02/01/2009 à 15h45

Message aux journaux français : essayez de vivre sans Google

Jeff Jarvis | http://www.buzzmachine.com/

Rue89 avait décrit en décembre l’affrontement entre les représentants de la presse écrite et ceux de Google lors des Etats généraux de la presse.

Les tensions ne sont pas nouvelles, les responsables de médias reprochant à Google de capter une partie de la valeur créée par les journalistes et de partager à leur avantage le gâteau publicitaire, mais elle a pris une tournure brutale avec la menace d’une plainte en justice.

Plusieurs internautes ont réagi sur Rue89 en critiquant cette attitude. « Je comprends les arguments des grands patrons de presse, mais je trouve cette attaque un peu trop grossière, comme si Google était le grand responsable de tous les maux de la presse », nous disait par exemple Tita. Voici l’analyse de Jeff Jarvis, pas tendre non plus pour la presse française.

Mon ami Eric Sherer raconte la rencontre dramatique entre Josh Cohen de Google News et un groupe d’éditeurs de journaux français hostiles. Je vous en donnerai les détails un peu plus tard. Mais pour planter le décor, commençons ici :

Imaginez que Google et Google News arrêtent simplement de faire des liens vers les sites d’information et les évitent complètement, puisqu’ils se plaignent autant. Que deviendraient-ils ?

  • Ils perdraient le trafic direct issu de Google News et la capacité de vendre des publicités sur ces pages avec ces lecteurs.
  • Ils perdraient l’occasion de rencontrer, accueillir ces nouveaux lecteurs et de développer une relation avec eux.
  • Ils perdraient le trafic qu’ils obtiennent grâce aux recherches.
  • Ils perdraient la possibilité de publier des liens sponsorisés, fournis par Google, et d’en tirer des revenus.
  • Ils perdraient la notoriété gagnée sur Internet grâce au « jus de Google ».
  • Ils souffriraient, leur influence diminuerait et Google serait accusé de tuer l’information.

Mais les Français blâment Google quoi qu’il arrive, et même si Google leur apporte tous ces bénéfices. Bien sûr, tout cela n’a pas de sens.

La presse pense que Google lui est redevable

Cette attitude anti-Google vient apparemment d’une conception qu’a la presse de ses prérogatives que nous observons clairement en France mais aussi ailleurs : Google nous est redevable. Nous perdons de l’argent à cause de la publicité et Google gagne de l’argent avec la publicité. Donc Google devrait jouer franc-jeu et nous en donner une partie.

Mais où est-il écrit que les éditeurs de presse ont un droit sur l’argent des annonceurs ? Les éditeurs perdent l’argent de la publicité parce que d’autres ont vu, avec Internet, la possibilité de mieux les servir. Et c’est le droit des annonceurs de mettre leur argent là où ils entrevoient le meilleur retour sur investissement.

Google pourrait se contenter de prendre l’argent et de mépriser les éditeurs. Mais au lieu de ça, ils leur offre une part de son gateau en leur envoyant du trafic et en leur proposant de partager ses revenus publicitaires. Les éditeurs peuvent souhaiter négocier les taux de reversement en étant dans une meilleure position -ce sont les affaires- mais Google, lui, n’a pas besoin de faire des affaires avec les journaux.

Dans le récit de guerre de Scherer, les éditeurs français clament que Google est leur ennemi, que le prix de marché de Google relève de la prédation (autrement dit qu’il concurrence ce qui serait selon eux le juste le prix).

Ces citations rapportées par Scherer disent tout :

  • « Vous accaparez la majeure partie de la croissance de la publicité en ligne, vous en prenez tous les avantages. »
  • « Les accords actuels sont loin de ce dont nous avons besoin. »
  • « Le principal problème est le partage des revenus. Aujourd’hui, il n’est pas juste. »
  • « Et maintenant, avec la crise, certains sont en train de mourir. Nous n’avons pas assez d’argent pour vivre sur Internet. »
  • « La croissance d’Internet a été prise en otage par les moteurs de recherche. Nous ne sommes plus en mesure de payer des journalistes professionnels pour faire leur travail. »
  • « Vous avez une responsabilité envers les organes de presse. Vous devez la prendre en compte sérieusement. »

Google propose de venir en aide aux journaux

Comme d’autres éditeurs et journalistes, ils pensent qu’un marché devrait se construire autour de leurs besoins et qu’une part de ce marché leur revient de droit, même s’ils n’ont pas su innover et changer, de telle sorte que ceux qui l’ont fait devraient se porter à leur secours.

Pourtant, Google vient à leur aide. Lors de la rencontre, à en croire une page de présentation diffusée par Scherer, Cohen (de Google) a proposé aux éditeurs de les aider à améliorer leur offre publicitaire dans Google News, à adapter leur présence en fonction de leurs préférences, à donner aux éditeurs du contenu pour améliorer leurs sites, à les aider à accroître leurs revenus en partageant les liens sponsorisés et à améliorer leur distribution.

Lors d’une autre réunion, plus tard, avec les agences de presse, raconte Scherer, Cohen leur expliqua comment réussir avec Google :

« Comment monétiser les archives, distribuer des informations locales, les vidéos et les images, intégrer le contenu de YouTube, utiliser des citations de Google, des cartes de Google, des mots-clés... »

Mais la majeure partie du public de Cohen ne voulait pas apprendre comment s’adapter à ces nouvelles réalités du marché, à poser la question « Que ferait Google ? » [titre du premier livre de Jeff Jarvis qui doit sortir en février aux Etats-Unis, ndlr] et à y répondre. En revanche, ils pensaient avoir droit à une partie du succès de Google, sans faire le travail de Google.

Attention aux choses dues. Les éditeurs qui ne réussissent pas sur un marché libre essaient de s’appuyer sur des rentes. Il n’y a que deux manières de les attribuer : les impôts ou les subventions et la législation pour brider la concurrence.

Après les rencontres avec Google, nous raconte Scherer, un cadre français a évoqué le spectre d’un démantèlement de Google -le réflexe des régulateurs- et un représentant syndical « s’est récemment prononcé en faveur de l’exclusion de Google en France ».

Attention à ce genre de souhaits.

Au passage, la France est l’un des pays qui n’a pas acheté « Que ferait Google ? ». Les éditeurs français ne voulaient pas d’un livre favorable à Google. Ils voulaient de la polémique anti-Google. Les éditeurs américains m’on dit qu’ils avaient une règle pour la France : si un livre marche en France, il y a peu de chance qu’il marche ailleurs. Ils m’ont dit de me réjouir que les Français ne l’aient pas acheté. Que se passe-t-il avec les Français ?

Traduit par Laurent Mauriac

A lire aussi : Entre Google et la presse française, la guerre est déclarée

Le post original sur Buzzmachine, le blog de Jeff Jarvis

  • 7476 visites
  • 17 réactions
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  • Saheyus
    Saheyus
    Nightfall, quietly it crept and (...)
    • Posté à 18h47 le 02/01/2009
    • Internaute 28231
      Nightfall, quietly it crept and (...)

    Finalement, le communisme, quand il s’agit de faire payer une entreprise étrangère et œuvrant dans un autre secteur que le sien, c’est très populaire.

  • Anonyme

    c´était difficile de caser que Google collabore avec le gouvernement chinois ? il faut croire que oui.
    utilisez ixquick comme moteur de recherche.
    Lien

    • Jean-Jacques Louis
      • Posté à 22h36 le 02/01/2009
      • Internaute 2277

      Google craint surtout la concurrence chinoise. Entre autre, Lien représente déjà une menace alors que, non traduit, il ne concerne encore que ceux qui lisent couramment le Chinois. Mais les traductions sont attendues à bref délai et ça pourrait faire mal.

      • Pierre Haski
        Pierre Haski répond à Jean-Jacques Louis
        Cofondateur Rue89
        • Posté à 00h46 le 03/01/2009
          éditeur
        • Journaliste 9
          Cofondateur

        Tempérez votre enthousiasme pour Baidu : le moteur de recherche chinois est au centre de polémiques en Chine même pour avoir touché de l’argent pour éliminer de sa base les informations sur le lait frelâté aux débuts de l’affaire qui a secoué la Chine en 2008. Il est très puissant nationalement, mais je ne suis pas sûr qu’il ait la capacité de transposer son modèle dans d’autres pays.

    • Saheyus
      Saheyus
      Nightfall, quietly it crept and (...)
      • Posté à 23h54 le 02/01/2009
      • Internaute 28231
        Nightfall, quietly it crept and (...)

      Le truc c’est que Yahoo aussi. Google, c’est 90% du marché, et Yahoo plus de 5% Du coup, reste plus grand chose côté moteurs de recherche honnête (et on peut se demander si, s’ils étaient plus gros, ils agiraient différemment...).
      Après, je condamne évidemment Google pour son comportement immonde sur ce point, et je me réjouis que certains aient le courage de le fuir pour cette raison. Mais moi, tant qu’on m’aura pas vraiment montré un moteur de recherche aussi efficace, complet et agréable, je resterai dessus.

      En plus, comme il m’arrive de gérer des sites, j’ai deux choix : soit je référence (bien si possible) sur Google, soit j’ai maximum deux péquenauds par mois.

      • Anonyme répond à Saheyus

        ixquick en tant que moteur de recherche est aussi bon que google, voire meilleur.

         
        • Saheyus
          Saheyus
          Nightfall, quietly it crept and (...)
          • Posté à 20h07 le 03/01/2009
          • Internaute 28231
            Nightfall, quietly it crept and (...)

          Si vous le dites, je vais l’essayer. Mais reste toujours le problème des sites eux-mêmes qui ne pourraient pas vivre sans google.

        1 autres commentaires
  • Jean-Jacques Louis
    • Posté à 22h32 le 02/01/2009
    • Internaute 2277

    « Ils perdraient le trafic direct issu de Google News » ? Franchement, quand je parcourre un journal sur l’internet, ce n’est jamais sur le conseil de Gooooogle ou d’un autre moteur de recherche et j’imagine que je ne suis pas le seul dans le cas. En mai de l’an dernier, c’est lemonde.fr qui m’a fait connaître Rue89 et je connaissais Le Monde depuis longtemps simplement parce que mes parents le lisaient quand j’étais petit. Quant à La Pravda, le LA Times, le Washington Post et les autres, ce sont des journaux dont on entend parler et on est tenté d’y aller voir, d’autant plus que c’est gratuit. Google, Yahoo et les autres n’y sont pour rien. C’est juste la curiosité.
    Même pour les sites non journaleux ; les meilleurs sont ceux qu’on découvre par le bouche à oreille (virtuel, bien sûr) plutôt que par les moteurs de recherche qui ne référencient guère plus d’un pourcents des sites internet.

    • désinscrit-
      • Posté à 23h33 le 02/01/2009
      • Internaute 736

      Vous représentez assez bien le problème il me semble. Pas de problème pour les lecteurs réguliers ou qui connaissent le journal, la problématique pour les groupes de presse est qu’ils ne peuvent pas se passer de google pour attirer de nouveaux lecteurs.

      Bon un peu comme l’industrie du disque je pense que c’est bien fait pour leur g... matricule. Ils ont les moyens financiers de se passer de google en s’alliant et en créant un portail d’accès à leurs publications, si ils voulaient et si ils étaient capables de s’entendre (je parle des dirigeants). Au lieu de cela ils préfèrent se tirer dans les pates et sont capables uniquement de s’unir pour essayer de tirer profit du travail qu’a fait google.

      google a fait fort en se rendant indispensable sans publier aucun contenu mais que l’ensemble de la presse à grand tirage interdise leurs pages d’actu aux robots de google et ne laisse que les archives (pour attirer le nouveau lecteur) et google news perdra vite de sa superbe ! ! Par contre google sait surement qu’il n’y a quasi aucune chance pour que cela arrive (il suffit d’un qui ne soit pas d’accord et les autres ne prendront pas le risque : -D)

      Un portail des médias du net (médiapart, La rue, bakchich, @si, etc...) serait déjà une bonne idée, ils sont invisibles sur google news de toutes façons (ou alors de manières très épisodique).
      Pourtant Rue89 était assez présent au début. Peut être une explication de Rue89 sur cette disparition ? ou une infirmation avec les stats de trafic ? ?

      • Yann Guégan
        Yann Guégan répond à désinscrit-
        Avec les doigts http://bit.ly/ (...) Rue89
        • Posté à 13h45 le 03/01/2009
          éditeur
        • Journaliste 1836
          Avec les doigts http://bit.ly/ (...)

        Pourtant Rue89 était assez présent au début. Peut être une explication de Rue89 sur cette disparition ? ou une infirmation avec les stats de trafic ? ?

        Pour des raisons techniques, certains papiers ne « passent » pas dans Google News en effet. On est en train de voir ce qu’on peut faire avec des spécialistes du référencement.

         1 autres commentaires
  • Simple Mind
    Simple Mind
    Contemplatif
    • Posté à 11h10 le 03/01/2009
    • Internaute 58129
      Contemplatif

    Quel beau pays que la France ! Quels beaux magnats de la presse avons-nous ! Losqu’il s’agit de se partager le gâteau de l’info entre 2 ou 3 grands argentiers, messieurs Lagardère, Dassault, et consorts trouve qu’un petit oligopôle est très intéressant et avantageux. Que ce soit pour des raisons financières ou d’orientation de l’information généraliste ou spécialisée, cette situation ne les gêne pas trop.
    Mais voilà qu’un poisson plus gros qu’eux les empêche de tourner en rond dans leur bocal. Alors ils nous ressortent les mêmes arguments, qu’eux-mêmes ont balayés d’un revers de la main dédaigneux peu de temps avant. Comme on dit chez moi : » y s’foutent de la gueule de qui ? ». Pour des libéraux, je trouve qu’ils n’aiment guère la concurrence. Ils ont été battus à leur propre jeu, et ils voudraient changer les règles qui les arrangeaient bien avant leur défaite ? Soyons sérieux !
    Ils nous parlent de leurs journalistes, mais il y en a des bien aussi compétents en dehors de leur giron.
    Peut-être craignent-ils surtout et avant toute chose que des journalistes et enquêteurs fassent leur travail sans avoir de compte à leur rendre avant publication.
    Cette affaire ne concerne que les gros éléphants de la presse dirigiste de notre pays, mais beaucoup de titres encore indépendants car trop petits devront profiter de cette opportunité pour conserver une presse libre digne de ce nom dans ce beau pays qu’est la France.

    • iconoclaste07
      iconoclaste07 répond à Simple Mind
      chargé d'etudes stats
      • Posté à 21h01 le 04/01/2009
      • Internaute 59929
        chargé d'etudes stats

      La France n’a jamais été un pays libéral. Tocqueville le disait déjà.

  • didine75
    didine75
    VEGAN pour ne pas tuer d'animaux
    • Posté à 18h42 le 03/01/2009
    • Internaute 48782
      VEGAN pour ne pas tuer d'animaux

    N’utilisez pas Google qui cautionne le régime politique Chinois en censurant certains sujets !

    Je conseille à tous les Riverains s’utiliser ECOCHO.fr , ce moteur de recherche utilise la même base de données de Yahoo ! et toutes les 1 000 recherches, 2 arbres sont plantés !

    Allez vite sur Lien (pour la France)

    C’est un moyen facile pour lutter contre le réchauffement climatique.

    • foobar
      foobar répond à didine75
      nabalzr
      • Posté à 15h26 le 04/01/2009
      • Internaute 27760
        nabalzr

      Mais yahoo aussi se plie aux revendications du gouvernement chinois, donc le problème se pose toujours.

      D’ailleurs les moteurs de recherche se plient toujours aux injonctions des gouvernements locaux, en France certains résultats sont filtrés (relatifs au nazisme).

  • Merak
    Merak
    pré retraité
    • Posté à 20h33 le 04/01/2009
    • Internaute 59409
      pré retraité

    que sont devenues les initiatives françaises comme Ecila ? les premiers moteurs français datent au plus tard de 1997 ... pourquoi les pionniers de l’internet Américain et particulièrement les sociologues (Sherry Turkle) n’ont pratiquement jamais été traduits en Français, pourquoi ne pas reconnaître un conservatisme paralysant d’une société dépassée par les événements ?

    la différence Google, c’est le modèle économique. Assurer une position dominante « brute » (que détenait Altavista mais qui n’était qu’un démonstrateur technologique) puis transformer cette puissance en planche à billets, en vendant des « parts de marché ».

    quant à montrer du doigt tel ou tel pays qui « censure » son internet, c’est bien le moins qu’on puisse faire pour un outil de propagation de culture dominante. dans un pays où 40% de la population n’a pour seule source d’information que le 20h de Tf1 la notion même d’information est sujette à caution.

  • Grégory
    • Posté à 20h32 le 05/01/2009
    • Internaute 12569

    Les arguments de cet article sont assez faibles. En gros c’est l’habituel rengaine libérale : adaptez vous ou disparaissez, exprimée dans ce passage :

    « ils pensent qu’un marché devrait se construire autour de leurs besoins et qu’une part de ce marché leur revient de droit, »

    Corrolaire caché : tout service (au moins privé) devrait donc évoluer en fonction de l’évolutions des infrastructures (ici, les réseaux d’information), que celà l’améliore ou non. Ou plutot, « car celà va forcément l’améliorer », c’est à dire que nous avons ici à faire à un croyant du marché libre et sans contrainte, religion qui a pourtant pris l’équivalent d’une analyse au carbone 14 du suaire de Turin depuis fin 2008. On pourrait pourtant imaginer que ce sont les infrustractures qui devraient se mettre au service du résultat final (ici la qualité de l’information), mais pas quand on est intégriste ultra libéral, apparament...

    Pour l’auteur ci-dessus, donc, la question de savoir si l’on peut réellement faire de l’info avec les moyens réduits qu’offre actuellement l’économie numérique est tout simplement sans objet. Quand à se demander s’il est bon que le trouveur de contenu prospère dès lors que les fournisseurs de contenu sont, eux, étranglés, ou s’il ne faudrait pas légiférer un minimum pour que les recettes liées à la consommation finale du contenu permette de faire vivre l’ensemble, ce serait donc incongru.

    Pas pour moi, Jeff, pas pour moi...

    Et pourtant moi je suis de ces ennemis déclarés de l’immense majorité de la presse. Libé, Le Monde, etc. : outils de propagande au service de l’oligarchie, fait prouvé, reprouvé, sur prouvé jusqu’à l’écoeurement total et définitif. Je souhaite leur disparition, certes. Mais si l’alternative se résume à « Agoravox for all », c’est pire. D’une part parcequ’Agoravox fonctionne au fond sur des digest d’articles issus de la presse professionnelle, d’autres part parceque certes, j’aime bien Agoravox, mais ça ne remplace pas non plus cette presse professionnelle - ça n’en a d’ailleurs pas l’intention.

    Il me semble donc important, quelle que soit l’état de la presse actuelle, qu’elle dispose au moins d’un cadre viable. Le marché ne tends par vers ça : des lecteurs, ça oui il y en a, mais les revenus ne suivent pas. Alors contrairement à Jeff, je n’ai pas une confiance aveugle dans la merveilleuse jungle du marché et je ne pense pas que celle-ci par sa magie si souvent vantée va nous amener à une dynamique amélioriant qualitativement la presse. Il restera le fil d’actu sur MSN/Yahoo/[placez votre marchand de tuyaux ici], et éventuellement les journalistes à la Eric Laurent recevant un succès potable sur leurs investigations de longues durées (et encore, ils ne devront pas trop déranger et survivre à la transition au papier électronique). Et ce sera tout. Et tout ce qui est commentaire, regard, info non spéctaculaire (Rue89, en somme), pfrt, se limitera à des blogs tenus bénévolement et en conséquence à courte durée de vie (2-3 ans).

    Ca aurait du bon, noté. D’un coté les gens seraient moins informés, d’un autre ils seraient moins manipulés. Mais n’oublions que le gros des bloggeurs sont des consommateurs, non des adversaires, de la presse professionnelle. Si celle ci meure, leur flot aussi va se tarir.