23/12/2008 à 12h50

« Monsieur Mittal profite de la crise pour tout balancer »

Rémi Leroux | Rue89

Cette semaine, la carte de la crise fait étape dans les Bouches-du-Rhône, où Marseille89 est allé à la rencontre des salariés d’ArcelorMittal. L’industriel a annoncé la suppression de 9000 emplois sur 326 000 dans le monde : 1400 postes seraient concernés sur ses sites français.


Site d’ArcelorMittal, Fos-sur-Mer (Rémi Leroux/Rue89).

Depuis trois semaines, le haut-fourneau numéro deux du site sidérurgique est à l’arrêt. Le numéro un, refait à neuf cette année, a connu un problème technique fin novembre et redémarre à peine. « Nous sommes restés dix jours sans produire le moindre gramme de fonte », déplore Richard Gasquez, secrétaire CFDT du comité central d’entreprise d’ArcelorMittal Méditerranée et porte-parole d’une intersyndicale très remontée (CFDT-CGT-FO-CFTC).

Il y a dix jours, la confirmation de la direction d’ArcelorMittal de supprimer dans les prochains mois 1400 postes sur ses sites français a renforcé les craintes des salariés de Fos, où l’activité a déjà été considérablement réduite depuis deux mois. L’industriel est le deuxième employeur privé du département après Eurocopter, avec 3300 salariés sur le site de Fos-sur-Mer et une production annuelle qui varie entre 4,4 et 4,8 millions de tonnes d’acier.

En décembre, quatre journées de chômage partiel ont été imposées aux salariés et quatre supplémentaires seraient déjà programmées entre janvier et février 2009.

« Il ne s’agit pas d’un plan industriel »

Interrogé sur BFM il y a quelques jours, Daniel Soury-Lavergne, directeur général d’ArcelorMittal France, assurait qu’il ne s’agissait que « d’un plan de départs strictement volontaires » et non « d’un plan industriel ».

Et de préciser que les outils de production ne seraient donc pas touchés et qu’aucun site en France ne serait fermé :

« Nous pensons que la reprise économique prendra beaucoup de temps. ArcelorMittal était lancée dans une croissance extrêmement forte au niveau mondial et s’était organisée pour profiter de cette croissance et assurer pleinement son rôle de leader de l’acier dans le monde. Nos structures étaient organisées dans cette perspective.

Nos projets de croissance sont remis à plus tard, même s’ils existent toujours. Nous sommes donc obligés, avec les effets de la conjoncture et les effets du différé sur toute croissance possible, de baisser nos prêts fixes et donc de réduire nos structures. »

Pour le « blogueur d’Eco89 », Gilles Le Blanc, économiste et professeur à Mines ParisTech, « la stratégie industrielle d’ArcelorMittal laisse à penser que tous ses sites opérationnels aujourd’hui en Europe ne le seront plus dans les prochaines années. »

Il s’interroge notamment sur le maintien des trois principaux sites sidérurgiques français dans leur configuration industrielle actuelle :

« Même si Fos, comme Dunkerque, a cet énorme avantage d’être un site sur l’eau, la compétitivité des sites français dépendra aussi du niveau des investissements. Tous les sites européens sont aujourd’hui mis en concurrence les uns par rapport aux autres ».

« Le degré de résistance du marché automobile » sera, selon Gilles Le Blanc, « un facteur déterminant pour l’avenir des sites français d’ArcelorMittal ». Entre 35 et 40% de la production de Fos-sur-Mer est destinée au secteur automobile.

Moins 500 emplois à Fos dans les prochains mois ?

Au-delà de l’annonce du plan de départs volontaires, Richard Gasquez s’interroge sur la stratégie de la direction d’ArcelorMittal, à plus ou moins long terme.

« Nous n’avons jamais connu ça sur le site de Fos. A part en 1979, mais c’était volontaire et le mouvement social avec entraîné deux mois de lock-out. Aujourd’hui, la situation est très différente et, d’une certaine manière, beaucoup plus grave. On parle tout le temps de la conjoncture. La direction, sous couvert de la crise, balance tout ce qu’elle peut balancer. C’est clair.

Gel des embauches, départs à la retraite non remplacés, départs volontaires... le syndicaliste estime que sur un site comme celui de Fos-sur-Mer, près de 500 emplois pourraient disparaître dans les prochains mois. Une situation que les salariés vivent mal :

“Ils ont un sentiment d’injustice et d’incompréhension. M. Mittal avait dit, je prends le groupe Arcelor et je créé 2000 emplois. Regardez deux ans après, le paquet cadeau, on l’a : ce n’est pas plus 2000, c’est moins 1400 ! Si on fait le delta entre les deux, il manque 3600 emplois : (Ecouter le son)


Le site de Fos est-il menacé ?

Dans ce contexte pour autant, un mouvement social est-il envisageable ? Sur place, les salariés sont ‘pris entre le marteau et l’enclume’, fait remarquer Richard Gasquez.

‘D’un côté il y a l’envie de dire, stop, stop à ce capitalisme qui nous dévore tout cru ; mais quoi qu’on en dise, la crise est là et, d’un autre côté, il y a aussi la crainte de perdre son emploi. Comment faire grève aujourd’hui sans faire le jeu du patron ?’

L’arrêt du deuxième haut-fourneau a également été considérée comme une mauvaise nouvelle à Fos. Bien que la direction ait confirmé son redémarrage pour la fin janvier 2009, les salariés restent sceptiques.

Pour eux, il se pourrait qu’il reste à l’arrêt plus longtemps, ce qui entrainerait une nouvelle baisse de la production :

‘Si tous les investissements importants sont suspendus, comme cela semble être le cas, qu’adviendra-t-il de la réfection du haut-fourneau ? Le site de Fos n’est viable et rentable que si les deux hauts-fourneaux fonctionnent’.

De la même manière, les syndicats s’inquiètent du devenir de l’un des outils essentiels à la bonne rentabilité du site de Fos : le laminoir, qui sert à transformer les rouleaux d’acier en tôle. ‘C’est ce qui fait la valeur ajoutée du produit et cette transformation n’est rentable que si nous produisons 4,5 millions de tonnes d’acier par an.’

Or, croit savoir Richard Gasquez, ‘un laminoir est en cours de construction en Turquie, tout neuf, avec des capacités plus importantes et appartenant à ArcelorMittal...’ (Ecouter le son)


Autant d’éléments d’une stratégie industrielle sur laquelle les salariés d’ArcelorMittal Fos n’ont aucune prise et qui ne les rend pas vraiment optimistes. ‘On aimerait bien se tromper, pourtant, conclut le syndicaliste. Mais depuis deux mois, toutes nos craintes, la direction du groupe les confirme...’

Photo : site d’ArcelorMittal, Fos-sur-Mer (Rémi Leroux/Rue89).

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  • Humain
    • Posté à 13h04 le 23/12/2008
    • Internaute 21387

    Je ne vois pourquoi il se generait ! !

    Il n’a rien devant lui....

    Les emplois tout le monde en parle, mais tout le monde s’en moque !

    Allez Monsieur Mittal, monsieur Renault (celui de la Halde) et autres ..... Allez-y.... Balayez les emplois ! !

    Et ensuite ! ! Nous, on fait quoi ?

    • pablico
      pablico répond à Humain
      À la porte d'un sourd, 
un jour (...)
      • Posté à 13h09 le 23/12/2008
      • Internaute 14278
        À la porte d'un sourd, 
un jour (...)

      ce qui fait poser la question :

      si cette crise n’était qu’une nouvelle bulle (négative) ?

      pour dégraisser les économies, les usines, les banques.
      rendre les pauvres plus pauvres et les riches plus riches.
      avoir de l’énergie , et matières première à moindre cout.
      casser les mécanismes sociaux, casser les retraites, casser la protection de la santé.

      peut-être autre chose pas trop démocratique du tout ?

      d’ailleurs c’est ce qui risque d’arriver..au bout de la crise.

      à force de nous créer des bulles, on fini par voir des bulles partout.
      car à chaque fois qu’elles éclatent, on a perdu quelque chose.

  • vol19
    • Posté à 13h52 le 23/12/2008
    • Internaute 13492

    Les noms n’arrêtent pas de changer mais ne pas oublier qu’Arcelor est le produit entre autres des fusions, de (rappellez-vous... !) Usinor, Sacilor, Sollac, plus anciennement les aciéries de Lorraine etc... qui ont été durant des dizaines d’années transformées, aidées par des fonds publics Français.... Tout çà pour çà...

  • la champenoise
    • Posté à 14h17 le 23/12/2008
    • Internaute 27942

    Gandrange amorçait le dégraissage.
    Gandrange, vous vous souvenez de l’ironie de M. Sarkozy, de son volontarisme à ce sujet : on allait voir ce qu’on allait voir …
    Et pour voir, on a vu : M. Mittal a fait ce qu’il a voulu et l’hyper-omniprésent-président a totalement oublié Gandrange. Il est vrai que cela ne le grandit pas et qu’il vaut mieux aller passer Noël au brésil avec Carla à nos frais ...

    • SERF
      SERF répond à la champenoise
      GUEUX
      • Posté à 14h56 le 23/12/2008
      • Internaute 63148
        GUEUX

      Sarko reviens Mittal dégraisse ! !

  • nemo3637
    nemo3637
    Déchoukeur
    • Posté à 16h12 le 23/12/2008
    • Internaute 44521
      Déchoukeur

    On semble découvrir le secret de Polichinelle ! Comme si le principal des investissements pouvait encore se faire dans l’industrie !
    C’est la spéculation financière qui rapporte - encore que... - et non plus les investissements dans des industries quelqu’elles soient.
    Que croyez-vous que deviennent les mannes et exemptions fiscales dont bénéficient les entreprises ?
    Demandez à Total quelle fraction de son budget est consacrée aux énergies renouvelables et aux équipements « écologiques ».
    « Pas assez lucratif, mon fils... »

  • padiran
    padiran
    Chroniqueur Grolandais
    • Posté à 17h14 le 23/12/2008
    • Internaute 5159
      Chroniqueur Grolandais

    IMital ne fait qu’appliquer les lois du libéralisme, acheter, consolider, délocaliser Pour lles hauts fourneaux Français, il y a bien longtemps que ceux ci ne sont plus rentables (au sens profitabilité du terme) La crise sert de détonnateur pour revenir aux fondamentaux de la finance internationale, surtout quand celle ci est confortée par les instances nationales
    Il y a encore quelques mois, les politiques et surtout ceux du gouvernement (Lagarde, Wurtz et consort) nous abreuvaient de messages lénifiants à propos de la crise qui n’était encore que financière et Américaine. Leurs propos étaient du genre « les banques françaises sont de banques de depots...... », puis vint les produits toxiques au Crédit Agricole, BNP Paris Bas, .....
    L’étape suivante à été de nous rassurer sur l’économie réelle avec « les fondamentaux sont bons »
    Quelle sera la prochaine étape du plan de com ? La prescription obligatoire de TEMESTA pour tous les Français majeurs Ce ne serait certainement pas du luxe avec un Président aussi anxiogène

  • sinclair
    • Posté à 17h40 le 23/12/2008
    • Internaute 2580

    Lorsque Mittal a racheté Arcelor il était évident que des fermetures allaient suivre.
    La crise actuelle n’est que le prétexte rêvé a délocaliser, et dégraisser. Mittal n’est hélas pas le seul a le faire. Les choses peuvent donc etre faite et acceleré a bon compte. Ou en est le volontarisme UMP au sujet de ce rachat et de la pérennité du site de Gandrange ?
    Il est vrai que les promesses etc.... air connu et toujours d’actualité a mediter

  • Abadidon
    • Posté à 17h46 le 23/12/2008
    • Internaute 25978

    Voici une carte des fermetures d’usines,dégraissages,chômages partiels et autres joyeusetés effectives ou prévues depuis septembre 2008 (et sans les dom-tom ni la corse) mise en ligne par Médiapart. Edifiant.
    Lien

  • metallo
    metallo
    amiantable
    • Posté à 18h10 le 23/12/2008
    • Internaute 61883
      amiantable

    Hé les gars, vous paraissez surpris de cette nouvelle atteinte à l’emploi !
    Ben faut pas. Tout laissait présager lorsque le « gros monsieur mital » de la grosse industrie sidérurgique indienne est arrivé avec ses gros sabot-de-fer, que l’étape finale serait celle-ci. Qui à pu croire notre inénarrable dictadent (merci cyp) lorsqu’il jurais (à force il risque l’ex- communion notre catho ) main sur le cœur « qu’ il ne tolérerait plus une seule délocalisation, plus de suppression d’ emploi, qu’ il ne supportait plus les patrons voyous.
    Cela fait des années que ce genre de mésaventure se produit et que notre industrie est mise à mort, dépecée, délocalisée et volée de ses carnets de commandes et clients. Et, tant qu’ aucune riposte ne sera entreprise (pas celle du pouvoir il n’y en aura pas) par les prolétaires eux mêmes, leurs amis leurs familles, rien ne changera. La riposte se doit d’ être à la hauteur des atteintes, des agressions pratiquées par ces renégats : mettre le feu et placer nos gouvernants aux ras des flammes, pour qu’ enfin ils comprennent que la limite du supportable est atteinte, et que s’ ils n’ y prennent garde ils brûleront eux aussi.
    Quand enfin, les syndicats “ouvriers”, arrêteront de se regarder le nombril, de se chicorner pour des détails, de savoir qui est le plus représentatif (mais de qui, de quoi, lorsqu’ il n’y aura plus que des chômeurs, sdf, rmi, rsa etc...) de se dire apolitique, de pratiquer le corporatisme qui nuit gravement à la santé du populo, et décideront qu’il est plus que temps de fédérer, mobiliser et donner l’ espoir, enfin, que quelque chose est possible, alors ils joueront pleinement et réellement leur rôle. Mais le peuvent ils encore, savent ils ce qu » est la lutte, la vraie, la dure de dure ? ! Et je ne dirai pas un mot sur les » organismes paritaires », véritables fromages, chut, pas un mot !
    Ne vous leurrez pas, cette crise va leur permettre de « restructurer » en toute tranquillité, « de lisser » les effectifs, puis ensuite de fabriquer de l’ intérim, travail à temps partiel etc...Bref de paupériser la population, et de rétorquer que c’ est la faute à la crise, na !
    Va falloir se bouger le cul, et vite.