Polémique 05/02/2009 à 12h48

Les patrons de la banque UBS évitent les Etats-Unis

La Liberté"
Sid Ahmed Hammouche | Journaliste de La Liberté


Un anti-Forum de Davos suspendu à la façade d’une banque suisse (Michael Buholzer/Reuters).

Suite aux démêlés judiciaires de la banque UBS aux Etats-Unis, ses managers n’y mettent plus les pieds de crainte de se retrouver avec un bracelet électronique au poignet... Et les affaires ne vont toujours pas bien.

Depuis l’été 2008, Peter Kurer et Marcel Rohner n’ont plus mis les pieds aux Etats-Unis. Le président du conseil d’administration d’UBS et son directeur évitent même soigneusement New York où la première banque de Suisse a son deuxième siège mondial.

Pourquoi ? Selon un banquier suisse, « Kurer et Rohner ont peur de se faire arrêter par la justice américaine dans le cadre de l’affaire de fraude fiscale déclenchée par l’arrestation de Bradley Birkenfeld ». Cet ancien cadre d’UBS aux Etats-Unis a avoué à la justice de Floride l’existence d’un système d’évasion fiscale mis en place par la première banque de Suisse. Depuis, UBS a fermé les comptes de 19 000 contribuables américains qui profitaient de la magouille. Celle-ci se monterait à 17 milliards de dollars, selon le Sénat qui enquête sur le scandale.

Un des directeurs d’UBS considéré comme fugitif par la justice

Si la banque ne commente pas notre information, son service de presse reconnaît néanmoins que le président d’UBS se concentre essentiellement sur l’Europe. Sa mission principale : stabiliser les finances du groupe dont les pertes 2008 pourraient s’élever à plus de 20 milliards de francs. Reste que la banque n’oublie pas ses démêlés judiciaires outre-Atlantique. Selon le service de presse, « UBS veut trouver une solution le plus rapidement possible ». Ce qui lui enlèverait une grosse épine du pied et permettrait à ses dirigeants de voyager librement.

Kurer et Rohner ont désormais peur de finir avec un bracelet électronique de prévenu comme Martin Litchi. Ce directeur d’UBS, responsable de la gestion de fortune aux Etats-Unis, a été assigné à résidence à Miami en avril 2008, avant d’être libéré en août et de regagner la Suisse.

Le problème pour UBS, c’est que l’affaire Raoul Weil a aggravé entretemps la situation. La justice américaine n’a pas apprécié que l’ancien responsable de la gestion de fortune ait fui le pays pour échapper à ses responsabilités pénales. Depuis, ce membre de la direction générale de la banque, toujours employé de l’établissement, est considéré comme un fugitif.

« La banque doit absolument régler ses problèmes pénaux en Amérique »

« Il est vraisemblable que c’est par prudence que certains représentants d’UBS ne se rendent plus aux Etats-Unis », relève Carlo Lombardini, avocat d’affaires à Genève et spécialiste du secteur bancaire. Même son de cloche chez l’avocat genevois Christian Lüscher :

« Les Américains pourraient très bien arrêter Kurer et Rohner à la descente de leur avion. Et cela ne me surprend pas que les deux dirigeants restent en Europe. »

La barre n’est pas encore redressée

UBS pourrait biffer encore 10 000 emplois. C’est l’estimation qui court dans les milieux de la finance.
Le titre a perdu plus de 75% de sa valeur depuis juin 2007. L’agence de cotation Moody’s vient de déclasser UBS dans le panier des actions à éviter.

Tant que le Sénat américain n’a pas rendu son rapport final sur l’affaire de fraude -c’est prévu le 24 février- les deux patrons d’UBS continuent de gérer depuis Zurich le business américain, qui représente plus de 20% des revenus de la banque. L’enjeu est de taille car elle risque une amende record de 1,7 milliard de dollars pour avoir encouragé des Américains à frauder le fisc et la perdre de sa licence bancaire aux Etats-Unis. Une catastrophe. Christian Lüscher poursuit :

« La banque doit absolument régler ses problèmes pénaux en Amérique. C’est une question d’image mais surtout ce n’est pas bon pour ses affaires de laisser traîner la chose. »

Autre pavé dans la mare d’UBS : des clients américains veulent attaquer la banque en justice. Poursuivis pour fraude fiscale, ils se sentent trahis par la banque aux trois clefs. A leur avis, elle aurait dû garantir la confidentialité de leurs dépôts. Ainsi selon l’avocat Carlo Lombardini :

« UBS pourrait porter atteinte aux intérêts des autres banques avec la stratégie suivie et les difficultés rencontrées. La force de notre place financière était justement de ne pas céder aux pressions de la justice étrangère. C’est un précédent dangereux. »

Pourtant UBS embauche

Quant à UBS, elle se montre sereine même si ce contrôle à distance est compliqué. Elle a commencé à faire le ménage à New York. Quatre administrateurs ont déjà quitté l’institution. Peter Kurer a également remis à plat le mode de fonctionnement de la société en introduisant plus de contrôles à New York et à Zurich. Et UBS a placé des hommes de main à la tête de ses entités aux Etats-Unis, dont le Suédois Jerker Johansson qui dirige la banque d’investissement.

A quelques jours de la publication de ses résultats 2008, UBS embauche à tour de bras à New York. Plus de 200 nouveaux gérants de fortune portent ses couleurs. La banque a aussi ouvert plusieurs bureaux dans le pays, notamment au Texas où les pétrodollars coulent à flot. Cela suffira-t-il à stopper le feu qui couve dans la maison UBS aux Etats-Unis ?

Photo : un anti-Forum économique mondial de Davos suspendu à l’enseigne de la banque UBS de Bâle en Suisse le 28 janvier 2009 (Michael Buholzer/Reuters).

Publié initialement sur
La Liberté
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  • pablico
    pablico
    À la porte d'un sourd, 
un jour (...)
    • Posté à 13h20 le 05/02/2009
    • Internaute 14278
      À la porte d'un sourd, 
un jour (...)

    très amusant, on croirait lire un truc sur les mafia...
    mais au fait, en y réfléchissant bien..

  • simont
    • Posté à 14h33 le 05/02/2009
    • Internaute 22115

    « Un des directeurs d’USB considéré comme fugitif par la justice »

    USB ou UBS ?

    • yoruk
      yoruk répond à simont
      au fil de l'eau
      • Posté à 16h09 le 05/02/2009
      • Internaute 57383
        au fil de l'eau

      USB ou UBS c’est TWO COM

    • Guillemette Faure
      Guillemette Faure répond à simont
      Journaliste
      • Posté à 17h13 le 05/02/2009
      • Internaute 34
        Journaliste

      UBS, merci de nous donner les clés.

  • parousnik
    • Posté à 16h48 le 05/02/2009
    • Internaute 18991

    5 février 2009 (Nouvelle Solidarité) – Lors d’une audition sur la crise financière qui s’est tenue hier à Washington [*], le n°2 de la Commission bancaire du Sénat, le Républicain Richard Shelby, a appelé à la formation d’une nouvelle Commission Pecora, en référence à l’enquête parlementaire menée par Ferdinand Pecora en 1933-34, qui avait mis au grand jour les malversations de Wall Street et permis au Président Roosevelt de mettre sous contrôle le système financier américain. Lyndon LaRouche avait appelé au lancement d’une telle Commission en septembre et décembre 2008, puis à nouveau en janvier, pour mettre fin au chantage au renflouement exercé sur le Congrès par Wall Street. En France, Solidarité & Progrès a lancé le 19 janvier, un « Appel à constituer sans délai une Commission d’enquête parlementaire sur la crise financière ».

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  • parousnik
    • Posté à 17h00 le 05/02/2009
    • Internaute 18991

    Les truands s’affolent espérons que les banquiers véreux et autres intitutions financières scélérates seront aussi poursuivi en France ...etc... Ce sont les riches et tous les acxtionnaires petits et gros qui doivent payer ce « casse » maquillé en crise... Tous les parasit-actionnaires petits et gros qui se sont fait du fric sur le dos du travail réel et de la création réelle de richesse ...doivent rembourser les milliers de milliards d’euros que coute ce casse spéculatif et usuraire aux populations laborieuses mondiale... Nous n’avons pas a payer pour les receleurs...petits ou gros...

  • Keldan
    Keldan
    Now future & karpe diem
    • Posté à 18h20 le 05/02/2009
    • Internaute 5164
      Now future & karpe diem

    Les pauvres, ils ne peuvent même pas faire profiter les Américains d’une des plus célèbres spécialités suisses : l’évasion fiscale : D

  • TARPON
    • Posté à 18h37 le 05/02/2009
    • Internaute 27263

    ils peuvent etre arretés partout où existent des accords d’extradition avec les etats unis ,dont la...Suisse .Marrant,non ?

  • General Subverciòn
    General Subverciòn
    viva Makhnovchtchina
    • Posté à 19h39 le 05/02/2009
    • Internaute 47117
      viva Makhnovchtchina

    ça serait étonnant qu’on les emmerde vraiment vu que l’UBS a aussi contribué financièrement à la campagne présidentielle d’Obama...Et selon la vieille règle : Ne mords pas la main qui te nourrit...

    • Lapige
      Lapige répond à General Subverciòn
      Observateur
      • Posté à 23h37 le 05/02/2009
      • Internaute 68417
        Observateur

      En même temps, si cette main risque de te faire tomber, tu la coupe sans états d’âme.