Gaza : le silence d'Obama ternit précocement son auréole

George Bush senior, Barck Obama et George junior Bush à la Maison blanche le 7 janvier (Kevin Lamarque/Reuters)
Pour faire une guerre, il faut faire de nombreux calculs. Les forces ennemies, la météo, les kilomètres, les stocks de munitions. Et les calendriers électoraux. Celui des Etats-Unis a joué un rôle dans le conflit au Proche-Orient : la guerre a été engagée entre une présidence mourante et une autre à naître. Pour les ISraéliens, il n’y avait pas de moment plus favorable pour « aller trop loin »
George W. Bush a épousé sans surprise la position de ces derniers -il l’a toujours fait, se démarquant (sciemment ?) de la politique de son père. Ce fut en quelque sorte son cadeau de fin de présidence. Quand à Barack Obama, il a raté une bonne occasion de ne pas se taire.
Le démocrate, qui a promis une « nouvelle diplomatie », aurait pu redonner de l’espoir aux peuples de la région, Israéliens comme Palestiniens ; il s’est borné à exprimer ses « inquiétudes ». Aller au-delà « ne serait pas prudent pour le peuple américain », s’est-il justifié.
Barack Obama était un rayon de lumière de la fin de l’année 2008. L’Irak, la crise financière, le racisme, le capitalisme débridé... il allait peut-être tourner la page, rêvait la planète. Et, par ces temps assombris, comme l’espérance est violente !
En se taisant, sous prétexte qu’il n’y a « qu’un président à la fois aux Etats-Unis », il a rappelé l’espérance à la niche. Il n’y a peut-être pas deux présidents à la fois, mais cela n’empêche pas le nouvel élu de s’exprimer sur la crise économique.
En se taisant, Obama marque une continuité. La politique américaine au Proche-Orient ne changera pas radicalement du jour au lendemain, tant le lien entre Washington et Israël est solide. Le temps est loin où James Baker osait « tordre le bras » des Israéliens pour les amener à la conférence de Madrid.
Jeudi, le Conseil de sécurité de l’ONU a adopté une résolution demandant un cessez-le-feu immédiat dans la bande de Gaza et un retrait complet de l’armée israélienne. Les Etats-Unis soutenaient publiquement le texte (qui peut s’opposer à un cessez le feu ?)... mais ils se sont abstenus de le voter, au prétexte qu’ils préfèrent attendre les résultats de la médiation égyptienne. Obama n’a pas fait plus de commentaires.
Faut-il perdre tout espoir d’un changement ? Pas forcément. Mais la politique étrangère d’un pays -a fortiori celle du plus puissant- ne change pas de cap comme le ferait un dériveur. C’est un paquebot, poussé par une machinerie ancienne et cynique. Si ce bateau prend un virage, cela prendra du temps.
A court terme, il n’y aura pas de miracle Obama. On s’en doutait bien sûr ; mais avant même que le 44e président ne s’assoie dans le bureau ovale, c’est désormais chose explicite.
Photo : George Bush senior, Barack Obama et George junior Bush à la Maison blanche le 7 janvier (Kevin Lamarque/Reuters)
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LA GUERRE PERDUE
Ce qui frappe une fois de plus, dans cette guerre de Gaza, c’est la tentative pour en escamoter les réalités sur le terrain. Pas d’images des évènements, à peine quelques vidéos lointaines de fumées s’élevant au dessus de silhouettes d’immeubles. Enfin, rien sur les médias occidentaux officiels ! Parce que des images, des reportages, des vidéos intra-muros, il en existe à la pelle sur les sites arabophones, notamment celui d’Lien. Ainsi ce document sur le bombardement tragique d’une école pourtant sous couleur de l’ONU...
Bien sûr, on ne manquera pas de rétorquer, à juste titre, que ces images, ces reportages, ces vidéos proviennent d’un seul camp. D’aucuns insinueront, toujours légitimement, que ces documents peuvent difficilement être vérifiés. Certes. Sauf qu’il appartenait à l’autre camp, celui d’Israël, de laisser les journalistes faire leur travail sur le terrain en question. De les laisser apporter eux aussi leurs témoignages, contradictoires ou confirmatifs.
Mais comment l’auraient-ils pu sans étaler au grand jour toute l’étendue des dégâts civils qu’ils commettent ? Voilà pourquoi le camp occidental, planqué derrière sa tête de pont israélienne, se contente d’organiser une propagande si pesante qu’elle ne convainc plus que leurs partisans convaincus. Après avoir tenté de maîtriser la presse en sélectionnant les journalistes et en imposant « l’approbation préalable des sujets » (cf. Lien en 2003), voilà que l’Empire (Obama compris) opte pour un black-out total de l’information.
Peine perdue car les médias officiels ne sont plus seuls à traiter cette information. Le web les déborde largement, les bouscule quand ils ne les ridiculise pas. Pire, par la réactivité qu’il permet, l’Internet offre un instrument instantané de régulation que le microcosme des hautes sphères est bien incapable, sinon résolu, de fournir. L’Internet corrige en quelques heures les tentatives de traficotage de tout bords, comme Lien d’un bombardement d’Israël sur Gaza diffusée par... France 2 !
Israël et ceux qui l’arment n’ignorent pas que le genre de guerre qu’ils mènent ne peut en aucun cas être gagné par une armée traditionnelle, aussi sophistiquée et puissante soit-elle ? Un armée ne peut gagner qu’une guerre de type classique opposant deux forces armées nationales de deux territoires clairement déterminés (ainsi de la victoire de l’armée russe contre l’armée géorgienne en août 2008). Mais quid d’un conflit contre des groupes de l’ombre, apatrides, nomades et insaisissables comme le sont ceux du Hamas, du Hezbollah ou d’Al Quaïda ? Là, ce n’est plus le nombre de victimes, ni la superficie de terrain conquis, qui déterminent le vainqueur.
Au nom de quelques principes cousus de fil blanc, une armée peut conquérir un territoire approximativement considéré comme celui de l’ennemi des ténèbres. Au meilleur des cas elle s’embourbe lamentablement sur les ruines qu’elle a elle-même semées (Afghanistan, Irak), sans aucun espoir de les justifier un jour par la renaissance démocratique qu’elle nous chante à tue-tête.
La guerre contre les forces obscures du prétendu terrorisme ne peut se gagner que sur le terrain de l’opinion. En confisquant les témoignages sur le déroulement des opérations à Gaza, Israël lâche une fois de plus à la face du monde l’image de son échec assuré et de son impuissance. Comme celle du Liban en 2006, cette guerre est perdue avant que d’être. Car les Israéliens pas plus que les forces de l’Empire ne peuvent contenir sérieusement le flot des témoignages et des indignations venus d’ailleurs. Quand bien même parviendraient-ils un temps à abuser leurs propres populations (chose comme on l’a dit quasiment impossible désormais avec l’Internet), il en va autrement dans les pays qui n’appartiennent pas à leur zone d’influence, les pays arabophones par exemple.
Voilà pourquoi, depuis la guerre du Sinaï en 1956 et celle des Six-Jours en 1967 (menées alors contre des armées régulières), Israël perd systématiquement tous les conflits qu’il engage. En ce sens qu’il y dilapide tout ce qui lui reste d’honorabilité et de respectabilité. Y compris aux yeux des citoyens de l’Empire occidental, y compris au sein de la communauté juive. Lors de la dernière guerre du Liban, c’est la justification même de l’État d’Israël qui a ainsi pu être remise ouvertement en question.
La seule solution de désespoir à laquelle les faucons essaient encore de s’accrocher est d’essayer de vaincre en faisant régner la terreur, et qui plus est en cachette. Cela aussi ne tient plus. Poussées au comble de l’horreur, les populations martyrisées finissent toujours par s’affranchir de la peur. « Une fois qu’un peuple n’est plus terrorisé on ne peut lui réinjecter la peur. C’est pourquoi la politique d’Israël consistant à briser les Arabes dans la soumission ne fonctionne plus » (Robert Fisk, The Independent).
À défaut de pouvoir confisquer leurs guerres aux yeux du monde, à défaut de pouvoir les gagner sur le terrain militaire ou politique, Israël et l’Empire n’ont plus guère d’autres solutions pour leur propre salut (et le nôtre) que de gagner des paix. Mais là, c’est une autre paire de manches et une bien incertaine histoire...




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