tribune 11/01/2009 à 14h11

Les paradis fiscaux à l'ombre des grandes banques

Michel Koutouzis | Consultant

En entrant dans le capital des grandes banques, les Etats semblent participer non plus au sauvetage des institutions financières mais à leur restructuration, renforçant les responsables de la crise sans chercher à assainir le système.



A l’entrée du quartier général de la Commerzbank AG à Francfort, le 31 octobre 2008 (Kai Pfaffenbach/Reuters).


Les nouvelles se ressemblent mais en apparence seulement : Berlin entre dans le capital de la Commerzbank à hauteur de 25% de son capital, l’OCDE annonce que les banques auront besoin de nouveaux fonds aussi longtemps qu’elles ne seront pas débarrassées de leurs avoirs « toxiques », la Bank of China a perdu en un jour 5,6% de sa valeur dès lors que UBS se retire de son capital tout comme Li Ka Shing, magnat de la finance hongkongaise. La Bank of Scotland (elle-même en difficulté) pourrait en faire autant.

Les nouvelles se ressemblent mais en apparence seulement. Car désormais l’Etat semble participer non plus au sauvetage des institutions financières mais à leur restructuration. Cela avait été la première vision du plan Paulson, en ligne droite de l’orthodoxie néolibérale financière.

Sans vouloir se perdre dans les détails des fusions acquisitions, Berlin ne fait que faciliter l’achat de la Dresdner Bank par la Commerzbank. Il semblerait que le parti-pris du moment est de se débarrasser du plus grand nombre d’institutions financières petites et moyennes, et de ne laisser que quelques géants à chaque pays.

Les Etats renforcent les responsables de la crise

Or, une des raisons de la crise actuelle, c’est justement le rôle joué par ces géants (City Bank, UBS AG, Bank of America, etc) dans l’élaboration de produits toxiques, le rôle joué par leurs succursales dans les places offshore et la difficulté de les contrôler. Ainsi, l’Etat, s’engage dans un processus de renforcement non pas d’une solution mais du problème lui-même, tandis que les institutions bancaires intermédiaires et petites, qui ne régissaient souvent que les comptes courants, se meurent sans que personne ne s’en soucie.

Les autres victimes de cette restructuration semblent être les institutions financières gérant des clients hyper fortunés. Mais dans ce cas les victimes, a priori, ne seront pas à plaindre. Et pourtant. La perte de plusieurs milliers de milliards pose problème. Apparemment déconnectés de l’économie réelle, ils étaient en fait utilisés pour les produits « gris ». Ceux qui, à travers le marché obligataire, les « one perpus compagnies », les « hedge fonds », les « trusts » et leurs produits dérivés, transformaient les places offshore en machines d’investissement pour les pays émergeant et du tiers-monde, sous la forme certes contestée de panachage d’argent légal et illégal, à travers des opérations financières, visant une réinsertion globale. Ce marché s’effondre littéralement. Ainsi, non seulement la confiance interbancaire freine le crédit classique, mais aussi la place offshore cesse de financer par ses « produits d’insertion ».

Interdire à ces banques d’utiliser les places offshore n’est pas envisagé

Des pays comme la Malaisie, la Thaïlande, la Turquie, le Mexique etc, se voient amputés d’une manne qui, tout en étant suspecte de procédures de blanchiment et de fraude fiscale, n’était pas moins un outil de développement.

On pourrait considérer, naïvement, que cela participe à l’assainissement du système financier. On aurait tort. En effet, une fois encore on déclare qu’il faut en finir avec les places offshore, chose impossible. Mais ce qui est possible, interdire aux grands groupes financiers de s’installer et d’agir au sein de ces places, on s’abstient même d’y penser.

A très court terme, des banques géantes vont désormais remplacer les institutions « du deuxième étage » -toutes ces petites banques des îles Caïman, de Vanuatu et de centaines d’autres places-, contrôlant et monopolisant l’économie grise, qui sera autant plus difficile à combattre.

L’expérience montre que dès lors qu’on identifie des pratiques de ce genre chez les géants, à commencer par City Bank, on baisse les bras. Au moins, les « International Business Corporations », les enfants chéris des places offshore étaient des proies relativement faciles… si un jour la volonté politique s’affirmait.

Photo : à l’entrée du quartier général de la Commerzbank AG à Francfort, le 31 octobre 2008 (Kai Pfaffenbach/Reuters).

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  • léo solo
    • Posté à 14h50 le 11/01/2009
    • Internaute 2483

    « Paradis fiscaux, la grande évasion ». de Frédéric Brunnquell

    bon film.

  • léo solo
    • Posté à 14h51 le 11/01/2009
    • Internaute 2483

    Lien

    bon site.

  • léo solo
    • Posté à 14h53 le 11/01/2009
    • Internaute 2483

    « Louise Michel »

    autre bon film
    avec Denis Robert dans un rôle de composition
    où à Jersey, il confirme
    son courage

  • léo solo
    • Posté à 14h56 le 11/01/2009
    • Internaute 2483

    Membres de la plateforme paradis fiscaux et judiciaires :

    Amnesty International - Attac France - CADTM France (comité pour l’annulation de la dette du tiers-monde) - CCFD (comité catholique contre la faim et pour le développement) - CRID (centre de recherche et d’information sur le développement) - Droit pour la justice - Eau Vive - Fédération de l’Entraide Protestante - Oxfam France Agir ici – Réseau Foi et Justice Afrique Europe - Secours catholique Caritas France - Sherpa - Survie - Transparence International France.

    bonne plaquette d’information
    (voir site attac france)

  • léo solo
    • Posté à 14h57 le 11/01/2009
    • Internaute 2483

    Départ de
    Monaco

    étapes en
    Andorre
    et en
    Suisse

    bon Tour de France

    en 2009
    vélo
    rime avec
    EPO
    et
    paradis fiscaux

  • ag_
    ag_
    Etudiant
    • Posté à 15h17 le 11/01/2009
    • Internaute 64758
      Etudiant

    Et pourquoi on ne nationaliserait pas les banques ? Les Etats sont obligés de les aider sur le dos des citoyens car indispensables ? Alors pourquoi ne pourrait-on pas prendre leur contrôle direct ?

    • pablico
      pablico répond à ag_
      À la porte d'un sourd, 
un jour (...)
      • Posté à 16h23 le 11/01/2009
      • Internaute 14278
        À la porte d'un sourd, 
un jour (...)

      cela c’est bruler ce que l’on a adoré...
      et adorer ce que l’on a brulé.

      et comme ce sont les même dirigeants, ils pensent qu’en éteignant le feu, cela va encore marcher.

      et nous on regarde...on critique ; ; on s’étonne..., et l’on ne peut rien faire ..

      on peut voter pour des politiques, mais rien n’est prévu pour ’ l’économique’ global. l’économie globale n’est pas démocratique...(ne jamais oublier)

      On est déformé par notre vision démocratique, qu’on en oublie que l’on vit dans un monde d’argent qui ne l’est pas du tout...l’anarchie existe : c’est ce monde ! !

    • désinscrit-
      désinscrit- répond à ag_
      • Posté à 16h55 le 11/01/2009
      • Internaute 736

      Et pourquoi on ne nationaliserait pas les banques ? Les Etats sont obligés de les aider sur le dos des citoyens car indispensables ? Alors pourquoi ne pourrait-on pas prendre leur contrôle direct ?

      T’es dingue, ça couterait un pognon fou à nos impôts et puis le public ça perd de l’argent (tu te rends compte la dette va exploser si on nationalise), puis ça paye des fonctionnaires qui branlent rien. T’imagines que des contrôleurs de traders, par exemple, ne verraient surement pas des opérations interdites si ils étaient fonctionnaires.
      ....

      Non vraiment c’est une réflexion de gôôôchistes qui comprend rien ça ; -)

      • richy
        richy répond à désinscrit-
        • Posté à 21h16 le 11/01/2009
        • Internaute 38388

        tant qu’a payer un crédit, autant que ce soit pour quelque chose dont le pays aurais le controle !
        actuellement sarko a (donné preté) notre argent et surtout celui de nos enfants (car cet argent n’est que de la dette la france n’ayant bien évidemment pas les moyens ! !)
        pour l’heure nous n’avons aucun moyen de controle sur notre argent ! !
        pour ce qui est des personnels que l’entreprise soit publique ou privée, les personnels sont les mémes !
        quand a controler les traders et autre parasites,il serait plus efficasse de les éliminer purement et simplement et de se servir de leurs rémunérations pour faire travailler des gens compétents avec peu de dossiers ce qui engendrerais moins de risques !
        comment peut on confier autant d’argent a des peignes cul , a moins d’étre soi méme incompétent
        quand on voi la chaine qui a ammené a l’affaire kerviel, on se rends compte que PERSONNE n’était capable de comprendre ce qui se passait,
        pour qui a suivit l’affaire ,c’est allucinant d’incompétence du plus haut au plus bas de l’echelle et tout laisse a penser que dans l’ensemble de la finance les choses se passent de la méme maniére !

         
        • désinscrit-
          désinscrit- répond à richy
          • Posté à 21h42 le 11/01/2009
          • Internaute 736

          Je sais bien, d’où mon ton à peine caricatural, c’est les arguments avancés par les droââtistes opposés au mot « public » avant la crise.

          Maintenant ils disent ; « ça aurait été pire si les banques avaient été publiques ! ! » : -D
          Les pompiers pyromanes c’est toujours dur à comprendre ! !

        1 autres commentaires
      • ag_
        ag_ répond à désinscrit-
        Etudiant
        • Posté à 17h07 le 14/01/2009
        • Internaute 64758
          Etudiant
      • ag_
        ag_ répond à désinscrit-
        Etudiant
        • Posté à 17h09 le 14/01/2009
        • Internaute 64758
          Etudiant

        je m’y attendais même pas aux attaques du droitier qui écrit de la main gauche…-ça c’est l’habitude en cours : D- ça doit être de trop regarder la télé… ;)
        Donner 380 milliards, d’accord seulement vingt directs, soit seulement 1 700 000 années de SMIC environ, c’est pas mettre de l’argent par les fenêtres ? . Par conséquent on paye deux fois : par les impôts et par ce que les banques nous prélèvent… C’est pas la caractéristique d’une Entreprise d’Etat (bouhh le méchant soviétique) ? ? ? Alors on devrait nationaliser less banques plutôt que de créer de l’argent qui nous enfonce encore plus dans la crise ? Au moins s’il y avait une crise due à des banques publiques, on saurait ce qu’il faut faire : voter autrement la prochaine fois…

  • Pépé61
    Pépé61
    Enterré vivant
    • Posté à 18h06 le 11/01/2009
    • Internaute 31199
      Enterré vivant

    Qui peut croire qu’avec les mêmes personnes, on s’y prendra autrement demain dans la manipulation des capitaux ? Les organigrammes des établissements financiers ont-ils été révisés depuis le 15 Septembre ? En dehors des banques qui ont déposé leur bilan, ou des escrocs types Madoff, ce sont toujours les mêmes qui tirent les ficelles, et sur les capitaux des états venus à leur secours.
    Les actionnaires vont vouloir se refaire le plus vite possible, et tous les moyens seront bons pour y parvenir, comme avant. Et en prime, chez nous, on va limiter les risques judiciaires pour les prévaricateurs de haute volée. Et on est surpris que voir que les résultats des sondages font part d’un niveau pessimisme encore jamais atteint.

  • richy
    • Posté à 20h29 le 11/01/2009
    • Internaute 38388

    la question que je me pose :
    les banque travaillaient dans le cadre des accords de 1946,

    no limit
    personne ne dit(seules quelques personnes le savent) ou elles en sont actuellement, c’est le trou noir de l’économie,qui risque de l’absorber d’un coup est il 1000 fois plus gros que l’ensemble de l’économie rééle par exemple ?
    et personne ne peu quitter la table car comme au pocker il faut payer avant de sortir !
    de plus l’argent actuellement mis par les états ne sert il pas a combler les trous effectués dans les paradis fiscaux ?

  • padiran
    padiran
    Chroniqueur Grolandais
    • Posté à 22h54 le 11/01/2009
    • Internaute 5159
      Chroniqueur Grolandais

    La refondation du capitalime, rien moins que ça ! Apès les armateurs voyous, les patrons voyous, nous avons eu droit aux capitalistes voyous de la part de notre omniprésident. Il a été même question de refaire un « bretton woods » pour assainir le capitalisme.
    Qu’a t’on vu ? Les etats à grands renfort de maillets et de pinoches tenter de colmater les fuites du libéralisme. Les plans se multiplient à grand coup de milliards d’euros et de dollards pour sauver le système. La réforme du système, Késako ? Il n’y a nul part dans ce bas monde quelqu’un qui oserait l’évoquer à part notre Président bien aimé qui fait des moulinets pour faire croire qu’il existe. Dormez bien braves gents, vos économies vont croitre et se mutilplier bientôt, mais en serez vous bénéficiaires, cela est une autre question.

  • Simmon
    • Posté à 07h50 le 12/01/2009
    • Internaute 65374

    Pour un français qui ne réside pas dans son pays, et pour un étranger, la France présente, hormis le secret bancaire, presque tous les avantages d’un paradis fiscal.
    Les Pays-Bas n’impose pas, pour un résidant issu d’un pays de l’Union Européenne, la déclaration du patrimoine détenu dans son propre pays.
    Un français peut donc faire le choix de deux paradis fiscaux.
    En Belgique, un non résidant ne fait l’objet d’aucune
    imposition sur la « fortune » et les plus-values des placements
    mobiliers ne sont pas soumises à l’impôt.
    Seuls les dividendes sont imposés par forfait libératoire.
    L’ouverture d’un « compte étranger » avec domiciliation bancaire
    est une offre qui figure dans les petites annonces de la presse
    gratuite frontalière.
    Au Luxembourg, les petits, les humbles, peuvent ouvrir un
    livret postal qui demeure invisible, sauf dans le cas
    d’une procédure judiciare avec commission rogatoire
    pour délit ou crime.
    Les banques des pays de l’est attachés à l’U.E. sont aussi
    attrayantes que celles du BENELUX.

  • marie 75
    • Posté à 14h57 le 12/01/2009
    • Internaute 3563

    SarKoL’UMP sert de parasol ? ? ? ? ?

  • societe00
    societe00
    desabusé
    • Posté à 20h08 le 12/01/2009
    • Internaute 60668
      desabusé

    le systeme bancaire : on bosse tous et on prete obligatoirement et gratuitement ou quasi gratuitement tout notre argent aux banques, argent gagné plutot durement en general pour la plupart d entre nous. Grace a cet argent qui ne leur appartient pas, ces banques, sans fournir d efforts, jouent et gagnent enormément. Que recois-je en contre partie ? 2%/an ?

    meme pas puisque, (paradoxalement) quand je retire de mon propre argent, je dois encore payer des frais a ma banque, idem quand je veux l utiiser via un cheque ou carte, idem quand j en envoie une partie a un tiers.
    Quand j ai besoin d un pret pour un besoin de base et vital, ex m acheter ma residence principale, je dois payer a la banque le double de ce qu elle me prete. Comme disait Coluche « c est pas la maison qui coute chere, c est le crédit etc... »
    Quand ma banque coule je dois lui preter encore de l argent, c est vrai la pauvre, elle n en a pas assez.

    Pourquoi les banques ont-elles ce statut privilégié ? ...alors que c est du vol pur et simple. Qui sont les grands fondateurs de ces banques et pourquoi ont-ils ce statut ?

    Je suis plutot d accord avec un des posts-ci dessus, reclamant une banque nationalisée. Le tout étant, un peu comme pour la sécu, de trouver un systeme de gestion qui soit efficace et évite les dérives. Pour moi cela passe déja par une forte volonté politique ou citoyenne a grande échelle....pour la volonté politique c est certainement pas l imbécile qui nous préside qui l aura, trop occupé a son enrichissement personnel.

    • Anyway
      Anyway répond à societe00
      Humaniste
      • Posté à 19h13 le 14/01/2009
      • Internaute 56296
        Humaniste

      @societe00

      Vous écrivez : « Pourquoi les banques ont-elles ce statut privilégié ? …alors que c est du vol pur et simple. Qui sont les grands fondateurs de ces banques et pourquoi ont-ils ce statut ? »

      C’est tout le noeud du problème, j’aurai envie d’écrire : « le nerf de la guerre ».

      Sachez qu’en janvier 1973, sous le gouvernement Pompidou, l’état français a décidé de renoncer à fabriquer sa propre monnaie en empruntant à la Banque de France.

      Il a choisi, pour financer toutes ses dépenses et emprunts, de s’endetter auprès des banques commerciales en concédant les intérêts mirobolants qui vont avec.

      Plus tard, en 1992, dans le cadre du Traité de Maastricht, article 104, cette décision a été reconduite au niveau de tous les états européens.

      L’abandon pour les états européens de cette prérogative n’est que très rarement mise en avant par tous les « experts » et les journalistes qui parlent de la « crise financière ».

      Pourtant des voix se font entendre qui réclament une autre alternative.

      Lien

      Mais on ne peut imaginer la puissance du capitalisme financier mondial qui tient à garder les états endettés dans ses filets, qui peut jouer(et parfois perdre) en toute impunité à « l’argent casino », l’argent du contribuable au fond, et qui est assuré, lorsque ce système va dans le mur, du soutien des états à coup de milliards de dollars de garantie (avec l’argent du contribuable encore !)

      La complicité de nos hommes politiques de tous bords avec ce système est aberrante !