TRIBUNE 31/01/2009 à 16h50

Les raisons de la colère contre le président de Madagascar



Manifestation à Antananarivo de partisans du maire de la ville, Andry Rajoelina, le 28 janvier (Rasoanaivo Clarel Fanir/Reuters)

Suspendu aux nouvelles, voici qu’un ami résident aux Etats-Unis m’envoie un message : « Qu’est-ce qui se passe à Madagascar ? Je croyais Marc Ravalomanana très populaire, et je ne comprends pas trop ce qui se passe. » Cet étonnement résume parfaitement la situation, au moment où le maire de la capitale, Andry Rajoelina, se proclame nouveau dirigeant du pays.

Les médias avaient laissé Madagascar en 2002 à l’aube d’une ère nouvelle, démocrate bien évidemment, bien décidéà sortir la tête de sous l’eau du sous-développement. En 2002 donc, un peuple s’était levé pour renverser l’amiral sans flotte Didier Ratsiraka (vingt-trois ans au pouvoir en tout) et l’envoyer sans façon dans la banlieue misérable de Neuilly-sur-Seine.

L’histoire était belle, un petit laitier, pratiquement illettré, fils de pauvres paysans, avait bâti sa propre fabrique de yaourts, et, à force de travail et d’acharnement forgé un empire agroalimentaire, Tiko, avant de gagner, par les élections s’il vous plait, la Mairie d’Antananarivo, la « Ville des milles ».

Un an après la mairie, il avait ravi la présidence de la République, et ce, grâce toujours à la force de sa volonté, à sa soif de réussite et de liberté. Il lui avait fallu pour cela entraîner tout le peuple malgache dans la révolte, contre des élections truquées et un deuxième tour joué d’avance en faveur de son adversaire, tenir des meetings contre la dictature, entretenir une révolution pacifique sur la place hautement symbolique du 13 mai, là où la première République néocoloniale était tombée en 1972, là où en 1991, Didier Ratsiraka était tombé pour la première fois avant de revenir en 1997.

Il lui avait fallu prendre les armes -une première dans l’histoire malgache-, pour conquérir complètement toute l’île. Le monde pensait qu’enfin, après tant de sang versé, 1947, 1972, 1991, Madagascar allait enfin connaître la paix et la prospérité. On ferma le ban.

L’île ne sera plus dorénavant qu’un dessin animé produit par Disney. « Madagascar 1 ». « Madagascar 2 ». Les enfants pensent même que les girafes, lions et autres hippopotames, personnages emblématiques du film, viennent de là, de cette île merveilleuse tenue par de joyeux macaques et lémuriens excentriques.

Même Amnesty International, très présent lors des troubles de 2002, la retirait des pays à observer prioritairement. Ravalomanana allait s’y engouffrer avec délectation.

Une justice aux ordres

Si les récentes images de pillages et d’émeutes ont surpris à l’étranger, il n’en va pas de même pour les Malgaches. Le feu couvait depuis la réélection de Ravalomanana en 2006, après une panne d’électricité bienvenue dans les locaux du ministère de l’Intérieur en plein décompte des voix…

Les émeutes étaient latentes, la situation était tendue : qui ne se souvient de la situation loufoque où un candidat à la présidentielle, Pierrot Rajaonarivelo, n’eut pas le droit de fouler le sol malgache ? Mais également la constitution remaniée de manière à rendre impossible la candidature des métis.

On parla beaucoup de l’ivoirité de Bédié, mais le pur jus malgache est également disponible dans les rayons constitutionnels de nos tristes tropiques.

Car ce qui arrive aujourd’hui est bien le fait de Ravalomanana, l’homme en qui une très grande majorité de malgaches avaient placé leurs espoirs, l’homme qui, ayant su bâtir son empire commercial, ne pouvait que réussir à la tête du pays. Mais Ravalomanana a raté l’occasion de devenir un grand homme.

Une complicité des bailleurs

La France, comme les autres bailleurs de fonds, ne sont pas dupes de la nature dictatoriale du régime de Ravalomanana, mais le cynisme économique n’a que faire de ces questions, le FMI comme la Banque Mondiale misent sur lui pour garantir un pouvoir « stable » et « cohérent », afin que le commerce et les investissements se déroulent dans un « climat et un environnement favorables ».

Ces pays, institutions et entreprises internationaux en sont pour leurs frais ces derniers jours…

Si les émeutiers de ces derniers jours s’en sont pris en premier lieu aux biens et entreprises liés à Ravalomanana, ce n’est guère étonnant. Si les zones franches et centres commerciaux sont pris pour cibles, ce n’est guère étonnant.

Un nombre important d’internautes crient au suicide économique par ces pillages systématiques, il est vrai que Madagascar y va tout droit maintenant. Mais est-ce bien surprenant quand les politiques présentent la pauvreté comme un atout économique à préserver, le moindre coût de la main d’œuvre, l’absence de protection sociale qui rend la vie facile aux zones franches (qu’on appelle vu d’Europe les entreprises délocalisées) ?

Est-ce bien surprenant quand ces mêmes politiques arguant d’un investissement à long terme promet à la location 1.300.000 ha, la moitié des terres cultivables du pays, pour une entreprise privée, le sud-coréen Daewoo, pour une culture de maïs transgénique, toute destinée à la population coréenne ?

Est-ce bien surprenant quant les pillages des ressources minières se font au grand jour ?

Le partenariat privé/public, un empire économique

Populaire avant son accession au pouvoir par sa réussite économique, Ravalomanana n’a pas mis longtemps à confondre ses affaires avec celles de l’Etat. L’innocence des Malgaches n’a d’égal que leur soif de liberté et de vie meilleure, à tel point que lorsque Ravalomanana leur a lancé son slogan « minoa fotsiny » -« croyez seulement“-, ils n’y ont vu qu’une parole messianique qui allait les sortir de cet enfer de la pauvreté, un peu comme le ‘travailler plus pour gagner plus’...

Dès les premiers mois de son mandat, Ravalomanana a mis en place son pouvoir autocratique afin d’étendre son empire économique. Neutralisation de ses amis politiques et diabolisation systématique de ses adversaires.

La terreur instaurée au sein même du gouvernement permet d’écarter toute fuite d’information et toute rébellion contre le système mis en place. Ainsi de la politique du partenariat privé/public, inspiré que du nom du Blairisme, le discours tenu se résumant au fait que le privé et le public doivent travailler la main dans la main pour développer ensemble le pays, toutes les ressources vives de la nation devant contribuer à cet objectif louable de lutte contre la pauvreté.

Il s’agit en réalité d’une fusion du privé et du public, le privé étant dans ce sens les entreprises du Président, de sa famille et de ses amis. Le groupe TIKO se diversifie alors d’une manière impressionnante, ne se cantonnant plus à l’agro-alimentaire. Pratiquement tous les appels d’offre passés par l’Etat Malgache tombent dans l’escarcelle de TIKO Group qui s’étend maintenant dans tous les domaines économiques, de la cimenterie à la riziculture, de la construction au tourisme, de l’abattoir à la limonaderie…

Ainsi, faute d’atteindre Iavoloha, le palais présidentiel, les émeutiers ont rendu cendre l’auditorium de MAGRO (Madagascar Grossiste), entreprise capitale de Ravalomanana qui distribue les denrées alimentaires dans pratiquement tous les coins de l’île.

L’affaire Daewoo

Le coup de force d’Andry Rajoelina d’inaugurer une ‘place du la démocratie’, le 17 janvier 2009, répond à une interdiction de fait. Le défi de la population d’Antananarivo à Ravalomanana est là, celui d’avoir élu un ‘gamin’ de 34 ans à la Mairie de la ville, celui d’avoir répondu à son appel à manifester Place du 13 mai la semaine d’après, le 24 janvier, début de l’escalade.

Car la folie de Ravalomanana est montée d’un cran depuis juillet 2008, période où il a signé la cession des terres malgaches aux coréens de Daewoo. Ce qu’il faut savoir, c’est que Ravalomanana a modifié en profondeur le rapport aux propriétés foncières de l’île.

La location du million trois cent mille hectares à Daewoo intervient ainsi dans un contexte tendu que la création du ministère de la Réforme foncière, des Domaines et de l’Aménagement du Territoire n’a fait qu’aviver…

Pour les Malgaches tenant à la ‘terre des ancêtres’, cette cession aux Coréens est une trahison irréversible du sacré, d’autant plus que Ravalomanana a caché l’affaire à la population, et il aura fallu que le Financial Times vende la mèche. Malgré le démenti gouvernemental et de Daewoo, l’affaire ne passe pas auprès de l’opinion publique, d’autant plus que de grandes quantités de terrain sont déjà cédées dans les régions concernées.

Dans ce climat de confrontation, le 17 janvier donc, le maire inaugure la place de la Démocratie, appelle la population à entamer une grève générale dès le 24 janvier. Il pense refaire le coup de 2002, mais n’a pas assez pesé la situation. Les symboles de l’injustice sont trop nombreuses dans la rue, les étiquettes Tiko sont partout. La population n’attendait qu’un signe pour casser ces symboles et pour se servir enfin…

Lundi et mardi noirs

L’armée refusant d’obéir à Ravalomanana laissa les pilleurs faire leurs boulots pendant deux jours et une nuit. Ce n’est que la nuit du mardi qu’en accord avec le Maire Andry Rajoelina dépassé par les événements qu’elle accepta d’intervenir. Est-ce le signe que Ravalomanana ne dispose plus de la confiance de toute l’armée ? Les deux camps revendiquent en tout cas le mérite d’avoir fait ‘ agir ’ l’armée.

Se posant comme un potentiel président de la République, Andry Rajoelina réclame aujourd’hui un gouvernement de transition et exige d’être à sa tête, démocratie ? Sans programme, sans proposition, sans véritable parti politique, n’est-il seulement porté par une ambition personnelle en accord avec son parcours étrangement semblable à celui de son adversaire Ravalomanana ?

Et qu’en pense la majorité de la population ? Ces derniers jours terribles ressemblent plus à une émeute de la faim d’une population poussée à bout et à un refus de la politique dictatoriale de Ravalomanana qu’à un plébiscite franc à un programme politique précise.

Entre un ultralibéralisme sans contrôle et un désir exacerbé de sortir de la misère, Madagascar se trouve à un tournant – encore une fois de son histoire. Tenu sans scrupule par un réel autocrate, l’île a cette tentation de confier une fois encore son destin à un homme providentiel, Andry Rajoelina s’efforçant d’endosser cette tenue.

Ce drame se déroulant dans le silence coupable de la communauté internationale me semble pourtant être un miroir terrible de notre époque, entre crise alimentaire des peuples et voracité des spéculateurs, entre crise idéologique et collusion du politique et du patronat, l’exemple malgache ne peut que faire réfléchir, même dans ces pays de l’opulence et du progrès, ces pays du chômage et du licenciement, ces pays de la crise financière et de la relance…

Vivant en France depuis plus de quinze ans, exilé me qualifie-t-on souvent comme écrivain, immigré à coup sûr, sans papiers au faciès, originaire d’un pays pauvre, je ne me suis jamais senti autant chez moi que ces derniers temps de casse sociale et de surenchère politique…

A lire aussi sur Rue89 et sur Eco89
‘Madagascar 1947’ : censure d’Etat pour une pièce de théâtre

Ailleurs sur le Web
Plate-forme de l’opposition : Demande d’une nouvelle République, sur Madagascar-Tribune.com
Une interview du maire d’Antananarivo à son élection, sur Sobika.com

Rectificatif 31/1/09 à 18h30 : l’ivoirité est de Bédié, pas de Gbagbo, merci à l’internaute qui l’a signalé.

Photo : manifestation à Antananarivo de partisans du maire de la ville, Andry Rajoelina, le 28 janvier (Rasoanaivo Clarel Fanir/Reuters).

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  • babelito
    • Posté à 17h00 le 31/01/2009
    • Internaute 10269

    bon papier... j’espere que le pays trouvera une solution politique rapidement !

  • Pépé61
    Pépé61
    Enterré vivant
    • Posté à 17h16 le 31/01/2009
    • Internaute 31199
      Enterré vivant

    Quelques analogies avec notre situation : nous avons élu un homme providentiel : Tapavumanana il y a plus d’un an et maintenant, on commensce à s’enfoncer dans la m.... Il fait aussi la confusion entre privé et public, en faisant un usage quelquefois discutable des malheureuses ressources de notre pays en voie de délabrement total. Quel Maire du Palais pourra nous débarrasser de ce roi pas fainéant ?

    • Thekruck
      Thekruck répond à Pépé61
      Terrien
      • Posté à 19h35 le 31/01/2009
      • Internaute 54321
        Terrien

      Très bon papier alliant la pertinence à une superbe écriture. On espère que la grande île va se remettre de ce chaos. Entre cette « guerre civile » et le cyclone qui est venu en rajouter une couche au sud du pays, l’année ne commence pas de la meilleure manière...
      Reste à voir ce que donnera cet Andry s’il succède effectivement à Ravalomanana : on en prend un autre et on recommence la même histoire ? Inch’ Allah comme dirait l’autre...

  • Roger A
    Roger A
    Amoureux de Madagascar
    • Posté à 17h43 le 31/01/2009
    • Internaute 67960
      Amoureux de Madagascar

    Je pense qu’on ne peut pas se faire un point de vue objectif avec ce seul papier vu que vous dites être exilé de l’ancien régime. Je vous invite à visiter un site où vous pourrez vous faire un réel avis sur ce qui se passe sur la Grande île :

    Lien

    C’est un site d’actualité assez sympa avec des témoignages très intéressants. Pas mal de coup de gueule contre la FrancAfrique sarkozienne sur certains articles concernants les ressortissants français ! :)

  • coral
    coral
    étudiante
    • Posté à 18h28 le 31/01/2009
    • Internaute 67967
      étudiante

    Ouille...effectivement, les choses font peur. mais juste une petite précision, l’ivoirité ce n’est pas de Gbagbo - meme si je ne l’aime pas beaucoup - c’est de Bédié. Tu croirais que je me suis enregistrée juste parce que cette erreur m’a choquée ? Et bien c’est le cas. Grosse, grosse erreur.
    Mais bref.
    Je suis scandalisée par cette histoire de terre cédée a Daewoo. Le président a le droit de faire ca ? Je ne crois pas. Les Malgaches ne doivent pas se laisser faire. 1 million d’ha ? Comment peut-on faire ca ?
    Maintenant je comprend. Bisous.

    • Pierre Haski
      Pierre Haski répond à coral
      Cofondateur Rue89
      • Posté à 18h37 le 31/01/2009
        éditeur
      • Journaliste 9
        Cofondateur

      Vous avez raison, c’est corrigé, merci.

  • solstice
    solstice
    pigiste
    • Posté à 19h28 le 31/01/2009
    • Internaute 38451
      pigiste

    Le merdier malgache est l’horreur absolue. Avant la colonisation et la « soviétisation », l’île rouge était prospère, auto suffisante et même capable d’exportation...
    Madagascar a même -avant Jules Ferry- décrété la scolarité obligatoire ET gratuite pour les filles COMME pour les garçons.
    D’énormes possibilités existent encore, mais l’île excite tant de convoitise que l’avenir semble loin d’être rose.
    Un oncle de mon mari a travaillé au collège français de Tana : il a vu défiler tous ces jeunes gens, intelligents et ambitieux. Dès qu’ils arrivent au pouvoir, la gabegie recommence... C’est désespérant car, dans le même temps, les malgaches s’enfoncent dans la misère. Les jeunes élites ont l’art de reproduire les erreurs de leurs pères et nos pires modèles de démocratie dévoyée.

  • Anonyme

    on aurait aimé que l´action récente de la France soit mise en relief, mais peut-être ces infos vous manquent-elles aussi.
    un article tout de même bien clair et complet !

  • Salaves
    Salaves
    Métallo
    • Posté à 19h40 le 31/01/2009
    • Internaute 5988
      Métallo

    Rien que l’histoire de la location des terres suffit pour justifier le départ de l’autocrate au pouvoir. Malheureusement il y a d’autres pays africains qui ont eux aussi loué d’importante portion de leur territoire à des puissances étrangères, dont le Soudan. Voir un article de Politis sur le sujet.
    Sinon pour le reste c’est un peu décourageant, on a vraiment l’impression que les pays africains finissent toujours par sombrer dans la dictature. Même les ceux qu’on croyait très stable et qu’on désignait comme modèle ont fini par avoir leur émeutes et leurs morts, exemple le Kenya.

  • A déménagé le 1-6
    • Posté à 21h40 le 31/01/2009
    • Internaute 61755

    bel article...qui me rappelle le témoignage d’un ami dont le père est franco-malgache de retour sur l’île de ces ancêtres et qui a assisté au « retournement » des morts (de sa famille)...c’était fort émouvant...et ça en disait long sur l’attachement à une terre que des fâcheux privatisent pour un intêret immédiat...merci pour votre humanité...

  • marabbeh
    marabbeh
    au comptoir du café du commerce
    • Posté à 22h46 le 31/01/2009
    • Internaute 20412
      au comptoir du café du commerce

    Merci beaucoup pour ce panorama de la vie politique malgache depuis l’avènement de Ravalomanana. Comme beaucoup, j’ai espéré en lui, mais ça fait mal qu’il ait trompé tout le monde, les malgaches en premier. Du coup je ne suis pas sûr que le salut vienne du maire de Tana.

  • Aka 75
    Aka 75
    Ayaliste et Blanquiste
    • Posté à 23h44 le 31/01/2009
    • Internaute 49380
      Ayaliste et Blanquiste

    Merci pour cet éclairage

  • Cossard
    Cossard
    -iste
    • Posté à 00h46 le 01/02/2009
    • Internaute 67385
      -iste

    Ca commence à me gonfler ces « réfugiés politiques » qui trouvent le temps de cracher à la gueule du pays dans lequel ils vivent confortablement installés.

    Ratskiraka n’a pas été installé au pouvoir par Paris je crois. Et il a été viré du pouvoir il y a quelques années. Alors le grand patriote malgache que vous êtes peut retourner aller écrire ses pièces dénonçant la colonisation depuis Tana, hein ?

    Accessoirement, Ravalomanana est la preuve, entre deux invocations à ses gri-gri et une expulsion de l’ambassadeur français « qui porte le mauvais oeil », que les Malagaches sont bien assez grands pour couler tout seuls leur pays, sans aucun complot néo-colonial derrière.

  • tidinit
    tidinit
    economiste
    • Posté à 05h27 le 01/02/2009
    • Internaute 61147
      economiste

    L’Union Africaine (UA) vient de mettre en garde aujourd’hui Madagascar contre toute prise de pouvoir anti-constitutionnelle. C’est un dilemne. Le système Ravalomanana est pourri à souhait et les nouvelles règles de l’UA ne permettent pas à la rue de reprendre le pouvoir quand le prince se sucre sans arrêt.

    Comme la Guinée et la Mauritanie, l’armée va certainement prendre le pouvoir pour permettre des elections libres et transparentes, si cela est acceptable pour l’UA après quelques négociations. Si les militaires ne tripatouillent pas ces elections, comme d ’habitude.

    Il y a un intéressant parallèle entre la mise à sac de ce pays (mélanger le public-privé au profit des interêts du prince, de sa famille et de ses associés) et la Mauritanie depuis 1978.

    Scandaleux ce « don » de quelques milliers d’hectares à Daewo. Il y a necessité de trouver un système pour rendre les dirigeants indélicats comptables de leurs actes. Comment faire ?

    • oui ben non
      oui ben non répond à tidinit
      • Posté à 05h59 le 01/02/2009
      • Internaute 41968

      Comment faire ?
      Il me semble que les institutions internationales qui financent ces pays devraient avoir un droit de regard sur l’utilisation des fonds détournés par les dirigeants.
      Mais quand on sait comment sont contrôlés les mouvements financiers vers les paradis fiscaux, on peut penser que les escrocs mis en place « démocratiquement », ont encore de beaux jours devant eux...

  • sarkophage_xyz-
    • Posté à 06h42 le 01/02/2009
    • Internaute 24987

    « Même Amnesty International, ..., la retirait des pays à observer prioritairement »
    Et la france ? Amnesty International la place comment maintenant ?

  • Annie Sétoualé
    Annie Sétoualé
    lesblogueries.net
    • Posté à 08h34 le 01/02/2009
    • Internaute 59919
      lesblogueries.net

    Madagascar coule depuis des années dans l’indifférence générale.
    Il y a eu des famines, des cyclones destructeurs, et une situation politique qui s’empirait sans que nos chers médias nationaux ne s’en émeuvent plus que ça.
    L’espoir de 2002 a été trahi.
    Moi qui ait participé aux rassemblements du Barachois (à Saint-Denis de La Réunion) pour faire reconnaître l’élection de Marc Ravalomanana, je me souviens encore de la ferveur de l’époque, et de l’attente énorme qu’il y avait derrière tout ça. « Qu’il est beau notre Président », s’exclamait une dame dans la foule, lors du passage des vidéos des meeting du pays, où il apparaissait éblouissant. Il ne faisait alors aucun doute qu’il était « le chef ». Même si au micro on disait « on le jugera plus tard sur ses actes ». C’était le temps de la joie, des chants, de la fête et de la fin d’une époque - celle de Didier Ratsiraka. On voulait autre chose. On avait autre chose.
    Et puis Madagascar est retombé dans l’oubli.
    Dans les années qui ont suivis, je demandais : alors Mada, ça s’améliore ? . Mouis, on fait des routes me répondait-on du bout des lèvres. Le soufflé était déjà retombé. L’homme providentiel commençait à décevoir.
    En 2006, le voilà réélu. Ben il était pas si nul que ça alors je me dis, grande naïve que je suis. Je suis surprise de lire ici l’histoire de la panne de courant providentielle lors des comptages.
    Ce que nous voyons aujourd’hui, les émeutes, un jeune loup qui veut prendre le pouvoir, c’est le résultat de ce grand navire en déroute. Madagascar se cherche et ne se trouve pas.
    Sans aucun doute avec la complicité comme le dit l’auteur des bailleurs de fond qui se fichent de tout du moment que les affaires continuent. Les affaires doivent donc être en danger, puisqu’on parle de Madagascar aujourd’hui même à la télé nationale.
    Quel gâchis tout ça ! Et pendant ce temps là, ce sont les Malgaches qui trinquent !

  • Aziyadé
    Aziyadé
    typographe-journaliste- (...)
    • Posté à 09h10 le 01/02/2009
    • Journaliste 46132
      typographe-journaliste- (...)

    Très intéressant papier.
    Il me semble avoir rencontré Jean-Luc Raharimanana à un salon du Livre de Bordeaux. Nous avions échangé à propos des émeutes de 1947.
    Dans une autre vie, j’ai étudié l’histoire de la Grande île. « Madagascar à travers la lorgnette coloniale » Etude sur 120 ans de la Revue des Deux Mondes et 20 ans de presse écrite française, illustré de photos d’époque. Qui me valut un 19/20 à ma maîtrise d’Histoire. Le passé aide à comprendre le présent.
    Aujourd’hui les diplômes font de très jolies décorations dans les salons ou plutôt les studios...
    Car j’ai aussi stupide dans le genre que l’ivoirité et la malgachitude 100°/. pour se présenter aux élections. On m’a indiqué que je ne pouvais pas donner des cours sur des pays dont je n’étais pas issue...
    Impossible aussi d’éditer mon travail sur Madagascar pour les mêmes raisons.
    Un petit morceau de ce travail est disponible sur mon site personnel à la rubrique Ecrit :
    Lien
    Mes écrits ( et mes photos)sont aussi disponibles sur le site Viadeo, profil public gratuit :
    Lien
    Car je m’intéresse aussi à la Turquie et à l’évolution de la société française en temps de crise...
    Mais revenons à nos lémuriens ( un petit béguin pour les makis )... La Grande île est touchée par le même phénomène de location de terre qu’en Afrique.
    A ce sujet :
    « La Chinafrique“de Michel Beuret, grand reporter du magazine suisse L’Hebdo chez Grasset.
    L’Afrique et Madagascar, nouvel eldorado asiatique ? ?

    La géopolitique de l’alimentaire.
    La couverture alimentaire est un des enjeux de ce siècle.
    Aurais-je la possibilité d’en dire plus malgré ma couleur de peau, défavorable ... ! ! ! !
    Ah, j’oubliais, je suis aussi journaliste et photographe...
    Pfffffffffff (rire )

  • tidinit
    tidinit
    economiste
    • Posté à 10h58 le 01/02/2009
    • Internaute 61147
      economiste

    Sur le parallèle entre le Madagascar de Ravolomanana et la Mauritanie des Généraux putshistes, cet article ci-dessous est interessant. Publié par un confrère de Rue89 en Mauritanie (Lien). Il paraît que le démarchage du Figaro (voir avant dernier paragraphe de l’article) pour 600.000 euros pour faire la publicité est sorie sur 2 pages dans le Figaro du 31 janvier 2009. Comment justifier la dépense d’une telle somme quand on demande de l’aide et que plus des 3/4 de la population crève de faim ?

    +++++++++++++++++

    Hacena O. Ely signe un contrat de 120 millions $ avec une société fictive
    29-01-2009 

    Il y a deux jours, les média officiels (ou assimilés) annoncent, avec force publicité, la signature, par le ministre des pêches Hacena Ould Ely, d’un contrat d’une valeur de 120.000.000,00 $ avec l’entreprise sud-africaine « Salene Fishing Limited ».

    Joint par Taqadoumy, un expert économique mauritanien émet des vives doutes quant à l’existence de cette entreprise. Pour preuve, il déclare avoir effectué des recherches au niveau de la Chambre de Commerce de Pretoria, sans trouver la moindre trace de Salene Fishing Limited.

    De plus, selon lui, « En dépit de l’importance du montant en jeu (120 millions de dollars), aucune annonce n’est parue dans la presse sud-africaine ; même l’agence de presse officielle n’a pas fait état de la signature de ce contrat ni du voyage du ministre ! ».

    D’ailleurs, d’après cet expert qui a requis l’anonymat : « Malgré des recherches approfondies sur les moteurs électroniques les plus performants, il n’y a pas la moindre trace de cette entreprise sur le web ». Et de continuer : « Il est pour le moins étrange qu’une société de cette taille, capable d’engager des fonds aussi considérables et de signer un contrat avec un État, ne possède pas de site internet. Mieux, son nom n’a jamais été évoqué ni dans une dépêche ni dans un article de presse ! ».

    Autre élément troublant : L’agence Mauritanienne d’Information (AMI, officielle), annonce que le contrat a été signé entre Hacena O Ely et le ministre sud-africain des pêches, dont la dépêche ne donne pas le nom ; or la composition du gouvernement sud-africain ne comprend pas ce portefeuille !

    Et l’expert de conclure : « Etant donné la position sud-africaine très hostile au coup d’état du 6 août dernier, il est peu probable que le gouvernement de ce pays encourage une quelconque forme de coopération économique avec les putschistes ».

    Rappelons que le gouvernement mauritanien a déjà été, par deux fois, objet d’escroquerie du genre :

    A la première, un noceur des boites de nuit d’Abidjan s’était fait passer pour président d’un observatoire international des droits de l’homme. Il avait réussi à se faire recevoir par le Général Ould Abdel Aziz et bénéficier de quelques dizaines de milliers d’euros. L’affaire s’est gâtée suite à sa révélation, par Taqadoumy ; l’escroc se volatilisa quelques minutes avant le début de sa conférence de presse, abandonnant le vice-président du Sénat Mohcen Ould Hadj, tout seul, devant les journalistes, dans la salle des conférences du Novotel Tfeïla !

    A la seconde, un vendeur d’espace publicitaire se présentait au ministre de la communication Mohamed Ould Moïne, en qualité de journaliste du Figaro. Le ministre avait envoyé un courrier à plusieurs entreprises, pour les inciter à acheter des pages publicitaires auprès du démarcheur.

    Là encore, Taqadoumy dévoilait le pot aux roses mais, entretemps, quelques sociétés avaient déjà signé des engagements, pour un montant global de plusieurs centaines de milliers d’euros.

  • tidinit
    tidinit
    economiste
    • Posté à 11h14 le 01/02/2009
    • Internaute 61147
      economiste

    Erreur,

    Il semblerait que pour le Figaro le coût est de 100.000 euros, mais le Point de la semaine passée, c’était 500.000 euros. Mais le total est de 600.000 euros pris de la bouche des affamés. Beaucoup d árgent disparu dans les arcanes de la politique locale pour appuyer la junte et la Banque Centrale manque de devises, entrainant la dévaluation de la monnaie locale très bientôt et l’augmentation conséquente des prix.

  • Henri007
    Henri007
    citoyen
    • Posté à 12h42 le 01/02/2009
    • Internaute 68024
      citoyen

    L’article confirme ce que des Malgaches vivant en Belgique m’ont raconté il y a quelques mois.

    Une autre source d’information :
    Lien

  • Pentelique
    Pentelique
    consultant biotechnologie
    • Posté à 12h50 le 01/02/2009
    • Internaute 28613
      consultant biotechnologie

    Vous ne trouvez pas que le maire d’Antannarivo à une tronche à la Besancenot ? Auraient ils des liens occultes ? ?

  • lemalgache
    lemalgache
    journaliste
    • Posté à 17h13 le 01/02/2009
    • Journaliste 68011
      journaliste

    Et oui voilà maintenant QUI va pouvoir dénouer cette situation ? Le jeune Andry Rajoelina semble encore un peu tendre pour l’instant et Le crocodile Ravalomanana ne va certainement pas lâcher le morceau aussi facilement.On se dirige tout droit vers une guerre civile si personne ne veut reculer ou négocier.Mais comment discuter avec un dictateur tel que ce président qui prend Madagascar pour sa propre entreprise et qui refuse toute forme de démocratie. Je plaints les pauvres malgaches qui n’en demandent pas tant. Quant aux organisations internationales qui distribuent leurs millions de dollars en veux tu,en voilà.Elles sont subitement devenues muettes alors que ça sentait le soufre depuis plus de 6 mois.Je ne les félicite pas ! Tout comme je ne félicite pas le gouvernement français qui n’a même pas réagi lors de l’expulsion de notre ambassadeur Gildas Le Lidec en juillet dernier .

    • Cossard
      Cossard répond à lemalgache
      -iste
      • Posté à 21h27 le 01/02/2009
      • Internaute 67385
        -iste

      Le gouvernement a répondu puisqu’il n’a nommé aucun autre ambassadeur.

      Et il est assez clair que Paris garde une neutralité bienveillante envers Rajoelina. Le strict minimum a été fait pour Ravalomanana et faut qu’il compte être accueilli ici quand il sera détrôné.

  • SuperAlAmAs-
    SuperAlAmAs-
    Don Quichotte
    • Posté à 01h16 le 02/02/2009
    • Internaute 65608
      Don Quichotte

    encore une mini révolution... la rumeur augmente... ce président Tiko ne afit q’appliquer les cours du capitalisme sauvage ( et par qui a t il été soutenu lors de soninvestiture ?) : en fait il est d’une grande « corporation »... Mais apparment l’idée du corporatisme ne plait pas au peuple même les plus opprimés et soumis...

  • SuperAlAmAs-
    SuperAlAmAs-
    Don Quichotte
    • Posté à 01h18 le 02/02/2009
    • Internaute 65608
      Don Quichotte

    Remarque général : l’idée des « votes » truqués est tout de même un spectre récurant dans bcp de démocraties...

  • rafrances
    rafrances
    ...
    • Posté à 06h41 le 02/02/2009
    • Internaute 54016
      ...

    Monsieur,
    Ne doutant pas de vos connaissance sur le sujet, je me permet juste de soulever un point sur lequel une plus grande vigilance semble de mise.
    L’affaire Daewoo fait couler beaucoup d’encre, à tel point qu’elle semblerait être un très bon argument pour l’opposition. De source de sure, on parle de 1, 3 million hectare prospecté et non pas loué, ce qui vous pouvez l’admettre et loin d’être la même chose. Comment peut on une seule seconde croire à l’exploitation d’une telle surface ? Gardons un peu de réalisme...
    Tiens, du maïs ! ! ! ! ! Encore une fois, un peu de réflexion, la zone concernée est aride... En sachant que le maïs est très gourmand en eau, nous pouvons sérieusement douté de la vraisemblance d’un tel projet. Certains parle de jatrofa, là aussi, le doute est plus que permis....
    « L’armée refusant d’obéir à Ravalomanana... » Là aussi, vigilance ! ! Les pilleurs ont attaqué Magro, mais pourquoi pas Tiko ? Personnellement, si l’on veut s’attaquer symboliquement au président, c’est plutôt Tiko que l’on va bruler non ?
    Monsieur Rajoelina se veut représentant du peuple malgache, il a aujourd’hui perdu énormément de crédibilité. Il est l’élu du peuple tanarivien et presque inconnu pour le reste de la population. Vouloir être porte parole pour dénoncer des abus et dérives du gouvernement est certainement une très bonne chose, Madagascar en a besoin. Mener le pays dans le chaos par cupidité et manque de pragmatisme en est une autre.
    Aujourd’hui, lundi, 8 h 35, la vie reprend son cour, les commerces ouvrent, les ministère semblent faire de même, signes d’un mouvement qui s’essouffle...
    Merci pour la qualité et l’objectivité de votre article, la presse en manque cruellement ! ! !

  • wochgalette
    • Posté à 11h10 le 02/02/2009
    • Internaute 22077

    Je reconnais là la plume incisive et juste de Jean-Luc Raharimanana.
    Son analyse claire de la situation nous renseigne sur bien des aspects de la réalité de Madagascar mais elle ouvre aussi sur un contexte international. Il me semble qu’une présentation un peu plus large, de la part des médias, de la situation internationale nous ferait voir de façon troublante le mouvement de colère qui traverse la planète et qui trouve son origine dans les oppositions que présente fort justement Jean-Luc à la fin de son article : « Ce drame se déroulant dans le silence coupable de la communauté internationale me semble pourtant être un miroir terrible de notre époque, entre crise alimentaire des peuples et voracité des spéculateurs, entre crise idéologique et collusion du politique et du patronat, l’exemple malgache ne peut que faire réfléchir, même dans ces pays de l’opulence et du progrès, ces pays du chômage et du licenciement, ces pays de la crise financière et de la relance… »
    Prendre conscience de cela nous permet précisément de dépasser le regard « exotique » que nous pouvons avoir sur les conflits qui secouent la Thaïlande, la Guadeloupe, le Congo etc...