Votre critique ciné : « L'Etrange histoire de Benjamin Button »
Ça devient désormais presque une habitude : nous vous présentons le jeudi les films sortis le mercredi ! Cette semaine donc, nous vous proposons d’exercer vos talents de critiques de cinéma sur le film de David Fincher, « L’Etrange histoire de Benjamin Button » avec Brad Pitt, Cate Blanchett, adapté de la nouvelle de F. Scott Fitzgerald.
L’histoire et les tribulations, à la Nouvelle-Orléans de 1918 à nos jours, d’un homme né vieillard et qui rajeunit en vieillissant. Si vous êtes perdu, voici le pitch en images :
Voilà, il ne vous reste plus qu’à aller voir le film et nous donner votre avis (synthétique) d’ici lundi midi dans les commentaires. Nous en publierons un résumé lundi après-midi. A vos claviers !
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quidam
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« L’Etrange Histoire de Benjamin Button » appartient à un genre hollywoodien assez fécond : la romance fantastique ou comment un amour pur est empêché par diverses causes surnaturelles. L’aventure de Madame Muir en est certainement le chef-d’œuvre (elle est vivante, c’est un fantôme) mais on peut aussi citer le réputé quoique assez mièvre Peter Ibbetson (reclus dans une geôle, il rejoint chaque nuit sa bien-aimée en rêve) et le méconnu Quelque Part dans le Temps (une rencontre amoureuse en pleine faille spatio-temporelle). Face à ces précédents assez classiques et de valeurs diverses, le pitch inédit du nouveau David Fincher est emprunté à une nouvelle potache de Fitzgerald dont - et ce n’est pas un mal – à peu près rien n’est conservé hormis l’argument. Vieux gandin redevenu jeune, le Button fitzgeraldien vivait sa vie inversée sans interrogation aucune. Ce n’est point le cas du Button développé par le scénariste Eric Roth - d’aspect débonnaire, on le sent pourtant traversé par d’âpres tourments existentiels. Il est tout à l’honneur de Fincher d’avoir traité sur le mode sérieux cette histoire extrêmement prometteuse. On a toutefois plusieurs réserves sur le produit fini.
LEHDBB est un film estimable et parfois touchant mais malheureusement engoncé dans la forme classique que lui a fait endosser Fincher comme si l’originalité du sujet ne pouvait être digérée qu’au sein de l’imagerie hollywoodienne la plus rebattue. Il y a là une forme d’affadissement, l’angoisse à l’œuvre dans l’histoire étant contrebalancée, voire « rachetée », par un traitement douceâtre. Button, figure pourtant ultime de la différence, ne croise que des personnages également bien disposés à son égard. On me dira que c’est une fable et que le réalisme psychologique ou social n’a rien à y faire. Mettons…Progressant sans conflit aucun, le film aurait tout de même gagné à être raccourci. Rien ne justifie sa longueur pompeuse, à part le statut d’auteur convoité par Fincher qui lui a fait artificiellement gonfler ses deux derniers scripts (cf le pénible Zodiac). Benjamin Button, ce long fleuve tranquille qui vise un peu trop au grand œuvre est par ailleurs curieusement impersonnel - citant Burton, Zemeckis et Jeunet, Fincher s’oublie lui-même si tant est que sa curieuse carrière lui ait permis de développer un style réduit ici à quelques séquences vivaces et pas forcément réussies tranchant d’autant sur le ronron. On cite les deux pires pour être insultant : l’idylle âge-synchrone sur fond de chromos à la Love Story et l’affreux passage des « hasards parisiens », dix minutes dont rêverait toute poubelle de montage. Comme on le voit, tout est loin d’emporter l’adhésion - j’ai oublié l’astuce structurelle moisie du récit sur lit d’agonie - mais foin des bastons passées et des savonnettes roses, Fincher a pour ce film des désirs d’adulte qu’il a quelque mal à gérer. Le fond de sa mise en scène reste les effets spéciaux qui pour impressionnants qu’ils soient ne remplacent pas un vrai regard de cinéaste.
De ce point de vue, le film surprend sans convaincre entièrement. Si les transformations de Brad Pitt soutiennent l’attention du spectateur, elles le détournent aussi d’un récit linéaire et simplifié. Bizarrement, le vieillissement de synthèse renvoie aux origines archaïques du cinéma qui fut d’abord un divertissement forain pour basses classes friandes de sidération. On guette donc chacune des incarnations trafiquées de Pitt comme s’il était la femme à barbe. S’il peut jouer comme argument de vente (du jamais vu, Msieurs Dames !), le numérique appliqué aux acteurs en restreint le jeu. Brad en Button, c’est surtout des yeux et une voix. Il est toutefois paradoxal que Pitt n’est jamais meilleur en BB que sous une seconde peau numérique ou de latex - et particulièrement dans la partie russe. La raison est peut-être à chercher du côté de l’actrice qui lui donne la réplique - la magnifique Tilda Swinton rousse comme une Deborah Kerr nerveuse le hausse à son niveau de jeu, là où la parfois minaudante Cate Blanchett plonge leur couple dans la fade romance clippée. D’une seule réplique : « Vous n’avez pas connu beaucoup de femmes », Swinton obtient de Pitt grimé en homme mûr un regard d’adolescent muet de désir et de terreur - peut-être ce que le film a de plus beau à offrir. On n’oubliera pas non plus la séquence très réussie autour du sous-marin et le retour dans la pénombre d’un Button rajeuni donnant enfin un sens à la sous-exposition générale. Au final, si Fincher se repose un peu trop sur la force de son sujet, les quelques îlots de cinéma trouvés ici et là donnent plutôt envie de conseiller LEHDBB - après le Bal des Actrices, ça ne peut pas faire de mal...




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