Schweitzer : le cinéma, miroir critique de la société israélienne
Historien du cinéma, critique et enseignant (universités de Paris VIII et de Tel-Aviv), Ariel Schweitzer explique que le cinéma israélien est loin de faire abstraction du conflit avec les Palestiniens. Entre violences quotidiennes et travail sur la mémoire, le cinéma est le reflet d’une société qui aspire à la normalité mais qui est sans cesse tiraillée entre la grande et la petite histoire :
« Depuis le début des années 80, le cinéma israélien se politise. En 1982, c’est l’invasion du Liban, en 1987 la première Intifada, puis en 1992 la signature des accords d’Oslo et les négociations de paix entre Israéliens et Palestiniens.
“La société ne peut plus ne pas réagir à ce qui se passe. Dans leurs films, les réalisateurs israéliens s’attaquent de manière très violente la politique du gouvernement et le cinéma devient alors un miroir critique de la société israélienne.”
Amos Gitaï est le tout premier cinéaste à développer cette vision critique. Dans son film “La Maison” (1980), il analyse, à travers l’histoire généalogique d’une maison à Jérusalem, les racines de l’occupation et du conflit israélo-palestinien.
Jusqu’au début du XXe siècle, cette maison appartient à une grande famille palestinienne. En 1948, ses habitants sont expulsés et fuient les violences comme des centaines de milliers d’autres Palestiniens. La bâtisse change alors de mains et une famille israélienne s’y installe :
“Lorsqu’Amos Gitaï tourne son film, la maison est en travaux. Les ouvriers, des Palestiniens, se trouvent dans une situation absolument paradoxale qui est de rénover, pour le compte des propriétaires israéliens, ce qui appartenait à leurs ancêtres.
‘Amos Gitaï reviendra ensuite par deux fois dans cette même maison pour tourner ’Une Maison à Jérusalem’ (1998) et ’News from Home / News from House’ (2006). Avec cette trilogie, il développe une réflexion critique sur la situation géopolitique au Moyen-Orient.’ (Voir la vidéo, en anglais)
Les réalisateurs israéliens s’intéressent également à la manière dont le conflit envahit le quotidien et la société civile :
‘Des films, des documentaires montrent d’une manière très claire comment la militarisation, la légitimation de la violence et de la répression contre les Palestiniens finissent par retourner comme un boomerang contre la société israélienne.’
Le film ‘La Vie selon Agfa’, d’Assi Dayan, se termine dans un bain de sang lorsqu’un groupe de soldats revenant des territoires occupés règlent leurs comptes en assassinant tous les occupants d’un restaurant. Ce restaurant devient un microcosme de la société israélienne où toutes les tensions sociales et politiques entrent en jeu. (Voir la vidéo, VO sous-titrée en anglais)
Les jeunes générations de cinéastes se font tout aussi virulentes vis-à-vis de la politique israélienne. Un grand nombre de films contemporains parlent ainsi du conflit et portent un regard très violent sur les grands tabous de la société israélienne :
‘Des films comme ’Les Citronniers’, d’Eran Riklis, ’Valse avec Bachir’, d’Ari Folman, ou encore ’Z 32’, d’Avi Mograbi, sont financés par des fonds publics israéliens. Ils passent à la télévision, sur le câble ou sur les chaines publiques. Certains vont dire que c’est une sorte de caution morale du gouvernement israélien. Qu’en finançant un cinéma autocritique, il masque vis-à-vis de l’Occident sa responsabilité politique en Palestine. Mais moi, je préfère cette situation que celle qui existe dans un certain nombre de pays dans lesquels on ne peut pas parler du tout de ce genre de sujet.’
Dans le documentaire ’Checkpoint’ (2004), Yoav Shamir décrit l’humiliation des Palestiniens aux barrages qui encerclent les territoires occupés et montre l’effet déshumanisant de cette politique sur les jeunes soldats qui doivent l’effectuer. (Voir la vidéo, VO sous-titrée en anglais)
► ‘Le cinéma israélien de la modernité’ d’Ariel Schweitzer (L’Harmattan, 1997)
► Rue89 est partenaire du festival Travelling, qui se termine le mardi 10 février.
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Union Juive Française pour la Paix (UJFP) Lettre ouverte à Mesdames et Messieurs les dirigeants du CRIF
Les masques sont tombés et maintenant, ça suffit !
Vous n’avez absolument aucun droit de parler, ni en notre nom ni au nom de tous les nôtres qui ont été parqués dans les ghettos, assassinés dans les pogroms, anéantis dans les camps de la mort, mais qui aussi ont été de toutes les luttes, de celles de l’ Internationale pour un monde meilleur à celles de la Résistance à l’envahisseur nazi, contre le colonialisme et pour la liberté, la justice, la dignité et l’égalité des droits.
Vous avez applaudi, encouragé les crimes de l’armée israélienne écrasant sous les bombes la population dans ce que vous appelez « entité hostile », réduisant en tas de gravats ses maisons, dévastant ses cultures, prenant pour cible les écoles, les mosquées, les hôpitaux les ambulances et même un cimetière….Dès lors vous vous êtes placés dans le camp des tenants de l’apartheid, des oppresseurs et des nouveaux barbares , et le sang de leurs victimes rejaillit sur vous.
Ce faisant, vous avez perdu tout sentiment humain, toute compassion devant cette détresse, vous nous avez outragés et salis en assimilant tous les Juifs à des supporters d’une bande de criminels de guerre comme vous avez déshonoré la mémoire de Rachi, d’Edmond Fleg, d’Emmanuel Lévinas et de tant d’autres, enfin de tout ce que le judaïsme français comportait de richesse humaine, d’intelligence et de lumières.
Vous avez voulu faire d’un conflit colonial et géopolitique un conflit communautaire et en prétendant que « 95 % des Juifs français approuvent l’intervention israélienne », vous attisez l’antisémitisme dont vous prétendez vous inquiéter de la résurgence, en pompiers pyromanes.
Non Mesdamaes et Messieurs les dirigeants du Conseil soi-disant « Représentatif » des Institutions juives de France, vous ne représentez rien pour nous, sinon les zélateurs d’une abjecte boucherie.
Le Bureau National de l’ UJFP le 07-02-2009 Union Juive Française pour la Paix (UJFP) - 21 ter rue Voltaire, 75011 PARIS Téléphone : 06 61 33 48 22 · e-mail : contact@ujfp.org · Site : Lien




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