Tribune 16/12/2008 à 12h09

Père Noël : la grande conspiration !

Agnès Lenoire | Enseignante blogueuse

En décembre, dans les cours d’écoles élémentaires, il y a parfois des discussions entre les petits du cours préparatoire qui croient encore au Père Noël et ceux qui n’y croient plus.

Les premiers défendent bec et ongles leur rêve, rêve qu’on leur a inculqué depuis quelque trois ou quatre ans. Les seconds essaient de les mettre au parfum en leur assénant une vérité abrupte, et en l’accompagnant de tout le mépris pour leur naïveté de « petits ».



Dessin de Cheyenne


Ainsi, au cœur des récréations, se jouent parfois quelques drames intérieurs, dans ces moments où les uns utilisent leur pouvoir d’initiés et les autres découvrent la trahison parentale. Drames intérieurs qui ne sont pas si anodins puisque le sociologue Gérald Bronner nous dit, dans « Vie et mort des croyances collectives » (éditions Hermann), que « l’abandon de la croyance au Père Noël provoque dans 45% des cas, […] une situation de crise ».

Mais la situation de crise n’est jamais admise, l’abandon de la croyance étant présentée comme naturelle, comprenez comme une étape de maturation. Tout se passe comme si l’enfant n’avait été jusque-là qu’un sombre idiot, mais que ses 6 ou 7 ans autorisent enfin qu’on lui fasse les révélations nécessaires à son évolution, à son passage vers la rationalité.

Une imagination débridée qui sert la construction de l’identité de l’enfant

Cependant l’enfant n’a pas attendu l’adulte et son feu vert pour être rationnel. Qu’est-ce qui nous fait confondre l’imaginaire foisonnant enfantin et sa foi en nos mensonges ?

Parce que l’enfant aime les histoires, qu’il aime se faire des films ? Parce qu’il joue à longueur de journée et qu’il semblerait que ses jeux soient hors réalité ? Pourtant tous les jeux enfantins y puisent, dans la réalité, quitte à l’enjoliver, la travestir, la transformer.


Dessin d’Inès.

Toutes les histoires et les contes prennent fin à un moment donné, et l’enfant les quitte parfois volontairement pour poser des questions très terre-à-terre, ou même faire lui-même d’innombrables expériences scientifiques.

Toujours irrationnel, le jeune enfant ? Non, juste doté d’une imagination débridée qui sert la construction de son identité. Il utilise toutes les possibilités de son cerveau, notre bambin, et il n’a pas besoin d’une histoire mensongère pour se forger un monde.

Alors pourquoi le pousser dès 2 ou 3 ans dans cette croyance, qui est une immense escroquerie parentale et sociétale ? Il a tant d’autres rêves à sa disposition, de vrais rêves, auxquels il met fin lui-même. Il n’a pas besoin de cette énorme conspiration, si taboue que les rares adultes qui osent la critiquer sont montrés du doigt. Nous autres adultes, ne serions-nous pas si aigris que seul un mensonge nous semblerait capable de créer un rêve ?

L’œuvre mensongère de toute une société

Il y a un mois, dans ma classe de petits, vraiment petits (vingt et un enfants sur vingt-huit sont nés entre septembre et décembre 2005), mon évocation timide du Père Noël les a laissés de marbre. Un seul enfant savait de qui il s’agissait. Un mois après, la même question provoque des cris enthousiastes. Tous croient qu’il va venir chez eux chargé de cadeaux.

L’entourage, bien relayé par les publicités, les commerces, les mises en scène, la complicité de toute une société, ont fait leur œuvre mensongère à une vitesse vertigineuse. Il faut dire que la conspiration est partout, à tous les coins de rue, tous les foyers, et toutes les écoles maternelles.

Pourtant, je peux vous assurer qu’une belle histoire de Noël, présentée comme un conte, sans prétendre à une vérité, les enchante tout autant.

Sans compter que je sais que quand ce Père Noël « tant attendu » va venir dans ma classe, enfoui sous un déguisement ridicule et inquiétant, plusieurs petits vont percevoir toute l’horreur de la situation et se mettront à hurler de terreur. Il faudra alors que je quitte la classe avec ma petite troupe apeurée… je claquerais bien la porte, tiens, si je ne me retenais pas !

Dessins de Cheyenne et d’Inès.

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  • thierry reboud
    • Posté à 12h14 le 16/12/2008
    • Internaute 20923

    Cadeau ! (Y en aura pour tout le monde...)

    • lioe
      lioe répond à thierry reboud
      berlin
      • Posté à 12h22 le 16/12/2008
      • Internaute 6423
        berlin

      Salut Thierry : -)

      Tu ne m en voudras pas si fais comme si j avais pas ouvert ton cadeau ? Je prefere rester jusqua la fin de l annee chez les bisounours : -)

    • Les Grands Champs
      Les Grands Champs répond à thierry reboud
      Retraité, le doigt là où ça (...)
      • Posté à 13h11 le 16/12/2008
      • Internaute 61722
        Retraité, le doigt là où ça (...)

      Zoliii ! !
      Au début cela m’a fait penser à « the Wall ».

    • Mon-Al
      Mon-Al répond à thierry reboud
      roturière : -)
      • Posté à 14h18 le 16/12/2008
      • Internaute 24219
        roturière : -)

      Bonjour

      Et bien moi je rejoins Lioe sur ce coup-là ! ! ! Laissez-nous rêver ... « De grâce, Monsieur le Bourreau, encore un petit moment. “ ...

      • lioe
        lioe répond à Mon-Al
        berlin
        • Posté à 14h46 le 16/12/2008
        • Internaute 6423
          berlin

        Hi Mon-Al

        Dommage, j aime bien cette période de noel, même si je ne l ai pas connu enfant !
        Je suis sur que j aurais adore y croire ! En tous cas j adore voire les yeux de mon fils brilles lorsque j evoque Weihnachtsmann !
        Ce sont mes petits moment de bonheur ! J y ai droit et mon fils aussi

         
        • Mon-Al
          Mon-Al répond à lioe
          roturière : -)
          • Posté à 15h36 le 16/12/2008
          • Internaute 24219
            roturière : -)

          Hi Lioe

          J’ai 5 petits .. les 3 plus grands savent très bien que le Père Noël n’existe pas ... mais pour les petits ils font semblant ... et parviennent à se persuader que peut-être ... pourquoi pas ... Enfant dans ma famille, on ne fêtait pas Noël ... c’est peut-être pourquoi je n’ai pas une passion dévorante pour cette fête ... qui est beaucoup trop commerciale, beaucoup trop consumériste ... mais c’est aussi le moment des retrouvailles (quand la famille est éloignée géographiquement) ... les décos extérieures et les Pères Noël dès fin Novembre font oublier que Noël est avant tout une fête familiale (religieuse pour certains) ... c’est vrai que le regard brillant d’un enfant devant le sapin est un bonheur sans cesse renouvelé, et ce serait pécher que de l’en priver ...

          (j’ajoute pour le fun que mes petits enfants ont toujours eu une peur bleue des Pères Noël qui se baladent dans les rues ! ! !)

          Güte Weihnachtsfeiern ...

        1 autres commentaires
      • ericaro
        ericaro répond à Mon-Al
        • Posté à 21h41 le 19/12/2008
        • Internaute 30724

        c’est ça votre rêve ?

        Lien

    • skalpa
      skalpa répond à thierry reboud
      actif et militant ?
      • Posté à 20h29 le 16/12/2008
      • Internaute 7181
        actif et militant ?

      Que dire ?
      Que je comptais la mettre ?
      Que j’ai été pris de vitesse ?

      Non, non, merci et big up à eux...

      Ps : n’oublies pas les poubelles

    • shillom
      shillom répond à thierry reboud
      • Posté à 09h43 le 17/12/2008
      • Internaute 22134

      Tiens je la connaissais pas celle-ci, merci Thierry ;)

  • lioe
    lioe
    berlin
    • Posté à 12h17 le 16/12/2008
    • Internaute 6423
      berlin

    Il y a des oeuvres mensongères beaucoup plus désagréable !

    On appelle sa un programme politique, ou constitution, ou Droits de l homme ou TPI(liste non exhaustive)

    On y a crut a tous ça alors pourquoi pas au Pere Noel(que je salue au passage : -)

    PS le premier qui dit a mon fils que le pere noel n existe pas, je l envoie faire un stage chez Dark Wador

    • N.E.M.
      N.E.M. répond à lioe
      Activité indéfinie
      • Posté à 14h13 le 16/12/2008
      • Internaute 52383
        Activité indéfinie

      Justement. Je suis méfiant vis-à-vis des politiques parce qu’ils ne respectent pas leurs engagements. Alors vous croyez qu’un enfant régait comment quand il comprend qu’on lui ment depuis des années...

      Votre PS me fait penser à un dictateur qui refuse qu’on dise la vérité à son peuple. « Toi le journaliste, tais-toi ou alors c’est prison... »

      • Mon-Al
        Mon-Al répond à N.E.M.
        roturière : -)
        • Posté à 14h26 le 16/12/2008
        • Internaute 24219
          roturière : -)

        Un enfant qui apprend que le Père Noël n’existe pas ne pensera pas qu’on lui a menti si on a pris la précaution de glisser de temps à autres qu’il s’agissait d’une légende ... il ne comprendra peut-être pas le sens du mot légende, mais il l’aura en mémoire.

        Il en est de même pour les religions : dire à un enfant que les religions sont la croyance de certaines personnes (qui sont respectables) mais pas de tous, lui permettra de comprendre « pourquoi » chez lui ce n’est pas le cas : il évitera ainsi de commettre des fautes au milieu de ses petits camarades..
        L’éducation d’un enfant aux choses de la vie se fait petit à petit ... sans programme défini.

         
        • Hatamoto
          Hatamoto répond à Mon-Al
          Vendeur de temps de cerveau (...)
          • Posté à 14h03 le 17/12/2008
          • Internaute 29766
            Vendeur de temps de cerveau (...)

          Pourquoi ne pas dire aux enfants que le père noël est un mensonge qui permet de faire faire n’importe quoi aux gens crédules ? (en l’occurence acheter tout et n’importe quoi)
          Et pour la religion ça sera d’autant plus facile : leur dire que c’est comme le père noël :)

        1 autres commentaires
      • lioe
        lioe répond à N.E.M.
        berlin
        • Posté à 14h40 le 16/12/2008
        • Internaute 6423
          berlin

        Bonjour NEM

        Parfois je me demande s il y a des adultes qui ont etes enfants ? Vos mefiances, mes mefiances n ont pas a venir s interferer dans le monde de mon fils ! Il aura bien le temps de se rendre compte que la vie n est pas aussi belle qu il croyait !
        J ai cru a pleins de choses lorsque j etais enfants, et je ne fut ni traumatiser, ni en colere contre mes parents qui m ont fait rever et creer un monde dont on me fournissait les acteurs et dans lequel j etais realisateurs !
        Des milliards d enfants sont devenus adultes(je vous le dis au cas ou) et je n ai lu ni vu des gens traumatise en apprenant la non existence du pere noel !
        Vous devriez vous detendre un peu et prendre cela avec humour,chose dont vous manquez cruellement

        Le dictateur !

         
        • Alphathor
          Alphathor répond à lioe
          Etudiant
          • Posté à 15h31 le 16/12/2008
          • Internaute 62631
            Etudiant

          Si l’article fini plutôt sur une touche d’inquiétude sur le traumatisme, il n’y a pas que ça.
          Il soulève bien d’autre choses. Comme la perception de l’enfant sur son environnement. Ici on apprend pas grand chose, les enfants apprennent de leur environnement.
          De plus la légende père noël marche bien et fais rêver l’enfant. Le mythe du géant mystérieux qui viens récompenser les « gentils » enfants. Mais celui la comparer a d’autre a un lien avec la réalité, il va y avoir une récompense, le cadeau. Et si possible une récompense qu’on aurais bien voulue. L’enfant a donc d’autant plus raison de la croire, en plus tout le monde autour de lui la croit. En soit rien de dramatique, ce n’est qu’un des nombreux « mensonge » qu’on apprend peut être a déjouer avec la maturité.
          Le truc c’est que sa serais beau si tout le monde garder le secret, mais voila des gars qui on un pouvoir, ou un savoir vont faire ce que l’homme fait bien, en (ab)user. Bon enfin il sont pas bien méchant les gars, 1/5 ou un 1/4 de temps passer sur terre de plus que leur victimes. Alors même qu’ils y croyaient encore l’année précédente,et qu’il veux bien y croire cette année parce qu’il pense avoir été sage, et qu’il recevra donc un cadeau.

          Au final, le traumatisme subis par l’enfant, est vite oublier pour le bonheur que va lui apporter ses cadeau, ses parents qui vont lui faire une surprise mais aussi le bonheur des parent et apriori des commerçant, et donc ...

          Je sais pas trop sur qui commencer mais ouais, on vis dans une société de consommation, on rentre dedans jeune et on deviens tous complice du fais d’entretenir le mythe.
          La solution pour résoudre sa viendra surment pas par Noël mais avoir conscience que Noël reste avant tous avantageux pour le business, c’est déjà ça.

        1 autres commentaires
  • FanFan2722
    FanFan2722
    http://reactionashow.blogspot. (...)
    • Posté à 12h18 le 16/12/2008
    • Internaute 12992
      http://reactionashow.blogspot. (...)

    Lienenvoyé par Lien

  • A déménagé le 16-01-2012
    • Posté à 12h22 le 16/12/2008
    • Internaute 30191
      non connue

    Ce n’est qu’un rite initiatique,il n’a jamais traumatisé bcp d’enfants semble-t-il ! le côté mercantile n’a pas précédé le père Noël, c’est la société a suivi et ça ce n’est pas bien ! ! ! ! ! certains adultes croient encore au père Noël ou cherchent à nous y faire croire,le père Noël a de beaux jours devant lui....

    • ericaro
      • Posté à 12h52 le 16/12/2008
      • Internaute 30724

      « il n’a jamais traumatisé bcp d’enfants »

      tu peux prouver ton assertion ?

      « Ce n’est qu’un rite initiatique » comme les scarifications ? hum... ça fait envie

    • doutagogo
      • Posté à 14h26 le 16/12/2008
      • Internaute 2789

      Bonjour,
      Et bien si, ça a traumatisé pas mal de personnes. ! 45 % c’est beaucoup. Mais bien sûr pour le savoir, il faut interroger un vaste échantillonngae. Si la question est posée à un dîner de famille, on aura... l’omerta, ! Car avouer ce traumatisme, c’est se faire mal voir, surtout en famille.
      amicalement
      Agnès
      Lien

    • Hatamoto
      Hatamoto répond à A déménagé le 16-01-2012
      Vendeur de temps de cerveau (...)
      • Posté à 14h09 le 17/12/2008
      • Internaute 29766
        Vendeur de temps de cerveau (...)

      J’ai découvert que le père noël n’existait pas en fouillant dans les affaires de mes parents quand j’avais 2 ans. Ma soeur de 5 ans ne m’a pas cru quand je lui ai dit que c’était faux le père noël jusqu’a ce que je lui montres ma découverte. Alors on a décidé de rien dire à nos parents, de peur qu’ils nous punissent et ne nous donnent pas nos cadeaux.
      J’ai découvert ce jour là ce que signifiait être vénal, et que mes parents étaient aussi des menteurs.

  • Zazoun
    Zazoun
    Développeur
    • Posté à 12h23 le 16/12/2008
    • Internaute 19949
      Développeur

    « I stopped believing in Santa Claus when my mother took me to see him in a department store, and he asked for my autograph. »
    Shirley Temple

  • patrick du 14-
    patrick du 14-
    de plus en plus naze
    • Posté à 12h27 le 16/12/2008
    • Internaute 40667
      de plus en plus naze
  • siphon
    siphon
    musicien-enseignant
    • Posté à 12h39 le 16/12/2008
    • Expert 62621
      musicien-enseignant

    Ça va vous paraître incroyable, mais il existe des parents qui n’ont jamais essayé de faire croire au père noël à leur progéniture... en l’occurrence, les miens. Du coup, grosse angoisse pour eux à chaque mois de décembre à cause des psychodrames potentiels avec nos copains de classe ou nos cousins qui, eux, y croyaient, forcément...
    Je me demandais, comme ça, s’il existait d’autres êtres humains comme nous, parce qu’à part mon frangin, je ne crois pas en avoir jamais rencontré...

    • ericaro
      ericaro répond à siphon
      • Posté à 12h48 le 16/12/2008
      • Internaute 30724

      je n’ai jamais raconté de conneries à mes enfants sur ce sujet. Elles n’ont jamais cru au Père Noël. Cela ne les empêche pas de s’éclater à Noel, et profiter de la fête.

      Certes, il faut expliquer un peu, au alentour du CP, lui expliquer de respecter les croyances des autres..

      Mais d’un autre coté, les cadeaux, sont personnels ! et elles apprennent à dire merci, et les cadeaux sont plus chargé émotionnellement comme ça.

      Comment peut-on mentir à ses enfants ? Comment peut-on prendre part à ce mensonge organisé de classe internationale ! ? ! ?

      De toutes façon, j’ai pas eu le choix, j’arrive pas à mentir à mes enfants.

      • A déménagé le 8-10-2011
        • Posté à 14h12 le 16/12/2008
        • Internaute 13512
          nc

        Le père noël fait partie de l’ensemble des contes et des histoires magiques et merveilleuses que l’on peut raconter à nos enfants
        Il y a des lutins dans la forêt, les fées viennent faire des nœuds dans les cheveux la nuit, on fête les solstices d’été et d’hiver, on s’invente une fête-à-la-citrouille à la Toussaint, tout cela permet de développer l’imaginaire et on n’est pas obligé de dépenser de l’argent pour tout cela.
        On ne leur ment pas, on s’amuse ensemble c’est tout

         
        • Lohiel
          Lohiel répond à A déménagé le 8-10-2011
          http://twitter.com/Lohiel
          • Posté à 14h49 le 16/12/2008
          • Internaute 38391
            http://twitter.com/Lohiel

          tout comme toi, félicité

          je continue à croire au père noël

          et aux elfes, aux trolls, aux lutins, à frodon sacquet la toute petite personne qui a pu faire de grande choses, aux sorcières (pour qui j’ai une tendresse toute particulière) aux enchanteurs et aux contes en tous genres...

          ...je crois ce que je veux, nan mais...

          mes enfants, le jour où ils m’ont posé la question de l’existence du père noël, je leur ai dit « le père noël, il cessera d’exister quand personne n’y croira plus... » ... du coup, ils ont choisi d’y croire des années encore, tout en sachant que rationnellement..... .... ...

          mais je dois dire que les rationalistes et leur lugubre vie basée sur le bonheur matériel avant tout, on voudrait pas non plus leur ressembler ;)

          d’autant plus que la plupart des rationalistes sont des vrais menteurs, pour des choses graves et qui font mal, eux (ce que nous nous gardons bien d’être)... mais confondre l’imagination et le rêve éveillé avec des mensonges, alors ça c’est bien le truc le plus inutile et le plus triste que j’ai jamais entendu !

          (et pour le marketing et tous ces trucs là, rien à foutre... on a pas la télé et j’ai jamais emmené mes enfants dans les endroits où ça se passe, ces singeries marchandes dérisoires, trop moche à voir ...)

        • doutagogo
          • Posté à 14h34 le 16/12/2008
          • Internaute 2789

          Bonjour,
          Les lutins, fées et sorcières ne peuvent pas être sur le même plan que le Père Noël, parce que les personnages de conte sont des personnages fictifs, pour tout le monde, parents et enfants.

          Le Père Noël, lui, a un statut particulier, hors conte, car les parents, eux, savent que c’est une supercherie. ! Dans le premier cas, personne n’y croit, sauf le temps du conte, dans le second cas seuls les enfants sont bernés. On leur ment, rien d’autre. Ce n’est même pas une interprétation, c’est un fait.

          Leur imaginaire n’a pourtant pas besoin de cette supercherie, il fonctionne à merveille sans lui.
          Amicalement
          Agnès
          Lien

          • Lohiel
            Lohiel répond à doutagogo
            http://twitter.com/Lohiel
            • Posté à 14h38 le 16/12/2008
            • Internaute 38391
              http://twitter.com/Lohiel

            hélas, je ne peux rien faire pour les gens qui manquent d’imagination...

            mais en tout cas, ni hier ni maintenant, mes gosses (ados désormais) n’ont été traumatisé par quoi que ce soit à propos du père noël

            et ce sont des artistes et des créateurs... comme moi... et de très mauvais consommateurs, également... ce en quoi je pense ne pas avoir raté mon coup ^^

          • Lohiel
            Lohiel répond à doutagogo
            http://twitter.com/Lohiel
            • Posté à 14h46 le 16/12/2008
            • Internaute 38391
              http://twitter.com/Lohiel

            autre chose :

            >>>>Les lutins, fées et sorcières ne peuvent pas être sur le même plan que le Père Noël, parce que les personnages de conte sont des personnages fictifs, pour tout le monde, parents et enfants.

            en quoi sont ils plus « fictifs » que l’absurde interprétation du monde que nous présentent les médias ?

            parce qu’ils sont plus gais et moins lugubres que les contes à dormir debout que nous racontent nos gouvernants à propos de la situation actuelle ? pourquoi les gens acceptent-ils de croire aux « ogres de tarnac », par exemple ? le jour où les foutus rationalistes seront enfin devenus des gens logiques, on en recausera...

            • doutagogo
              doutagogo répond à Lohiel
              • Posté à 05h53 le 17/12/2008
              • Internaute 2789

              Bonjou,r
              La question en cours n’était pas de comparer les fées et les médias mais les fées et le Père Noël. Imaginaire contre mensonge.
              L’interprétation du monde (politique, médiatique), c’est aussi une grande manipulation, et c’est aussi aux parents à exercer l’esprit critique des enfants pour qu’ils ne soient pas manipulés.

              Ce que je trouve drôle, c’est qu’on adopte sans broncher la manipulation du Père Noël pour ses enfants et qu’on se batte contre les autres manipulations (consumérisme etc.). C’est pourtant le même combat.

              Amicalement
              agnès
              Lien

              • Fraise des Bois-
                Fraise des Bois- répond à doutagogo
                Buveur
                • Posté à 13h42 le 17/12/2008
                • Internaute 42390
                  Buveur

                je trouve votre approche interessante. En fait, (je pense tout haut), que pensez vous du Pere Noel vs Dieu ? Dire que le Pere Noel existe alors qu’on sait qu’il n’existe pas, et dire que Dieu existe alors que l’on ne sait pas s’il existe ou non, est-ce la meme chose ? Lequel est pire ? Pour moi, le second cas.

                Ceci dit, je suis d’accord avec d’autres paretns : OK, on fait un petit mensonge pendant qelques annees, mais le bonheur que ca engendre sur les enfants est tellement beau ! Personellement, je suis assez d’accord avec l’article. Le jour ou on m’a dit que le pere Noel c’etait du pipeau, je ne l’ai pas vecu mal, mais je me suis dit que je faisais partie des Grands maintenant. La satisfaction d’etre considere comme « grand », vs la deception d’avoir ete dupe l’a emporte.

          • Laclairette
            Laclairette répond à doutagogo
            informaticienne
            • Posté à 08h14 le 17/12/2008
            • Internaute 50518
              informaticienne

            « Les lutins, fées et sorcières ne peuvent pas être sur le même plan que le Père Noël, parce que les personnages de conte sont des personnages fictifs, pour tout le monde, parents et enfants. »

            Sincèrement je ne comprends pas le distingo que vous faites. Un enfant de 2 à 5 ans croit aussi bien aux sorcières, à la petite souris, aux fées, à Batman... qu’au Père Noël. La prise de conscience de la différence entre monde réel et monde imaginaire se fait autour de 6 ans, et je trouve que c’est une vraie fierté pour les parents de constater l’évolution du raisonnement d’un enfant au moment où il se pose des questions sur l’existence du vieux barbu.

            Aucun mensonge de notre part, j’ai toujours répondu honnêtement aux questions de mes enfants, surtout en leur demandant quel était leur propre avis. Lorsqu’ils sont capables d’argumenter pour expliquer pourquoi ils n’y croient plus, je les félicite d’avoir trouvé ça tout seul... ça me parait une étape importante de leur maturité.

            En ne leur permettant pas d’avoir ce cheminement, je pense qu’on ne les forme pas à une pensée critique sur le monde qui les entoure, puisque c’est la parole du parent est présentée comme seule « vraie »... comprendre tout seul que le monde des adultes peut être mensonger est à mon avis pas inutile pour un enfant, afin de développer son esprit critique et son sens du jugement.

            En cela je trouve la légende du Père Noël initiatique et importante.

            • Lewlill
              Lewlill répond à Laclairette
              végéteuse
              • Posté à 13h18 le 17/12/2008
              • Internaute 15858
                végéteuse

              Mes parents ne m’ont jamais fait croire au Père Noël, ils m’ont cependant raconté l’histoire comme ils me lisaient des contes de fées le soir. Cela ne m’a pas empêché d’avoir des rêves et de faire fonctionner mon imagination.

              Ce qui distingue les contes, les sorcières (et autres monstres) du Père Noël, est la position des parents : il ne me semble pas que ceux-ci racontent à leurs enfants que Superman, Cendrillon, Barbe Bleue, les fées existent « pour de vrai » et « qu’ils y croient »...ce qui n’empêche, comme vous le dites, pas les enfants d’y croire ! Ma mère avait beau me dire que, non, il n’y avait pas de sorcière sous mon lit, ma peur irrationnelle me disait le contraire... (parfois, je vérifie encore pour être sure).

              Je ne pense pas que le Père Noël soit un personnage central dans l’univers des enfants et que le fait de zapper cette croyance fasse pousser des petits matérialistes en puissance.

              Il est vrai que les enfants ne voient pas le monde comme les adultes : leur notion du temps, de la réalité est tronquée, ils parlent à des amis imaginaires, peuvent se couper de la réalité et s’isoler dans « leurs » mondes et lorsque certains sont confrontés très tôt à la réalité brutale du monde, ils s’échappent en développant un imaginaire très important (voir le magnifique film : le Labyrinthe de Pan Del Toro).

              Donc je ne croyais pas au père noël.

              Et pourtant, je pensais que Superman atterirait dans mon jardin (il ne l’a jamais fait). J’avais un petit frère imaginaire (qui avait probablement un rôle -un sens- précis à ce moment de ma vie) et qui, je le savais aussi très bien, n’existait pas dans la réalité.
              Et pourtant, maintenant adulte je revendique aussi le fait de croire à un imaginaire...rempli de tapis volants, d’elfes, d’hobbits ( quand j’ai ouvert Tolkien pour la première fois, je me suis dit : enfin quelqu’un qui parle ma langue et qui décrit mon univers).

              Le plus important c’est de donner un sens au Père Noël : un vieux type qui offre des cadeaux à tous les enfants du monde ; avec les concepts de générosité et de don qui vont avec. Mais pourquoi l’ancré ainsi dans le monde réel ?

              Et pour vous répondre, oui, les enfants croient en la parole des adultes et à fortiori celle de leurs parents (que peuvent-ils faire d’autre ?). S’il était vrai que les enfants pouvaient faire preuve d’esprit critique si jeune en contrant la parole de l’adulte et découvrir, par eux-même, une certaine forme de réalité : je pense que les religions auraient (et auraient eu) une place bien moins importante dans nos sociétés.

              ...après tout, pour reprendre un amalgame que je faisais à 5 ou 6 ans : Est-ce que les croyants (en Dieu, pas en les elfes) sont des adultes qui croient encore au Père Noël ? Et pourquoi ne cessent-ils pas de croire en grandissant ?

        • ericaro
          • Posté à 16h39 le 16/12/2008
          • Internaute 30724

          Bien dit, je raconte à mes enfants des histoires de père noel, oui, comme de fée, et de lutin et de chien qui parle et de chat qui volent.

          Mais quand elles me demandent, mais en vrai, les chats, est-ce qu’ils volent ? je réponds non.

          De même pour les chiens qui parlent, l’existence des lutins, des fées, et du père noel.

          Et je vois pas pourquoi on se mettrait à mentir SEULEMENT au sujet du père noel ?

          Hélas, trois fois hélas, bien souvent parce que... « c’est comme ça », et que « ça c’est toujours fait », et que « ça fait pas de mal ».

          bhou

          • A déménagé le 8-10-2011
            • Posté à 19h10 le 16/12/2008
            • Internaute 13512
              nc

            comment ça les chats ne volent pas ?

            • A déménagé le 8-10
              • Posté à 13h06 le 17/12/2008
              • Internaute 1001
                nc

              Si vous connaissez un chat qui n’est pas voleur, je suis preneur.

              J’en ai eu un, qui était champion de la chose : six saucisses (au muscadet, en plus) chez une voisine. Elle l’a bien pris, ça ne l’a coûté qu’un café.

              Pas comme cet autre voisin qui lui a refilé de la mort aux rats.

          • doutagogo
            doutagogo répond à ericaro
            • Posté à 05h58 le 17/12/2008
            • Internaute 2789

            Bonjour,
            Moi aussi je raconte des histoires de Père Noël à mes élèves de trois ans ! Mais à aucun moment je ne leur raconte qu’il va venir chez eux, à aucun moment je ne brandis cettte perspective pour qu’ils soient sages. Le Père Noêl reste dans les livres, comme un personnage de fiction. Ce n’est pas ce qu’ils vont entendre à l’extérieur et c’est là que le bât blesse. ce personnage va prendre forme alors qu’il devrait rester abstrait.
            Quand je demande aux enfants si les sorcières existent vraiment, ils répondent tous ensemble : « Non ! » . Pour le Père Noël, la réponse est différente, c’est « Oui ! ». Il n’est donc pas traité sur le même plan
            amicalement
            agnès
            Lien

            • leconcombrevert
              leconcombrevert répond à doutagogo
              La vraie vérité > : -))
              • Posté à 12h50 le 17/12/2008
              • Internaute 8843
                La vraie vérité > : -))

              Mais ce n’est pas la même chose que de raconter ces petites histoires du Père Noël, d’enjoliver les soirées d’hiver en laissant planer le doute ou les certitudes quant à l’existence d’un monde merveilleux ...... et de s’en servir pour faire pression sur le comportement des enfants, pour leur flanquer la trouille.

              Et votre exemple montre simplement, à mon avis, que les enfants préfèrent ne pas croire à l’existence des sorcières (qui leur font peur), alors qu’ils mettent de coté leur doutes à propos du Père Noël, parce que ils ne veulent pas offusquer inutilement un personnage porteur de cadeaux .... sait-on jamais .... et peut-être bien aussi parce que ils savent que les adultes aiment bien ce personnage qui les met de bonne humeur.

              Ils sont moins bêtes et moins cruels, les enfants, que vous pensez : -))

            • A déménagé le 8-10
              • Posté à 13h12 le 17/12/2008
              • Internaute 1001
                nc

              Voici la plus belle histoire de Père Noël que je connaisse. Comme elle est un peu longue pour le format blogue, je la poste en trois parties :

              Un conte de Noël, de Brady Udall

              Pour ceux d’entre nous qui devaient rester à la Theodore Roosevelt Indian School, un pensionnat pour jeunes Indiens, Noël n’était qu’une punition de plus.

              La plupart des garçons rentraient passer les fêtes en famille, mais nous, les laissés-pour-compte, les orphelins, les enfants abandonnés, nous n’avions nulle part où aller. Les professeurs et le personnel étaient partis, et il n’y avait pour nous surveiller que Raymond Tayozi, le maître d’internat, un homme poupin aux dents en avant et à la peau huileuse couleur bonbon au caramel.
              Raymond faisait son possible pour mettre un peu de gaieté. Il nous avait emmenés dans les montagnes chercher un arbre de Noël. Pataugeant dans la neige mouillée, juste chaussés de nos mocassins, on avait scié un sapin beaucoup trop grand puis, couverts d’égratignures et de résine collante, on l’avait porté jusqu’à la salle de jeux, grognant en chœur comme des galériens. Après l’avoir décoré de découpages en papier et de guirlandes de pop-corn, nous éviterions de le regarder.

              La veille de Noël, comme d’habitude, les dames de l’Entraide sociale de Pinetop, la ville voisine, viendraient nous apporter des repas qu’elles auraient elles-mêmes cuisinés et un sac de cadeaux pour chacun de nous. Pour les mériter, il nous faudrait chanter d’interminables cantiques de Noël dont nous connaissions à peine les paroles et interpréter une scène de la Nativité qui consiste pour l’essentiel à piétiner un tas de paille, une serviette de toilette sur la tête. Les vieilles dames aux gros postérieurs, entourées d’un nuage de parfum, applaudiraient poliment et s’exclameraient devant les adorables petites choses aux visages bruns que nous sommes. Elles tourneraient autour de nous pendant que nous engloutirions la dinde et les pommes de terre avant d’ouvrir enfin nos cadeaux, toujours les mêmes : un sachet de vieux sucres d’orge, un assortiment d’échantillons (shampooing, dentifrice, crème à raser, déodorant, bain de bouche), un peigne, un yo-yo, une pochette de stylos à bille.
              Sous le contrôle de Raymond, nous remercierions les dames avec effusion :

              - Merci, m’dame, joyeux Noël, m’dame.

              Et une fois qu’elles seraient rentrées chez elles, remplies du sentiment d’être de bonnes chrétiennes, nous pourrions nous accroupir sur nos lits et nous gaver de nos sucres d’orge datant de la guerre de Sécession jusqu’à nous en rendre malades. Puis nous nous endormirions sans qu’aucune vision de friandises ou de Père Noël ne vienne danser dans nos têtes.

              • A déménagé le 8-10
                • Posté à 14h29 le 17/12/2008
                • Internaute 1001
                  nc

                La suite :

                Ce Noël, cependant, nous avons eu une surprise. Au matin, nous avons trouvé le Père Noël en personne qui titubait dans la cour, traînant un énorme sac militaire kaki dans la neige et hurlant :
                - Oh ! Oh ! C’est Noël ! Oh ! Oh ! Alors quoi, y a personne ?
                Raymond, en caleçon, la gueule de bois, a été le premier à descendre.
                - Qu’est-ce qui se passe ? a-t-il crié depuis le seuil de la porte du dortoir.
                - Où sont les gosses ? J’ai des cadeaux pour eux !

                J’aurais reconnu n’importe où la voix nasillarde de mon père. Il a balancé le sac de toile avec un peu trop d’enthousiasme, de sorte que, déséquilibré, il s’est étalé dans la neige, pédalant en l’air.
                - Merde ! J’ai perdu ma barbe.

                Je ne l’avais pas vu depuis trois ans, quand tout s’était écroulé. Ma mère était morte un soir, renversée par une voiture alors qu’elle rentrait à pied de son travail à la Taverne du Chat sauvage, et mon père, qui était déjà un marginal et un ivrogne, s’était mis à boire tellement qu’il disparaissait durant des semaines entières et me laissait me débrouiller tout seul. La première fois qu’une assistante sociale était venue, elle m’avait découvert endormi sous l’escalier de la maison où je m’étais glissé en rampant, couché en rond sur un morceau de carton comme le chien de la famille.

                Les autorités ne savaient pas quoi faire de moi. J’étais métis – de mère apache et de père blanc – et personne, ni du côté de ma mère, ni du côté de mon père, ne voulait de moi. On m’avait donc envoyé à Theodore Roosevelt, un fort militaire reconverti devenu le dépotoir du système scolaire indien. Bien que situé sur la réserve de Fort Apache, il accueillait des élèves de toutes les tribus imaginables : Pima, Papago, Yavapai, Maricopa, Havasupai, Hopi... Nous étions tous indiens d’une manière ou d’une autre, mais la similitude s’arrêtait là. Nous parlions des langues différentes, certains venaient de grandes villes comme Albuquerque ou Phoenix, d’autres, d’endroits dans le désert où l’eau courante et l’électricité n’étaient que des rumeurs. Hormis nos cheveux noirs et nos peaux de toutes les nuances de brun, nous n’avions qu’une seule chose en commun : nous étions ici parce que personne ne voulait de nous.

                Je m’étais toujours imaginé que mon père avait disparu pour de bon, comme ma mère. Je n’avais jamais nourri l’espoir qu’il viendrait un jour me chercher, de même que je n’avais pas la bêtise de croire que ma mère allait sortir de sa tombe pour me ramener à la maison. J’avais 6 ans, et il ne m’avait pas fallu longtemps pour que mes parents ne soient plus que des ombres de souvenirs. Après une année passée à Théodore Roosevelt, je pensais même avoir oublié à quoi ils ressemblaient.

                Et là se tenait mon père, mal rasé, les joues creuses, le sourire qui clignotait comme une lumière quand il étirait ses lèvres. Il est entré dans la salle de jeux et, frissonnant théâtralement, a secoué la neige de ses vêtements. « Ouh là là ! Il fait frisquet, aujourd’hui ! »

                Les autres garçons, à moitié nus, les cheveux ébouriffés et les yeux encore gonflés de sommeil, se sont pressés autour de lui, tandis que je demeurais paralysé, planté au pied de l’escalier. Il a ouvert son sac d’où il a tiré des GI Joes, des pistolets à eau, des revolvers de cow-boy, des bombes à eau, des camions bennes jaune vif, des poignées de bonbons, des petites voitures et des tas de chewing-gums. Il n’avait plus sa barbe, il puait le tabac, l’alcool et le désodorisant de voiture senteur de pin, mais il jouait son rôle avec passion, tapotant son ventre rembourré par un oreiller et poussant des exclamations d’une voix de plus en plus rauque.

                C’était sans doute pour chacun de nous la première fois qu’on participait au joyeux chaos d’un matin de Noël. Il y avait des cris et des bagarres pour la possession de tel ou tel jouet, pendant que, les yeux écarquillés, on déchirait les boîtes avec émerveillement. Chester Rolland, un petit garçon pima, une énorme quantité de chewing-gum dans la bouche, était si excité qu’il courait partout en sous-vêtements, incapable de s’arrêter ne serait-ce qu’une seconde pour profiter de ses jouets.

                Mon père, comme un Père Noël de grand magasin, nous a pris chacun son tour sur ses genoux. Il posait des questions : « Tu as été sage, cette année ? » ou « Tu te brosses les dents tous les soirs ? ». Bien que tous les cadeaux aient été distribués et que ça nous embêtât plus qu’autre chose, nous répondions à ses questions aussi poliment et succinctement que possible. C’était le moins qu’on puisse faire.

                • A déménagé le 8-10
                  • Posté à 17h35 le 17/12/2008
                  • Internaute 1001
                    nc

                  La fin :

                  C’était sans doute pour chacun de nous la première fois qu’on participait au joyeux chaos d’un matin de Noël. Il y avait des cris et des bagarres pour la possession de tel ou tel jouet, pendant que, les yeux écarquillés, on déchirait les boîtes avec émerveillement. Chester Rolland, un petit garçon pima, une énorme quantité de chewing-gum dans la bouche, était si excité qu’il courait partout en sous-vêtements, incapable de s’arrêter ne serait-ce qu’une seconde pour profiter de ses jouets.

                  Mon père, comme un Père Noël de grand magasin, nous a pris chacun son tour sur ses genoux. Il posait des questions : « Tu as été sage, cette année ? » ou « Tu te brosses les dents tous les soirs ? ». Bien que tous les cadeaux aient été distribués et que ça nous embêtât plus qu’autre chose, nous répondions à ses questions aussi poliment et succinctement que possible. C’était le moins qu’on puisse faire.

                  J’étais le dernier de la file. Il m’a soulevé sous les bras et m ? a pris sur ses genoux. Il ne m’a pas posé de questions, n’a pas prononcé un mot. Personne n’a fait attention parce que tout le monde était bien trop occupé à faucher le jouet d’un autre, à se gaver de chocolat ou à lancer des petits camions du haut de l’escalier. Son visage était tout contre le mien et, sous son haleine chaude chargée de bière, j’ai été submergé d’un tel sentiment de nostalgie et de solitude que je parvenais à peine à respirer. Je me rappelais les matins où j’étais assis en sa compagnie à la table de la cuisine dans notre ancienne maison, lui vêtu du peignoir jaune de ma mère, moi du vieux sweat-shirt Mickey Mouse qu’il m’avait donné. La plupart du temps, il buvait à petites gorgées une bière Coors pendant que je mangeais mes céréales directement dans la boîte parce que nous n’avions jamais de lait. Ma mère dormait encore, car elle était rentrée tard de son travail au bar.
                  - Alors, mon petit bonhomme, qui est-ce que tu aimes le plus au monde ?
                  Je répondais toujours la même chose : « Mon papa ! » Le sourire qui illuminait son visage était ma récompense.
                  - Bravo, excellente réponse !

                  Aujourd’hui, en ce matin de Noël, on a regardé George et Virgil Opah, deux frères orphelins, se battre pour une Wonder Woman, et Willie Quintero arroser calmement la pièce avec une mitraillette AK-47 en plastique bleu vif. Nous sommes restés longtemps ainsi, moi raide et suffocant à moitié sur les genoux de mon père, sans dire un mot. Il a fini par me reposer par terre. Avant de partir, il a mis sa main sur ma tête et prononcé mon nom : « Edgar. » Pour moi, c’était suffisant.

                  On a essuyé un coin de la fenêtre embuée et on l’a suivi des yeux pendant qu’il traversait la cour en direction de la route, criant des « Nom de Dieu ! » à chaque fois qu’il trébuchait sur un tas de neige durcie, tandis que l’oreiller sous son manteau avait craqué et laissait une sillage de plumes virevoltantes.

                  On s’est efforcé de ne pas le perdre de vue, mais son costume rouge ne cessait de rapetisser et de se fondre petit à petit au milieu des teintes noires des nuages et des arbres. Et puis il a disparu d’un seul coup comme un esprit, un ange ou un être venu d’ailleurs.

                  • A déménagé le 8-10
                    • Posté à 21h51 le 17/12/2008
                    • Internaute 1001
                      nc

                    Ce conte, je l’ai étudié plusieurs années de suite. Il permettait aux élèves de voir que les parents en difficulté n’étaient pas forcément de moins bons parents (et pouvaient même, si on compare le père d’Edgar aux dames de Pinetop) être meilleurs). Une année, particulièrement, où j’avais plusieurs garçons de 14 ans en douleur de père…

                    La partie la plus forte de ce texte commence avec l’arrivée du père. Cet enfant qui croyait, pour cicatriser, avoir tout oublié, et qui voit tout revenir d’un coup. Qui s’immobilise, on ignore si c’est de saisissement ou par refus. Qui passe le dernier, on hésite à trancher si c’est pour faire payer son père ou pour l’avoir rien qu’à lui.

                    Et quand ils sont ensemble. Ce silence, est-ce le poids trop fort de l’émotion, l’idée que s’ils parlaient ils craqueraient tous les deux, le grand avec sa honte le petit avec sa colère. Ce magnifique souvenir du petit déjeuner, avec la circulation des habits : le père dans le peignoir de sa femme, l’enfant dans un sweat donné par son père. Ce jeu du « qui tu aimes le plus au monde ». Cette seule parole mais capitale, car elle dit à l’enfant qu’il existe : son prénom.

                    Et c’est pour ça, pour cette re-connaissance, que l’enfant va le laisser repartir sans émotion. Arrivés là, mes élèves ne comprenaient pas. Et je leur parlais d’« abandon d’amour », que ce père préférait savoir son fils là en sécurité plutôt que ballotté par un vagabond alcoolo. Et que son fils l’avait compris.

                    En tout cas, voilà la façon d’écrire que j’aime : force et pudeur.

      • karghyl
        karghyl répond à ericaro
        informaticien, Paris
        • Posté à 14h28 le 16/12/2008
        • Internaute 17757
          informaticien, Paris

        C’est vrai que la question s’est posée chez moi : doit-on ou pas entretenir le mythe ?
        Ma fille a bientôt 3 ans, et on s’est dit que c’était un peu jeune pour lui expliquer le système tel qu’il est vraiment (marketing, publicité, ptits nenfants qui fabriquent ses jouets,...).
        Alors j’espère qu’on ne va pas trop loin, mais on a décidé qu’on allait laisser Papa Noël venir déposer les cadeaux.
        A-t-on raison ? Est-ce qu’elle le vivra comme un mensonge ? Comment lui présentera-t-on quand les doutes apparaîtront ? On verra...

         
        • A déménagé le 8-10-2011
          • Posté à 15h58 le 16/12/2008
          • Internaute 13512
            nc

          lorsque notre fille aînée avait 4 ans, elle a voulu avoir une photo d’elle avec un « père noël » qui tapinait devant un grand magasin ... nous lui avons simplement expliqué que le vrai père noël, lui, ne se faisait pas payer, et voilà

        • doutagogo
          doutagogo répond à karghyl
          • Posté à 06h04 le 17/12/2008
          • Internaute 2789

          Bonjour,
          avec mes deux filles, nous n’avons jamais eu à expliquer le système ; il suffit de ne pas leur raconter de sornettes. Le Père Noël ne vient pas à la maison, c’est un personnage en costume qui anime les rues et les manifestations festives. Et si vous achetez les cadeaux de la famille ensemble, ils vont adorer. Ils auront même envie de préparer des cadeaux eux mêmes (des dessins, des bricolages) Ce qui est génial quand on ne croit pas au Père Noël c’est qu’on peut valoriser les échanges puisque les cadeaux ne tombent plus du ciel, ils sont pensés, préparés avec amour. Et on peut expliquer aux enfants que d’autres n’ont pas les moyens d’en avoir. Quand on n’adopte pas le mensonge, toute une éducation humaniste devient possible.
          Amicalement
          agnès
          Lien

          • ericaro
            ericaro répond à doutagogo
            • Posté à 09h04 le 17/12/2008
            • Internaute 30724

            j’abonde, et en plus c’est bien dit !

            Oui, le mensonge du Père Noel est une connerie, et s’en affranchir, c’est permettre beaucoup de choses sympa, comme tu le décris.

            Et sans parler du lien direct, entre les enfants et les grand parents (voire arrière grand parents, qui ont plus de mal à se faire aimer de ces petits bouts qui demandent tant d’énergie).

            • Fraise des Bois-
              Fraise des Bois- répond à ericaro
              Buveur
              • Posté à 13h54 le 17/12/2008
              • Internaute 42390
                Buveur

              C’est triste ! Quand meme. Et le reve la dedans ?

              OK, j’aime pas le cote fric/mercantile de Noel, mais la legende est quand meme vachement sympa ! Le « mensonge du Pere Noel »... vous y allez fort quand meme ! N’avez-vous jamais menti a vos enfants, ne serait-ce qu’une fois, et pour une cause au moins aussi innocente ?

              Pour moi le Pere Noel fait partie de notre « pensee collective » (je ne sais pas si c’est le bon terme)

        4 autres commentaires
      • litchee
        litchee répond à ericaro
        Etudiant réveur d'une société (...)
        • Posté à 10h37 le 17/12/2008
        • Internaute 44953
          Etudiant réveur d'une société (...)

        Je suis totalement d’accord avec toi ericaro !
        Je ne comprend pas comment des parents mentent a leurs enfants.
        A 6ans j’ai pété un câble a mes parents en rentrant de l’école parce que j’ai appris qu’ils m’avais menti et déja a 6 ans je trouvais ça « pas bien du tout ».
        On verra comment ça sera avec mes enfants quand j’en aurais si j’en ait mais je crois que j’essaierai le plus possible de leur faire comprendre que on n’a pas besoin d’un complot (le mot est peut être trop fort ^^) international pour rèver.

        Et aussi depuis je crois que c’est en parti pour cela qu’a propos de la théorie du complot, ça ne m’étonnerais pas qu’elle sois vérifié.
        De plus je n’ai jamais eu confiance en la politique ...

        @+

      • babasse
        babasse répond à ericaro
        vendeur de glaces
        • Posté à 14h24 le 17/12/2008
        • Internaute 62803
          vendeur de glaces

        Ce mensonge là n’est pas pire que celui qui consiste à nous faire croire en l’existance de dieu. Au moins ce mensonge là ne dure que pendant la tendre enfance.

        Mais vous avez raison, quand j’ai été assez intelligent pour me rendre compte que dieu ne pouvait pas exister, j’ai été traumatisé.

        Desproges disait : la différence entre dieu et le père noël , c’est que le père noël, il existe.

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