Wed, 12/10/2008 - 19:04

C'est quoi une (des) liquidité(s) ?

dcogez | Jeune ingénieur

On peut comprendre cette notion sous deux sens principaux. D’abord, la liquidité comme qualité de la monnaie : celle-ci est liquide si elle permet d’acquérir immédiatement et sans délai n’importe quel bien et service. C’est le cas des billets et pièces : nous avons le pouvoir de décider immédiatement de leur utilisation. Le second sens, par extension, ce sont les liquidités des banques.

Pour toute entreprise commerciale, les liquidités désignent la capacité à faire face à ses dettes exigibles grâce à des ressources disponibles de manière immédiate. C’est-à-dire grâce à de la monnaie liquide : cash, placements à court terme...

Le niveau des liquidités est ainsi un indicateur de la qualité d’une trésorerie. Si les dettes exigibles ne sont plus couvertes par les liquidités, l’entreprise est en cessation de paiements : c’est la faillite.

Les réserves des banques

Les banques sont des entreprises particulières, puisqu’elles peuvent influer sur l’ensemble de l’activité économique. Par conséquent, leurs liquidités sont régies d’une manière particulière. Elles représentent ce qui permet à une banque de régler les transactions.

Le terme désigne ainsi les réserves dont disposent les banques et qui leurs permettent (ou devraient leur permettre...) de faire face à une demande de remboursement en billets. Si de nombreux clients ont un besoin soudain de récupérer de la monnaie liquide, les banques doivent pouvoir y faire face.

Si la liquidité d’une banque diminue, celle-ci sera conduite à réduire sa création monétaire. C’est-à-dire à accorder moins de crédits, ce qui handicape la croissance.

« Réinjecter des liquidités », c’est ainsi s’assurer que les banques peuvent continuer à accorder des prêts et, donc, maintenir l’activité économique.

Mais d’où viennent ces liquidités réinjectées ?

D’une part, de la « monnaie banque centrale », c’est-à-dire des billets, pièces et comptes détenus à la banque centrale.

Depuis le 22 juillet 2007, la réglementation européenne oblige les banques à y conserver des « réserves obligatoires » équivalant à 2% de ses dépôts à vue (c’est-à-dire les dépôts permettant de retirer l’argent immédiatement : les comptes courants et d’épargne).

Si le montant des dépôts à vue d’une banque s’élève à 100 euros, elle devra donc détenir 2 euros de réserves en monnaie banque centrale. La banque centrale peut aussi décider à tout moment de faciliter l’accès des banques aux liquidités en baissant ses taux d’intérêts : le coût de la monnaie banque centrale sera alors plus faible.

Eviter une crise de confiance

D’autre part, les liquidités peuvent provenir d’emprunts réalisés auprès des autres banques. Celles-ci acceptent volontiers de prêter à la concurrence. Elles y gagnent de l’argent (en touchant des intérêts) et elles contribuent à éviter une crise de confiance.

En constatant qu’un établissement ne peut plus assurer le remboursement en billets, les clients de toutes les banques peuvent en effet se presser aux guichets pour récupérer leurs économies, déclenchant ainsi des dépôts de bilan en cascade. C’est ce qui s’est produit en 1929 -et qui aurait pu arriver cette année...

Merci à jean7 et fredericb pour leurs contributions.

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  • azerty69
    azerty69
    ExecutieveBranleur
    • Posté à 20h41 le 10/12/2008
    • Internaute 42089
      ExecutieveBranleur

    Oui mais l’argent que la banque centrale prête aux banques il vient d’où ? Il est créer de toutes pièces (ah ah jeu de mot) ou l’état l’emprunte lui même à qq’un ?

  • turlupouet
    • Posté à 22h10 le 10/12/2008
    • Internaute 13596

    @azerty69 :
    L’argent vient de nul part, il est créé à cette occasion au niveau de la banque centrale. On touche là au coeur du système monétaire.

    En gros l’argent que te prête là banque n’existe pas. Il est créé au moment ou tu empruntes.

    Sa valeur est garantie par la richesse que tu vas pouvoir créer grâce à ton investissement (route, maison, etc). C’est pour ça que la valeur de l’argent ne s’effondre pas.

    Si la banque centrale ne distribue pas assez d’argent alors il n’y aura pas d’argent pour investir dans la création de richesse. Si au contraire on créé trop d’argent alors sa valeur s’effondre et c’est catastrophique pour les gens. C’est pour ça que l’attribution donnée à la banque centrale européenne est la stabilité de la monnaie et qu’elle est indépendant du politique.

    Quand à l’état, il ne peut pas (plus) créer d’argent, il emprunte comme tout le monde aux banques.

    PS : à noter que le rôle attribué à la banque centrale américaine est, lui, de soutenir l’économie américaine.

    • azerty69
      azerty69 répond à turlupouet
      ExecutieveBranleur
      • Posté à 09h10 le 11/12/2008
      • Internaute 42089
        ExecutieveBranleur

      Merci pour la réponse. En plus tu pré-réponds a la question induite : « Si on créer de l’argent, c’est pas de l’inflation ? »

    • Galuel
      Galuel répond à turlupouet
      Entrepreneur
      • Posté à 10h23 le 31/12/2008
      • Internaute 62855
        Entrepreneur

      Cette façon de penser a mené à la crise actuelle, pourquoi ?

      1) On ne se finance pas avec de la dette. Un entrepreneur se finance avec du capital, son capital + éventuellement le capital de ses associés. Ainsi s’il perd, il ne lèse personne d’autre que lui même. Quand un endetté perd (se financer à crédit c’est s’endetter) non seulement il se plante lui même mais il plante ses créanciers.

      2) L’Etat n’est plus depuis longtemps l’éditeur de la monnaie. Relancer sur la dette ne résoud en rien le problème de liquidité, il ne fait que repousser le problème indéfiniment en l’aggravant (Cf la crise du Japon depuis 15 ans).

      3) Même à zéro intérêt, un crédit reste un crédit et ne rajoute aucun argent réel dans l’économie, ça reste un financement à crédit, une fois la dette payée, l’argent a disparu. L’investissement en capital lui s’assume à 100% (le crédit lui se rembourse dès le premier jour, diminuant jour après jour le « capital investi » qui n’en est pas un).

      4) TRES IMPORTANT.

      Une économie qui croît, crée une valeur de plus en plus grande. Si on ne crée pas de la monnaie régulièrement pour compenser cette croissance et permettre les échanges, on aboutit fatalement à des crises cycliques de déflation (l’argent réel disponible est trop faible par rapport aux biens à échanger).

      La solution d’éditer de la monnaie gratuite massivement tous les 80 ans pour sortir de cette impasse conduit ensuite à une inflation galopante.

      Ces deux solutions (Déflation / Inflation) sont mauvaises si on les pousse à leurs extrêmes, c’est ce qui crée les cycles. La solution souple c’est de lisser les cycles pour entrer dans une croissance stable.

      5) La solution souple est de créer de la monnaie régulièrement en fonction de la croissance (en détruire en cas de croissance négative), de la valeur totale des biens, au lieu de construire des cycles d’appauvrissement (en monnaie) / inflation (enrichissement en monnaie).

      Il faut bannir le surplus de crédit (réduire drastiquement le ratio des Banques) et avoir une masse monétaire telle que :

      Monnaie (A+1) = % (Valeur (A) + croissance - destruction).

      A qui donner cette monnaie gratuite qui garantit la proportion « Masse Monétaire réelle » / « Total de la valeur disponible » ? => A tout le monde de façon parfaitement égale. Sutout pas l’Etat qui ne représente que les intérêts de l’Etat. Libre à l’Etat d’imposer ce qu’il veut, et au peuple de voter pour ou contre.

      Par exemple avec l’Euro, un total de 1 500 milliard d’euros (argent réel, Hors argent crédit donc) en circulation soit 1 500 / 0,3 = 5000 euros / citoyen, pour une valeur des biens totale de disons 30 000 milliards d’euros, soit un ratio argent / biens de 1500 / 30 000 = 1/20.

      Si on a une croissance de 3%, alors il faudrait créer 3% x 1500 = 45 euros / citoyen et par an, afin d’assurer une croissance monétaire stable tout en gardant un ratio d’échanges stable.

      Ce qui permet en outre de participer 1) à une répartition de la croissance, et 2) à une incitation à l’investissement (créer plus de monnaie de façon raisonnée réduit l’intérêt de garder l’argent, incite à l’investir).

      Et ceci peut se faire par la Loi, mais doit être appliqué par la Banque Centrale.

      • Martimerde-
        Martimerde- répond à Galuel
        • Posté à 13h14 le 06/02/2009
        • Internaute 37750

        Très intéressant, je voulais juste rajuter à propos :

        « 3) Même à zéro intérêt, un crédit reste un crédit et ne rajoute aucun argent réel dans l’économie, ça reste un financement à crédit, une fois la dette payée, l’argent a disparu. »

        D’ou « l’interret » des prets sur 20, 30 ans periode pendant laquelle (une part) de cet argent sera en circulation et permattra d’assurer d’autres crédits.

        D’ou aussi le cercle vicieux de la croissance qui nécessite une croissance du volume de crédits, d’autant plus importante qu’il faut aussi créer l’argent nécessaire au paiement des taux d’interrets...

        Ca s’appelle le serpent qui se mange la queue et c’est notre magnifique systeme économique qui repose là dessus !

  • pablico
    pablico
    À la porte d'un sourd, 
un jour (...)
    • Posté à 03h00 le 11/12/2008
    • Internaute 14278
      À la porte d'un sourd, 
un jour (...)

    ce qui est délirant, c’est que dans les banques on manque de liquidité, et que bientôt l’eau vaudra le prix du diamant.
    Lien

    y a-t-Il déjà un effet de cause à effet au niveau des liquides ?

    (ironie liquide)

  • cpal
    cpal
    Analyste fusion-acquisition
    • Posté à 15h53 le 11/12/2008
    • Internaute 62104
      Analyste fusion-acquisition

    Juste pour info :

    Pour payer ses échéances, le « passif exigible » (salaires, dettes fournisseurs, et effectivement aussi intérêts de la dette financière, etc..), l’entreprise dispose non seulement des liquidités mais aussi de son actif courant (créances clients, stocks...). Après une entreprise peut très bien présenter des liquidités créditrices au bilan sans faire faillite (si elle n’a qu’un compte courant à découvert par exemple). Ce qui importe dans la vie d’une entreprise c’est la variation de trésorerie (liquidités) entre 2 exercices et non sa situation à un moment « m ».

    La cessation de paiement n’est pas la faillite ! Pour information un AJ (administrateur judiciaire est nommé) et l’entreprise peut redémarrer, se faire reprendre, ou effectivement être liquidée...

  • actimem
    • Posté à 21h47 le 11/12/2008
    • Internaute 26918

    « Si de nombreux clients ont un besoin soudain de récupérer de la monnaie liquide, les banques doivent pouvoir y faire face »
    ce qui n’est jamais acquis car dans ce cas, elle sont vraiment en crise car comme vous le dites, elles prêtent l’argent qu’elles n’ont pas.

    Ce n’est pas la banque centrale qui crée la monnaie, ce sont les banques (privées !) qui le font.....en accordant des crédits.

    MONEY IS DEBT .......

  • fredericb
    fredericb
    financier
    • Posté à 14h12 le 06/12/2008
    • Internaute 56483
      financier

    N’oublions pas non plus le concept général de liquidité dans toute entreprise commerciale, cad la qualité de sa trésorerie : c’est la capacité de cette entreprise à faire face à ses dettes exigibles (« exigées » dans le pratique) grâce à ses ressources immédiatement disponibles (cash, billets de trésorerie, placements à court terme, ...). Lorsque tel n’est plus le cas, on parle a lors de « cessation des paiements » : c’est ce qui a précipité la chute des banques que nous avons connue en septembre-octobre dernier.

  • jean7
    jean7
    -
    • Posté à 07h17 le 08/12/2008
    • Internaute 56287
      -

    Les 8% du ratio de Cooke ne sont pas des liquidités mais des fonds propres (qui correspond aux ressources non exigibles de la banque, c’est à dire actifs-dettes.) que la banque doit avoir dans son bilan.

    Pour les banques, les liquidités sont essentiellement la base monétaire émise par la banque centrale (billets+pièces+comptes à la banque centrale) et également les titres à très court terme émis par d’autres banques.
    Les banques sont effectivement tenues d’avoir un certain nombre de réserves à la banque centrale appelées réserves obligatoires. Pour la zone euro, elles sont de 2% pour certains dépôts et de 0% sinon.