Wal-Mart : clients heureux et travailleurs pauvres
Co-auteur de « Travailler plus pour gagner moins, la menace Wal-Mart » avec Lysiane Baudu, Gilles Biassette décrypte les sales pratiques sociales du leader de la grande distribution américaine, qui, au prétexte de prix bas pour tous, sont en train de gagner la France. Posez-lui vos questions, ses réponses seront publiées lundi.

Jaquette de ’Travailler plus pour gagner moins, la menace Wal-Mart’ (DR).
Malgré Noël, l’heure n’est pas à la fête dans les supermarchés du monde. Crainte du chômage et chute du pouvoir d’achat ont raison des bonnes intentions des classes moyennes.
Une première victime a déjà sombré : en Grande-Bretagne, la chaîne Woolworths, a annoncé que ses magasins baisseront prochainement, et pour de bon, leurs rideaux de fer. Après un siècle d’existence, le groupe a été terrassé par la crise du crédit et l’effondrement des ventes.
De ce coté-ci de la Manche aussi, les chiffres sont mauvais. Si Carrefour tient toujours debout, son action, elle, vacille : elle a perdu près de 40% de sa valeur en un an.
Partout, la déprime règne. Partout ? Pas tout à fait. Car aux Etats-Unis, le géant du secteur, lui, se frotte les mains : alors que ses concurrents ne résistent pas au sévère coup de froid ambiant, alors que le pays s’enfonce dans la récession, Wal-Mart voit au contraire les foules affluer. Au troisième trimestre, ses profits ont même augmenté de 10%.
Son secret ? Des prix bas, à tout prix. Une stratégie qui a fait de cette petite épicerie de l’Arkansas, dans l’Amérique profonde, la première entreprise mondiale, toutes catégories confondues, en quatre décennies. Enfin une bonne nouvelle pour l’Amérique ? Pas sûr. Et certainement pas pour tout le monde.
Que l’Amérique aille bien ou mal, Wal-Mart prospère
Pour les consommateurs, Wal-Mart est une aubaine. Plus les fins de mois sont difficiles, plus les Américains raffolent de ses bonnes affaires. Avec son chiffre d’affaires de 378 milliards de dollars -autant que Ford, IBM, Boeing et Microsoft réunis…- la chaîne continue de voir l’avenir avec sérénité. Car quand l’Amérique va bien, Wal-Mart va bien. Mais quand l’Amérique va mal… Wal-Mart va bien aussi !
A la recherche de la moindre économie, les Américains se ruent chez le roi du discount. D’autant qu’ils y trouvent de tout : dans ses hypers ouverts 24 heures sur 24, plus de 140 000 produits sont référencés -contre 50 000 dans un Carrefour moyen. Un seul trajet suffit pour remplir le frigo, la penderie et même le garage. Un seul trajet, donc moins d’essence -c’est toujours bon à prendre. Bon à prendre pour qui ? Pour tout le monde, ou presque : neuf Américains sur dix habitent à moins de 25 kilomètres d’un Wal-Mart.
Wal-Mart responsable de la destruction de 200 000 emplois
Mais les Américains n’ont pas seulement besoin de prix bas, ils ont aussi besoin d’un job. Or Wal-Mart crée surtout des emplois… en Chine. Il y a deux ans encore, la chaîne achetait, à elle seule, plus que la Russie ou la Grande-Bretagne à l’Empire du Milieu. Et quand elle ne fait pas affaires directement avec les producteurs chinois, elle fait pression, sans état d’âme, sur ses fournisseurs pour qu’ils mettent, eux aussi, cap à l’est.
Dernièrement, c’est le fabricant de textile Hanes (marque Champion, etc.) qui a annoncé la fermeture de neuf usines aux Etats-Unis et en Amérique centrale. Explication des analystes : ces sites de production ne lui permettaient plus d’offrir les prix voulus par Wal-Mart. Or, pour un fournisseur, se passer de la chaîne aux 180 millions de clients par semaine dans le monde, c’est tout simplement impossible. Entre 2001 et 2006, les Etats-Unis auraient perdu 200 000 emplois en raison des activités du géant de la grande distribution.
Une machine à fabriquer des travailleurs pauvres
Dans ses conditions, ce qui est bon pour Wal-Mart est-il bon pour l’Amérique ? La question divise les Etats-Unis. D’autant que les emplois créés par le groupe, qui ne tolère pas les syndicats, sont particulièrement mal rémunérés.
Pourtant, à chaque nouveau magasin, les CV déboulent en masse. Et pour cause : quand les usines ferment leur portes, les nouveaux chômeurs, sans formation, n’ont pas d’autres possibilités que de rejoindre la chaîne. Sauf qu’ils passent d’un salaire de 20 dollars de l’heure, avec avantages sociaux, à moins de la moitié, avec avantages a minima.
Moralité : Wal-Mart est devenu le premier employeur du pays -1,4 million de salariés- et cette « wal-martisation » de l’Amérique s’est accompagnée de l’appauvrissement des classes moyennes. A tel point que seuls des prêts « abracadabrantesques », façon « subprimes », leur ont permis de continuer à s’offrir un toit, avec le succès que l’on sait...
Alors que, depuis l’après-guerre, les Américains sans formation pouvaient accéder, grâce aux bon salaires de l’industrie, aux classes moyennes, ils ne peuvent désormais sonner que chez Wal-Mart. Et les temps ont changé : le premier employeur privé de la planète ne produit plus des classes moyennes, mais bien des travailleurs pauvres, incapables de faire tourner la machine économique.
► Travailler plus pour gagner moins : la menace Wal-Mart avec Lysiane J. Baudu - éd. Buchet-Chastel - octobre 2008 - 22 euros.
Photo : dans un supermarché Wal-Mart de Santa Clarita, en Californie, en avril 2008 (Mario Anzuoni/Reuters).
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Autres dégâts collatéraux de ce système consommassioniste »
À l’heure où commande l’urgence de bâtir une économie à taille humaine la fuite en avant vers le gigantisme forcené se poursuit. C’est ainsi que la Commission nationale de l’équipement commercial (CNEC) a donné son feu vert pour la construction du complexe « Les portes de Gascogne », à l’ouest de Toulouse. Sur une vaste terrasse ouvrant sur les plaines du Gers 65 000 m2 de surface commerciale vont sortir d’une terre naturellement humide et donc propice à des projets maraîchers alternatifs un hypermarché de 12 000 m2, 28 grandes et moyennes surfaces de vente, une galerie marchande de 140 boutiques, 6 000 m2 de restaurants divers, un ballet quotidien de 20 000 voitures accueillies par 4 000 places de stationnement : tel est la délirante configuration de ce projet pharaonique. Qu’il existe déjà quatre complexes de ce type dans un rayon de trente kilomètres ne compte pas. Pourtant, les promoteurs savent compter : pour faire valider leur projet ils ont abaissé le rayon de chalandise à 25 kilomètres créant ainsi artificiellement un désert commercial. Que les Toulousains disposent déjà de 980 m2 de commerces par tranche de 1 000 habitants contre 830 pour la moyenne française ne compte pas non plus. Dans ce contexte déraisonnable on se demande bien pourquoi on prendrait en considération l’opposition clairement affichée de 22 des 25 maires concernés. Le consommationnisme emporte jusqu’à la démocratie .
Quand le lien social et l’environnement naturel sont à ce point malmenés, il conviendrait de s’interroger sur la capacité réelle des hommes à préserver durablement leurs territoires de vie. Il est grand temps de résister aux Huns d’aujourd’hui que constituent tous ceux qui semblent avoir définitivement sacrifié le bien commun et l’idéal démocratique sur l’autel de leurs mesquins intérêts mercantiles. Le dernier numéro du journal La décroissance invite ses lecteurs à dire « casse-toi pauv’ con » au Père Noël. L’insulte populacière devenue récemment majestueuse est de prime abord choquante dans son emploi à l’encontre d’un symbole réputé intouchable. Rassurons les pisse-froid de tous poils : il ne s’agit en rien de condamner ici le désir de fête ni l’amour des enfants. La fête est avant tout affaire de chaleur humaine et non affaire de débauche consommationniste dégoulinante. Il est des manières d’aimer ses enfants qui les préservent tant soit peu d’une ambiance sociale bassement matérielle et dangereusement artificielle. Quand l’ombre lucrative du Père Noël se sera suffisamment éloignée, les héros positifs d’une société plus raisonnable s’approcheront. Petits et grands y gagneront au change et pourront commencer à conjurer les terribles spectres qui hantent l’avenir de leur société.
Yann Fiévet, Président d’Action Consommation
On consultera avec grand intérêt le site du Collectif Citoyen « NON AUX PORTES DE GASCOGNE » :
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Lire : Les beaux dimanches
Les écrits modestes et radicaux de yann Fiévet :
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