Les blockbusters, nouveau terrain de jeu pour traders
Jouer sur les cours du blé ou du pétrole ne leur suffit plus. Les traders vont désormais spéculer sur les résultats au box-office de films dont le tournage est à peine terminé. Plus glamour, mais encore plus risqué. Eco89 vous explique comment repérer les prochains « Titanic » et « Bienvenue chez les Ch’tis ».
L’idée des courtiers américains de Cantor Fitzgerald est simple. Les studios manquent de fonds pour financer leurs blockbusters. Les traders cherchent de nouveaux marchés. Hollywood et Wall Street sont donc faits pour s’entendre.
Comment ? Avec des « futures » ou, en français, des « contrats à terme ». Le principe ? Les signataires s’engagent à l’avance à se vendre et s’acheter un produit, à une date et à un prix déjà fixés. Si, le jour venu, la valeur du produit a diminué, le vendeur y gagne. Si elle a augmenté, l’acheteur fait une bonne affaire.
Chaque semaine, un nouveau film aux enchères
Ici, le contrat portera sur une partie des revenus d’un long métrage et sera conclu six mois avant la sortie en salles. Chaque semaine, Cantor Entertainment, une filiale créée pour l’occasion, mettra aux enchères un nouveau film.
Exemple fictif : un trader achète une part de 10% dans les bénéfices du prochain Spielberg, évalués à 100 millions de dollars. Six mois plus tard, le film sort. C’est un bide ? Le studio touchera quand même 10 millions, plus que la valeur réelle de ces 10%. C’est un carton ? Le trader empochera la différence.
Mais comment prédire la carrière d’un film ? Le premier réflexe des traders sera peut-être de délaisser le Wall Street Journal pour les magazines people, afin d’évaluer la cote de Brad Pitt ou Scarlett Johansson. Pourtant, le casting ne garantit pas le succès. Il faut aussi respecter deux règles simples.
D’abord, miser uniquement sur des films sortant l’été ou pendant les fêtes de Thanksgiving ou Noël : les salles sont pleines, et même un navet peut obtenir de bons résultats. Ensuite, ne choisir que des sagas et des « franchises », des films aux héros récurrents comme « Spiderman » ou « L’Arme fatale ».
Petite subtilité : investissez de préférence sur leur deuxième épisode. C’est en général le plus rémunérateur, selon Bertrand Lott, directeur de l’Observatoire de la satisfaction, qui fournit des prévisions aux professionnels français : (Ecouter le son)
Un succès pas toujours facile à prévoir
Le problème, c’est qu’un élément impossible à évaluer à l’avance entre en jeu : le bouche à oreille. Un blockbuster moyen engrange 50 à 100 millions de dollars, mais une réaction enthousiaste des premiers spectateurs peut le faire grimper jusqu’à 600 millions de dollars, comme pour « Titanic ».
C’est aussi le cas de « Bienvenue chez les Ch’tis ». Pas d’immense star au casting, un scénario sans vraiment de surprises : le film était promis à une honnête carrière dans les salles puis le dimanche soir sur TF1, pas beaucoup plus. Son succès a été une surprise, explique Bertrand Lott : (Ecouter le son)
Quelques heures après la sortie du film, des sondages réalisés auprès des spectateurs ont obligé l’Observatoire de la satisfaction à revoir ses prévisions à la hausse, jusqu’à 15 millions d’entrées. Cinq de moins que le résultat final, admet Bertrand Lott, mais « c’était déjà assez osé ».
N’espérez cependant pas faire fortune en misant vos économies sur « Bienvenue chez les Ch’tis 2 ». Ce petit jeu est pour l’instant réservé aux films hollywoodiens. Et Cantor Entertainment doit d’abord recevoir l’agrément des autorités financières. Jérôme Kerviel devra donc attendre un peu avant de pouvoir spéculer sur son propre biopic.
Photo : un Chinois fait la promo de « Spiderman II », en aout 2004 à Shanghaï (Reuters).
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« D’abord, miser uniquement sur des films sortant l’été ou pendant les fêtes de Thanksgiving ou Noël : les salles sont pleines, et même un navet peut obtenir de bons résultats. Ensuite, ne choisir que des sagas et des “franchises”, des films aux héros récurrents comme “Spiderman” ou “L’Arme fatale”. »
Non justement, comme le succès de ces films est très prévisible, acheter des futures coûtera très cher puisque tous les autres agents sauront aussi que ces contrats à terme rapporteront beaucoup. Le seul moyen de vraiment gagner de l’argent c’est d’avoir de l’information privée, par exemple en étant le seul à savoir que Brad Pitt n’a plus la même cote qu’avant. Mais il est à parier que les producteurs aient justement plus d’informations, en quel cas ils auront du mal à vendre de tels contrats.
En revanche, je vais me faire incendier probablement, mais ce type de produits me semble très intéressant s’il est appliqué aux petites productions qui pourront ainsi trouver des financements (ce qui n’est pas le cas pour l’instant). Si l’aspect « casino » vous répugne, dites-vous quand même que l’alternative c’est la galère totale pour le financement des films dont le succès n’est pas assuré.




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