François, « G », Cécilia... : le spectacle de la politique
Y aurait-il deux France ? L’une dans laquelle le président de la République placerait la France dans une quasi- » logique de guerre » avec l’Iran ou traiterait des grands dossiers économiques ou sociaux. Et l’autre dans laquelle on donne en pâture à l’opinion les histoires de cul de la classe politique, toutes tendances confondues ?
Une nouvelle fois se pose la question de la frontière entre vie publique et vie privée. Tout le monde s’en rend bien compte : nous avons changé d’époque. Certes, il n’y a rien de bien nouveau sous le soleil : à l’exception de De Gaulle et peut-être de Jacques Duclos, les vies cachées de nos hommes politiques (et maintenant de nos femmes politiques) sont peuplées de maîtresses, voire de familles parallèles. Sans remonter au Président Félix Faure (oui, celui de la station de métro parisienne) mort dans les bras de sa maîtresse Marguerite en 1899 !
Ce qui serait nouveau, c’est qu’on en parle ? Les journalistes français qui se sont tus lorsque Giscard découchait de l’Elysée -c’est la presse américaine qui avait révélé un malencontreux accident de voiture présidentielle, à l’heure du laitier...-, ou pour la double vie de Mitterrand, se mettraient aujourd’hui à « tout dire » ?
Il faut l’écrire vite... Comme le faisait remarquer un confrère britannique pendant la campagne électorale, aucun journaliste français n’a osé demander à Nicolas Sarkozy quel serait le statut de son épouse en cas de victoire, voire même si elle serait toujours là.
La question, on le voit tous les jours, se pose pourtant. De même, il a fallu attendre le soir du deuxième tour des législatives pour savoir que Ségolène Royal et François Hollande ne formaient plus un couple, et que la dégradation de leur relation avait plombé la campagne socialiste, ce que tous les journalistes politiques et les dirigeants du PS savaient.
Ce sont là des sujets de vie privée qui ont incontestablement un impact sur la vie politique -et même internationale, lorsque l’épouse du Président rencontre Kadhafi ou snobe George W. Bush. Donc pas de fausse pudeur, il est des moments où la vie privée de nos dirigeants ou de ceux qui aspirent à le devenir est aussi notre problème.
Mais où se situe la frontière ? A partir de quel moment la franchit-on pour entrer dans le domaine, malsain, de l’intrusion dans ce qui devrait rester privé ? Arrivant un soir récent chez des amis, membres du PS, je découvrais chez eux LE numéro de Closer avec les photos de François Hollande en vacances au Maroc avec sa nouvelle compagne. Je dois avouer que je me suis précipité pour voir, comme les 800 000 acheteurs de ce numéro dont les profits dépassaient par avance la condamnation en justice...
Le lendemain, de quoi parlait-on dans le « tout-Paris » et sur les blogs ? De l’identité du fameux « G » de Yasmina Reza, de ce dirigeant socialiste au destin national contrarié, que la romancière met soigneusement en scène en rival de Sarkozy avec toutes les ambiguités possibles. Un tel « secret » d’alcôve ne met pas longtemps à sortir et à faire jaser...
Sans parler évidemment de notre couple présidentiel lui-même, un jour dans les pages de politique internationale, l’autre à la couverture des magazines à scandale, « photoshopés » et starisés, jouant un jeu cynique consistant à se mettre en scène... et à s’offusquer quand on veut que ça s’arrête.
Toutes ces affaires qui transforment la « politique-spectacle » en spectacle de la politique, font de chacun d’entre nous, journaliste ou simple citoyen, un voyeur. C’est dégradant. Pas question, pourtant, ni de revenir au secret d’antan seulement partagé par une élite privilégiée, ni de faire signer des voeux d’abstinence à ceux qui voudraient se lancer en politique. Difficile, aussi, de trouver le moyen de dépasser une posture morale bien commode.
Reste donc un sacré malaise, en cette rentrée 2007 qui ne manque pourtant pas de « vrais » sujets de débats et de bagarre.
De Gaulle avait coutume de dire que « la politique de la France ne se fait pas à la corbeille » , c’est-à-dire à la Bourse. Aujourd’hui, c’est dans les rubrique people qu’elle se fait, et on ne peut pas dire que ce soit un grand progrès.
Pierre Haski
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http://ehim.over-blog.com
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Tout ceci montre bien à quel degré de bassesse la politique est tombée dans ce pays.
On a eu la République des Brigands, et celle des Cyniques, on a maintenant celle des courtisan(e)s.
La cote des gouvernants ne se mesure même plus à la Bourse mais dans les torchons imprimés qui circulent même (et peut-être surtout) chez les bobos.
On a là un microcosme qui s’observe, se piège, s’auto-congratule, s’entre-déchire, se délecte des aléas de la vie de couple de tel ou tel, bref une espèce d’aristocratie décadente pour laquelle le bonheur de la collectivité nationale et surtout celui des petites gens n’est qu’un souci lointain par rapport à celui de leur aisance au quotidien. Comme avant 1789.
On n’a plus qu’à attendre une prochaine nuit du 4 août... comme en 1792. Tiens, pourquoi pas 2012, ça ferait un chiffre rond pour fêter ça !
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