Décryptage 16/12/2008 à 22h14

Les blockbusters, nouveau terrain de jeu pour traders

François Krug | Journaliste Rue89



Un Chinois fait la promo de ’Spiderman II’, en aout 2004 à Shanghaï (Reuters).


Jouer sur les cours du blé ou du pétrole ne leur suffit plus. Les traders vont désormais spéculer sur les résultats au box-office de films dont le tournage est à peine terminé. Plus glamour, mais encore plus risqué. Eco89 vous explique comment repérer les prochains « Titanic » et « Bienvenue chez les Ch’tis ».

L’idée des courtiers américains de Cantor Fitzgerald est simple. Les studios manquent de fonds pour financer leurs blockbusters. Les traders cherchent de nouveaux marchés. Hollywood et Wall Street sont donc faits pour s’entendre.

Comment ? Avec des « futures » ou, en français, des « contrats à terme ». Le principe ? Les signataires s’engagent à l’avance à se vendre et s’acheter un produit, à une date et à un prix déjà fixés. Si, le jour venu, la valeur du produit a diminué, le vendeur y gagne. Si elle a augmenté, l’acheteur fait une bonne affaire.

Chaque semaine, un nouveau film aux enchères

Ici, le contrat portera sur une partie des revenus d’un long métrage et sera conclu six mois avant la sortie en salles. Chaque semaine, Cantor Entertainment, une filiale créée pour l’occasion, mettra aux enchères un nouveau film.

Exemple fictif : un trader achète une part de 10% dans les bénéfices du prochain Spielberg, évalués à 100 millions de dollars. Six mois plus tard, le film sort. C’est un bide ? Le studio touchera quand même 10 millions, plus que la valeur réelle de ces 10%. C’est un carton ? Le trader empochera la différence.

Mais comment prédire la carrière d’un film ? Le premier réflexe des traders sera peut-être de délaisser le Wall Street Journal pour les magazines people, afin d’évaluer la cote de Brad Pitt ou Scarlett Johansson. Pourtant, le casting ne garantit pas le succès. Il faut aussi respecter deux règles simples.

D’abord, miser uniquement sur des films sortant l’été ou pendant les fêtes de Thanksgiving ou Noël : les salles sont pleines, et même un navet peut obtenir de bons résultats. Ensuite, ne choisir que des sagas et des « franchises », des films aux héros récurrents comme « Spiderman » ou « L’Arme fatale ».

Petite subtilité : investissez de préférence sur leur deuxième épisode. C’est en général le plus rémunérateur, selon Bertrand Lott, directeur de l’Observatoire de la satisfaction, qui fournit des prévisions aux professionnels français : (Ecouter le son)


Un succès pas toujours facile à prévoir

Le problème, c’est qu’un élément impossible à évaluer à l’avance entre en jeu : le bouche à oreille. Un blockbuster moyen engrange 50 à 100 millions de dollars, mais une réaction enthousiaste des premiers spectateurs peut le faire grimper jusqu’à 600 millions de dollars, comme pour « Titanic ».

C’est aussi le cas de « Bienvenue chez les Ch’tis ». Pas d’immense star au casting, un scénario sans vraiment de surprises : le film était promis à une honnête carrière dans les salles puis le dimanche soir sur TF1, pas beaucoup plus. Son succès a été une surprise, explique Bertrand Lott : (Ecouter le son)


Quelques heures après la sortie du film, des sondages réalisés auprès des spectateurs ont obligé l’Observatoire de la satisfaction à revoir ses prévisions à la hausse, jusqu’à 15 millions d’entrées. Cinq de moins que le résultat final, admet Bertrand Lott, mais « c’était déjà assez osé ».

N’espérez cependant pas faire fortune en misant vos économies sur « Bienvenue chez les Ch’tis 2 ». Ce petit jeu est pour l’instant réservé aux films hollywoodiens. Et Cantor Entertainment doit d’abord recevoir l’agrément des autorités financières. Jérôme Kerviel devra donc attendre un peu avant de pouvoir spéculer sur son propre biopic.

Photo : un Chinois fait la promo de « Spiderman II », en aout 2004 à Shanghaï (Reuters).

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  • Corsaire du Peuple et de la Raison
    Corsaire du Peuple et de la Raison
    il parait qu'il faut penser (...)
    • Posté à 06h15 le 17/12/2008
    • Internaute 46482
      il parait qu'il faut penser (...)

    Déjà que le cinéma est navrant, ça ne va pas s’améliorer avec ça...
    Espérons qu’ils ne leur prennent pas l’envie de faire de même avec la littérature ou la musique...

  • veekthor
    veekthor
    Etudiant
    • Posté à 08h47 le 17/12/2008
    • Internaute 62072
      Etudiant

    Si on ouvre la porte à ça, cela ne sera qu’une question de temps avant qu’on y arrive...

  • yoruk
    yoruk
    au fil de l'eau
    • Posté à 08h54 le 17/12/2008
    • Internaute 57383
      au fil de l'eau

    Mais que fait Jak Lang ? ? ?
    Il faut dégainer là ! ! !
    Il y a de la racaille à karcheriser ....

    Non,hein ? ? ? ? ?

    • Mafeco
      Mafeco répond à yoruk
      Blogueurs
      • Posté à 11h00 le 17/12/2008
      • Internaute 53848
        Blogueurs

      « D’abord, miser uniquement sur des films sortant l’été ou pendant les fêtes de Thanksgiving ou Noël : les salles sont pleines, et même un navet peut obtenir de bons résultats. Ensuite, ne choisir que des sagas et des “franchises”, des films aux héros récurrents comme “Spiderman” ou “L’Arme fatale”. »

      Non justement, comme le succès de ces films est très prévisible, acheter des futures coûtera très cher puisque tous les autres agents sauront aussi que ces contrats à terme rapporteront beaucoup. Le seul moyen de vraiment gagner de l’argent c’est d’avoir de l’information privée, par exemple en étant le seul à savoir que Brad Pitt n’a plus la même cote qu’avant. Mais il est à parier que les producteurs aient justement plus d’informations, en quel cas ils auront du mal à vendre de tels contrats.

      En revanche, je vais me faire incendier probablement, mais ce type de produits me semble très intéressant s’il est appliqué aux petites productions qui pourront ainsi trouver des financements (ce qui n’est pas le cas pour l’instant). Si l’aspect « casino » vous répugne, dites-vous quand même que l’alternative c’est la galère totale pour le financement des films dont le succès n’est pas assuré.

  • _Jane_
    _Jane_
    Etudiante
    • Posté à 11h41 le 17/12/2008
    • Internaute 61682
      Etudiante

    Déja que les blockbusters reprennent très souvent les mêmes recettes et que ça en devient très lassant (tous les derniers films de super héros du genre Hulk, Iron Man... ), ça ne risque pas d’améliorer la sauce créatrice tout ça...
    Une grosse dose d’émotion, ajouter y de la musique qui fait plein de bruit et qui fait « réver », de beaux héros avec un nom connu. Touiller le tout et c’est prêt...

  • Jack Sullivan
    Jack Sullivan
    en boule
    • Posté à 15h57 le 17/12/2008
    • Internaute 42204
      en boule

    « Ensuite, ne choisir que des sagas et des “franchises”, des films aux héros récurrents comme “Spiderman” ou “L’Arme fatale”. »

    Pas seulement.
    Vous n’avez pas remarqué la quantité effarante de remakes de films à succès ? Bon, ce sont des vieux films (en noir et blanc pour certains, sans CGI, la préhistoire quoi !), les producteurs doivent se dirent que les générations actuelles de spectateurs ne les connaissent pas. En tout cas, voici une bonne façon de rafler la mise en risquant un minimum, puisque la recette a *déjà* fait ses preuves. Quelques exemples pris au hasard :
    - « Le jour où la Terre s’arrêta » (remake d’un film de Robert « West Side story » Wise)
    - « Les femmes » (sort bientôt avec Meg Ryan dans le rôle que tint autrefois Norma Shearer chez George Cukor)
    - « King Kong » (OK, c’était un rêve d’enfant de Peter Jackson, mais tout de même)
    - « 3h10 pour Yuma » (d’après Delmer Daves)

    Les remakes il y en a toujours eu, des plus utiles (Douglas Sirk reprenant John Dahl, pour être ensuite démarqué par Fassbinder ou Almodovar) aux carrément fallacieux (le « Psycho » de Gus Van Sant paraphrasant celui d’Hitchcock plan par plan ; le « Elle et lui » avec Warren Beatty et Annette Bening, just married). Mais il me semble que ces dernières années, cette manie du lifting de films est devenue, à égalité avec les prequels/sequels et les films adaptés de comic-books, une valeur refuge pour producteurs frileux.

  • Monrdhil
    Monrdhil
    Monde à DéDé
    • Posté à 11h19 le 18/12/2008
    • Internaute 55261
      Monde à DéDé

    Encore une manière de vérifier l’adage : « on ne prète qu’aux riches » ...

    En période de crise financière, alors que les producteurs recherchent des financements pour des projets artistiques, ce système ne va assurer un financement qu’à ceux dont la réussite est « garantie ».

    En même temps cela prépare la prochaine vague de « crédits pourris » : il y aura toujours des organismes assez fous pour acheter/créer des opérations peu viable et d’en tirer, par des articifes financiers complexes, des produits qu’ils commercialiseront auprès des autres ...

    Après l’immobilier, les films ... après les films, la vie ?

    • Illuminati
      Illuminati répond à Monrdhil
      insurgé
      • Posté à 12h38 le 20/12/2008
      • Internaute 63113
        insurgé

      « Après l’immobilier, les films … après les films, la vie ? »

      Mais mon cher, Monsanto a déjà breveté des centaines de végétaux et se bat pour avoir le droit de breveter des animaux...

      De plus, la combinaison perdante des lobbys pharmaceutique et agroalimentaire spéculent déjà sur votre assiette et son impact sur votre santé..... pour un peu que la santé soit privatisé (comme au US) et la boucle est bouclé !

      Des fois, j’ai honte d’être humain.

      La seule espèce vivante capable de s’auto exterminer ! .

  • Illuminati
    Illuminati
    insurgé
    • Posté à 12h34 le 20/12/2008
    • Internaute 63113
      insurgé

    La mort du cinéma...