compris par l’ONU, a-t-il des répercussions dans l’opinion ?

    Gadi Algazi : Non, car la plupart des gens ne le savent pas.
    Et s’ils en entendent parler, ils ne prennent pas cela au sérieux :
    – jusqu’ici les Généraux Israéliens ont toujours échappé aux poursuites.
    Olmert vient encore d’assurer que ce serait le cas cette fois-ci.
    La presse est passée directement de la « victoire » à Gaza à la campagne pour les élections du 10 février 2009.
    On s’attend à ce que la droite gagne.
    La droite officielle de Netanyahu et Lieberman ou la droite cachée de Livni et Barak.

    La mobilisation va-t-elle continuer ?
    Gadi Algazi : Bien sûr !
    Pour nous, la guerre est loin d’être terminée.
    Elle continue aussi longtemps que le blocus contre Gaza reste en place.
    Nous allons le dire haut et fort la semaine prochaine lors d’une manifestation réunissant juifs et Palestiniens d’Israël entre Tel-Aviv et Jaffa.

    source : Lien
    Posté par citoyen_sly à 09 : 50 - Gaza - Israel

  • a.guillaume
    • Posté à 07h45 le 11/02/2009
    • Internaute 886

    la photo parle toute seule : des mercedes benz dans une salle de ciné...gros symbole de ce qui nous attend a terme dans le processus de déculturation avançé qui commence a ronger TOUTES les sociétés

  • Lemmy_Nothor
    Lemmy_Nothor
    - Gone fishing !
    • Posté à 11h18 le 11/02/2009
    • Internaute 12434
      - Gone fishing !

    Et si le cinéma tuait le conflit.... ? ?

    Non, je rêve....une idée comme ça.

  • parousnik
    • Posté à 11h29 le 11/02/2009
    • Internaute 18991

    Le conflit ? Y en a qui se font un cinéma pour éviter la vérité...

  • TonyLibertaire
    TonyLibertaire
    Lycéen section littéraire
    • Posté à 16h27 le 11/02/2009
    • Internaute 61258
      Lycéen section littéraire

    J’aimerais beaucoup découvrir le cinéma palestinien, malheureusement trop méconnu.

    • PIT LE CHIEN
      PIT LE CHIEN répond à TonyLibertaire
      Wouaooouh!
      • Posté à 22h36 le 11/02/2009
      • Internaute 25924
        Wouaooouh!

      Commence par Elia Suleiman, Prix du Jury à Cannes pour INTERVENTION DIVINE. Un régal !
      Et écoute les DAM (hip hop conscient)...