A debattre 22/01/2009 à 21h02

Kerviel et la Société Générale : le dernier combat

Sophie Verney-Caillat | Journaliste Rue89



Jérôme Kerviel et son avocat Francis Tissot à Paris le 22 janvier (John Schults/Reuters).


L’affaire Kerviel est sur le point d’entrer dans une nouvelle étape et chacun campe sur ses positions : l’ancien trader continue de mettre en cause sa hiérarchie et la Société Générale attend réparation du préjudice, 4,9 milliards d’euros. Ultime coup de théâtre ce jeudi, une vraie-fausse interview dans le Parisien. Jérôme Kerviel y affirme :

« On cherche à me faire passer pour un dingue (...) J’ai le sentiment d’une instruction sponsorisée par la Société Générale. (...) Je veux bien reconnaître ma responsabilité mais je veux aussi qu’il soit dit à mes supérieurs hiérarchiques qu’ils ont fauté. Je ne leur souhaite pas d’être incarcérés mais je veux qu’ils reconnaissent qu’ils ont commis, eux aussi, des erreurs. »

Difficile de dire crédit accorder à ces propos puisque Jérôme Kerviel a déclaré à l’AFP quelques heures plus tard :

« Je n’ai jamais donné d’interview. Ce sont des phrases sorties de leur contexte, des morceaux mis bout à bout. Ce qui est déclaré dans ce journal n’est pas ma vérité. »

Une affaire dans l’affaire, qui renvoie au débat sur le « off » entre un journaliste et son interviewé. En fait, ces propos auraient bien été accordés à la journaliste du Parisien Elisabeth Fleury, mais comme l’explique Dominique de Montvalon, directeur adjoint de la rédaction :

« Il ne s’agit effectivement pas d’une interview mais du fruit de six longs entretiens espacés au cours des dernières semaines. »

Cinq ans de prison et 4,9 milliards à rembourser

Quelle que soit la crédibilité (ou le sens) à accorder à ces déclarations, l’ultime confrontation entre le trader et son supérieur hiérarchique direct Eric Cordelle ouvre une nouvelle étape. La phase d’instruction est sur le point de s’achever et les deux parties campent sur leurs positions et se victimisent.

Maître Dupond-Moretti, l’un des avocats de Kerviel, a déclaré à l’AFP la sortie de la confrontation :

« La confrontation s’est bien passée. Elle a pour but de démontrer que Jérôme Kerviel est aujourd’hui bien seul, que les chefs (de la Société Générale, ndlr) n’ont pas exercé leur fonction de chef et pas contrôlé ce qu’ils devaient contrôler. »

La stratégie du trader est de démontrer que la banque « savait un certain nombre de choses », selon son avocat.

La banque a déjà été sanctionnée en juillet dernier par la Commission bancaire pour des « carences graves du système de contrôle interne » qui ont permis la fraude. L’autorité de contrôle du secteur bancaire a condamné la Société générale à une amende de 4 millions d’euros.

Péril

La fraude a été découverte en janvier 2008, et la banque a alors pu se recapitaliser à hauteur de 5,5 milliards d’euros. Mais « si on avait découvert la fraude deux mois plus tard, l’entreprise aurait pu être en péril car elle serait tombée en pleine crise de liquidités et il y avait un risque alors que la banque ne puisse pas reconstituer ses fonds propres », estime Jean Veil. Le trader aurait donc vraiment pu faire tomber la SoGé ?

Reste que les 4,9 milliards d’euros de pertes dues aux positions prises par Jérôme Kerviel sur les marchés à terme ont bel et bien disparu, au détriment des actionnaires et des salariés de la banque. Aujourd’hui, Jean Veil, l’un des trois avocats de la banque, interrogé par Eco89, se scandalise

« cet homme mis en péril 130 000 emplois et qu’il continue de ne pas vouloir admettre ses responsabilités. »

Une fois l’instruction achevée, Jérôme Kerviel sera renvoyé devant la justice pénale. Il risque cinq ans de prison. Pour l’avocat, il n’y a pas de doute que le trader est seul responsable :

« Il a avoué les faits, a pris des positions non couvertes, ce sont des fautes pénales, il a menti à sa hiérarchie. »

S’il y a de grandes chances que le trader échappe à la prison, il devra compter avec une lourde dette. La Société Générale attend aujourd’hui, explique Jean Veil

« le remboursement du préjudice subi, c’est-à-dire les 4,9 milliards d’euros perdus... et on oubliera les intérêts. »

Boutade, tant il sait que cette somme est impossible à rembourser pour un seul homme, aussi médiatique soit-il.

Lire aussi : les autres articles de Rue89 sur l’affaire Kerviel

Photo : Jérôme Kerviel et son avocat Francis Tissot à Paris le 22 janvier (John Schults/Reuters).

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  • padiran
    padiran
    Chroniqueur Grolandais
    • Posté à 23h30 le 22/01/2009
    • Internaute 5159
      Chroniqueur Grolandais

    Kerviel, comme tout tradeur sur les places boursières est un addictif du jeu.
    Ce matin sur Fance-Info il déclarait vouloir revenir au plus vite sur les marchés. Je pense que ce souhait devrait être examiné à la loupe par un psychiatre car cet homme est dangereux pour lui et pour les autres.
    Existe t’il un verrouilage « actionnaire » dans le jeu de la bourse pour ceux qui confient leurs économies à ce type d’invidu, qui plus est non encadré par des hierarches aveugles et sourds tant que le malade leur rapporte du blé.
    Confier son argent à un hopital psychiatrique, drôle d’idée, n’est il pas !

  • BILOU
    • Posté à 07h51 le 23/01/2009
    • Internaute 9373

    Posons le problème différemment et si JK avait fait gagné 5 Mds€ à la SG, comment aurait-elle réagi ?
    En effet, il est difficile de croire que JK ait pu « jouer » de manière si éhontée sans que la hiérarchie s’alarme outre mesure. De plus, la liquidation des positions prises par Kerviel s’est effectuée dans le secret rendant suspect les déclarations de la SG qui était réputée dans le monde pour son contrôle des risques.

    • Sophie Verney-Caillat
      Sophie Verney-Caillat répond à BILOU
      Auteur(e) de l'article Journaliste Rue89
      • Posté à 10h40 le 23/01/2009
        rédacteur
      • Journaliste 50753
        Journaliste

      C’est en partie la défense de Kerviel : tant qu’il gagnait et faisait gagner sa banque, personne ne s’inquiétait.
      Notons au passage que la SoGé termine l’année 2008 avec un bénéfice de 2 milliards d’euros. Ce qui fait dire à certains commentateurs que Kerviel aurait in fine fait du bien à sa banque !

  • Pépé61
    Pépé61
    Enterré vivant
    • Posté à 10h00 le 23/01/2009
    • Internaute 31199
      Enterré vivant

    Ben voyons, il doit rembourser, le malhonnête. Il ne reste plus qu’à mettre les 5 milliards paumés au compte des recettes à percevoir pour améliorer les résultats de la Société Générale afin que le Bouton puisse recevoir son bonus l’an prochain, en compensation de celui de cette année.

  • ecocool
    ecocool
    etudiant
    • Posté à 10h11 le 23/01/2009
    • Internaute 63065
      etudiant

    Bien informé dans le milieu, je peux vous dire que pratiquement chaque banque a un ou quelques Kerviels, et que leurs prises de position sont contrôlées de près, et surtout approuvées par les dirigeants. Mais voilà, le casino ne gagne pas à tous les coups.

    • gabriel12
      gabriel12 répond à ecocool
      Etudiant
      • Posté à 16h20 le 23/01/2009
      • Internaute 42226
        Etudiant

      « Bien informé dans le milieu » et étudiant, j’aimerais bien savoir d’où vous sortez ces informations ! Je n’en crois pas un mot. Évidemment que certains traders ont droit à des positions largement supérieures à d’autres mais ce sont les plus expérimentés et non le dernier des nazes comme ce cher Jérome... De plus, ils ont des portefeuilles beaucoup plus gros, mais pas 50 milliards non plus (soit plus du triple de sa capitalisation actuelle, le double de ses capitaux propres, et 5% de son bilan ! ! ! ! !)
      Ne racontez pas n’importe quoi monsieur ecocool ! !

      • Lepere_Spicace
        Lepere_Spicace répond à gabriel12
        chômeur
        • Posté à 17h38 le 23/01/2009
        • Internaute 65043
          chômeur

        50 milliards ... Une banque comme la Société Générale n’aurait pas été au courant des faits et gestes de JK ! ! ? ... Et L. Parisot ne savait pas pour le scandale UIMM ...

  • Bruno Rèbufie
    Bruno Rèbufie
    Logisticien
    • Posté à 12h23 le 23/01/2009
    • Internaute 3870
      Logisticien

    En dehors du fait que le fait qu’un homme, qu’il soit contrôlé ou non, puisse jouer avec de telles somme me parait moralement indéfendable, l’article du parisien n’est pas net.

    Même si JK s’est entretenu à plusieurs reprises avec la journaliste, en off, retranscrire les propos sous forme d’une interview, en collant divers morceaux de ces entretiens est, pour moi, du bidonnage.

    Je trouve ça vraiment limite.

  • parousnik
    • Posté à 12h30 le 23/01/2009
    • Internaute 18991

    Si Kerviel est coupable le Bouton son pdg l’est d’autant... mais ce dernier pour se faire oublier charge et tire sur l’ambulance...et se fait blanchir par une justice aux ordres ...dans l’affaire de blanchiment agravé dans lequel lui et la société générale était poursuivi...

  • Keldan
    Keldan
    Now future & karpe diem
    • Posté à 16h11 le 23/01/2009
    • Internaute 5164
      Now future & karpe diem

    Mais bien sur, le mec fait mumuse avec 5 milliards, et personne n’est au courant.
    Et le mec au guichet, le soir, il prend 5 000 balles dans la caisse et va jouer au casino...

    Quoi qu’après avoir vu le film Trader, je pourrais penser que c’est possible, mais je ne sais pas où se situe la limite entre réalité et fiction dans ce film.

  • le_luron
    le_luron
    Consultant
    • Posté à 17h13 le 23/01/2009
    • Internaute 63316
      Consultant

    Le scénario le plus probable dans cette affaire est que les dérapages de Kerviel étaient connus et couverts par sa hiérarchie, du moins la plus proche, et jusqu’à une certaine date, puis que Kerviel a dérapé hors de tout contrôle dans les dernières semaines, enivré par ses énormes profits potentiels.
    Ce scénario expliquerait les positions défendues par les parties au procès actuel, la réaction brutale de la Socgen en janvier 2008, les arguments des avocats de la SocGen.
    Les deux autres hypothèses sont invraisemblables, à savoir que la Socgen ne savait rien (cela fait rire n’importe quel professionnel des marchés) ou que la SocGen savait tout début 2008 (elle aurait réagi devant l’ampleur des risques, surtout après les événements d’août 2007).
    La période charnière doit probablement se situer à l’automne 2007...

  • pier31
    pier31
    reprendre la main
    • Posté à 20h53 le 23/01/2009
    • Internaute 64394
      reprendre la main

    il faut juste imaginer que 5 millions de personnes au smic travaillent un mois pour réaliser de ce dont on parle !

  • jma14
    • Posté à 22h38 le 25/01/2009
    • Internaute 31729

    Chères journalistes,

    Il serait peut-être bien de préciser que ce n’est pas Kerviel qui a perdu 4.9M, mais la société générale.

    Le plus bête des traders vous dira que tant que vous ne sortez pas d’une position, vous n’avez rien perdu et rien gagné.
    Qui est sortie de la position ? La société générale toute seule après avoir viré Kerviel, la semaine qui a suivi !

    En aucun cas ce dernier peut-être tenu responsable d’être sortie. La société générale n’avait qu’à attendre une remontée du cours. C’est ce que vous disent les banquiers quand vous leur demandez s’il faut vendre : « Ah ah ah, mais non, mon bon monsieurs sur 10 ans la bourse remonre toujours ! »