04/01/2009 à 19h35

Barthes, barbé par la Chine de Mao mais muet sur ses doutes

Pierre Haski | Cofondateur Rue89


Le musée de la Révolution culturelle à Chengdu (Pierre Haski/Rue89)


Couverture du magazine littéraire (DR)

C’est l’histoire d’un des voyages les plus extravagants de l’intelligentsia française de l’après-guerre : une plongée complaisante dans la Chine maoïste des années 70 par les animateurs de la revue Tel Quel.

Un pan des coulisses de ce voyage est levé avec la publication posthume des carnets de voyage de l’un des participants, Roland Barthes, dans lequel on découvre à quel point le célèbre écrivain et sémiologue s’était ... ennuyé !

Le Magazine littéraire de janvier publie les bonnes feuilles de ces Carnets -montrés au public dans la grande expo Barthes au Centre Pompidou en 2003, et à paraître le mois prochain chez Christian Bourgois.

Les textes sont accompagnés d’une interview du principal « acteur » de ce voyage initiatique en Chine maoïste de 1974, Philippe Sollers, l’animateur de la revue Tel Quel.

Ce voyage organisé à l’initiative de l’équipe de Tel Quel, marqua la rupture de cette revue intellectuelle avec le Parti communiste français, et son choix de l’option maoïste embrassé avec enthousiasme et messianisme.

L’expédition entraîna donc Philippe Sollers et son épouse Julia Kristeva, Roland Barthes, le poète et romancier Marcelin Pleynet, et le philosophe François Wahl. Le psychanalyste Jacques Lacan devait être du voyage, mais se désista pour ne pas avoir à en disputer la vedette à Sollers...


Couverture de ’Au pays de l’avenir radieux’ (DR)

S’ils peuvent sembler dérisoires et pathétiques vus aujourd’hui, les échos des clameurs de l’époque sont à replacer dans un contexte dans lequel la « question communiste » était encore au coeur de la vie politique française, où la parole des intellectuels recueillait un écho qu’elle n’a plus guère.

Un temps où, enfin, le voyage en terre révolutionnaire était un genre littéraire maintes fois éprouvé, d’André Gide en URSS à Simone de Beauvoir en Chine... . On lira à ce sujet « Au pays de l’avenir radieux, voyage des intellectuels français en URSS, à Cuba et en Chine populaire » de François Hourmant (éd. Aubier, 2000à.

Le thé vert plutôt que l’idéologie

Quatre jours après son arrivée en Chine, Roland Barthes note ses états d’âme dans son journal, alors qu’un officiel maoïste leur assène un discours stéréotypé :

« Speech mortel, comparaison passé/présent. Je regarde mon verre de thé : les feuilles vertes se sont largement épanouies et forment toute une épaisseur au fond du verre. Mais le thé est très léger, insipide, à peine une tisane, c’est de l’eau chaude. »

Aller jusqu’en Chine pour ça ! La suite ne s’arrange pas. Après deux semaines à sillonner la Chine, de commune populaire en usine modèle, il note :

« Le soir : très fatigué et découragé. Sentiment : j’en ai plein le dos y compris des conversations entre nous ».

Roland Barthes n’est pas dupe de ce qui se déroule autour de lui, et surtout, en pleine révolution culturelle et campagne anti-Confucius et anti Lin Piao (« Pi Lin, Pi Kong »), sur son incapacité à dépasser la façade policée qu’on veut bien lui présenter :

« Le fait incontestable : le verrouillage complet de l’information, de toute l’information, de la politique au sexe. Le plus étonnant est que ce verrouillage soit réussi, c’est-à-dire que personne, quelles que soient la durée et les conditions de son séjour, ne réussit à le forcer sur aucun point.

“Dimension spécifique aux conséquences incalculables, et que je ne vois pas très bien. Tout livre sur la Chine ne peut être qu’exoscopique. Vitre sélective, kaléidoscopique.”

Un 1er mai déprimant

Il assiste au défilé du 1er mai à Pékin (ces défilés ont depuis été suprimés, et le 1er mai est aujourd’hui un jour de repos sans la moindre activité politique), et en sort “épuisé et déprimé” :

“Ce 1er mai donne paradoxalement l’imagination terrifique d’une humanité luttant politiquement à mort pour ... s’infantiliser. L’enfant serait-il l’avenir de l’homme ? 10h30. Nous sortons de cette séance interminable épuisés et déprimés.”

A son retour, Roland Barthes publie un article dans Le Monde, intitulé “Alors, la Chine ?”, question cent mille fois entendue par tout visiteur dans l’empire du Milieu, encore aujourd’hui... Mais le sémiologue semble répondre “rien”, c’est-à-dire le vide, ni l’enthousiasme post-68 de Philippe Sollers, ni la critique du totalitarisme que pourraient suggérer aujourd’hui certaines de ses notes privées.

Cette neutralité lui vaut, à l’époque, une répartie violente de Simon Leys, le pourfendeur belge du maoïsme, bête noire des intellectuels français de l’époque, dont chacun reconnaît aujourd’hui qu’il a vu juste le premier sur le vent de folie de la Révolution culturelle.

Le robinet d’eau tiède de Roland Barthes


Couverture de ’Essais sur la Chine’ (DR)

Ce dernier, de son vrai nom Pierre Ryckmans, écrit (dans “Images brisées”, 1976), à l’occasion de la parution en livre, chez Christian Bourgois (déjà), du texte “Alors, la Chine”, un pamphlet cinglant dans lequel il qualifie la contribution de Roland Barthes de “tout petit robinet d’eau tiède”.

A Roland Barthes qui explique qu’il avait voulu, dans Le Monde, faire “un commentaire sur mode du no-comment”, Simon Leys réplique ironiquement :

“Par cette découverte dont toute la portée ne se révèle pas d’emblée, il vient en fait -vous en rendez-vous compte ? - d’investir d’une dignité entièrement neuve, la vieille activité, si injustement décriée, du parler-pour-ne-rien-dire. Au nom des légions de vieilles dames qui, tous les jours de cinq à six, papotent dans les salons de thé, on veut lui dire un vibrant merci.”

Dans Le Magazine littéraire, Philippe Sollers explique plus de trente ans après l’attitude de Roland Barthes :

“Ce voyage a été pour Roland Barthes une épreuve. Il s’ennuyait. Il n’avait pas tellement envie de voyager à l’époque. Ses notes et ses carnets le disent bien. Pour moi, au contraire, c’était exaltant, ce périple déclenchait une émotion très vive, moins sur le plan de la ritournelle politique que pour la découverte intense des paysages, du lieu même chinois.”

Il reconnait aussi que Barthes avait pu être agacé par le zèle maoiste de certains voyageurs, à commencer par celui de Sollers lui-même :

“Cela ne l’empêche pas d’avoir une vue critique sur ses amis, y compris sur moi d’ailleurs (on le voit dans les ‘Carnets du voyage en Chine’, il trouve que j’en fais un peu trop et que je finis par l’agacer)”.

Ces carnets apportent une pierre de plus à la compréhension de la fascination d’une partie de l’intelligentsia française pour le maoïsme (précision personnelle : lycéen à l’époque, je fus un temps attiré par le tourbillon maoïste français...), qui ne prit fin que tardivement, à la mort de Mao en 1976.

Et l’attitude de Roland Barthes montre à quel point on pouvait être lucide, sans pour autant réussir à prendre ses distances avec ce qu’il qualifiait lui-même d’“infantilisation”... A méditer.

Roland Barthes, Carnets du Voyage en Chine, texte établi, annoté et présenté par Anne Herschberg Pierrot - ed. Christian Bourgois/imec - 248 p. (en librairie le 5 février).

Photo : Le musée de la Révolution culturelle à Chengdu (Pierre Haski/Rue89).

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  • DBL8
    DBL8
    Retraité
    • Posté à 19h53 le 04/01/2009
    • Internaute 19562
      Retraité

    Le pire de tout ça ?
    Il y a encore des personnes qui croient encore à ses affabulations et essayent de nous les assener !

    Au fait, combien de mort à causé, & cause encore) cet idéologie ?

    • Un compte supprime
      Un compte supprime répond à DBL8
      nc
      • Posté à 08h00 le 06/01/2009
      • Internaute 21837
        nc

      pour beaucoup, le communisme consistait essentiellement en cette idee tellement anachronique aujourd’hui que les hommes pouvaient s’organiser afin de partager les richesses et d’etre solidaires les uns des autres, par dela les differences et les frontieres. Un avenir meilleur, est-ce tellement honteux d’en rever ?

      Pour ma part, je ne renie rien de cela, et je continue a croire que c’est la seule voie de progres qu’il reste a l’espece. Sans faire de l’archeo communisme, s’entend : Staline et Mao ne sont pas mes idoles, loin s’en faut.

      Staline, Mao ? soit. Mais plus pres de nous : Bush.

  • cdh
    cdh
    • Posté à 20h10 le 04/01/2009
    • Internaute 38808

    Ah ! si même Barthes s’échine...

  • a déménagé le 4 février 2011
    • Posté à 20h31 le 04/01/2009
    • Internaute 51971

    « ...même dans sa phase structuraliste, où la tâche essentielle était de décrire l’intelligible humain, il a toujours associé l’activité intellectuelle à une jouissance. » (Roland Barthes par Roland Barthes).
    Lorsque l’on sait que l’activité intellectuelle en Chine dans les années 70 n’était pas la priorité, nul ne peut s’étonner du manque de « jouissance » de Barthes lors de son voyage.

  • skalpa
    skalpa
    actif et militant ?
    • Posté à 20h46 le 04/01/2009
    • Internaute 7181
      actif et militant ?

    Tiens, tiens, j’ai ça dans mes archives pour illustrer :

    see ya !

    Lien

    • kawouede
      kawouede répond à skalpa
      • Posté à 19h00 le 05/01/2009
      • Internaute 27995

      pas mal le Mao vert !
      En tant qu’ayatollah de l’écologie, je prends : -)

  • jac le rat
    jac le rat
    aventurier
    • Posté à 20h51 le 04/01/2009
    • Internaute 29819
      aventurier

    Et après l’année du rat....
    celle du buffle...

    Dommage que Barthes ait loupé
    cette peinture du moine Citrouille amère,
    le peintre Shitao lui-même représenté,
    monté sur son buffle
    au trou du cul apparent,
    remontant la pente
    après une nuit d’ivresse....

  • vol19
    • Posté à 20h51 le 04/01/2009
    • Internaute 13492

    Ce qui semble intéressant, c’est qu’il ne décrit pas objectivement la révolution culturelle, la Chine, mais ce que cette mise en scène, ce masque, ce discours produit sur son corps, sur ses sens (l’analogie avec ce thé qui prend de la place mais qui n’a pas de goût est éloquante), le mal de dos, la fatigue, la déprime. Qu’est-ce qui produit celà habituellement ? Un discours, un spectacle sans vitalité, obscessionnel, c’est à dire de l’ordre la « pulsion de mort », qui amène là, à la régression infantile, la dépendance d’une figure charismatique... cette pression qui modèle l’individu à l’identique (les mêmes vêtements, vélos, livre rouge...). Ca ne peut-être que sans vie et donc forcément désespérant pour les intellectuels qui y ont adhéré, désespérant pour le statut des idées, désespérant de cette méprise, de faire face à la pulsion de mort là ou ils pensaient avoir affaire à de la vie. Dire « avoir rien à dire », « rien/vide » en est une métaphore. Un « trou noir » qui vampirise.
    De nos jours, il y a bien d’autres « dimensions “, ‘secteurs’ dans lesquels on peut se méprendre : être face à la pulsion de mort, là ou l’on croyait avoir affaire à de la vie...

    Le voyageur du XXI siècle en Chine hypercapitaliste peut-il en s’y promenant ressentir... davantage toujours quoi ? La pulsion de mort ou de vie ? (je fais un lien avec cet article sur les bâtisses avec le caractère ‘détruire’...)

  • ysengrimus
    • Posté à 22h19 le 04/01/2009
    • Internaute 12674

    Moi, je pense du bien des chinois.

    Lien

    et je le dis.
    Paul Laurendeau

    • Pierre Haski
      Pierre Haski répond à ysengrimus
      Auteur(e) de l'article Cofondateur Rue89
      • Posté à 01h43 le 05/01/2009
        éditeur
      • Journaliste 9
        Cofondateur

      Vous évoquez dans votre texte la polémique entre Mao et Li Lisan : il faut que vous lisiez, si ce n’est déjà fait, un livre formidable, « L’Empire rouge » de Patrick Lescot (Belfond 1999), qui raconte la saga de Li Lisan et d’un autre cadre communiste chinois, qui ont tous deux épousé des Russes. Li Lisan est mort mais sa veuve russe vit toujours à Pékin où je l’ai rencontrée. C’est un complément indispensable à votre repas pékinois !

    • iconoclaste07
      iconoclaste07 répond à ysengrimus
      chargé d'etudes stats
      • Posté à 17h46 le 07/01/2009
      • Internaute 59929
        chargé d'etudes stats

      Je suis allé sur votre Blog
      Que vous soyez fasciné par la Chine, je le conçois. Je le suis aussi. Que vous soyez indulgent avec la chine d’aujourd’hui, je le conçois. Je le suis aussi. Le passage d’un monde à une autre ne se fait pas aussi facilement que cela. Des centaines de millions de chinois sont sortis de la famine en quelques années. Petit à petit le pays s’ouvre, et, je ne suis pas pessimiste je crois que le mouvement continuera. Cette montée en puissance se fait un peu à nos dépens. Il y a une certaine logique à cela. A nous de nous défendre.
      Que vous soyez fasciné par la pensée du Grand Timonier m’étonne un peu . Je ne l’ai pas lu, ni en version française, ni en version originale. Peut-être pourrez vous m’éclairer sur les apports de ce grand philosophe à la pensée universelle. Il est peu enseigné en occident.
      Il me semble qu’il est plus connu comme homme de pouvoir, Là son bilan est vraiment sans ambiguïté. Il est terrifiant. Le personnage est également terrifiant.
      On peut penser du bien des chinois sans être maoîste.

  • PhiPoePsy
    PhiPoePsy
    Etudiant-Chercheur
    • Posté à 23h24 le 04/01/2009
    • Expert 41171
      Etudiant-Chercheur

    « Mais le sémiologue semble répondre “rien”, c’est-à-dire le vide (...) » : en quoi il aurait complètement raison car c’est la notion la plus importante -nodale- de la pensée chinoise. Elle a l’importance que l’on accorde -en Occident- à la substance (notion incompréhensible là-bas).

    • GanLanShu
      GanLanShu répond à PhiPoePsy
      http://shodavid.blog.lemonde.fr/
      • Posté à 02h15 le 05/01/2009
      • Internaute 10692
        http://shodavid.blog.lemonde.fr/

      On façonne l’argile pour faire des vases,
      mais c’est du vide interne
      que dépend son usage.
      Tao-tö king, XI

  • FdT
    FdT
    En pleine décroissance
    • Posté à 02h44 le 05/01/2009
    • Internaute 24641
      En pleine décroissance

    Cette naïve fascination pour la Chine maoïste était dans l’air du temps en ces années là. Même un David Rockfeller qui a priori incarnerait à lui seul le capitalisme (en réalité il en est tout autre mais c’est un autre sujet...) éprouvait une grande admiration pour ce qui était vu comme des accomplissements de la révolution chinoise. Comment pouvait-il en être autrement pour bon nombre d’individus de sensibilité de gauche qui plus est bien souvent désinformés... ?

    « Whatever the price of the Chinese Revolution, it has obviously succeeded not only in producing more efficient and dedicated administration, but also in fostering high morale and community of purpose. The social experiment in China under Chairman Mao’s leadership is one of the most important and successful in human history. »

    -David Rockefeller, statement about Mao Tse-tung in The New York Times, August 10, 1973

  • HappyPeng
    HappyPeng
    Élève ingénieur à Paris
    • Posté à 09h23 le 05/01/2009
    • Internaute 19264
      Élève ingénieur à Paris

    A propos de la remarque sur le thé vert, je signale pour ceux qui n’auraient pas lu les Mythologies, et surtout le magnifique Empire des Signes, que la principale activité de Barthes dans ces livres est bien d’analyser la culture dans tous ces aspects dont l’observateur occidental ordinaire dit qu’ils sont parfaitement anodins...

  • johanjohan
    johanjohan
    johan
    • Posté à 10h07 le 05/01/2009
    • Internaute 58574
      johan

    Vu d’aujourd’hui, la fascination des intellectuels pour la révolution culturelle semble toujours stupéfiante, incongrue ou ignoble si on pense à la réalité.
    Mais tout ça n’ouvre pas une compréhension à cet engouement qui a tout de même touché bien du monde. Je crois que c’est l’extrême logique avec la pensé révolutionnaire qui mène « naturellement » vers la révolution CULTURELLE. Elle semble bien être le seul moyen de changer brusquement la nature de l’Homme, pour bâtir celui de demain, le Nouveau de Guevara (dont je comprend sa théorie comme une adaptation tout aussi répressive, ou un versant, latino de la rev cul chinoise).

    Si c’est logique, on comprend mieux que ça n’est pratiquement que séduit les intélos. Reste à savoir pourquoi ils étaient si pressés de nous changer TOUS, ne pouvaient-ils pas se contenter d’une évolution lente comme celle des autres générations. 68 reste un mystère, malgré tous ces bouquins d’anciens combattants qui nous ennuient.

  • indfrisable
    • Posté à 10h24 le 05/01/2009
    • Internaute 23024

    « Ce 1er mai donne paradoxalement l’imagination terrifique d’une humanité luttant politiquement à mort pour ... s’infantiliser. L’enfant serait-il l’avenir de l’homme ? »

    Barthes semble reprendre le rapport ambivalent de la notion d’idéologie que donnait à cette époque Louis Althusser. Pour ce dernier comme pour Barthes, l’idéologie augure un caractère régressif semble-t-il, car elle doit prendre en compte la dimension inconsciente de l’individu, et pas seulement sa conscience. L’idéologie est « la forme d’inconscience et de conscience (reconnaissance et de méconnaissance) dans laquelle les individus vivent imaginairement leur rapport à leur conditions d’existence » (cf. Louis Althusser, Pour Marx, Avant-propos d’Etienne Balibar, La découverte, 1996).

    La mise en spectacle un « 1er mai » d’une idée a pour effet de révéler le rapport de la vie inconsciente générale à la signification donnée consciemment du sens officiel de l’événement. Ce qui est du ressort de l’inconscient, c’est le kitsch qui passe par la régression de masse. Mais de quel événement parle Barthes ? Du statut du kitsch dans la société occidentale, ou bien de la Chine et de son kitsch local ? La forme kitsch serait donc l’idée générale mise en scène par la commémoration dont parle Barthes, et peut-être le principe général de toute commémoration ? Le kitsch a tous les atours de l’universel.

    Faut-il être à l’extérieur pour le détecter, sans y participer pour autant, en spectateur incongru, comme un martien qui viendrait dans un nouveau monde. Le contre sens fatal du dispositif montre sa propre funesterie, car il est bien contradictoire que l’inconscient soit une forme collectivisée du psychisme. La mise en scène et le caractère généralement kitsch du spectacle de la commémoration est plutôt le signifiant de la régression générale, comme le constate Roland Barthes. Il renvoie à notre époque au kitsch technologique et au kitsch esthétique que la Chine a dû déployer lors des dernier JO : fausse chanteuse mignonne, décors poussés au paroxysme de la fausse présence. L’ouverture d’un spectacle sportif politiquement nul permet au kitsch le soin de pousser la régression au niveau de la présence de tous les chefs d’Etats présents lors de l’événement, infantilisés à leur tour, comme des enfant sauvages, avides de cruauté légitime...

    • vol19
      vol19 répond à indfrisable
      • Posté à 14h53 le 05/01/2009
      • Internaute 13492

      « L’enfant serait-il l’avenir de l’homme ? » est une intéressante question du milieu des années 70... pour le sujet à venir en occident grand consommateur d’objets, de plaisirs et d’images, assurément.
      Une idéologie, c’est avant tout, un système de représentations passives, ou mieux « un imaginaire leurant ». Les idéologies font fis de l’existant, de l’inconscient des population, des peuples auxquelles elles s’adresse et c’est pourquoi le leurre finit par tomber après un temps.
      L’inconscient n’est, il semble, (et c’est discuté) jamais totalement connaissable, quelques éleménts se dévoilent, et ... quelquepart heureusement... Donc l’incapacité des idéologies à capter l’inconscient c’est forcé... et tant mieux.

      Personnellement, ce qui me frappe, et cet épisode de la révolution culturelle donne un autre exemple que celui d’un autre article de Pierre Haski sur cette fièvre de démolition de l’urbain pour faire du métal/verre, quelquepart d’aller dans les excès du masque d’apparence de l’idéologie du moment (style stalinien, style downtown Us...) ou dans les excès du système infligeant une violence, autant qu’une infantilisation au peuple... D’homme nouveau en Homme nouveau, mais ou est cet « existant » avec lequel on fait avec...

  • Bertrand Mialaret
    Bertrand Mialaret
    Mychinesebooks.com
    • Posté à 10h41 le 05/01/2009
    • Internaute 16700
      Mychinesebooks.com

    A l’époque, la seule lecture rafraichissante était celle de Simon Leys que l’intelligenstia française parvint à priver d’enseignement à Paris...vous n’y pensez pas, il est Belge...pour le plus grand bonheur des étudiants de Melbourne.
    Je ne résiste pas au plaisir de citer « La forêt en feu » (1983 ; page 169) : « Alors que toute notre intelligentsia a versé des flots d’encre à propos de la Chine, il est significatif de noter que deux hommes seulement - Etiemble...et Claude Roy - peuvent fièrement remettre aujourd’hui sous les yeux du public ce qu’ils écrivaient hier sur ce sujet.Quant aux autres, l’idée de réimprimer leurs essais chinois ne pourrait venir qu’à leurs ennemis - si cruelle que puisse être une telle initiative, il faudra que quelqu’un se charge un jour de compiler ces tristes anthologies là ! (Mais, si tant de personnalités ont pu s’adonner à toutes les pitreries maoïstes sans dommage majeur pour leur réputation, n’est- ce pas en premier lieu parceque l’amnésie du public leur assurait l’impunité ? “

  • eskimo
    • Posté à 10h45 le 05/01/2009
    • Internaute 24163

    cette phrase sur le thé apparaît au contraire comme une réminiscence de celle qui lance la Révolution Culturelle tout entier.

    Sur le thé Barthes écrit :
    « Speech mortel, comparaison passé/présent. Je regarde mon verre de thé : les feuilles vertes se sont largement épanouies et forment toute une épaisseur au fond du verre. Mais le thé est très léger, insipide, à peine une tisane, c’est de l’eau chaude. »

    La campagne des 100 Fleurs est lancée par Mao en 1957 :
    « Que cent fleurs s’épanouissent, que cent écoles rivalisent ! »

    Barthes ne peut pas ne pas avoir cette phrase en tête, et l’ennui devient un symptôme microscopique d’une politique macro.

  • Furfande
    Furfande
    citoyen
    • Posté à 14h24 le 05/01/2009
    • Internaute 54637
      citoyen

    J’ai visité la Chine pour la première fois en 1972., à une époque où les visas étaient particulièrement rares.
    Les inconditionnels, qu’ils soient antimaoïstes ou à plus forte raison promaoïstes, étaient étroitement surveillés, et n’avaient droit quà des visites conditionnées et controlées et des discours insipides. SI l’on démontrait un sens critique constructif, on pouvait jouir en revanche d’une liberté d’aller et venir et de discussion qui étaient étonnantes.
    Le maoïsme politique a été une catastrophe antilibertaire avec la révolution culturelle. En revanche sur le plan économique Mao Tse Tung a résolu le problème de l’irrigation et donc de la faim, il a tenté une industrialisation légère venant compléter l’agriculture pour essayer d’éviter l’urbanisation et la désertification des campagnes. En 1972 la Chine commençait à s’éveiller. Il est clair que les idéologues comme Roland Barthes n’ont rien vu de la réalité de la Chine. Le commentaire suivant lequel Barthès était lucide me parait totalement incongru : il ne voyait que des choses insipides car il n’était pas jugé digne de voir autre chose.

  • Sexus Empiricus
    • Posté à 15h46 le 05/01/2009
    • Internaute 6004

    Le doux Roland Barthes peut-il être soupçonné, pour s’être tapé un voyage en Chine au milieu des années 1970, d’avoir donné tête la première dans la maophilie du groupe Tel Quel ?

    L’ennui ressenti à l’écoute du speech mortel des officiels est un indice bien maigre mais tout de même suffisant pour ne pas faire de Barthes un maolâtre au pays des merveilles. Indice plutôt d’une distance immédiate.
    Désenchanté aussi par la fadeur du thé ? Possible synecdoque, par laquelle la tisane insipide, montrée du doigt, dit la fadeur de la Chine, Révolution Culturelle ou pas. Question de sens.

    On pourrait aussi rappeler que Roland Barthes accepta l’invitation à déjeuner de... Giscard. Un chasseur de mythes, disait-il après sa visite, ça doit aller partout.

    Curieux de voir, pour ma part, si ces Carnets du Voyage en Chine témoignent en faveur de cet « aveuglement volontaire » dont parle Claude Roy dans Les Chercheurs de dieux...

  • Ecolonomicus
    Ecolonomicus
    Touriste
    • Posté à 16h32 le 05/01/2009
    • Internaute 43602
      Touriste

    A la lecture de l’article, on ne voit pas que Barthes ait été particulièrement « lucide ». L’intérêt de son oeuvre écrit ne l’exonère pas d’avoir été au mieux naïf ou pusillanime, au pire opportuniste et cynique.
    Dans tous les cas, il n’en sort pas grandi.

  • MichelK
    MichelK
    sans paroisse
    • Posté à 17h58 le 05/01/2009
    • Internaute 38762
      sans paroisse

    A l’aggiornamento des conneries qui reste à faire, Barthes n’est certainement pas le plus menacé. Malheureusement la gauche traine encore les scories de ces années où nos maîtres à penser se sont égarés (et nous ont égarés) du côté de la Chine de Mao, du Cambodge, de l’Iran... Je repense toujours à ce passage de Nani Moretti où on torture un vieillard en lui relisant ses anciens écrits. Tout le monde peut se tromper, mais il est irritant de voir que certains sont aussi péremptoires dans la bien-pensance d’aujourd’hui qu’ils le furent jadis dans le stalinisme, la pédophilie ou les appels à la guerre civile.

  • Mokarider
    • Posté à 21h05 le 05/01/2009
    • Internaute 951

    Lin Biao, avec un B !

    • Pierre Haski
      Pierre Haski répond à Mokarider
      Auteur(e) de l'article Cofondateur Rue89
      • Posté à 21h59 le 05/01/2009
        éditeur
      • Journaliste 9
        Cofondateur

      J’ai gardé l’ancienne orthographe avec un « P », comme on l’écrivait quand j’étais lycéen... C’est comme pour Mao, il y a tolérance pour Mao Tse Toung, même si l’orthographe actuelle est Mao Zedong.

  • sissa
    • Posté à 21h52 le 05/01/2009
    • Internaute 39778

    Que dire ?
    Quel désastre.
    Que des gens intelligents aient pu cautionner de tels régimes est tout simplement incompréhensible.
    Aujourd’hui, les survivants sont de venus pour la plupart de bons petits conservateurs.
    C’est leur droit. Mais on pourrait espérer de leur part un peu de discrétion, ce n’est malheureusement pas le cas.

  • egide
    egide
    Littéral
    • Posté à 09h28 le 06/01/2009
    • Internaute 45067
      Littéral

    Le problème au cœur de la politique pendant les années 70, non seulement en Europe mais aussi dans le monde, c’est l’anti-communisme.

    La Chine s’est opposé politiquement et militairement au Viet Nam.
    Le pays du seul parti communiste qui ait affronté militairement et vaincu les USA pendant la prise de pouvoir même.

    A l’ouest, le déclin de l’influence des partis communistes a déjà commencé. S’il représentent encore une force électorale conséquente, aucun n’est à même de remporter une seule élection nationale, ni même de figurer en tête, au nombre de voix, dans les élections locales.

    A l’est, sauf en URSS aucun parti communiste n’est parvenu à rallier les populations malgré le monopole de la représentation qui est imposé par le régime politique dictatorial et l’obligation de s’y inscrire pour exercer certaines professions.

    Dans les années 60 en Pologne, un représentant du parti avait trouvé un bon moyen pour attirer du monde au meeting du parti dans sa région. Il faisait après les discours, un vrai numéro de musi-hall, c’était un merveilleux magicien amateur mais très doué.
    (Rapporté par une journaliste polonaise issu de ce courant du reportage narratif très prisé par les lecteurs à l’époque communiste). Son spectacle était très populaire et certains spectateurs venaient de loin pour se divertir du spectacle.

    Quand à l’influence politique de l’intellectuel, ce symptôme si français car, en général, l’intellectuel est plutôt un écrivain, il commence vraiment à dater.
    Toute les figures symbolique de l’artiste en révolutionnaire ont été épuisées pendant le XIX ème siècle. Et Mallarmé a constaté l’échec du poète à influencer la société.

    Si André Breton et Guillaume Apollinaire ré-affirment que la révolution est d’abord et avant tout affaire de langage, du moins commence-t-elle par le langage et s’y clôt.
    Il n’y a plus les lecteurs. Et les avant-gardes littéraires et artistiques s’éteignent faute d’adhésion et d’enthousiasme en dehors des petits cercles d’amateurs éclairés.

    Si la consécration survient, l’élan, lui, n’est qu’esthétisme, formes, concepts, un savoir précieux sur le monde mais qui n’a pas d’emploi.

    Les élites politiques et économiques se livrent aux délices de l’expertise technologique qui assure le pouvoir et l’argent.

    Depuis 1913, la figure de l’intellectuel qui opère encore comme faiseur de mythes, c’est l’aventurier. Paradoxalement, au moment même ou un modèle politique atteint son apogée, c’est à dire à la fin de son extension par la force, apparait la figure de l’intellectuel qui tire sa légitimité d’être dans l’action.

    Prises de vertige au contact de l’altérité, pressées d’affirmer leur supériorité, les foules ont besoin de médiateurs, incapables qu’elles sont de penser par elles-mêmes les promesses de la domination.

    Le spectacle peut commencer. Marcel Duchamp est passé par là qui fournit les outils conceptuels de la création de l’artiste comme œuvre par lui-même. Cela marche aussi pour l’écrivain. André Malraux et Ernst Junger l’ont compris qui s’érigent en acteurs dans la modernité, qui terrassent l’aporie historique. Avec eux, les lignes sont claires de l’à venir.

    Déjà, les petites mains contemptrices de l’Équipe, le nouvel eldorado de l’action solidaire fourbissent les récits des conquêtes commerciales, techniques, sportives, politiques par la grâce du récit de l’épopée écrite par avance des projets collectifs.

    On ne peut les citer tous, n’en prenons qu’un seul qui parle encore au cœur des foules, Antoine St-Exupéry.

    La réalité se nourrit des délires pour que les changements qui maintenant la caractérise, ces mouvements des masses elles-mêmes par elles-mêmes, ne prend sens que si on la métaphorise. Ainsi la société est-elle devenue spectaculaire.

    Alors, qu’en est-il de la mascarade de 1974 ?
    La comedia e finita !

    Nos littérateurs très encadrés visitent ce qui est déjà le montage du décor de la pièce suivante dans laquelle ils n’ont pas de rôles. Du moins, ce n’est pas prévu.

    L’effroyable révolution culturelle a abouti à l’un des plus grand saccage d’une civilisation par les peuples même qui en sont issus. Non seulement, on a détruit les reliques, y compris les plus antiques, mais surtout on détruit la pensée même et la langue qui va avec. Et un discours, fabriqué de toutes pièces et regroupés dans des fascicules des écrits soi-disants de Mao font les doxa et les gloses que chacun se doit de connaitre et de mettre en pratique. Des exemples, tout droits sortis des vestiges d’anciens textes dont on recycle les figures stéréotypes trouvent à s’incarner grâce aux propagandistes qui recherchent les individus qui presque spontanément sont déjà dans le rôle qu’ils vont désormais jouer de figure emblématique de la Nouvelle Chine débarrassée des séquelles pernicieuses des cultures de la Chine d’avant, celle qui occidentalisé dans les quartiers réservés commençaient à découvrir une dynamique de l’échange des pensées.

    Car ce qui était visé par Mao Tsé Toung, c’était la fin de la littérature dont les métaphores équivoques disaient les critiques du pouvoir du moment.

    Ainsi l’histoire de Li San Tsai, personnage mi-fictif mi-historique peut-être un invention pour le besoin de rédiger une histoire un peu confuse mais dont les péripéties peuvent s’interpréter comme une critique du pouvoir de Mao visant à sauvegarder l’influence des modérés droitiers.
    Mais on réplique en fabriquant un avatar vivant de Li San Tsai et le compromettre pour mettre fin aux agissement de ses protecteurs.
    La politique maoïste, c’est la révolution plus la littérature vivante dont les personnages prennent corps dans la réalité.

    Barthes est dans le périple qui lui fait parcourir l’immense « parc d’attraction de la Révolution », en train de se faire, grandeur réelle.

    Mais quelle langue parlent-ils ces chinois qui les encadrent et avec laquelle écrivent-ils ?

    Sans doute de moins en moins la langue et classique et de plus plus des formes modernes dont on peut se demander quelles pensées relient ce qu’il faut bien appeler un patchwork linguistique dont l’écriture la plus traditionnelle fait les frais.

    Enfin, il reste aux jésuites de terminer ce travail de plus de deux cent ans du dictionnaire de tous les idéogrammes du chinois classique.
    L’écriture traditionnelle chinoise est devenu un trésor des catholiques.

    Dans ces langues simplifiées que restent-il de la culture chinoise ?

    J’aime énormément l’œuvre de Barthes et je lui dois beaucoup. Son journal de voyage chinois dont la lecture des extraits m’a attristé par leur vacuité :
    Journal de la marionnette Gepetto.
    Étranger dans le ventre du Léviathan qu’il ne reconnait pas, stupéfait par le spectacle.

    Acculturation forcée de tout une nation en vingt ans, ça refroidie les ardeurs de révolution ultra-radicale.

    Mais le Droit ? Dissout dans les ardeurs iconoclastes de la révolution culturelle rouge du sang des derniers porteurs de mémoire.
    Mao Tsé Toung a fait de la Chine un État nationaliste, militariste, capitaliste, industriel et sans Droit.
    Un rêve d’ultra-libéral.
    Un cauchemar de démocrate.
    Le désespoir du réformiste.

    L’espoir réside-t-il à TaiWan.
    Les héritiers de Tshang Kai Chek sont-ils les derniers démocrates chinois ?

  • Yvon
    Yvon
    marié
    • Posté à 23h14 le 05/01/2009
    • Internaute 22452
      marié

    Je lis « Les habits neufs du président Mao » de Simon Leys et je découvre tant de choses au sujet de la révolution culturelle, mouvement immense qui permit à Mao de reprendre le pouvoir. Simon Leys , comme vous le dites, a été honni par nos intellectuels français de l’époque.
    Et ces mêmes intellectuels comme Sollers, Kristeva et tant d’autres qui ont vanté la Chine et sa révolution culturelle, ne se sont jamais expliqués, n’ont jamais dit leurs erreurs. Ils ont répandu en France leur idéologie et ont trompé ainsi des milliers de jeunes . Roland Barthes, comme Gide, ont au moins le mérite d’avoir eu une seconde de lucidité. Chose que n’a jamais eue Sollers ! Alors avant de baver sur Barthes....commençons par interpeller Sollers , non ?

    • egide
      egide répond à Yvon
      Littéral
      • Posté à 08h11 le 06/01/2009
      • Internaute 45067
        Littéral

      Vous avez tort en ce qui concerne Philippe Sollers et Julia Kristeva.
      Dès 1976, ils ont fait leur Mea Culpa. Et depuis, ils ont produits des textes critiquant leurs prises de position maoïstes.
      Votre interpellation de Sollers arrive 30 ans trop tard :

      Extraits de Sollers lui-même,
      Délivrance, face à face Maurice Clavel Philippe Sollers. 1976
      (publié au Seuil-Points en 1977)

      Mao a échoué, comme Marx, comme Lénine, comme la Commune de Paris, comme Mai 68. le paysage, de ce point de vue, est accablant. Une fois de plus, on part pour l’abolition de l’Etat et on arrive à son renforcement maximal. On part de l’autodétermination des masses et on arrive à leur anesthésie, à leur manipulation. Il y a là un problème terrible. Des exceptions viennent rétablir la règle : est-ce qu’on peut dire, alors, que la règle avance ? Peut-être, mais à quel prix ! Je crois que l’humanité reste en proie à la passion religieuse.

      • iconoclaste07
        iconoclaste07 répond à egide
        chargé d'etudes stats
        • Posté à 12h25 le 07/01/2009
        • Internaute 59929
          chargé d'etudes stats

        I did it !
        Oui mais n’est ce pas dérisoire de se positionner comme une avant garde une élite de la pensée pour être obliger de regarder dans son rétroviseur et dire je me suis trompé. En fait Sollers et les intellectuels français participent à la manipulation des masses. Ce qui compte pour eux c’est de participer au mouvement et ainsi d’être partie prenante de l’élite d’être acteur de leur propre histoire. Je ne suis pas sur que leur préoccupation principale soit le devenir des masses. Baudrillard a fait une métaphore sur le marathon de New York « l’important est de pouvoir dire : “I dit it” “
        D’où la fameuses phrase de BHL sur Aron et Sartre.
        D’ou Serje July envoyé à Bruay en Artois sur le Juge Pascal On lui pose la question ‘Et si il n’était pas coupable(Le notaire) ?’ il répond ‘Il est bourgeois donc il est coupable’ On lui ressort ce dialogue 20 ans aprés il ne s’excuse pas et dit ‘Oui mais dans l’époque c’était logique’
        ETC

  • matrasov
    • Posté à 01h18 le 06/01/2009
    • Internaute 20420

    ...et la farce continue. La révolution culturelle passe désormais à Paris dans le rayon kitch. L’opéra de Paris propose dans sa salle Garnier à partir d’aujourd’hui « le détachement féminin rouge » de triste renom. Un répertoire nullement imposé par le ballet national de Chine.

  • zorbeck
    • Posté à 07h36 le 06/01/2009
    • Internaute 9110

    Ce n’est pas le moindre des paradoxes qu’un discours qui se revendique critique du conformisme (« bourgeois ») n’ait pas su se dépêtrer d’une nouvelle forme de conformisme tout aussi borné (mais beaucoup plus aveugle et destructeur) qu’il était en train de créer. Comme quoi l’appel du troupeau reste toujours le plus fort, n’en déplaise aux nombreux détracteurs de Simon Leys...

  • Vieux taxi
    Vieux taxi
    retraité
    • Posté à 09h16 le 06/01/2009
    • Internaute 54218
      retraité

    Personne ne peut pardonner aux gauches staliniennes et maoistes.
    Ces gens ont truffé la Republique ( et les survivants ne risquent pas de le démentir) de réseaux actifs pour l’obtention et le partage des places... Telles furent quadrillées l’Education, l’Université, la Culture... au nom bien sûr de la lutte des classes et d’autres erzatz de religions citoyennes dont le PS a mollement essayé de relancer la machine avec ses bouillies socio-morales ... On s’est trompé disent-ils, comme des ados mal dégrossis, peu couillus et de mauvaise foi... La clef de leur succès ? faire croire aux rejetons de la petite bourgeoisie, qu’ils avaient un avenir sur le terrain de la pensée... : « Venez ! Tout est découvert ! .... » et que le tourisme suffirait à leurs voyages... Fume-cigarettes et bagouzes à la Closerie des Lilas...
    Quels décombres !

    • egide
      egide répond à Vieux taxi
      Littéral
      • Posté à 16h56 le 07/01/2009
      • Internaute 45067
        Littéral

      On ne comprend très bien de quoi vous voulez parler.
      Sinon de positions acquises par des gens de gauche dans les milieux de la culture de l’université.

      Votre ton amer, on ne sait à quoi l’attribuer. (Quoique)

      Ceux que vous appelez de façon très vagues staliniens et maoïstes ne sont pour rien dans ce que vous évoquez si vaguement.

      Pour des raisons historiques qu’on ne peut détailler dans un bref commentaire, la présence solide de la gauche dans les milieux culturels, artistiques et éducatifs tient aux conséquences de la politique du Front Populaire, aux mesures qui ont suivi le programme du Conseil National de la Résistance et de la politique culturelle et éducative des gouvernements qui se sont succédé pendant la présidence de De Gaulle.

      Ces trois références me paraissent quand aux intentions au dessus de tout soupçon.

      Évidemment, bien des problèmes restent en suspens en ce qui concerne la continuation dans note contexte actuel économique, politique et social des politiques culturelles et d’éducation.
      Mais, on ne voit pas dans votre commentaire contre quoi vous vous élevez avec aigreur.

      A moins que comme dans les pays d’Europe de L’Est, vous ne souhaitiez une épuration des gens de la gauche marxiste en les chassant de leur emploi grâce à des mesures d’interdiction professionnelle.

      Sur quel fondement juridique justifieriez-vous une telle violence politique ?

      En les déclarant complices des crimes des dictatures communistes ? Avez-vous quelques preuves qui concernent chacun des gens que vous voulez virer ?

      On bien suffit-il qu’ils aient exprimé des opinions en faveur de ces régimes à un moment ou à un autre de leur carrière ?

      Il n’y a pas si longtemps, on s’est offusqué qu’un ancien activiste nationaliste qui s’était livré à quelques actions illicites mais dont les condamnations ont été amnistiées, fort de sa réussite au concours de l’agrégation de Droit a obtenu un poste d’enseignant dans une faculté de province. Rien dans le droit ne permettait de récuser la nomination de cet enseignant, ex militant néo-fasciste.
      Il me semble que c’est d’autant mieux ainsi.

      Si quelques placards à gauche sont encore pleins de cadavres cachés. Ce n’est certainement ce à quoi vous pensez.

      Et ce n’est pas les quelques centaines de collaborateurs miliciens ou fonctionnaires zélés de la Révolution Nationale qui ont été exécutés sans jugement qui vaillent qu’on en fasse une cause de réparation. Ça vous parait injuste ?
      Je vous assure que d’autres défaites ont couté bien plus cher aux vaincus.

  • La Grenouille aux Yeux Bridés
    • Posté à 13h03 le 06/01/2009
    • Internaute 64375
      enchanteur

    ERREUR DE CASTING

    ’L’intelligentsia’ française est composée de spécialistes qui passent leur vie à étudier leur domaine d’excellence à travers un microscope.

    Plongés dans un monde duquel nous sommes exclus, ils sont parfaitement aveugles à tout ce qui les entoure. Leur immense culture dans un domaine précis n’a d’égale que leur immense ignorance dans tous les autres.

    L’idée des dirigeants de la revue ’Tel Quel’ d’envoyer Roland Barthes, Philippe Sollers, Julia Kristeva, Jacques Lacan et consorts en Chine pour une opération marketing était, de toute évidence, une erreur de casting.

    Ce n’est pas surprenant que cette fine équipe n’ait rien eu à se dire et à nous non plus.

    Des ouvriers des chaînes de montage des usines Renault auraient été certainement plus perspicaces face aux supercheries qu’on leur présentait.

    Signé : La Grenouille aux Yeux Bridés
    Note :

  • etpourtantelletourne
    • Posté à 15h17 le 06/01/2009
    • Internaute 64557
      cinéaste

    Et Kristeva ? Aveuglement volontaire...elle qui venait de Bulgarie,connaissant la rèalité des apparences et était tout à fait capable de discernement...mensonges coupables !

  • iconoclaste07
    iconoclaste07
    chargé d'etudes stats
    • Posté à 09h11 le 07/01/2009
    • Internaute 59929
      chargé d'etudes stats

    Je me suis toujours posé cette question pour moi fondamentale de l’aveuglement des intellectuels . Est ce la vanité ? Une sorte de quête esthétique qui crée la confusion dans la pensée quand, par exemple BHL dit : « Il vaut mieux avoir tord avec Sartre que raison avec Aron à propos du communisme ». Il faut tenter d’assimiler les concepts qu’ils construisent mais rester libre quant aux conclusions qu’ils tirent.
    Pour résumer ils sont de bons fabricants de machines outils mais ils ne faut pas monter dans la voiture de leur fabrication, Ils finiraient toujours par nous envoyer dans le ravin.

    • egide
      egide répond à iconoclaste07
      Littéral
      • Posté à 10h58 le 07/01/2009
      • Internaute 45067
        Littéral

      Il est vice qui est rarement impuni : le gout des mots d’esprit.
      Les intellectuels de la parole, ceux qui adorent les conversations et briller en compagnie, ne peuvent s’empêcher de céder à cette passion de la formule qui percute les consciences.
      Déstabilisé par l’émotion, on rit, on s’étonne, on s’offusque.
      Tant le diseur que les entendeurs sont dans le pur plaisir.
      Quand au message, lui-même, sorti du contexte mondain dans lequel il a fait irruption comme un tour spectaculaire, il n’a pas d’autre sens que cet hédonisme si bien partagé dans les petits cénacles.
      Hors de l’ici et du maintenant de l’échange verbal, il n’a aucune signification.
      La formule attribuée à BHL à propos de Sartre ou d’Aron est exempte de tout savoir.

      • iconoclaste07
        iconoclaste07 répond à egide
        chargé d'etudes stats
        • Posté à 12h22 le 07/01/2009
        • Internaute 59929
          chargé d'etudes stats

        Dont acte. Je ne suis pas un intellectuel et ne prétend pas l’être. C’est en fait ce que vous me reprochez. Le crime n’est pas si grave ! Je vous prie de m’en excuser. Ceci dit soyez précis cette phrase n’est pas « attribué » elle est de BHL. Il ne la renie absolument pas. Il la regrette plutot. Peut-être saurez vous mieux interpréter et justifier sa pensée que l’auteur lui même !
        Mais ma question est d’ordre plus général, le problème que je me pose est bien réel. Le voyage de Barthes en Chine me rappelle celui de Sartre en URSS suis je dans l’erreur ? Vous me le direz ? Si les intellectuels se trompent comme les autres, en quoi sont ils utiles ? Voilà ma question ? et j’essayais maladroitement à votre gout, d’expliquer comment j’ai tenté de répondre pour moi même à cette question.
        Les intellectuels parfois sont approximatifs : Quand Sollers dit Mao s’est trompé Marx s’est trompé etc C’est un peu rapide. Ils n’ont pas commis les mêmes erreurs. Mao a entrainé la chine dans le ravin. Elle a décidé à son décès de relever la tête. Marx est toujours d’actualité. On peut encore utilisé ses concepts pour comprendre le monde d’aujourd’hui même si la dynamique qu’il théorise parait fausse. D’où le mot d’esprit qui vous donne l’occasion de me punir... par un autre mot d’esprit.

         
        • egide
          egide répond à iconoclaste07
          Littéral
          • Posté à 12h49 le 07/01/2009
          • Internaute 45067
            Littéral

          Je suis désolé si vous avez ressenti ma remarque comme un préjugé quand à votre qualité d’intellectuel ou non, et je n’ai pas eu l’impression de vous punir de quoi que ce soit.

          Vous avez raison en ce qui concerne le petit extrait de Sollers, il est insuffisant pour justifier d’une erreur de jugement politique.

          Mais Sollers a publié des explications bien plus circonstanciées non pour se justifier mais plutôt expliquer comment et pourquoi, il s’était trompé.
          Il faut comparer Sollers et Kristeva à Sartres.

          Barthes, sa présence à ce voyage est fortuite. On l’a sollicité, il était réticent pour de simples raisons de convenance personnelle. La curiosité l’a emporté, ce qui n’étonne pas chez cet homme. Il s’est royalement emmerdé et n’ a pas compris grand chose et il l’a écrit.

          L’intellectuel n’est pas une figure symbolique. En tout cas, il ne doit pas l’être. Ce qui compte, ce sont les textes qu’il produit.

          C’est à nous, lecteurs, qu’il incombe la responsabilité de l’interprétation que nous faisons de la pensée qu’on nous propose.

          Les errements d’une pensée sont le plus souvent ceux des interprétations qu’en ont fait une majorité de lecteur.

          Pour finir ce qu’a dit BHL, vous confirmez qu’il est bien l’auteur de cette formule ne veut rien dire d’autre que BHL n’aime pas beaucoup Aron et qu’il lui préfère Sartre. On a lu des aphorismes plus profonds et autrement riche de pensée.

          Mao a été un tyran particulièrement nocif.
          Mais, on ne peut réduire tout un système à un seul homme, fut-il le plus puissant en son temps.

          L’effroyable administration qui tient la Chine depuis 1949 a généré un monstre, un Léviathan.

          Un état nationaliste et militariste, puissant, hégémonique. Une technocratie sans scrupule et corrompue maintient dans ce pays, une société sans Droit. Il n’y a pas de recours contre l’arbitraire. Un pouvoir s’impose par la violence pure.

          Enfin pour bien comprendre cet évènement, ce n’est pas sur le plan politique qu’il faut juger les protagonistes. C’est sur le plan de la littérature.
          Ce qui les passionnait tous, y compris Roland Barthes, c’était l’impact de ce qu’ils croyait être une véritable Révolution avait sur le langage.
          Et du point de vue littéraire les textes politiques publiés en Chine pendant la période de la révolution culturelle sont vraiment passionnants.

          • iconoclaste07
            iconoclaste07 répond à egide
            chargé d'etudes stats
            • Posté à 13h47 le 07/01/2009
            • Internaute 59929
              chargé d'etudes stats

            je me suis rendu compte de mon erreur d’interprétation de vos propos aprés coup et je vous prie vraiment de m’en excuser. Dans un forum il arrive que l’on post plus vite que son ombre !
            Je suis d’accord avec vous la relation des intellectuels français avec l’art et la litterature l’emporte pour eux sur le souci d’interprétation du réel. Sartre méritait le prix nobel de littérature. Sollers est un formidable « passeur ». J’ai assisté avec un immense plaisir à une conférence à la Sorbonne sur Bacon. C’est aussi un écrivain de talent.
            Une question se pose pourquoi BHL n’aime pas Aron ? Aron est un solitaire, modeste libéral. Il diffuse la pensée philosophique de Max Weber qui date. Avec Sartre on est dans l’invention. La créativité est partout. Il a une bande. Il est à la mode. Si BHL ne renie pas cette phrase meme si il fait semblant de la déplorer c’est par orgueil. Il préfère passer pour cynique plutot qu’aveule. Pourtant la pensée weberienne et donc aronienne est toujours pertinente. Que reste t-il des analyses politique de Sartre ?
            Pour Roland Barthe je suis d’accord sa problématique est ailleurs. Sollers dans la dernière phrase des propos que vous citez plus haut justifie admirablement les priorités de Barthe.

        2 autres commentaires
  • La Grenouille aux Yeux Bridés
    • Posté à 14h07 le 07/01/2009
    • Internaute 64375
      enchanteur

    @ iconoclaste07 et egide

    J’ignore si Sartre a eu connaissance de « l’aphorisme » de BHL et, si oui, quelle a pu être sa réaction.

    En tout cas, pour ce qui me concerne, je considère que quelqu’un qui préfère me suivre dans l’erreur plutôt que de me montrer le bon chemin se fout de moi. Que Dieu me garde de tels amis !

    Le moins que l’on puisse dire est que BHL n’est pas du tout dans la rationalité. A la rigueur, il est dans l’idolâtrie aveugle. Si ce n’est carrément dans la folie.

    On ferait bien de s’en souvenir.

    Signé : La Grenouille aux Yeux Bridés

    • Bonval
      • Posté à 15h25 le 07/01/2009
      • Internaute 65184
        artisse

      Je suis atterré que Rue89 adopte le « rating », notation démagogique des internautes par eux-mêmes. Mais ce n’est pas très passionnant, pas plus que la prochaine vérole de Napoléon 4.
      Cet aspect de l’intervention citoyenne m’amène à poser la question de la responsabilité. Comment s’établit-elle, à quel degré ?
      « L’intellectuel n’est pas une figure symbolique. En tout cas, il ne doit pas l’être. Ce qui compte, ce sont les textes qu’il produit. » Si le texte produit par un auteur, un artiste, un personnage public … un intellectuel, est bien un acte, ses choix politiques (au sens de vie publique) entrent également dans ses actes.
      La jouissance que procure le pouvoir (de « ceux qui savent ») explique-t-elle la cécité ? Et si cette jouissance ne satisfait que partiellement le désir, le plaisir recherché et atteint tend-il vers cette fameuse pulsion de mort ? Si oui, nous y allons tous. Au secours !